L'AFRIQUE DE L'EST ET LA CHINE BLOQUENT L'EXPANSION DES USA DANS LA REGION ?

tourtaux-jacques Par Le 08/06/2022 0

Dans Afrique

L’Afrique de l’Est et Pékin bloquent l’expansion des USA dans la région ? 

Depuis l’offensive annoncée par Washington en Afrique de l’Est, particulièrement en Somalie, les pays de l’Afrique de l’Est et la Chine s’activent pour faire barrage aux États-Unis. 

La Chine rompt avec sa sacro-sainte politique de non-ingérence en parrainant une conférence pour la paix dans la Corne de l’Afrique, prévue du 20 au 22 juin à Addis Abeba. Un tournant majeur, motivé par les intérêts de Pékin dans cette région, où la Chine a installé sa première base militaire à l’étranger, à Djibouti. 

Le géant asiatique, qui déverse chaque année des milliards de dollars sur le continent africain pour financer des projets d’infrastructures, tout en assurant que son influence se limite à la sphère économique, a confirmé le parrainage d’une conférence pour la paix dans la Corne de l’Afrique. 

La conférence, qui vise à réduire les tensions dans cette région en proie à des crises politiques, sécuritaires et humanitaires complexes et interdépendantes, sera organisée dans la capitale éthiopienne Addis-Abeba. Elle devrait enregistrer la participation de l’ensemble des pays de la région. 

L’agence de presse soudanaise officielle Suna a annoncé, de son côté, que l'ambassadeur de Chine à Khartoum a invité le Soudan à y participer lors d’une rencontre avec le sous-secrétaire par intérim du ministère des Affaires étrangères, Nadir Yousif Al-Tayeb. Suna a également indiqué que d’autres États de la région ont été invités à prendre part à cette conférence, ainsi que le commissaire de l'Union africaine (UA) et le secrétaire exécutif de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), un bloc régional regroupant sept pays d’Afrique de l’Est (Djibouti, Éthiopie, Kenya, Somalie, Soudan, Soudan du Sud et Ouganda). 

Une première dans l’histoire de la diplomatie chinoise 

La conférence pour la paix dans la Corne de l’Afrique, qui se tiendra au siège de l'Union africaine (UA) à Addis-Abeba, un bâtiment conçu, financé et construit par la Chine, constitue une première dans l’histoire de la diplomatie chinoise. Pékin avait jusque-là fustigé l’ingérence des Etats-Unis dans les affaires intérieures des pays de la Corne de l'Afrique, qui, selon elle, « sont capables de résoudre leurs problèmes sans ingérence extérieure ». 

Certains experts pensent que ce changement de stratégie est essentiellement motivé par l’influence économique croissante de la Chine dans la région. 

La Chine dispose d’importants intérêts économiques dans la Corne de l’Afrique. Cette région est en effet une destination majeure des prêts décaissés par Pékin dans le cadre de son initiative « les nouvelles routes de la Soie » pour financer des ports, des chemins de fer, des barrages et des autoroutes, notamment au Kenya, en Ethiopie et au Soudan. 

La Chine a ainsi financé à hauteur de 4,5 milliards de dollars une liaison ferroviaire entre l'Éthiopie et Djibouti, pays où elle a établi sa première base militaire à l'étranger. 

Des entreprises chinoises de BTP sont également impliquées dans la construction du barrage de la Grande Renaissance, sur le cours du Nil bleu, en Ethiopie, un projet qui suscite des tensions avec les pays situés en aval (Soudan et Egypte) craignant une diminution des débits d'eau et des apports de limon. 

Les groupes chinois sont également en train de réaliser une percée en Erythrée, qui a rejoint l’initiative des nouvelles routes de la Soie en novembre dernier pour assurer le financement de ses nouveaux projets portuaires et ferroviaires. 

Ces intérêts économiques sont cependant de plus en plus menacés par la multiplication de conflits et des crises dans la région, parmi lesquelles les troubles politiques consécutifs au coup d’État d’octobre dernier au Soudan, le conflit opposant le gouvernement fédéral éthiopien aux rebelles du TPLF dans la région du Tigré ou le regain d’activisme du groupe terroriste al-Shebab en Somalie et au Kenya. Des troubles qui portent justement la signature de Washington. Pour rappel, les troubles provoqués par les groupes rebelles en Éthiopie dans la région du Tigré, se sont vus signer un pacte d’alliance à Washington pour renverser le gouvernement éthiopien. 

Essayer la voie asiatique après l’échec de la voie occidentale 

La Chine avait évoqué pour la première fois la tenue d’une conférence pour la paix dans la Corne de l’Afrique en février dernier, dans le sillage de la nomination du diplomate Xue Bing au poste d’envoyé spécial pour la région. Cet ancien ambassadeur de Chine en Papouasie-Nouvelle-Guinée a mené, ces dernières semaines, un intense ballet diplomatique qui l’a conduit au Kenya, en Érythrée, en Éthiopie, en Ouganda, au Soudan du Sud, à Djibouti et en Somalie pour tenter de rapprocher des points de vue parfois diamétralement opposés. 

Avec l’offensive des États-Unis en Afrique de l’Est, il est clair que les pays de cette région doivent prendre les dispositions nécessaires pour empêcher Washington de prendre les rênes de la zone.  

Les départements d'État américains ont annoncé que l'ambassadeur Mike Hammer succédera à l'ambassadeur sortant David Satterfield en tant qu'envoyé spécial pour la Corne de l'Afrique. 

L'ambassadeur Mike est le troisième envoyé américain à être nommé pour servir l'administration du président Joe Biden pour la Corne de l'Afrique, en remplacement de l'ambassadeur sortant David Satterfield qui a été nommé en janvier de cette année. Il a été nommé après que son prédécesseur Jeffrey Feltman ait quitté moins d'un an son poste suite aux nombreux échecs de la politique américaine dans la région.  

"Je suis reconnaissant à l'ambassadeur Satterfield pour l'expérience et la détermination qu'il a apportées à ce rôle, et j'attends avec impatience l'énergie et la vision que l'ambassadeur Hammer prêtera désormais à nos efforts dans la Corne de l'Afrique", a déclaré un communiqué attribué à Antony Blinken, secrétaire d'État américain. 

Blinken a ajouté que la nomination de l'ambassadeur Mike "souligne notre engagement constant envers les efforts diplomatiques dans la région, le plus urgent à l'appui d'un processus politique inclusif vers la paix, la sécurité commune et la prospérité pour tous en Éthiopie. Cette administration reste fermement concentrée sur une cessation des hostilités, un accès humanitaire sans entrave, des enquêtes transparentes sur les violations et les atteintes aux droits humains par tous les acteurs, et une résolution négociée du conflit. L’Éthiopie et l’Érythrée font donc partie des cibles urgentes de Washington. La conférence de paix, parrainée par la Chine, se déroulera donc en Éthiopie, ce qui n’est pas non plus anodin, vu la politique féroce qu’a adoptée Addis-Abeba contre Washington et ses alliés. 

Mais pour les États-Unis, ce sera de nouveau un échec. Ce n’est pas pour rien que les précédents envoyés spéciaux américains pour la Corne de l’Afrique ont dû quitter leur poste prématurément.

http://french.presstv.ir/Detail/2022/06/08/683521/Afrique--P%C3%A9kin-bloque-l-expansion-US

 
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