ALGERIE

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LA COOPERATION ECONOMIQUE ALGER/PARIS EN NET RECUL DEPUIS 3 ANS BENEFIECIE A LA CHINE, PREMIER PARTENAIRE COMMERCIAL D'ALGER DEPUIS 2015

Quand la Chine rempli le vide du «net recul» de la coopération économique algéro-française

 Depuis 1 heure  22 juin 2018

Le ministère algérien des Affaires étrangères

Le ministère algérien des Affaires étrangères

 Algérie - Maghreb - Monde arabe

 

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L’ambassadeur d’Algérie en France a fait savoir le 21 juin que la coopération économique entre Alger et Paris était en «net recul» depuis 3 ans. Cette situation semble bénéfique à Pékin qui est déjà le premier partenaire commercial d’Alger depuis 2015.

Lors de la 11e édition des Rencontres Algérie organisées le 21 juin à Paris par l’association Business France, Abdelkader Mesdoua, ambassadeur d’Algérie en France, a déclaré que la coopération économique algéro-française était en «net recul» depuis 3 ans comme le montre la faiblesse des investissements directs français, hors hydrocarbures, en Algérie, selon Algérie Presse Service (APS).

«Même si elle est substantielle, la coopération économique connait, en revanche, un net recul depuis trois années», a déclaré l’ambassadeur. «Elle est loin d’avoir épuisé tout son potentiel, comme en témoigne la part marginale des investissements directs français en Algérie, en dehors du secteur des hydrocarbures», a-t-il ajouté.

Évoquant le classement de l’Algérie par le Quai d’Orsay comme pays à risque terroriste, M.Mesdoua a affirmé qu’«il est malaisé de comprendre, d’un côté, le discours d’encouragement à l’investissement en Algérie et continuer à garder, de l’autre, la carte sécuritaire actuelle négative qui est loin de refléter la réalité». «Comment peut-on encourager la mobilité des personnes des deux côtés et promouvoir le tourisme vers l’Algérie?», s’est-il demandé. Pour le responsable une telle classification sécuritaire de son pays rend la tâche de convaincre les tour-opérateurs, activant dans le domaine du tourisme, à investir en Algérie difficile. Alors que «bon nombre d’entre eux [les tour-opérateurs, ndlr] se sont rendus en Algérie et reviennent ravis avec des impressions bien différentes des clichés et stéréotypes éculés», a-t-il lancé.

A propos du rapport de la Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur (Coface), publié en janvier 2018, concernant le climat des affaires dans la majorité des pays du monde, qui a classé l’Algérie dans la catégorie C pour la deuxième année consécutive avec un risque élevé d’impayés des entreprises, le diplomate a suggéré à la Coface de revoir son analyse. «L’Algérie d’aujourd’hui est différente de celle des années 1980» et il appartient à cette société française de «prendre en charge les efforts entrepris [par l’État algérien pour améliorer le climat des affaires, ndlr] et les atouts que présente» l’Algérie, a ajouté Abdelkader Mesdoua.

Le recul des échanges commerciaux entre l’Algérie et la France s’est accentué encore plus après la décision d’Alger de réduire ses importations suite à la chute des prix du pétrole. L’UE n’a pas apprécié la décision des autorités algériennes.

Saïd Djellab, le ministre algérien du Commerce, a haussé le ton le 19 mai pour réagir aux pressions exercées par l’Union européenne sur son pays après que le gouvernement algérien a pris la décision de geler les importations de plusieurs produits en provenance de cette zone, rapportait ObservAlgerie dans son édition du 19 mai.

«L’Algérie négocie avec l’Union Européenne dans le cadre du partenariat qui unit les deux parties, et ne reçoit pas d’ordres de sa part», a-t-il déclaré, cité par le média.

Les déclarations du ministre algérien surviennent dans le contexte de la polémique déclenchée par les propos que la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, a tenus le 10 avril 2018 devant la Commission des affaires économiques et des affaires étrangères de l’Assemblée nationale française. Elle a alors déclaré que «сe que fait l’Algérie, ce n’est pas conforme [à] l’accord [de] libre [-] échange et nous avons un dialogue avec l’Algérie sur ça et autres choses parce que beaucoup de choses qu’ils font ne sont pas en conformité avec cet accord que nous avons, parce que ces mesures favorisent, par hasard, la Chine».

Effectivement, comme le note la commissaire européenne, la Chine a su profiter de la situation de recul des échanges commerciaux entre l’Algérie et l’Europe pour mieux se positionner sur le marché algérien, dépassant ainsi la France en volume d’échange. La France qui était le premier partenaire commercial de l’Algérie, est descendue à la deuxième position cédant ainsi sa place à la Chine.

Lors d’un entretien accordé le 28 mai 2018 au site d’information Tout Sur l’Algérie (TSA), l’ambassadeur de Chine à Alger a déclaré que «la Chine est le premier fournisseur de l’Algérie. Je dis même que la Chine est le premier partenaire économique de l’Algérie. Nous avons un partenariat économique très fort qui couvre pratiquement l’ensemble des secteurs».

Concernant les perspectives de développement du partenariat entre les deux pays, le diplomate a souligné qu’«il y a actuellement une tendance vers l’accroissement des investissements chinois en Algérie. Nous avons déjà investi 2,6 milliards de dollars dans les domaines pétrolier, gazier et minier. Au fur et à mesure que l’Algérie met en place cette politique de diversification économique, de nouvelles opportunités apparaîtront notamment dans les secteurs du tourisme, de l’automobile et de l’électronique».

Alger, dont la principale source en devise provient de l’exportation des hydrocarbures cherche à diversifier son économie. C’est la raison pour laquelle elle demande aux entreprises françaises plus d’engagement dans son économie, comme le font les entreprises chinoises. L’Algérie demande également aux entreprises françaises de financer des investissements sur son territoire, similaires à ceux qu’elles ont développés au Maroc et en Tunisie.

Source: Sputnik

https://french.almanar.com.lb/938423


 

MANLIO DINUCCI : CIRCUIT DE MORT DANS LA "MEDITERRANEE ELARGIE"

Circuit de mort dans la “Méditerranée élargie”

L’art de la guerre

Par Manlio Dinucci

Mondialisation.ca, 19 juin 2018

ilmanifesto.it

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Les projecteurs politico-médiatiques, focalisés sur les flux migratoires Sud-Nord à travers la Méditerranée, laissent dans l’ombre d’autres flux : ceux Nord-Sud de forces militaires et armes à travers la Méditerranée. Ou plutôt la “Méditerranée élargie”, aire qui, dans le cadre de la stratégie USA/Otan, s’étend de l’Atlantique àla Mer Noire et, au sud, jusqu’au Golfe Persique et à l’Océan Indien.

Dans sa rencontre avec le secrétaire de l’Otan Stoltenberg à Rome, le Premier ministre Conte a souligné la “centralité de la Méditerranée élargie pour la sécurité européenne”, menacée par “l’arc d’instabilitéallant de la Méditerranée au Moyen-Orient”. D’où l’importance pour l’Otan, alliance sous commandement USA que Conte définit comme “pilier de la sécurité intérieure et internationale”. Renversement complet de la réalité.

C’est fondamentalement la stratégie USA/Otan qui a provoqué “l’arc d’instabilité”avec les deux guerres contre l’Irak, les deux autres guerres qui ont démoli les Etats yougoslave et libyen, et celle visant à démolir l’Etat syrien. L’Italie, qui a participé à toutes ces guerres, selon Conte joue “un rôle clé pour la sécurité et la stabilitédu flanc sud de l’Alliance”.

De quelle façon ? On le comprend par ce que les médias dissimulent. Le navire Trenton de la U.S. Navy, qui a recueilli 42 réfugiés (autorisés à débarquer en Sicile àla différence de ceux de l’Aquarius), n’est pas basé en Sicile pour accomplir des actions humanitaires en Méditerranée : c’est une unitérapide (jusqu’à80Km/h), capable de débarquer en quelques heures sur les cotes nord-africaines un corps d’expédition de 400 militaires et leurs véhicules. Des Forces spéciales étasuniennes opèrent en Libye pour entraîner et conduire des formations armées alliées, pendant que des drones armés USA, décollant de Sigonella (Sicile), frappent des objectifs en Libye. Sous peu, a annoncé Stoltenberg, opèreront aussi depuis Sigonella des drones Otan. Ils intègreront le “Hub de direction stratégique Otan pour le Sud”, centre de renseignement pour des opérations militaires au Moyen-Orient, Afrique du Nord, Sahel et Afrique Sub-Saharienne.

Le Hub, qui deviendra opérationnel en juillet, a son siège à Lago Patria, auprès du Commandement de la force conjointe Otan (Jfc Naples), sous les ordres d’un amiral étasunien -actuellement James Foggo- qui commande aussi les Forces navales USA en Europe (avec quartier général à Naples-Capodichino et la Sixième Flotte basée à Gaeta) et les Forces navales USA pour l’Afrique. Ces forces ont été intégrées par le porte-avions Harry Truman, entré il y a deux mois en Méditerranée avec son groupe d’attaque.

Le 10 juin, pendant que l’attention médiatique se concentrait sur l’Aquarius, la flotte USA avec à bord 8000 soldats, armée de 90 chasseurs et plus de 1000 missiles, était déployée en Méditerranée orientale, prête à frapper en Syrie et Irak. Ces mêmes jours, les 12-13 juin, faisait escale à Livourne le Liberty Pride, un des navires militarisés USA, embarquant sur ses 12 ponts une autre cargaison d’armes qui, depuis la base USA de Camp Darby (Pise), se trouvent envoyées mensuellement en Jordanie et Arabie Saoudite pour les guerres en Syrie et au Yémen.

Ainsi alimente-t-on les guerres qui, avec les mécanismes néo-coloniaux d’exploitation, provoquent appauvrissement et déracinement des populations. Par voie de conséquence augmentent les flux migratoires dans des conditions dramatiques, qui provoquent victimes et nouvelles formes d’esclavage. “Il semble qu’être durs sur l’immigration paye, maintenant”commente le président Trump en faisant référence aux mesures décidées non seulement par Salvini mais par tout le gouvernement italien, dont le Premier ministre est qualifiéde “fantastique”.

 Juste reconnaissance de la part des États-Unis, qui dans le programme de gouvernement sont définis comme “allié privilégié” de l’Italie.

 Manlio Dinucci

Article original en italien :

Circuito di morte nel «Mediterraneo allargato»

Edition de mardi 19 juin 2018 de il manifesto

https://ilmanifesto.it/circuito-di-morte-nel-mediterraneo-allargato/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

La source originale de cet article est ilmanifesto.it

Copyright © Manlio Dinucciilmanifesto.it, 2018

https://www.mondialisation.ca/circuit-de-mort-dans-la-mediterranee-elargie/5626327


 

NILS ANDERSSON : LA SOLIDARITE AVEC LA LIBERATION DU PEUPLE ALGERIEN

La solidarité avec la libération du peuple algérien

Né à Lausanne en 1933, Nils Andersson a eu plusieurs vies, toutes passionnantes. Dans l’une d’elles, il a fait partie des compagnons de route de la lutte de libération du peuple algérien dans les années 50 – 60. Solidaire des colonisés face à l’effrayante machine coloniale française, sa répression et sa censure, Nils a beaucoup aidé à faire connaître les crimes de la torture et les atrocités de l’occupation.

