ALGERIE

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DECES DE FIDEL CASTRO : MESSAGES DU PADS ET D’ALGER REPUBLICAIN (ALGERIE)

29 novembre 2016

Décès de Fidel Castro: messages du PADS et d'Alger Républicain (Algérie)

Décès de Fidel Castro: messages du PADS et d'Alger Républicain (Algérie)

Message remis par le Parti Algérien pour la Démocratie et le Socialisme à l'ambassade de Cuba à Alger

 

C'est avec une grande douleur que nous avons appris le décès du grand révolutionnaire et grand ami de l'Algérie Fidel Castro. Nous, communistes Algériens, militants du Parti Algérien Pour la Démocratie et le Socialisme (PADS),  tenons à manifester notre soutien et notre sympathie dans le deuil qui frappe le peuple cubain, les peuples de l'Amérique Latine et tous les hommes épris de paix, de liberté et des principes de justice.

Cet homme à l'image d'un chêne qui ne se plie pas a, par sa simplicité, par l'amour dévoué a son peuple, sa clairvoyance et son courage, transmis à son peuple une force inestimable qui lui a permis de tenir contre un embargo imposé, pendant  un demi siècle, par les USA et leurs alliés capitalistes. Ce défi aux plus grandes puissances a forcé le respect du peuple cubain par les peuples du monde entier et du peuple algérien en particulier.

Le peuple algérien n'oubliera jamais l'assistance que lui a apportée le gouvernement et le peuple cubains pendant et après la guerre de libération.

 

26 novembre 2016

 

 

Article d'Alger Républicain, 28 novembre 2016:

Fidel Castro : disparition d’un dirigeant révolutionnaire intransigeant et totalement dévoué à l’émancipation de tous les peuples de la planète

Et même s’il n’en restait qu’un, il serait celui-là,
Il le disait lui-même ces dernières années, la traitrise et la couardise étant devenues légion parmi les carriéristes et les opportunistes grisés par les temps où le socialisme était triomphant, à une époque où les capacités de la contre-offensive impérialiste avait été sous-estimée.

Il était un vrai dirigeant communiste. Au service de son peuple, attentif à ses espoirs, interprète de son refus de courber l’échine, de sa volonté d’en finir avec tout ordre basé sur l’exploitation et l’oppression de classe, solidaire avec les luttes de tous les peuples de la planète pour abolir les privilèges et la domination des puissants, éliminer les guerres en extirpant leurs racines de classe. Un dirigeant internationaliste.

Fidel a fait d’une petite Île, pauvre, sans richesses naturelles particulières, asphyxiée par un blocus criminel un pays, entravée dans son développement par les conséquences de ce blocus, un pays où les travailleurs mangent à leur faim, n’ont pas à craindre l’angoisse des licenciements, sont soignés depuis leur naissance, ignorent la criminalité et l’insécurité qui caractérisent les sociétés capitalistes et en particulier celles que dominent les USA en Amérique latine, y compris les plus « prospères » d’entre elles.

Optant pour une société socialiste, il a fait de son peuple, que les Américains qualifiaient de « coupeurs de canne à sucre », un des peuples les plus éduqués de la fin du siècle dernier et un des peuples les mieux soignés du monde.
Alors que Cuba n’est qu’à quelques encablures du chef de la planète, il a réussi à instaurer un système politique et économique qui terrorise son voisin.

Il a montré à tous les peuples du tiers monde, à tous les pauvres et à tous les exploités que l’espoir en un monde où l’exploitation et le mépris peuvent être éliminés peut devenir réalité, qu’un peuple dirigé par des révolutionnaires dévoués à ses aspirations, insensibles au chant des sirènes de la corruption et de l’enrichissement personnel, peut bâtir son avenir avec confiance et résolution.
Il a tenu tête à la plus grande puissance du monde, installée jusque dans l’Île, à Guantanamo illégalement occupé par les USA.

