9 MAI 1945, VICTOIRE SUR LE FASCISME : L'UKRAINE DIVISEE

9 MAI : L’UKRAINE DIVISEE

entre partisans et opposants à la célébration de la « victoire sur le fascisme »

Le conflit « des mémoires » n’en finit pas de déchirer l’Ukraine, cette année plus encore que les précédentes, il s’aiguise à l’approche de la date « sacrée » du 9 mai anniversaire de la capitulation nazie. (8 mai en Europe occidentale)

Comment serait-il encore possible que l’Ukraine et la Russie célèbrent leur lutte commune d’autrefois alors qu’elles s’affrontent désormais, et que l’un et l’autre pouvoir, à Moscou et Kiev, cultivent des « patriotismes » incompatibles et hostiles l’un à l’autre ? La frontière, cependant, ne passe pas entre les deux états, elle traverse l’Ukraine, d’une région à l’autre et parfois au sein des familles. Nombre de villages ukrainiens, surtout à l’Ouest, ont vu à l’époque leurs jeunes hommes, les uns prendre part aux combats de l’Armée Rouge et des Partisans soviétiques, les autres s’engager dans la SS et les « polizei » nazis. Si le premier camp était de loin majoritaire, en tous cas à l’Est et au Centre du pays, le deuxième camp est celui qui a désormais la cote, étant identifié comme « précurseur du combat pour l’Indépendance » et l’état-nation né après 1991, les « rouges » ayant contribué, selon la propagande actuelle, au remplacement d’une occupation (allemande) par l’autre (russe). Dans la pratique, cependant, les familles ukrainiennes avaient l’habitude d’honorer leurs parents « rouges », de fleurir leurs tombes, et ce n’est que récemment, en Galicie (Ouest) que des monuments et des tombes sont aménagés à la mémoire des « martyrs » de la SS et de l’Armée des Insurgés réputés avoir lutté « contre tous les occupants », russes, allemands et polonais, une interprétation pour le moins controversée de cette armée fondée sur l’idéologie fasciste, raciste et antisémite de l’Organisation des Nationalistes Ukrainiens (OUN) dont l’héritage de « lutte pour l’indépendance » est revendiqué par la plupart des nationalistes. Il n’est certes pas question de « réhabiliter le fascisme » mais au contraire de démontrer que l’OUN et ses armées constituaient une forme de résistance sur plusieurs fronts : antinazi et antistalinien.

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Comme le montre un débat télé de l’agence officieuse UNIAN (Kiev) l’opinion est divisée en Ukraine, entre Est et Ouest, quant à la célébration prochaine des 8-9 mai, soit les 70 ans de la capitulation nazie.

La traditionnelle (en ex-URSS) « Victoire sur le fascisme » est déjà interdite depuis plusieurs années en Galicie (Ouest), remplacée par une journée de deuil. On y célèbre, par contre, fin avril, la Division Waffen SS « Galitchina » (Galizien) l’une des forces armées créées sous l’occupation nazie par l’Organisation des Nationalistes Ukrainiens (OUN) dont se réclament toujours les radicaux nationalistes en Ukraine actuelle.

La fête a été remplacée en 2013 à Kiev en journée « commémorative » de la fin de la guerre, le nouveau président Petro Perochenko autorisant cependant les rassemblements pacifiques sous le signe de la « victoire », autour des vétérans de l’Armée Rouge.

Pour ce 9 mai 2014, il serait officiellement question de « mémoire » et de « réconciliation » entre ceux qui se sont affrontés pendant la seconde guerre mondiale. Un peu comme si l’on demandait, chez nous, aux anciens et aux adeptes de la collaboration et de la résistance de se « réconcilier ».

Le nouveau contexte – guerre à l’Est, annexion russe de la Crimée, dénonciation par Moscou du « régime nazi » de Kiev- ne peut qu’inciter les autorités de Kiev mais aussi les nouvelles générations étrangères à la tradition « antifasciste » à ne pas célébrer la même fête que la Russie, qui exploite la victoire de 1945 au profit du chauvinisme russe.

Dans le débat télé, un ancien combattant met en cause les détournements «nationaux » d’une fête qui appartient à tous les peuples qui ont combattu le fascisme. (il cite également les Américains)

http://www.unian.ua/shid-i-zahid

Les adversaires de la « fête » font valoir les tragédies subies par l’Ukraine à l’époque soviétique – terreur stalinienne, grande famine de 1932-33, russification – de même que les combats menés « contre tous les occupants » (russes, polonais, allemands) par l’Armée des Insurgés (UPA) – les fameux « banderistes » (partisans de Stepan Bandera) que leurs adversaires désignent comme « fascistes » et « collaborateurs nazis ». Les historiens ukrainiens, mais également occidentaux, sont partagés sur ces questions.

Et bien que de nombreux ouvrages allemands et autres aient mis en évidence, sur base de nouvelles archives, la participation des armées de l’OUN (dont l’UPA) au génocide nazi – les Polonais insistant d’ailleurs sur « le génocide des polonais de Volhynie » par l’UPA – cette « vérité » est largement contredite en Ukraine. La réhabilitation de l’OUN se poursuit, y compris sous la plume d’auteurs occidentaux et « de gauche » admiratifs du « nationalisme révolutionnaire », hier « antistalinien », aujourd’hui « résistant à l’agression russe ». L’une des raisons de cette sympathie ou de la complaisance occidentales envers les héritiers du bandérisme est leur « choix européen ». Dès les années trente, l’idéologue de l’Organisation des Nationalistes Ukrainiens (OUN) Dmitro Dontsov exaltait le caractère « européen » de l’Ukraine, opposé à celui, jugé « asiatique » de la Russie. Ce thème revient au goût du jour.

« L’Europe » elle-même n’était-elle « partagée » dans les années 1930-40 et ne l’est-elle à nouveau dans l’interprétation du conflit de 1939-1945 ?

Seule la Shoah rend vraiment impensable une réhabilitation même partielle du fascisme et du national-socialisme. Dans un pays comme l’Ukraine, ce que l’on nomme « l’holocauste » est reconnu comme une tragédie, mais seuls les Allemands en sont rendus responsables. Il n’est pas question de condamner les milliers d’Européens de l’Est – notamment les nationalistes ukrainiens- qui participèrent au génocide.

JMC


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