Ce témoin, discret mais toujours en première ligne d’événements historiques, nous livre aujourd’hui ses mémoires passionnants. Instructifs pour nos luttes actuelles. Cet extrait évoque son activité de diffusion depuis la Suisse où il avait dû se réfugier, les manœuvres de De Gaulle pour sauver le colonialisme, la révolte des émigrés algériens et les massacres de la police parisienne.

MICHEL COLLON


Nils Andersson | Mémoire éclatée. 
De la décolonisation au déclin de l’Occident

 

LIRE L’EXTRAIT

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Le crépuscule de l’ordre colonial

 

En 1959, Robert Davezies affirme en conclusion de son livre Le Front : « L’écrasement de la Révolution algérienne, son isolement, son asphyxie, sa mort par épuisement… autant de rêves insensés. » Cette affirmation, chaque jour, se vérifie en même temps que l’obstination coloniale fait courir le risque de voir les factieux emporter la République.
 
Le conflit algérien, en raison de la guerre qui se prolonge et de son implication géographique, pose problème aux autorités suisses. Il y a avec la France une tradition de liens privilégiés, les deux États appartiennent au monde occidental, de plus les intérêts suisses en Algérie ne sont pas négligeables et, si l’on pense à la famille Borgeaud (1) ou à la Compagnie genevoise des colonies de Sétif, sont anciens.
 
Le FLN initialement très lié à Nasser, dont le nationalisme panarabe est considéré comme une menace pour l’Occident, reçoit un fort appui du mouvement tiers-mondiste né à Bandoeng et le bloc soviétique lui est favorable, non pas tant dans sa revendication indépendantiste qu’en ce qu’il contribue à l’affaiblissement des puissances coloniales. Enfin, la lutte du peuple algérien véhicule un ferment d’idées révolutionnaires auxquelles les autorités suisses et une large majorité de l’opinion publique ne sont guère favorables.
 
Après l’affaire Dubois, le gouvernement semble vouloir maintenir un délicat équilibre dans ses relations avec une France amie, mais ombrageuse concernant la question de ses colonies et le FLN, qui n’est encore qu’un mouvement de libération nationale, mais dont l’accession au pouvoir est « inscrite dans l’Histoire ».
 
Damien Carron (2) souligne dans ses travaux que le gouvernement, en particulier le conseiller fédéral (3) Max Petitpierre, forte personnalité, ont été sensibilisés par les atteintes aux droits humains dont la France se rend coupable et ont adopté une politique assez balancée ; le mérite de la conduite de cette politique initiée par Max Petitpierre revient à Olivier Long, haut fonctionnaire ayant le titre d’ambassadeur. Une politique qui va permettre à la Suisse d’être acceptée par les deux parties pour organiser les rencontres secrètes entre émissaires français et algériens et assurer, sur son territoire, le séjour de la délégation algérienne durant les négociations d’Évian.
 
Toutefois, dans la période qui précède ce très beau succès de la diplomatie helvétique, les autorités ne sont pas sans craindre que le conflit ne déborde sur le territoire helvétique comme c’est le cas en Belgique, en Allemagne fédérale et en Italie où des attentats sont commis (4).
 
On peut penser qu’un modus vivendi s’établit entre la Suisse, la France et les Algériens sur cette question, mais provocation, actes isolés ou stratégie du pire ne sont jamais exclus. Ainsi, nous sommes en octobre 1960, l’inquiétude officielle est perceptible lors d’une conférence organisée par le MDE et les étudiants algériens à l’occasion du vie anniversaire du déclenchement de la Révolution algérienne. Claude Bourdet se voit refuser de prendre la parole, la réunion est cependant maintenue.
 
Quatre cent cinquante à cinq cents personnes y participent, c’est un grand succès. Lecture est donnée d’une lettre de Claude Bourdet (5), de celle de Jean-Paul Sartre adressée au tribunal lors du procès du réseau Jeanson et aussi d’un message de trois signataires des 121, Arthur Adamov, Bernard Dort et Jean-François Revel (eh oui !). Interviennent notamment Jules Humbert-Droz, figure historique du mouvement ouvrier suisse, André Muret, Gilbert Baechtold et Bernard Antenen pour le MDE. Véritable légitimation du droit à l’indépendance de l’Algérie, le Parti socialiste, le Parti ouvrier populaire et la Nouvelle gauche neuchâteloise soutiennent la manifestation de dénonciation de la guerre coloniale menée en Algérie.
 
Cependant, côté service d’ordre, on fait montre d’une évidente nervosité, comme l’indique le rapport de police : « Pour prévenir tout désordre ou bagarre… un détachement de onze gendarmes… se trouvait au poste de Gendarmerie de Lausanne-Gare (aux abords de la réunion). Ce détachement avait reçu l’ordre de déposer les pistolets et était muni de matraques à n’utiliser que sur ordre… la police de sûreté et la Police fédérale ont organisé une surveillance dans la salle des xxii Cantons (lieu de la réunion) et dans la gare… La police lausannoise également sur place… tenait en réserve une trentaine d’hommes… cinq agents de la Police judiciaire municipale surveillaient les abords immédiats de la gare… et pour faire face à toute éventualité, une brigade de la circulation était de piquet à la caserne de Gendarmerie. » (6) Le seul événement à signaler sera le succès de la manifestation.
 
À un autre moment, l’inspecteur Racle me prévient que la police dispose d’informations selon lesquelles je pourrais être l’objet d’un attentat, il me propose, pour assurer ma protection, une garde rapprochée. Il est difficile de connaître la réalité de la menace, mais accepter une garde rapprochée signifie être soumis à un contrôle continu de mes activités et de mes contacts. Je décline donc la proposition, mais demande, puisque menaces il y aurait, le droit au port d’arme. Il m’est accordé, ce qui tend à confirmer le bien-fondé de l’information.
 
En possession de mon autorisation, j’achète un 6,35 et une boîte de cartouches, le tout aussitôt mis dans un tiroir, car si je devais faire face à un commando, que ce soit la « Main rouge » ou l’OAS, les chances d’en réchapper, même doté d’un 6,35, sont minces. Ne pas céder à la peur, maintenir certaines précautions, éviter toute vie publique et mondanités (ce qui me convient parfaitement), renoncer aux sorties entre amis et au cinéma, ne pas avoir d’horaires réguliers et poursuivre sereinement ses activités sont la seule attitude possible.
 
En Algérie et en France, six années de guerre exacerbent les ­antagonismes et trois événements vont marquer des étapes décisives vers l’indépendance. En décembre 1960, de Gaulle effectue une nouvelle tournée en Algérie pour expliquer son idée « d’Algérie algérienne ». L’objectif est d’isoler le FLN et de constituer une troisième force avec qui la France négocierait une « autonomie » de l’Algérie. Concession insupportable aux ultras de l’Algérie française, il s’ensuit des affrontements et des violences à l’encontre de la population algérienne.
 
À la suite de ces agressions, le 11 décembre se produit un événement que personne n’a prévu, ni à Tunis ni à Paris : partant de Belcourt et gagnant tous les quartiers d’Alger, des manifestants descendent massivement dans la rue, scandant « vive l’Algérie ! », « vive l’indépendance ! » Aux fenêtres et aux balcons, sur les terrasses et dans les cortèges, les drapeaux vert et blanc sortent des caches. Le peuple algérien fait connaître sa détermination à ne pas céder jusqu’à l’obtention de l’indépendance. La répression fait 114 morts, mais le cours de la guerre est changé, la volonté populaire ne pourra être vaincue, une seule voie est possible, la négociation.
 
Après le 11 décembre, pour de Gaulle, mais également pour les dirigeants algériens, rien ne sera plus comme avant. La direction du FLN, consciente de l’impossibilité de remporter une victoire militaire mais portée par le cours de l’histoire et par la légitimité de sa revendication, se devait de tenir, de ne pas céder, mais qu’en était-il d’une population confrontée à la machine de guerre d’un occupant disposant d’importants moyens de répression et de manipulation ? La manifestation du 11 décembre, formidable bouffée d’air pour le GPRA, a montré que la population tenait, que son aspiration était irréductible ; politiquement, la lutte de libération était gagnée.
 
Les Français d’Algérie vont basculer dans l’aventure jusqu’à vouloir envoyer les paras sur Paris, mais de Gaulle n’est pas Guy Mollet. Si quelques tomates ont suffi pour qu’il renie les promesses du Front Républicain, de Gaulle ne cède pas au chantage des paras lâchés sur Paris. Pour autant, la machine de guerre à l’encontre des Algériens en France ne se relâche pas, les basses besognes pour briser l’organisation du FLN sont confiées à des supplétifs, les harkis, qui sont à la guerre d’Algérie ce que fut la milice de Vichy sous l’Occupation. Réplique de la « bataille d’Alger », la « bataille de Paris » est engagée.
 
Le 6 octobre 1961, arguant de la recrudescence des attentats FLN contre les policiers, Maurice Papon, secrétaire général de la préfecture de la Gironde sous l’Occupation allemande, devenu préfet de police, décide d’établir dans Paris et la banlieue parisienne un couvre-feu discriminatoire pour les Algériens. Face à l’intensification des mesures répressives et pour peser sur l’ouverture de vrais pourparlers de paix, une riposte est nécessaire. Il faut démontrer que les Algériens, en France, comme en Algérie, sont inflexibles. La décision est prise d’organiser les 17 et 18 octobre des manifestations. Les instructions données sont claires, manifester dans le calme et éviter toute violence.
 
« À l’heure où, sous la pluie, le pavé noirci reflète les enseignes au néon, à l’heure où Paris fait la queue à la porte des cinémas, où Paris pousse la porte des restaurants, où Paris ouvre ses huîtres, au moment où Paris commence à s’amuser, ils ont surgi de partout… »(7)
 
Nul ne peut encore envisager la tuerie à venir. Au lendemain du massacre, de Libération (8), France-Observateur, L’Humanité, Le Monde, L’Express, La Croix à France-Soir et Le Figaro, tous reconnaissent le caractère non violent de la manifestation, tous dénoncent ou admettent les « excès policiers » sans en dévoiler l’ampleur.
 