Il n’a jamais courbé l’échine devant les puissants de ce monde. Il n’a jamais capitulé même au plus fort de la crise des missiles. Le 27 octobre 1962, le monde était au bord d’une guerre nucléaire, Nikita Khroutchev qui n’en était pas à sa première traitrise avait décidé de faire marche arrière et adressé un courrier à John Kennedy pour lui proposer de négocier, sans avoir avisé Fidel Castro, ni même semble-t-il les membres du Politburo, alors que le conflit était imminent, que les EU devaient envahir Cuba.

Fidel Castro, fidèle à ses convictions, avait alors donné l’ordre d’abattre l’avion américain qui avait survolé l’Île avec à son bord le commandant qui avait détecté les missiles soviétiques dans la mer des Caraïbes.
Le 28 octobre, le politburo avait adressé une autre lettre à John Kennedy remettant en cause la décision de négociation prise par Khroutchev.
L’intervention du Politburo avait remis les événements à leur place : toute invasion de Cuba conduira à une guerre totale.
Les Américains ne devaient plus rien tenter contre Cuba : ce ne furent que des promesses légères car Fidel Castro, tout au long de sa vie, aura à déjouer de nombreux attentats.
La suite on la connaît, les Soviétiques retirent leurs missiles de Cuba. Mais les Américains durent en faire de même en Turquie et en Italie. Cuba ne fut pas envahie.
Fidel Castro avait donc dû prendre une décision de la plus haute importance en abattant un avion américain survolant son territoire.
il avait compris le jeu trouble de Khroutchev …

Aujourd’hui son peuple le pleure, ainsi que tous les peuples opprimés car il a été un allié fidèle et clairvoyant : aucun rapprochement ne peut se faire avec l’impérialisme.
Qu’en est-il réellement aujourd’hui, alors que les drapeaux américains flottent à Cuba ?

Les peuples espèrent espèrent que Raoul continuera l’œuvre de Fidel. A Cuba d’innombrables héritiers de Fidel Castro veillent. Le combat continue dans la voie tracée par le dirigeant révolutionnaire disparu.

Alger républicain adresse au peuple cubain, à ses dirigeants, ses condoléances et expriment sa certitude que Cuba poursuivra son chemin dans la voie pour laquelle Fidel a consacré toute sa vie.

AR

http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/2016/11/deces-de-fidel-castro-messages-du-pads-et-d-alger-republicain-algerie.html


 

JACQUES TOURTAUX : TEMOIGNAGE DE MON VECU DE LA GUERRE D’ALGERIE

 

Bien que je sois habitué aux insultes, menaces et coups tordus, cette nuit, j’ai fait l’objet d’une énième agression sur la toile à laquelle je dois absolument réagir pour défendre mon Honneur et ma Dignité.

Voici ma réponse à l’une des interrogations de ce triste individu.

Jacques Tourtaux

 

COMITE VALMY

 

 

Témoignage de Jacques Tourtaux :

"mon vécu de la guerre d’Algérie"

mercredi 25 mai 2011, par Comité Valmy

 

BRUAY LA BUSSIERE : Invité par le Front Solidaire des 5 Unions Locales CGT d’Auchel-Béthune-Bruay-Isbergues-Lillers dans le cadre de la Commémoration des 140 ans de la Commune de Paris de mars à juin 1871 et du 70ème anniversaire de la Grève des mineurs de mai à juin 1941, contre le patronat des mines et les nazis,

TEXTE DE SON INTERVENTION LE 30 AVRIL 2011 AUTOUR DE SON OUVRAGE " GUERRE D’ALGERIE. SOUVENIRS D’UN APPELE ANTICOLONIALISTE "

Je n’interviendrai que sur mon vécu de la Guerre d’Algérie.

Il ne faut pas s’attendre à trouver dans mon livre d’extraordinaires histoires de combats héroïques.

Adolescent, je me suis engagé politiquement avec le PCF, c’était en1958. Dans la foulée, en 1959, avec quelques camarades, nous avons créé un cercle de l’Union des Jeunesses Communistes de France (UJCF) dont je devins le Secrétaire. Comme tous les militants communistes de l’époque, nous dénoncions la guerre coloniale menée en Algérie, en notre nom, par De Gaulle.