Des anticolonialistes français ont été disséminés à la demande des Algériens le long du parcours de la manifestation, leur présence empêchera d’accréditer le mensonge officiel. François Maspero est l’un d’entre eux, il publie, avec des photos d’Élie Kagan, Ratonnades à Paris, un livre qui témoigne du crime d’État. Vérité-Liberté fait paraître un numéro accablant : « L’évidence est là : la jonction que nous redoutions en avril entre les tortionnaires d’Alger et les tortionnaires de M. Papon est réalisée dans les faits. »
 
Selon la Préfecture de police, il y a eu deux morts parmi les manifestants, les Algériens en décomptent plus de deux cents. Ce dernier chiffre se verra confirmé par les travaux des historiens.
Dans Les Temps Modernes, on lit : « Pogrom ; le mot jusqu’ici ne s’écrivait pas en français… » Soudain s’étalait en pleine rue, au cœur de la capitale, ce que dissimulait jusqu’alors l’ombre des commissariats et des caves…
 
Esprit, dans un texte intitulé « Contre la barbarie », fait ce terrible constat : « La Seine charrie les frères des cadavres qui dorment au fond de la baie d’Alger » et répondant aux arguments de Papon qui évoque les « agissements criminels des terroristes algériens » conclut : « Aucun raisonnement politique, aucune prudence administrative ne valent face à de tels crimes. »
 
Jean Carta constate dans Témoignage Chrétien : « Il ne s’est rien passé d’extraordinaire à Paris mardi soir : on matraquait, on mitraillait. Le seul fait extraordinaire, c’est que pour une fois, les matraquages se déroulaient sous nos yeux, au cœur de la capitale » et de répondre à Roger Frey, ministre de la Justice : « S’il faut mille, dix mille témoins, ils sont prêts, même si la justice, qui doit les entendre ressemble de plus en plus à celle d’Arturo Ui. »
 
L’infamie dénoncée, il y a l’interrogation d’Hervé Bourges, également dans Témoignage Chrétien. Sous le titre « Le temps de Tartuffe » il écrit : « Je vous le demande : qui, oui qui, à l’appel des partis, des mouvements, des syndicats, aurait dû défiler et réclamer — au nom des principes qui ont fait aimer et respecter notre pays dans le monde — la fin des honteuses discriminations racistes et de la guerre en Algérie ? »
 
C’est le même triste constat que fait Vérité-Liberté : « Jamais le décalage entre la gauche française et la Révolution algérienne n’est apparu aussi éclatant. » François Maspero dans Partisans souligne ce clivage que la Déclaration des 121 a révélé entre une dénonciation morale de l’horreur et le droit à l’insoumission. « Le fait que le courage, l’héroïsme même des familles algériennes de la région parisienne, aient réussi à faire enfin éclater jusque dans les rues des quartiers bourgeois l’atroce vérité, l’atroce visage de nos chiens en uniforme, ne doit pas permettre à qui que ce soit de se donner le luxe de ces comédies où l’on répète : nous dénonçons, mais nous ne sommes pas du même monde. » (9)
 
Le 2 novembre 1961, militants FLN et Français membres des réseaux de soutien solidaires engagent dans toutes les prisons françaises une grève générale et illimitée de la faim pour l’obtention du statut de prisonnier politique. La grève dure, l’opinion publique s’émeut, un appel est lancé en soutien aux grévistes, il est important de le relayer hors de France. Dans l’urgence, avec Sylvain Goujon, nous contactons par téléphone des personnalités suisses, elles sont immédiatement et sans réserve favorables à cette initiative.
 
Dans un délai très court, vingt-quatre heures, l’appel peut être transmis à la presse avec de mémoire les noms de Karl Barth, Léopold Ruziscka, Max Bill, Ernest ­Ansermet, Friedrich Dürrenmatt… Malheureusement cet engagement des plus grands intellectuels suisses ne sera pas relayé par la presse. L’essentiel, après trois semaines de grève de la faim, le statut de prisonnier politique est accordé aux militants algériens incarcérés.
 
Manifestations pour la paix en Algérie et contre l’OAS prennent de l’ampleur ; le 8 février 1962, les syndicats CGT, CFTC, FEN, SNI et UNEF organisent une manifestation pour protester contre sept attentats commis par l’OAS dans Paris. Michel Debré, Premier ministre, Roger Frey, ministre de l’Intérieur et Maurice Papon, toujours préfet, font, alors que l’ordre de dissolution de la manifestation est donné, charger des manifestants, les uns refluent dans les rues et immeubles avoisinants, d’autres se réfugient dans les bouches de métro.
 
À la station Charonne, les manifestants pris au piège, les policiers s’acharnent jusqu’à lancer sur eux des grilles d’arbres, neuf d’entre eux, syndicalistes CGT et communistes, sont assassinés. C’est le crime de trop, le jour des obsèques, des centaines de milliers de personnes marchent vers le Père-Lachaise. L’opposition à la guerre d’Algérie, longtemps un acte minoritaire, prend un caractère de masse ; l’irréductibilité des Algériens se conjugue dès lors avec le refus d’une part toujours plus grande du peuple français. L’issue se profile.
 
François Maspero publie la revue Partisans qui va être l’expression de la « génération algérienne », on y lit : « Quand nous parlons de génération algérienne, c’est pour fixer ce que nous avons en commun. Nous avons dû résoudre un certain nombre de problèmes, seuls. Solidarité avec le peuple algérien en lutte pour son indépendance, refus de faire une guerre injuste. » (10)
 
Le comité de rédaction appartient à cette « génération » (11) et ­l’éditorial, signé par Vercors, passage de génération, ajoute à la symbolique : « Comme l’indique le nom de cette revue, nous sommes des partisans. Littré donne à ce mot deux significations. Nous répondons à l’un et voulons être prêts à répondre à l’autre : “partisans”, ce mot se dit de ceux qui ont de l’attachement pour quelqu’un ou pour quelque chose ; il se dit aussi de ceux qui font une guerre de surprises ou d’avant-postes.
 
Nous sommes “attachés” à la démocratie, à la justice, à l’égalité des individus et à celle des races humaines, à la libération de tous les hommes de toutes les formes d’oppression et d’aliénation en un mot : à la révolution socialiste. Nous nous préparons à combattre, si l’éventualité nous y obligeait, les ennemis de la démocratie, de la justice, de l’égalité des individus et des différences qu’on les appelle fascistes, racistes ou colonialistes, dans une guerre de surprises et d’avant-postes. » Dès son premier numéro, la revue est saisie.
 
Terrible fin de partie, les jusqu’au-boutistes de l’Algérie coloniale entraînent la population européenne d’Algérie dans une politique de la terre brûlée, enchaînement suicidaire ne laissant qu’une voie possible, celle du départ, de l’exil.
 
Dans cette situation de violences, il doit être répondu à de nouveaux besoins, ainsi, en liaison avec le docteur Bentami, délégué du Croissant Rouge Algérien, un ramassage de médicaments pour l’Algérie s’organise et grâce aux initiatives et au dévouement de Madeleine Cuendet, responsable de la section de Lausanne de la Croix-Rouge suisse, des médicaments sont récoltés dont le tri a été assuré par des étudiants de l’UGEMA dans les locaux de La Cité. Les médicaments sont acheminés en Tunisie par le Comité International de la Croix-Rouge (12).
 
Je suis contacté par Edmond Kaiser, fondateur de Terre des Hommes. Son projet, en liaison avec la CIMADE, faire venir en Suisse de jeunes Algériens des banlieues de Paris et de Marseille pour un séjour de vacances ; un appui logistique des Algériens est demandé pour seconder cette initiative. Les autorités suisses exigeant un contrôle médical en gare de Cornavin, à l’arrivée à Genève, des médecins algériens et suisses effectuent ce contrôle. Je vois l’un d’eux, parfaitement calme, faire une clé à un jeune. Devant ma surprise, il me précise qu’ils sont dans un rapport de force et veulent connaître leur espace. Je me remémore à ce moment une réunion ­préparatoire avec Edmond Kaiser, où une jeune enseignante, très dévouée, qui ­faisait partie de l’encadrement du camp, a proposé entre autres « centres d’intérêt », des activités sur la pomme.
 
Le contrôle médical effectué, le groupe part pour le Jaun Pass. Le lendemain, alerte, les jeunes de Paris et Marseille s’affrontent et l’un d’entre eux, blessé, a dû être hospitalisé. Je contacte l’UGEMA qui envoie immédiatement des étudiants algériens sur place pour suppléer l’encadrement dépassé, la pomme n’était pas le bon thème. Il n’y a pas eu d’autre incident notoire, si l’on excepte une organisation défaillante nécessitant un repli du camp dans le château de Morges, ancienne armurerie et pas encore musée, peu propice à recevoir ces jeunes.
 
Des filières vers l’Algérie s’ouvrent, d’où le besoin de répondre à des demandes d’un tout autre ordre : par exemple, une voiture à double fond pour la zone autonome d’Alger. Je m’adresse à des anciens de la guerre d’Espagne. Rendez-vous est pris dans un garage à Genève, des dispositions très strictes sont adoptées, je reviendrai avec l’ami algérien, les présentations faites, je m’éclipserai. Je fus informé que la voiture était bien arrivée à Alger.
  
Autre demande, l’organisation des Algériens souhaite changer une importante somme de francs algériens en francs suisses, le franc algérien n’ayant bientôt plus cours. Je me rends à ma banque, dont je suis un client ordinaire, pour demander d’effectuer cette opération. On me fait monter au premier étage où je suis mis en relation avec une personne habilitée ; l’opération est tout à fait légale. La transaction est acceptée.

L’indépendance se profilant, les initiatives sont nombreuses. Je reçois un appel téléphonique d’Isabelle Vichniac qui veut me rencontrer. Je me rends rue de Beaumont où elle me présente à un membre de l’ambassade d’Israël pour me demander d’informer les responsables algériens qu’Israël est prêt à envoyer en Algérie des spécialistes des traumatismes de guerre, domaine dans lequel ils sont sans nul doute compétents.
 
Tout en étant sceptique sur l’accueil qui sera fait à cette proposition « d’aide humanitaire », l’opportunité de la démarche israélienne ne me surprend pas, je suis plus étonné que cette rencontre se déroule au domicile d’Isabelle Vichniac, je ne l’ai jamais entendue faire état de rapports avec l’ambassade israélienne. La réponse à la proposition de l’attaché ne peut être prise au niveau des responsables en Suisse du FLN, je fais donc informer des responsables proches du gouvernement provisoire à Tunis. La réponse revient, après quelques jours, ainsi que je le prévoyais, négative.
 
L’interdiction d’entrée en France ne m’empêche pas de me rendre à Paris pour des rencontres. Pour éviter de dormir à l’hôtel, je dispose de deux hébergements appréciés, l’un et l’autre dans le ve arrondissement, chez François Maspero et Marie-Thérèse Maugis ou chez Gérard Chaliand et Juliette Minces.
 
Gérard et moi, nous nous sommes connus dans les réunions du comité de rédaction Partisans. Comme je l’ai déjà signalé, il milite avec Georges Mattéi pour l’organisation des passages de frontières réceptionnés par Francis Baudin dans le Jura neuchâtelois. Je n’ai connu cette « proximité » qu’après l’indépendance. Nous avons spontanément communiqué : chaleur dans l’accueil qui a des racines culturelles, passion d’échanger et de connaître les autres, l’amitié n’est pas seulement chez Gérard Chaliand, homme de fidélité, un sentiment, elle lui est consubstantielle, si le mot fraterniser à un sens, avec lui, ce mot se fait réalité. De plus, nous avons beaucoup à partager.
 
La signature des accords d’Évian ne met pas un terme à l’horreur, ultras de l’Algérie française et barbouzes de de Gaulle s’entre-tuent, les Algériens ont des comptes à régler avec leurs traîtres, l’OAS organise ses ultimes attentats en France. Quand de Gaulle échappe à l’attentat du Petit-Clamart, l’Algérie est indépendante.
 
Le 3 juillet 1962, la liesse est générale en Algérie. À Lausanne, l’UGEMA organise une fête pour l’indépendance, ce fut une rencontre entre Algériens, Suisses et Français, sœurs et frères, réunis. Jean Pouillon prit la parole pour la rédaction des Temps Modernes. Dans ce moment, le projet commun à tous les Algériens est de rejoindre leur pays ; ce départ va aussi être celui de Suisses qui souhaitent contribuer à aider une Algérie meurtrie par cent trente ans de colonialisme et huit ans de guerre. Pour célébrer l’indépendance, des Algériens se rendent à une invitation chez un banquier du nom de François Genoud, c’est là une autre histoire.
 
Le choix de l’insoumission a permis de ressentir et de partager l’espoir qui unissait nos frères Algériens et il nous a unis à eux ; ce fut une expérience irremplaçable de savoir que les dénués de droit peuvent vaincre. Avoir répondu à cet appel n’a pas été un mérite, mais un moment de convictions partagées.

 

Notes:

  1. Henri Borgeaud, petit-fils du fondateur de la dynastie, député et sénateur français. Son oncle, Jules Borgeaud, fut consul de Suisse.
  2. Op. cit. : La Suisse et la guerre d’indépendance algérienne, 1954-1962.
  3. Ministre des Affaires étrangères.
  4. Rappelons parmi les attentats commis, en Belgique celui contre Georges Laperche, militant anticolonialiste, en Allemagne contre Yaici Abdelkader (Nouasri), militant algérien et en Italie contre Taïeb Boulahrouf, représentant du GPRA.
  5. Signe évident d’une évolution des opinions, La Nouvelle Revue de Lausanne, organe quasi officiel du Parti radical, publie in extenso la lettre de Claude Bourdet.
  6. Rapport de la police de sûreté du 4 novembre 1960.
  7. Paulette Péju, Ratonnades à Paris, photos d’Élie Kagan, Éditions Maspero, 1961.
  8. C’est encore Libération fondé en 1941.
  9. Partisans, n° 2, numéro saisi.
  10. « À propos de la génération algérienne », Partisans, n° 1, 1961.
  11. Le Comité de rédaction est composé, autour de François Maspero, de Jean Carta, Gérard Chaliand, Georges Dupré, Maurice Maschino, Marie-Thérèse Maugis, Pierre-Jean Oswald, Jean-Philippe Talbo, Nils Andersson.
  12. Effet collatéral, les contacts pris avec des représentants cantonaux des sociétés de ­médecine pour qu’elles contribuent à la récolte de médicaments suscitent une enquête de la police.

 

Nils Andersson | Mémoire éclatée.
De la décolonisation au déclin de l’Occident

 

Mémoire éclatée, de la décolonisation au déclin de l’Occident ­constitue un témoignage exceptionnel sur plus de soixante ans du parcours de Nils ­Andersson né en 1933 à Lausanne d’un père suédois et d’une mère française.

L’auteur évoque la Lausanne culturelle et politique des années cinquante, sa rencontre, en 1956, avec Jérôme Lindon (Éditions de Minuit), Jean-Jacques Pauvert, et Robert Voisin (Éditions de l’Arche) et la fondation de La Cité Diffusion puis de La Cité-Éditeur. Dès 1961, il diffuse les Éditions Maspero et publie, entre autres, Mao Zedong, Liègme, Debluë, Weideli et Jotterand.

La publication d’ouvrages liés à la cause algérienne et censurés ou interdits en France dont La Question d’Henri Alleg (Minuit) ainsi que ses rapports avec les réseaux Jeanson et Curiel, lui ferment les portes de la France pendant de nombreuses années. En 1966, son engagement dans l’édition militante amène son expulsion de Suisse par le Conseil fédéral. Pendant cinq ans il va travailler dans l’Albanie d’Enver Hoxha à Radio Tirana, puis devient diffuseur du livre français dans la Suède d’Olof Palme. Dans les années 1990, il s’installe à Paris et milite notamment chez Attac, Sortir du colonialisme, etc.

Nils Andersson collabore, entre autres, au Monde diplomatique, Politis, L’Humanité, Recherches Internationales, La Pensée, Les Temps ­Modernes, Savoir/Agir.


Sommaire

Préface, par Gérard Chaliand 9

I. Premiers cheminements

Métropole 11 19
« La veine de la chance » 27
Pays du Lac 31
Bucarest 36
Clartés 43
Un autre théâtre pour un autre public 51
T 1 56
Retour aux sources 62
La Cité 67
Ramuz et Stravinsky dans la Guerre froide 72
Les « pèlerins de Moscou » 72
Le plus beau des héritages 83

II. Le choix du libre arbitre

La Question 93
L’odeur d’encre et de plomb 104
Les réseaux 111
La Pacification 117
Le front éditorial 125
Un espoir fraternel, le droit à l’insoumission 135
La Suisse algérienne 145
La rose, le réséda et le jasmin 153
Le Temps de la Justice 163
Le crépuscule de l’ordre colonial 174
En guise de bilan 185
Le théâtre dans La Cité 193
La guerre est finie 204
Partisans et Révolution 212
Tiers-mondisme et internationalisme 220

III. Un grand tournant

La scission sino-soviétique 273
Les tribulations suisses du schisme Pékin-Moscou 242
Le Centre Lénine 250
Comment on devient un « espion » 262
La Cité avant que le rideau ne tombe 275
De Kuo Mo-Jo à François Mitterrand, des Antilles à la Palestine 283
L’expulsion 290
L’impensable soutien 301
Une page se tourne 313
De la place de Brouckère à la place Skanderbeg 321
Pourquoi l’Albanie ? 330

IV. La résistance de Lilliput

Mirësárdhje 343
Radio Tirana 350
Celui par qui Kadare est arrivé 358
Ce peuple et ce pays que j’ai aimés 366
Transformer la société est ô combien plus difficile que libérer le pays 377
Ce sont des hommes et des femmes qui font la révolution… 388
Un rapport de force trop inégal 395
Échos du pouvoir 403
Le critique est facile 410
Hors les frontières du « pays des aigles » 420
Mirupàfshim 430

V. L’autre Europe

Uppsala, nouveau port d’attache 439
Du bon usage du français 451
Du Gustavianum à Kopparberget 461
À nouveau l’Albanie 468
Droit du sol, du sang et de l’acquis 477
Premiers faux pas parisiens 487
Le passage au nouvel ordre mondial 495
Le Droit, terrain politique 503
Rester insoumis 510
Le mot de la fin 523

Bibliographie 525
Index des noms 531

 

Texte reproduit avec l’aimable autorisation de l’éditeur.

Source: Nils Andersson, Mémoire éclatée. Editions d’en bas. Lausanne, 2016. p 174-184.

 

https://www.investigaction.net/fr/la-solidarite-avec-la-liberation-du-peuple-algerien/


 

L'ARMEE NATIONALE POPULAIRE ALGERIENNE RATISSE LES WILAYAS DE BOUIRA, BOUMERDES, BEJAÏA ET TIZI OUZOU

Des soldats de l'armée algérienne

L’armée algérienne ratisse large les wilayas de Bouira, Boumerdès, Béjaïa et Tizi Ouzou

CC0 / MC1 Brian A. Goyak / A boarding team from Algerian navy ship Mourad Rais (F 901) conducts an exercise

INTERNATIONAL

URL courte

Kamal Louadj

20121

La Kabylie est actuellement le théâtre d’un vaste ratissage de l’Armée nationale populaire algérienne visant à «liquider les derniers bastions des groupes terroristes dans la région». Cette opération a été lancée quelques jours après l’appel du chef du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie à constituer des forces de sécurité kabyles.

L'Armée nationale populaire algérienne (ANP) mène, depuis quelques jours, une vaste opération de ratissage et de bombardement à l'artillerie lourde des bastions d'Al-Qaïda au Maghreb islamique* (AQMI), dirigé par Abdelmalek Droukdel. Le théâtre des opérations a lieu dans les wilayas de Bouira, Boumerdès, Béjaïa et Tizi Ouzou (constituant la région de la Kabylie), selon le journal algérien arabophone El Bilad, dans son édition du 12 juin 2018.

 

Alger

© AFP 2018 LUDOVIC MARIN

Des forces de sécurité kabyles? Quel risque pour l’unité nationale algérienne?

Ce ratissage a été lancé suite aux ordres donnés par le chef d'état-major de l'ANP et vice-ministre de la Défense, le général de corps d'armée Ahmed Gaïd Salah, aux officiers supérieurs de l'armée algérienne de «liquider les derniers bastions des groupes terroristes dans la région», selon le journal.

 

Selon des sources sécuritaires concordantes, citées par le quotidien, l'ANP aurait lancé cette opération «suite aux informations précises qu'auraient livrées les terroristes arrêtés ces derniers jours dans les wilayas de Boumerdès et de Tizi Ouzou». «Ces informations feraient état de préparation d'un grand rassemblement réunissant les émirs et les dirigeants de la région centre d'AQMI* pour tenter de remettre de l'ordre dans l'organisation de Droukdel qui est sur le bord de l'effondrement», ont ajouté les mêmes sources.

 

Des soldats de la marine algérienne

CC0 / MASS COMMUNICATION SPECIALIST STEVEN HARBOUR/NAVY.MIL / ALGERIAN SAILORS CONDUCT MARITIME INTERDICTION OPERATIONS (MIO)

L’armée algérienne serait désormais apte à parer «à toute menace»

Selon le journal, AQMI* connaît de graves dissensions au sein de ses différentes unités et groupes, dont beaucoup d'éléments, fraichement recrutés, se rendent aux forces de sécurité algériennes en répondant aux appels de leurs familles et d'anciens hauts responsables de cette organisation terroriste ayant choisi de déposer les armes.

 

Les forces de l'ANP ont élargi la carte de leurs opérations militaires antiterroristes, a ajouté le média. Sur cette carte, «il apparaît que la deuxième région, c'est-à-dire la Kabylie, a la plus grande présence de forces de l'Armée nationale populaire, vu que le noyau dur d'AQMI* est basé dans cette région du pays», selon le journal.

Aucun bilan n'a été rendu public pour l'instant sur les résultats des opérations dans les quatre wilayas citées ci-dessus, selon El Bilad.

Pour rappel, une courte vidéo publiée de Londres le 4 juin montre Ferhat Mehenni, président du Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie (MAK) et du gouvernement provisoire kabyle (GPK), appeler les Kabyles à constituer des forces de sécurité destinées à se substituer aux forces algériennes.

 

«Donc pour que cette indépendance devienne réalité, j'appelle la Kabylie, j'appelle le peuple kabyle à accepter de bonne grâce et en toute conscience la mise sur pied d'un corps de contrainte, d'une organisation de sécurité de la Kabylie», a-t-il déclaré.

 

Alger

© AFP 2018 HOCINE ZAOURAR

L’Algérie pourrait imposer des taxes sur «tous les produits importés de l’UE»

Cette étape est nécessaire, selon M.Mhenni, qui ajoute qu'à défaut «nos enfants continueront d'aller à l'école de l'aliénation [l'école algérienne, ndlr] et de se faire tabasser dans la rue par la police coloniale [la police algérienne, ndlr] à chaque fois qu'ils descendent pour protester pour n'importe quoi». «Donc il faut que l'autorité coloniale [algérienne, ndlr] soit remplacée par l'autorité kabyle», a-t-il lancé.

 

Pour sa part, le Rassemblement pour la Kabylie (RPK), luttant pour l'autonomie de cette région mais sous la tutelle des autorités algériennes, a condamné les propos du chef du MAK dans un communiqué en date du 4 juin 2018.

«Le sens de discernement nous commande aussi de ne pas occulter les considérations géopolitiques et de rester insensibles au développement et à la prolifération des conflits au niveau régional», a affirmé Hamou Boumedine, le coordinateur du RPK, dans le communiqué.

«Les exemples ne manquent pas dans l'actualité internationale (la Libye, la Syrie, le Sahel… etc.), et dans notre passé récent (la décennie noire) pour se laisser entraîner dans une aventure orchestrée par des forces obscures dont l'agenda est chargé par des actions de déstabilisation des nations», a-t-il ajouté.

*Organisation terroriste interdite en Russie

https://fr.sputniknews.com/international/201806131036779879-algerie-bouira-boumerdes-bejaia-tizi-ouzou-ratissage-anp/


 

L'ARMEE NATIONALE POPULAIRE ALGERIENNE DESORMAIS APTE A PARER A TOUTE MENACE

Des soldats de la marine algérienne

L’armée algérienne serait désormais apte à parer «à toute menace»

CC0 / Mass Communication Specialist Steven Harbour/navy.mil / Algerian Sailors conduct Maritime Interdiction Operations (MIO)

INTERNATIONAL

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Kamal Louadj

346416

L’Armée nationale populaire (ANP) est prête à défendre le territoire algérien en toutes circonstances, et contre tout envahisseur. C’est ce qu’affirme la revue El-Djeich dans son numéro de juin 2018 en soulignant le haut niveau de compétence atteint par les différents corps de combat de l’ANP.

L'Armée nationale populaire (ANP) a atteint un tel niveau de formation, de préparation et de maîtrise des armements modernes, qu'elle est désormais en capacité de faire face à n'importe quelle menace extérieure, quelle que soit son origine. C'est ce que proclame la revue de l'armée algérienne El-Djeich (L'Armée) dans l'éditorial de son numéro de juin 2018.

 

Mi-171Sh

© SPUTNIK . RUSLAN KRIVOBOK

L’armée de l’air algérienne s’équipera d’un hélicoptère russe «tueur de chars» (vidéos)

Le niveau de compétence atteint par les unités de combat des trois corps de l'ANP, soit les forces terrestres, les forces aériennes et la marine, «lui permet d'accomplir pleinement son devoir qui consiste à faire face à toute menace d'où qu'elle vienne et que l'on peut clairement constater à travers les exercices sur le terrain, exécutés périodiquement par les différentes unités de l'ANP», écrit ainsi la revue.

 

El-Djeich a rappelé que la stratégie de développement et de modernisation des capacités de l'ANP obéissait à une stratégie soigneusement établie afin de relever les défis auquel est confronté le monde actuel. «De par le fait que le monde contemporain est caractérisé par une situation d'instabilité et de bouleversements, et consciente de l'ampleur des défis actuels et futurs nécessitant pour l'État de disposer d'un système de défense puissant et au diapason des exigences de l'heure», souligne encore le média.

 

Le général de corps d'armée Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'ANP et vice-ministre de la Défense

CC BY-SA 4.0 / LAMRAOUI.LAMIN / AHMED GAID SALAH WITH THE ARMY

L’armée algérienne répond aux manœuvres USA-Maroc par «Déluge 2018»

L'Armée nationale populaire algérienne a répondu, pour la troisième année consécutive, avec des exercices de grandes envergures aux manœuvres militaires organisées par les États-Unis via le Commandement des États-Unis pour l'Afrique (AFRICOM), le Royaume-Uni et le Maroc sous le nom «African Lion», avec la participation d'autres pays, sur le sol marocain. L'édition 2018 de ces exercices de l'ANP, qui s'est déroulée le 6 mai à Oran, dans l'ouest du pays, et qui a pour nom «Toufane 2018» ou «Déluge 2018», est décrit comme la plus importante manœuvre militaire de toute l'histoire de l'armée algérienne.

 

La particularité des manœuvres «Toufane 2018» est le fait qu'elles ont été exécutées par des unités relevant des forces terrestres et des forces navales, et appuyées par des unités des forces aériennes et des forces de la défense aérienne, et ce sous un même commandement.

Lors de sa visite en Algérie en 2006, le Président Vladimir Poutine a donné un énorme souffle au partenariat stratégique signé entre l'Algérie et la Russie en 2001 à Moscou, en effaçant la dette militaire algérienne de 4,7 milliards de dollars. Profitant de l'embellie financière des années 2000 due au prix élevé des hydrocarbures, l'Algérie a mené un vaste programme de réarmement de son armée, par l'acquisition de nouveaux équipements sophistiqués et la modernisation des plus anciens. La Russie a été le principal partenaire de l'Algérie dans l'effort de remise à niveau de son armée.

https://fr.sputniknews.com/international/201806081036711538-algerie-armee-apte-parer-toute-menace/


 

ALGER S'INSURGE CONTRE L'UE : "L'ALGERIE NE SE SOUMET A AUCUNE PARTIE ET NE CONSULTE PERSONNE DANS LE BUT D'OBEIR A SES ORDRES"

Un supporteur lors d'un match Allemagne-Algérie en 2014

«L’Algérie ne se soumet à aucune partie»: Alger s’insurge contre l’UE

© Sputnik . Alexei Filippov

INTERNATIONAL

URL courte

4615018

Sur fond de tensions avec l’Union européenne dans le domaine des importations, le ministre algérien du Commerce, Saïd Djellab, a affirmé que «l’Algérie ne se soumet à aucune partie».

Saïd Djellab, le ministre algérien du Commerce, a haussé le ton sur fond de pressions exercées par l'UE sur son pays suite à la décision de son gouvernement de geler les importations de plusieurs produits, relate ObservAlgerie.

«L'Algérie négocie avec l'Union Européenne dans le cadre du partenariat qui unit les deux parties, et ne reçoit pas d'ordres de sa part», a-t-il déclaré, cité par le média.

«L'Algérie ne se soumet à aucune partie, et ne consulte personne dans le but d'obéir à ses ordres», a souligné le ministre, en ajoutant que les autorités algériennes «ne recevraient pas d'ordres de l'UE, mais «les informent de leurs décisions et négocient avec eux».

 

mosquée

© SPUTNIK . VALERIY MELNIKOV

Pour les imams d’Algérie, la rente pétrolière doit ruisseler jusqu’à eux!

Les déclarations du ministre algérien surviennent sur fond de vaste polémique déclenchée depuis quelques semaines suite à des propos de la commissaire européenne du Commerce, Cécilia Malmstrom, devant la Commission des affaires économiques et des affaires étrangères de l'Assemblée nationale française. Elle a alors déclaré que «l'Algérie ne respectait pas ses accords commerciaux avec l'Union européenne».

 

Selon ObservAlgerie, une délégation européenne s'était également rendue à Alger en avril dernier pour trouver un compromis suite aux mesures prises par le gouvernement algérien concernant la réduction des importations.

https://fr.sputniknews.com/international/201805191036444092-algerie-said-djellab-ue-importations/


 

L'ARMEE DE L'AIR ALGERIENNE VA SE DOTER D'UN HELICOPTERE RUSSE "TUEUR DE CHARS"

L’armée de l’air algérienne s’équipera d’un hélicoptère russe «tueur de chars»

 Depuis 20 heures  17 mai 2018

helicoptere

 Algérie - Maghreb - Monde arabe

 

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Incessamment, 39 hélicoptères Mil Mi-171 compléteront la flotte de l’armée de l’air algérienne, une fois modernisés à Ulan-Ude en Russie, selon le site Menadefense. Le nouveau prototype qui porte le nom de SuperHip est décrit comme un «tueur de chars».

L’armée de l’air de l’Armée nationale populaire algérienne (ANP) va se renforcer prochainement avec des hélicoptères Mil Mi-171, rénovés à Ulan-Ude en Russie et baptisés SuperHip, qui sont des «tueurs de chars», a indiqué ce jeudi le site d’information militaire Menadefense.
«On l’a vu désarmé il y a quelques semaines, puis armé depuis deux jours, le prototype de SuperHip destiné à l’armée de l’air algérienne semble bien avancé», écrit le site.

Le nouvel appareil sera «équipé d’un système de protection active et passive Président-S» destiné à parer les attaques de missiles sol-air, a ajouté le média en précisant que «le Mi-171 portait aussi deux ports roquettes B-8V20A, deux paniers de quatre missiles 9M120 Ataka et une boule optronique».

En 2015, rappelle Menadefense, «39 Mi-171Sh ont été rénové à Ulan-Ude, leurs cellules ayant été rafraîchies, et leurs moteurs et systèmes avioniques changés». «Il semble que c’est le nombre de Mi-171 qui seront modernisés», a-t-il annoncé.

En recevant ces 39 SuperHip, l’armée de l’air algérienne s’équipera à prix raisonnable, explique le site d’information, «d’une escadre d’hélicoptères pouvant effectuer des patrouilles armées et viser des chars à une distance de cinq à huit kilomètres». «Ce qui en fait un moyen de support très appréciable qui complétera la flotte d’hélicoptères d’attaque [de l’armée de l’air algérienne, ndlr] qui compte 42 Mi-28 et une vingtaine de Mi-24 Mk-III modernisés», a conclu le média.

Lors de sa visite en Algérie en 2006, le Président Vladimir Poutine a donné un énorme souffle au partenariat stratégique signé entre l’Algérie et la Russie en 2001 à Moscou, en effaçant la dette militaire algérienne de 4,7 milliards de dollars. Profitant de l’embellie financière des années 2000 due au prix élevé des hydrocarbures, l’Algérie a mené un vaste programme de réarmement de son armée, par l’acquisition de nouveaux équipements sophistiqués et la modernisation des plus anciens. La Russie a été le principal partenaire de l’Algérie dans l’effort de remise à niveau de son armée.

Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SPIRI), l’ensemble des contrats passés avec la Russie en deux ans, entre 2006 et 2007, année pour laquelle l’Algérie a été classée comme le premier client importateur d’armes russes, s’élève à un montant total de 15 milliards de dollars. La livraison de la totalité des commandes se finalisera entre 2015 et 2020. En 2011, selon la même source, l’Algérie a acheté des dispositifs de missiles, anti-missiles, de défense aérienne, des chars et des avions d’entraînement pour un montant de 13 milliards de dollars.

Source: Sputnik

https://french.almanar.com.lb/897316


 

REVOLUTION ALGERIENNE : UN DOCUMENTAIRE POIGNANT SUR LES CAMPS DE REGROUPEMENT, DE SINISTRES CAMPS DE CONCENTRATION

Un documentaire poignant révèle un épisode historique peu connu de la guerre de libération nationale

Culture, Médias, Technologies  Par: Fayçal Métaoui 

 

Said Oulmi s’intéresse dans « Sur les traces des camps de regroupement », documentaire historique projeté en avant-première dans la soirée du lundi 14 mai à la salle Ibn Khaldoun, à Alger, à un épisode peu connu de la guerre de libération nationale.

 

Un épisode couvert de silence côté français et côté algérien aussi. Il s’agit de la décision de l’armée française de déplacer massivement des populations vers des camps ou des centres d’internement dans plusieurs régions du pays notamment dans les Aurès, la Kabylie, les régions frontalières avec la Tunisie, El Bayadh et Sidi Bel Abbes.

Entamée en novembre 1954, cette stratégie militaire avait pour but de couper les moudjahidin des civils en créant des « zones de sécurité » (devenues après « zones interdites »).

Said Oulmi s’est appuyé sur des archives montrées pour la première fois, des témoignages de rescapés, des éclairages d’historiens, des documents audiovisuels et des photos.

Le documentaire révèle qu’entre 1955 et 1961, plus de 2300 camps ont été créés au niveau national où presque trois millions d’Algériens ont été concentrés.

Un documentaire révèle un épisode historique peu connu : l’internement de trois millions d’Algériens par l’armée française. Sur la photo : Hadj Chahati. (© TSA)


« 40% de la population algérienne s’est retrouvée regroupée, resserrée et recasée. Je ne vois pas d’autres exemples dans l’Histoire où l’on a enfermé toute une population dans les camps. Des milliers de personnes étaient mal nourries, mises en isolement. Privés de ressources matérielles, les paysans pouvaient mourir de faim », dénonce, dans le film, Michel Cornaton, qui a publié, en 1998, « Les camps de regroupement de la guerre d’Algérie ».

Ce livre a été préfacé par Germaine Tilion, ethnologue et résistante, et postfacé par Bruno Etienne, historien. Michel Cornaton explique, dans le documentaire de Said Oulmi, que les soldats français, qui revenaient d’Indochine, avaient compris qu’en guerre révolutionnaire, le rebelle vit comme un poisson dans l’eau.

« Il fallait vider l’eau, pour attraper le poisson. C’était la philosophie de base de ce qu’on a appelé les zones interdites. Il fallait couper la population des rebelles. Une politique d’assèchement », explique-t-il.

« Il fallait assécher tout un peuple pour isoler, soi-disant, les combattants. Les gens ont laissé leurs terres et leurs mechtas avec des tracts qui tombaient du ciel où ils étaient écrits : « Quittez, sinon vous serez exécutés ». Les bombardements commençaient même avant le départ de la population. C’était l’apocalypse », appuie Redha Malek, interviewé dans le film.

« Vous ne pouvez pas imaginer ce que nous avons vécu »

En 1955, les premiers camps ont été ouverts à Tkout, Mchounech et Bouhmama, dans les Aurès. Said Oulmi a rappelé, lors du débat après la projection, que la loi du 3 avril 1955 relative l’instauration de l’état d’urgence interdisait la création de camps en Algérie (article 6).

Le gouverneur général Jacques Soustelle a nommé en 1955 le général Parlange comme commandant civil et militaire des Aurès où il va pratiquer la politique de la terre brûlée.

La population d’Ouldja, dans le sud de Khenchela, a été obligée, par exemple, de marcher presque 80 km pour rejoindre le camp de Bouhmama. Des douars entiers ont été vidés de leurs habitants. Des témoins, encore vivants, se sont rappelés de cette période noire.

« Nous n’avions rien, même pas de quoi se couvrir et se nourrir. Les barbelés étaient électrifiés, personne ne pouvait sortir. Il fallait demander une autorisation. Nous étions obligés d’aller chercher des branchage, des bouts de bois et des pierres pour construire des gîtes », raconte un habitant des Aurès.

D’autres témoins, comme Mohamed Chehati, évoquent le pilonnage des villages des Aurès. « Nous avons été bombardés par des avions. Beaucoup de personnes sont mortes et plus de 1000 maisons ont été détruites. Ils ont tout brûlé. Vous ne pouvez pas imaginer ce que nous avons vécu. Chaque trois jours, les avions militaires revenaient pour tout raser. Rien n’a été laissé », se rappelle-t-il. « La politique de pacification » sera pratiquée ailleurs en Algérie, la région des Aurès devait servir d’exemple.

« La politique de pacification était un leurre »

« Tous les jours, j’étais le témoin des atrocités commises par la France. La politique de pacification était un leurre. C’était une façon coloniale de dire les choses, rien d’autre qu’une opération militaire qui consistait à vider les territoires de toute habitation et créer des zones interdites où les commandos français pouvaient tirer sur tout ce qui bouge. On prenait des civils innocents pour les enfermer dans des camps dans des conditions qui les font mourir. C’est un crime contre l’humanité. La France appelait cela « des villages de regroupement », en fait, il s’agissait de camps de concentration de population civile », confie, pour sa part, Marc Garanger, photographe, qui a servi en tant qu’appelé au 2e régiment d’infanterie à Aumale (Sour El Ghozlane actuellement).

Marc Garanger (© TSA)


Il a pris des photos, notamment de femmes, forcées d’enlever leurs foulards, dans la région de Mesdour, Meknine et Bordj Oukhriss où des camps d’internement avaient été ouverts aussi.

« La plupart des femmes me fusillaient du regard. C’était une protestation violente et muette. J’ai fait ces photos à la gloire de ces femmes. Je voulais crier à la face du monde toute l’horreur de cette guerre », dit-il sans retenir ses larmes.

Les photos de Marc Garanger ont été publiées dans un livre, « Femmes algériennes 1960 » (1982). Mustapha Khiati est l’auteur du seul ouvrage algérien consacré aux camps d’internement.

Il a parlé, lors du débat, d’une page « particulièrement noire » de la présence coloniale française en Algérie. « La génération de Novembre n’a pas su transmettre l’information. Si l’on se base sur le rapport de Michel Rocard, il y a eu pratiquement 500.000 morts tous les ans sur les 3 millions de personnes qui ont été déplacées dans les camps de concentration entre 1957 et 1961 », précise-t-il.

Said Oulmi avec Michel Rocard (© TSA)


Le rapport de Michel Rocard a brisé le silence

L’existence des camps de regroupements en Algérie ne sera révélée en France qu’en mars 1959 par le quotidien Le Monde, après une fuite « organisée » d’un rapport établi par Michel Rocard, après enquête en 1958.

Rocard explique, dans le documentaire, les conditions de la publication de l’article après remise du rapport au ministre de la Justice (le document ne sera publié qu’en 2003).

La presse a pris ensuite le relais en mettant en avant « les conditions inhumaines » dans les camps. En juillet 1959, la France a été condamnée à l’ONU à cause de ces camps.

« Enfermer la population de cette manière, cela s’appelle un crime contre l’humanité », déclare l’avocat Jacques Vergès dans le documentaire. Il parle de « camps de concentration ».

Selon Malika Korso, historienne, présente dans la salle, un journaliste français avait évoqué, à la fin de 1954, l’existence de « camps de concentration avec barbelés » en Algérie.

Selon elle, l’enfermement et la déshumanisation sont des critères pour désigner « un camp de concentration ». Ce documentaire est un support didactique qui doit être vu, discuté et débattu au niveau des lycées et des universités », propose Malika Korso.

« J’ai fait des recherches et j’ai choisi des intervenants qui ont travaillé sur le sujet. En Algérie, il n’y a pratiquement aucun document sur cet épisode de l’Histoire mis à part le livre du professeur Mustapha Khiati. C’est un sujet encore inconnu en Algérie et à l’étranger. Tout un travail médiatique a été fait en Allemagne pour qu’on évoque les camps de concentration (nazis) alors qu’en Algérie, nous n’avons pas abordé ce sujet. Il appartient aujourd’hui aux historiens algériens de mieux définir ces camps et de faire des recherches », a proposé Said Oulmi.

Un documentaire révèle un épisode historique peu connu : l’internement de trois millions d’Algériens par l’armée française. Sur la photo : Zohra Ou Daouia Gacem. (© TSA)

https://www.tsa-algerie.com/un-documentaire-poignant-revele-un-episode-historique-peu-connu-de-la-guerre-de-liberation-nationale/



 

MANOEUVRES DE GRANDE ENVERGURE DE L'ARMEE ALGERIENNE EN REPONSE A CELLES DES USA ET DU MAROC EN TERRITOIRE MAROCAIN

Le général de corps d'armée Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'ANP et vice-ministre de la Défense

L’armée algérienne répond aux manœuvres USA-Maroc par «Déluge 2018»

CC BY-SA 4.0 / Lamraoui.lamin / Ahmed Gaid Salah With the army

INTERNATIONAL

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Kamal Louadj

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L’armée algérienne a procédé à un exercice de grande envergure baptisé «Toufane 2018» incluant, pour la première fois, ses trois composantes: terrestre, navale et aérienne sous un seul commandement. Ces manœuvres sont organisées, pour la 3e fois consécutive, en réponse à celles des États-Unis et du Maroc sur le territoire de ce dernier.

C'est la troisième année consécutive que l'Armée nationale populaire algérienne (ANP) répond avec des exercices de grandes envergures aux manœuvres militaires organisées par les États-Unis via le Commandement des États-Unis pour l'Afrique (AFRICOM), le Royaume-Uni et le Maroc sous le nom «African Lion», avec la participation d'autres pays, sur le sol marocain. L'édition 2018 de ces exercices de l'ANP, qui s'est déroulée le 6 mai à Oran, dans l'ouest du pays, et qui a pour nom «Toufane 2018» ou «Déluge 2018», est décrit comme la plus importante manœuvre militaire de toute l'histoire de l'armée algérienne.

L'exercice en question, ayant pour thème un débarquement naval, a pris place au niveau de la façade maritime ouest du pays à la 2e région militaire, sous la supervision du général de Corps d'armée Ahmed Gaïd Salas, chef d'état-major de l'ANP et vice-ministre de la Défense en la présence du général-major Saïd Bey commandant de la 2e région militaire et du général-major Mohamed Larbi Haouli, Commandant des Forces Navales, selon un communiqué du ministère algérien de la Défense cité par l'Agence Presse Algérie (APS).

Le général Thomas Waldhauser, commandant de l'Africom à Stuttgart, Allemagne en 2016

© AP PHOTO / CHRISTOPH SCHMIDT/DPA

Y aurait-il des enjeux géostratégiques derrière la visite du chef de l’AFRICOM à Alger?

«J'ai veillé personnellement à prendre part à cet exercice, premier dans son genre et de cette ampleur ayant pour thème le débarquement naval "Toufane 2018", qui s'inscrit dans la dynamique de l'application de la Directive de préparation des forces pour l'année 2017-2018», a déclaré le chef d'état-major et vice-ministre de la Défense Ahmed Gaïd Salah. «Cet exercice constitue, à mon sens, une autre opportunité, à travers laquelle, toutes les unités participantes démontrent leurs capacités opérationnelles et leur détermination à concrétiser tous les objectifs tracés. Telle est la qualité avec laquelle se singularise désormais l'ANP digne héritière de l'Armée de libération nationale», a-t-il ajouté.

 

Le système S-300 russe

© SPUTNIK . IGOR ZAREMBO

Quelques exemples de l’armement russe qui font la puissance de l’armée algérienne

La particularité des manœuvres «Toufane 2018» est le fait qu'elles ont été exécutées par des unités relevant des forces terrestres et des forces navales, et appuyées par des unités des forces aériennes et des forces de la défense aérienne, et ce sous un même commandement. Entre 10.000 et 12.000 hommes ont participé à l'exercice, selon le site d'information militaire Menadefense. En mer, 11 bâtiments de surface et deux sous-marins Kilo, dont un a simulé des tirs de missiles de croisières vers des postes de commandement opérationnels ennemis à l'intérieur des terres. Le second sous-marin a effectué un débarquement d'hommes-grenouilles pour préparer l'arrivée de la tête de pont de toute l'opération, selon le même site. Dans les airs, des intercepteurs MiG-29S, des Su-30, des hélicoptères Mi-171 et des Superlynx ont participé à l'exercice, selon la même source. Les Su-30 ont simulé des tirs contre des navires ennemis à très longue distance à l'aide de missiles de croisières KH-59 MK.

 

 

L’armée algérienne

© AFP 2018 RYAD KRAMDI

L’armée algérienne parmi les plus puissantes armées au monde

Pour le chef d'état-major de l'ANP, l'exercice, dans toutes ses étapes, a été exécuté avec un «professionnalisme remarquable et une grande précision», selon le communiqué du ministère algérien de la Défense. «Ceci nous a donc permis d'arriver avec toutes les composantes de l'ANP au seuil de la modernisation, du développement et de l'efficacité opérationnelle en misant sur une ressource humaine qualifiée scientifiquement et techniquement, une ressource humaine adaptée avec la nature de ses missions, capable de prendre en charge les équipements sophistiqués mis à sa disposition», a-t-il ajouté.

 

Bien que les manœuvres «Toufane 2018» aient été programmées depuis plusieurs mois par l'ANP, il n'en demeure pas moins que certains journaux algériens les ont qualifiées de réponse aux attaques marocaines contre l'Algérie, suite à la décision de Rabat de rompre ses relations avec Téhéran l'accusant d'avoir transféré des armes du Hezbollah au Front Polisario via son ambassade à Alger.

 

Ahmed Gaid Salah, chef d'état-major de l'ANP

CC BY-SA 4.0 / LAMRAOUI.LAMIN / AHMED GAID SALAH WITH THE ARMY

L’armée algérienne met le cap sur l’industrie militaire afin d’arrêter l’importation

La 15e session des manœuvres militaires «African Lion» se sont déroulées au Maroc entre le 18 et le 29 avril. Elles ont réuni 16 pays que sont l'Allemagne, le Canada, l'Espagne, la France, le Royaume-Uni, la Grèce, l'Italie, le Burkina Faso, le Tchad, l'Égypte, le Mali, la Mauritanie, le Sénégal, la Tunisie ainsi que les États-Unis et le Maroc. L'entraînement militaire a rassemblé «des formations au sol, aériennes et aéroportées incluant des simulations tactiques», selon un communiqué de l'état-major de l'armée marocaine cité par le média en ligne Middle East Monitor.

 

En marge de la session 2018 de ces manœuvres, un exercice aéronaval conjoint entre les armées américaine et marocaine a été mené, baptisé «Poignée de main éclair dans l'océan Atlantique», tout au long des côtes marocaines.

Lors de sa visite en Algérie en 2006, le Président Vladimir Poutine a donné un énorme souffle au partenariat stratégique signé entre l'Algérie et la Russie en 2001 à Moscou, en effaçant la dette militaire algérienne de 4,7 milliards de dollars. Profitant de l'embellie financière des années 2000 due au prix élevé des hydrocarbures, l'Algérie a mené un vaste programme de réarmement de son armée, par l'acquisition de nouveaux équipements sophistiqués et la modernisation des plus anciens. La Russie a été le principal partenaire de l'Algérie dans l'effort de remise à niveau de son armée.

 

Ahmed Gaid Salah, chef d'État-major de l'armée algérienne

CC BY-SA 4.0 / LAMRAOUI.LAMIN / AHMED GAID SALAH WITH THE ARMY

Les projets de l’Armée algérienne quant à l’intervention au Sahel

Selon l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SPIRI), l'ensemble des contrats passés avec la Russie en deux ans, entre 2006 et 2007, année pour laquelle l'Algérie a été classée comme le premier client importateur d'armes russes, s'élève à un montant total de 15 milliards de dollars. La livraison de la totalité des commandes se finalisera entre 2015 et 2020. En 2011, selon la même source, l'Algérie a acheté des dispositifs de missiles, anti-missiles, de défense aérienne, des chars et des avions d'entraînement pour un montant de 13 milliards de dollars.

https://fr.sputniknews.com/international/201805101036297930-armee-algerienne-toufane-2018/


 

CHEMS EDDINE CHITOUR : L'APRES 19 MARS 1962 : LES OUBLIES DE L'HISTOIRE

L’après 19 mars 1962 : Les oubliés de l’Histoire

Par Chems Eddine Chitour

Mondialisation.ca, 20 mars 2018

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«Je suis algérien, d’origine européenne. Je considère l’Algérie comme ma patrie. Je considère que je dois avoir à son égard les mêmes devoirs que tous ses fils. Ma place est aux côtés de ceux qui ont engagé le combat libérateur.»  (Jules Roy, colonel d’aviation, écrivain né dans la Mitidja.)

19 Mars 1962, fin d’un cauchemar qui a duré 132 ans et dont la dernière période d’une guerre atroce a permis aux Algériennes et aux Algériens de recouvrer leur indépendance, pour le meilleur et pour le pire… car, comme l’écrit d’une façon élégante le grand poète Aimé Césaire: «La lutte pour l’indépendance ce fut l’épopée, l’indépendance acquise c’est la tragédie.». Nous voulons saisir cette opportunité pour rendre hommage à ces géants, ces révolutionnaires sans médaille sans «m’as-tu-vu» sans course aux privilèges, qui, humblement, affirment qu’ils n’ont fait que leur devoir. Des milliers d’Algériens se sont battus de toutes les manières possibles pour l’indépendance, du pays et l’immense erreur à l’indépendance, a été de dicter la norme de ceux qui appartiennent à la famille révolutionnaire et les patriotes de la 25e heure et de ceux qui n’y sont pas…

La révolution de Novembre sans nul doute a bénéficié du combat incessant des intellectuels qui n’ont pas cessé de dénoncer à travers leurs écrits, la période coloniale et la politique de l’épouvante, contre le peuple algérien qui en paya le prix fort. Nous ne devons pas oublier que dans les grandes échéances, c’est le peuple dans son ensemble qui fait la décision. Souvenons-nous, c’est toujours le peuple qui était en première ligne pour payer le prix fort comme en Mai 1945. Il serait juste pour la sérénité de notre histoire, de mettre dans le même giron des défenseurs de l’Algérie, non seulement ceux qui ont pris les armes, notamment les martyrs et toutes celles et ceux qui, à des degrés divers, ont souffert dans leur chair.

Il serait de ce fait, mal venu de parler de famille révolutionnaire, qui, constitue un hold-up de la révolution. Ceux qui s’en réclament n’ont pas le droit de parler au nom des martyrs et des glorieux moudjahidine qui, eux, ont de la retenue et surtout de la dignité, laissant le champ libre à ces usurpateurs dont on peut se demander quelle est leur valeur ajoutée. Si nous devons nous incliner avec un immense respect devant les veuves de chahid, le moment est venu pour les enfants – qui ont l’âge d’être grands-pères- de faire preuve de dignités en prouvant par leur effort personnel qu’ils sont les dignes enfants de leurs parents, qui ont sacrifié leur jeunesse pour que vive l’Algérie.

L’amnésie voulue

Pendant plusieurs décennies, l’histoire de l’Algérie depuis l’indépendance, s’est bornée à celle de la glorieuse révolution de Novembre. Dans l’histoire enseignée, nos enfants n’ont eu pour viatique identitaire que quelques allusions éparses d’une histoire trois fois millénaire. C’est à peine si on parle des dynasties maghrébines et de la présence ottomane, la résistance à l’occupation et à la colonisation de l’Algérie est principalement axée sur le combat de l’Emir Abdelkader, avec quelques allusions au combat de Mokrani, de Lalla Fadhma N’soumer. Alors que l’histoire n’est pas une grande surface où l’on ne prend que ce qui intéresse les dirigeants du moment.

De plus, la méfiance des pouvoirs successifs envers les intellectuels est à des degrés divers l’une des causes de la difficulté du pays à marier une «légitimité historique», bien comprise et l’impérieuse nécessité de construire un Etat sur des bases scientifiques modernes et en phase permanente avec le mouvement du monde, au lieu de se complaire dans le rituel- qui ne convainc plus personne et surtout pas une jeunesse désabusée- de commémorations froides sans le feu sacré, d’autant plus que les acteurs vénérables ne sont plus là, laissant la place à une évanescente famille révolutionnaire dont on peut douter à juste titre de sa valeur ajoutée, du fait qu’elle est constituée de descendants qui n’ont rien prouvé par eux-mêmes, mais qui émargent par procuration au râtelier de la République.

Par ailleurs, on ne connaît des prémices de la Révolution que l’apport politique, aussi prestigieux soit-il des pionniers qui, dès le début du XXe siècle voulait porter la lutte sur le terrain de la politique. Il y eut cependant, une préparation culturelle à bas bruit qui fut l’oeuvre de l’élite culturelle, des écrivains, des hommes de théâtre, de la chanson des hommes et des femmes qui ont protesté, qui en ont souffert, sans pour autant que l’histoire leur rende justice. Une regrettable chape de plomb étouffait toute autre expression que celle de décrire les combattants au maquis, aussi prestigieux que soit leur dévouement.

Ainsi est évacué l’apport des «intellectuels» au sens large des Algériens, qui ont apporté ce supplément de force et de légitimité qui fait que dans les échéances importantes, c’est la voie et l’engagement du peuple qui fait la décision, comme nous l’avons vu avec la grève de 1956 et avec les manifestations décisives de Décembre 1960 et d’Octobre 1961 des Algériens à Paris qui ont fait comprendre à De Gaulle que le moment était venu de discuter de l’indépendance de l’Algérie, sans arrière-pensée, car le peuple algérien en a décidé ainsi.

Les pouvoirs qui se sont succédé n’accordaient aucune légitimité aux autres acteurs de la révolution de Novembre. Il y eut une méconnaissance de l’apport important de ces autres Algériens et Algériennes – en fait le peuple- à l’indépendance de l’Algérie. Je veux restituer ma part de vérité aussi, de ce que je crois savoir pour affirmer que la Révolution algérienne, qui fut l’oeuvre des glorieux martyrs, a aussi été l’oeuvre en grande partie du peuple algérien dans son ensemble, quelles que soient les confessions d’alors, sans oublier tous les Européens d’Algérie et les Français de souche, qui ont cru en la Révolution, certains se sont engagés et en sont morts (Maillot, Yveton, Laban, Pescharde, Audin…).

Ceux qui ont fait que la révolution a réussi

 On le voit, le récit politique hémiplégique et non historique des politiciens devenus historiens auto-proclamés a créé avec le temps, une névrose qui ne peut être «guérie» qu’avec une anamnèse où le récit grandiose de la Révolution ne fasse l’impasse sur personne. Ainsi, la notion de militant et de moudjahid devrait, de mon point de vue, être étendue à toutes celles et ceux qui ont porté haut et fort, la voix de l’Algérie et les espérances du peuple pour la liberté et la dignité.

La révolution fut de ce fait, portée par tout le peuple algérien, sans exclusif. Chacun avec ses moyens, même en tentant de survivre dans une atmosphère marquée par la haine est d’une certaine façon un atout, dont aurait besoin l’Algérie indépendante, qu’il s’agisse du plus humble des besogneux, de l’universitaire, du médecin, de l’homme de théâtre de la femme de ménage, «moussebla», boîte à lettres du FLN ou tout simplement l’Algérien lambda.

Parmi ces autres moudjahidine qui luttèrent d’une façon aussi difficile qu’avec les armes, nous n’oublierons pas de citer à côté des étudiant(es), des universitaires, l’équipe de football du FLN, le théâtre du FLN…les diplomates. Car personne, à mon sens, ne peut ne pas apprécier à sa juste valeur, le travail remarquable des délégations algériennes dans les pays étrangers, avec pour mission de porter la voix de l’Algérie haut et fort pour son indépendance. Convaincre le sénateur John Kennedy de la justesse du combat de l’Algérie, n’était pas simple. Arriver, malgré les entraves en tout genre de la France pour étouffer la voix de l’Algérie aux Nations unies, et arriver en définitive à donner une visibilité, chaque année, lors de l’inscription de la question algérienne, n’était pas une mince affaire.

Qui se souvient des universitaires et intellectuels qui sont morts pour la patrie? Qui se souvient de ces jeunes filles et jeunes garçons qui ont quitté les bancs du lycée ou de la faculté pour entrer dans la clandestinité ou mourir au maquis? Ils ont répondu à l’appel du pays, et le 19 Mai 1956 a été un moment important dans le déclenchement de la Révolution, de rupture dans l’évolution de la guerre de Libération nationale. Nous lisons le texte de référence: «Effectivement, avec un diplôme en plus, nous ne ferons pas de meilleurs cadavres! (…) Étudiants et intellectuels algériens, pour le monde qui nous observe, pour la nation qui nous appelle, pour le destin héroïque de notre pays, serions-nous des renégats?»

Dans ce cadre, il me vient à l’esprit, l’histoire de Khelifa Zizi, cet étudiant en mathématiques, qui décida d’abandonner les bancs de l’université, pour monter au maquis, à la Wilaya IV historique. La guerre finie, il part en France, termine sa licence de mathématiques, soutient une thèse de doctorat es sciences. Il deviendra professeur agrégé de 1980 à 1986, Khelifa a rédigé la nouvelle version du cours de l’Ecole Polytechnique à Paris. J’ai eu le privilège de le rencontrer et qui vous déclare simplement: «En montant au maquis, je n’ai fait que mon devoir envers mon pays et n’attends rien en échange.»

On ne cessera jamais assez de le répéter, la révolution de Novembre, qui fut en son temps, une victoire du droit des peuples, le marqueur identitaire de la liberté des nations, fut portée par tout un peuple. Dans cet ordre d’idées, l’hommage premier est à faire aux moudjahidate qui prirent les armes, notamment pour soigner les malades dans les zones reculées du pays, mais aussi les blessés lors de combats auxquels, certaines fois, elles participèrent. Un film leur a rendu hommage.

Il m’a été donné de rencontrer le professeur Mohamed Toumi un médecin-historique de la première heure- qui fit son devoir, en soignant sans discontinuer au maquis; Il raconte comment un véritable système de santé a été mis en place pour prendre en charge les soldats blessés, mais aussi la population dans les zones enclavées. Il parle notamment de médecins prestigieux qui continuèrent le combat après l’indépendance. Dans ce cadre d’une réelle symbiose entre l’Algérie et la Tunisie, on pense au professeur Ali El Okbi, le chirurgien dont on dit, qu’il avait des mains d’or. Pendant la guerre algérienne de libération, il se rendait fréquemment au Kef pour organiser avec Béchir Mentouri, le tri des blessés algériens, qu’il devait opérer dans sa clinique à Sousse et qu’il allait envoyer en convalescence, dans le domaine agricole d’El Houareb, propriété Okbi aux environs de Kairouan». (1)

Des Algériens luttèrent à leur façon, pour l’indépendance de l’Algérie. Lamine Bechichi ancien ministre, a souligné le rôle des artistes algériens dans la lutte pour l’indépendance, citant la troupe artistique nationale fondée en 1958 à Tunis, composée alors, de plusieurs figures de la culture nationale de la trempe de Mustapha Kateb, Ahmed Wahbi, Mustapha Toumi et Mohamed Bouzidi. Pour Ahmed Cheniki, il n’est nullement imaginable qu’une lutte de libération ne s’accompagne pas d’une sorte d’encadrement artistique et littéraire.

Des artistes et des écrivains s’étaient engagés dans une sorte d’écriture, de témoignage et de combat. (…) De 1955 à 1957, le théâtre devenait un véritable art de combat. (…) Dans tout pays frère et ami où nous «sommes allés, l’impact dépassait nos espérances». (2)

Nous n’oublierons pas de citer l’apport du son et de l’image pour le triomphe de la Révolution. Un Homme: René Vautier joua un rôle important dans cette épopée, réalisateur et scénariste français, cinéaste engagé voyant dans le 7e art une arme de dénonciation, l’instrument d’une prise de conscience. Il tourne dans les Aurès, les Némentchas, ainsi qu’à la frontière tunisienne, filmant les maquisards de l’ALN.

Les jeunes savent-ils l’apport aussi héroïque des combattants du football de l’équipe du FLN? Des joueurs professionnels bien établis en France, laissent tout tomber pour rejoindre le FLN. Le communiqué du FLN du 15 avril 1958 qualifie ces joueurs de patriotes, prêts à tout sacrifier pour l’indépendance de leur nation et les présente comme un exemple de courage pour les jeunes Algériens.

Les justes européens qui ont aussi aidés la Révolution

Ils furent nombreux aussi, les hommes épris de justice et de liberté. Ils furent nombreux les prêtres de la Mission de France, et tous les hommes d’Eglise qui bravèrent les interdits, comme ce fut le cas pour le cardinal Duval, le père Davezies, l’abbé Jobic Karlan et l’abbé Bérenguer qui deviendra ambassadeur du GPRA et député à la première Assemblée constituante en 1963. Ils furent nombreux ces intellectuel(le)s françaises et français à risquer leur vie pour la cause de la liberté, en acceptant d’aider le FLN à collecter des fonds. Ce sera le cas de plusieurs réseaux. Par ailleurs en France, des Français se sont battus, se sont exposés et ont mis en jeu leur liberté et parfois leur vie pour l´indépendance du pays, tout en étant fidèles à une certaine idée de la France. Ils furent nombreux à être des porteurs de valises dans le réseau Jeanson.

L’après 19 mars les harkis, l’OAS

D’une façon tout à fait anormale les massacres de l’OAS sont passés à la trappe. Les dizaines de meurtres de plastiquage et la politique de la terre brûlée n’a pas été documentée . Pourtant ce sont des criminels racistes imbues de la conviction que c’était une guerre de religion doublée d’une mentalité de Sudistes américains face à aux Noirs. Si on y ajoute les soldats perdus nous avons une armée de tueurs qui font «  des ponctuelles » pour utiliser leur langue encadré par Salan et Susini qui portent une lourde responsabilité dans le fossé qui s’est élargi démesurément uniquement

On a parlé des harkis pour les présenter comme des victimes uniquement du FLN. Personne n’a parlé de la réalité du calvaire après leur ghettoïsation de ces épaves dont la France ne voulait pas. Pour de Gaulle,: «On ne peut pas accepter de replier tous les musulmans qui viendraient à déclarer qu’ils ne s’entendraient pas avec le gouvernement. Le terme expatrié ne s’applique pas aux musulmans, ils ne retournent pas dans la patrie de leur père.» Gilbert Meynier considère que quelques milliers de harkis ont été massacrés en 1962, en précisant que des évaluations officieuses de militaires français donnèrent 6000 à 7000 harkis tués.

Pendant les cent jours qui séparaient le 19 mars du 1e Juillet date à laquelle le peuple algérien décidait encore une fois lui seul –décidait d’être libre. Il y eut une période difficile pour tout le monde notamment les Algériens, mais aussi le petit peuple d’Européens embarqué dans un conflit où l’OAS leur promettait qu’ils seraient éliminés avec le slogan : «  la valise ou le cercueil ». Sur les 800.000 , 200.000 sont restés en Algérie et ne s’en portent pas plus mal.

Le 3 juillet , me général de Gaulle , fut obligé de rendre à l’Algérie son honneur   et sa dignité bafouée pendant 132 ans quand le général de Bourmont celui qui a trahi Napoléon à Waterloo s’emparait d’une façon épouvantable d’un pays, en reniant les promesses faites  Celle de ne rien toucher ni aux biens , ni aux choses de la religion. Ce sera le premier d’une série de parjures des politiques français dont l’un des plus révoltants est celui d’emprisonner l’Emir Abdelkader contrairement à la promesse du duc d’Orléans qui avait accepté de permettre à l’Emir d’aller à Brousse

S’agissant des victimes de la guerre de libération , selon Djamila Amrane, «sur un total cumulé de 336 748 moudjahidine (132 290 maquisards et 204 458 civils), 152 863 ont été tués, les civils forment la majeure partie des pertes humaines des populations musulmanes. Les chiffres de un million (journal El Moudjahid, dès 1959), puis de un million et demi de morts, ont été avancés en Algérie. (…) Les chiffres concernant les Français sont mieux connus: 24 614 militaires décédés. Pour les civils français, le total est de 2788 tués». (3)

Nous ne devons garder du FLN historique que l’héroïsme de chacun pendant la révolution. A côté des glorieux combattants qui ont tout quitté, affronté la mort, qui dans les maquis, qui dans les prisons et la guillotine, le travail de toutes et tous ces combattants était remarquable. Ces militants n’avaient pour tout viatique que leur foi, leur engagement envers l’Algérie: «Oua akadna el azma an tahya el Djazair.» «Nous avons fait serment pour que l’Algérie soit libre.» Il y eut un FLN multifacettes qui en 7 ans et demi d’un conflit sanglant, a marqué le monde, au point que des thèses un peu partout dans le monde se soutenaient.

Le moment est venu de réconcilier, les Algériennes et les Algériens avec leur histoire dans une démarche oecuménique. Le FLN historique a été pour les Algériens, un marqueur indélébile de la dignité et de l’histoire de l’Algérie, à toutes les Algériennes et tous les Algériens, sans exception. La vraie identité des Algériennes et des Algériens, est de faire revive cet esprit de Novembre dans nos actions, au quotidien. C’est ce droit et ce devoir de «vivre ensemble que l’on soit de l’Est ou de l’Ouest, du Nord ou du Sud». Durant la Révolution, la contribution de chacun à la cause sacrée de la Révolution a été une réussite, car chacun plaçait l’intérêt supérieur de l’Algérie, au-dessus de toute considération.

Le FLN historique qui n’a rien à voir avec ce qu’il est devenu, fut une formidable école où chacun joua un rôle et pour la dignité de notre peuple. Le moment est venu de reconnaître que tous les Algériens à des degrés divers, ont contribué à la libération du pays. La révolution de Novembre est celle des Algériens, sans distinction de race ni de religion, qui ont contribué à l’indépendance, soit en payant de leur personne, soit en refusant de combattre pour une cause qui n’était pas juste. Elle gagnerait à être connue par les jeunes Algériens à qui on a fait ingurgiter un récit incohérent, où l’aspect démagogique et intolérant a pris le pas sur la vraie histoire, une histoire qui ne serait pas en pointillé qui ne serait pas indexé sur les injonctions des politiques, Une histoire qui dirait le vrai sans partie pris car comme l’écrit si bien Montesquieu : «  Tout citoyen à le devoir de mourir pour son pays, mais nul n’est tenu de mentir pour lui »

Le 19 Mars 1962 a été le point d’orgue d’un combat qui a duré 132 ans. La révolution de Novembre, le dernier maillon de cette histoire, est une révolution qui s’inscrit dans le sillage des décolonisations rendues nécessaires par le besoin de liberté des peuples opprimés. Cependant, elle ne doit plus constituer un fonds de commerce. Nous devons dire aux jeunes -du même âge que ceux qui ont fait la révolution- d’inventer une nouvelle révolution. Cela passe par le parler vrai, la réappropriation de l’Histoire qui ne serait pas en pointillé, un vivre ensemble et surtout en une foi en l’avenir

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

 
Notes

1.S.Zmerli    http://www.leaders.com.tn/article/2496-professeur-ali-el-okbi-15-juillet-1916-29-mai-1984

2.A. Cheniki http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/11/01/article.php?sid = 140953&cid=16

3.Guerre d’Algérie: Encyclopédie Wikipédia

Article de référence :

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/288660-les-oublies-de-l-histoire.html

 

 

 

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

Copyright © Chems Eddine Chitour, Mondialisation.ca, 2018

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