Cet ouvrage est écrit par un ouvrier, un autodidacte. J’y relate dans le jargon du bidasse un vécu très dur.

Il ne faut pas s’attendre à y voir l’érection d’une statue glorifiant l’armée française.

Mon témoignage est un hommage à la poignée de soldats anticolonialistes qui, malgré les risques encourus, se sont battus clandestinement contre la guerre.

Notre combat clandestin avait pour but de faire prendre conscience aux autres soldats moins politisés, que cette guerre était inutile et sans issue.

Notre travail a fini par payer puisque lors du putsch des généraux félons, en avril 1961, les bidasses n’ont pas suivi les factieux et ont fait échouer la folle aventure de ces généraux et autres hauts gradés carriéristes, grassement payés pour faire tuer des pauvres gus sur l’autel du capitalisme.

Les bidasses tombés sur cette terre lointaine ne sont pas morts pour la France comme on veut le faire croire mais uniquement pour les tenants du fric . Il en est ainsi pour toutes les guerres.

Ce livre dénonce les violences, les sévices subis en notre qualité de militants anticolonialistes, jeunes communistes pour la plupart. Ces sévices, des raclées terribles, étaient perpétrées par des gradés.

Après 40 années de militantisme au PCF, la mort dans l’âme, j’ai quitté celui-ci. Je suis toujours profondément communiste, envers et contre tout. Je n’accepte pas les graves dérives qui ne correspondent plus à l’idéal pour lequel j’ai donné le meilleur de moi-même.

Bien que n’ayant pas l’esprit cocardier, j’ai assumé d’importantes responsabilités au sein de deux associations d’Anciens Combattants et Victimes de Guerre (ACVG) mais je n’ai jamais pris la grosse tête pour autant. J’ai toujours refusé que me soit remise la croix du combattant de la Guerre d’Algérie car ce serait accepter un insigne incompatible avec mon idéal communiste.

Je disais donc qu’avec le Parti ( PCF) et notre cercle de l’UJCF, nous menions à notre modeste niveau, une lutte acharnée contre la Guerre d’Algérie.

En 1960, à deux reprises, j’ai refusé de répondre aux convocations pour le conseil de révision, à Rethel, puis au chef-lieu du département, Mézières (Ardennes). Peu de temps après, les gendarmes sont venus me trouver sur mon lieu de travail. Après m’être fait traiter de forte tête, promesse me fut faite d’une incorporation directe en unités disciplinaires où j’allais me faire "mater à coups de poings dans la gueule et à coups de pieds au cul".

Le 16 septembre 1960, les gendarmes sont venus me chercher et m’ont emmené menotté et tenu en laisse comme un chien. A la vue de tous, j’ai ainsi traversé la ville pour me rendre à la gare où les gendarmes m’ont emmené faire mes trois jours à Commercy.

Ma lettre de refus d’aller combattre le peuple Algérien était prête. J’en ai parlé à un de mes oncles, militant cheminot à la CGT et au PCF. Celui-ci m’a vivement déconseillé ce refus. Je produis dans mon livre la copie de sa lettre datée du 4 août 1960 dans laquelle il me dit son désaccord. Mon oncle m’écrivait que les actions individuelles n’étaient pas payantes. Les sanctions étant trop fortes pour ce genre d’actions. Mon oncle, militant communiste de longue date, pensait au contraire, qu’il fallait entrainer le plus de jeunes possibles dans l’action contre la Guerre d’Algérie. Militer contre la guerre à l’intérieur de mon unité afin d’aider à une prise de conscience des jeunes appelés qui pour la plupart n’étaient pas politisés comme l’étaient les soldats communistes.

Le dirigeant communiste Etienne Fajon disait : "Résolument opposé à la guerre injuste d’Algérie, notre parti, qui comprend le drame de conscience de chaque jeune communiste, n’a jamais considéré la désertion comme un moyen d’action susceptible de mettre un terme au conflit. Il est toujours demeuré fidèle au contraire, au principe éprouvé défini par Lénine : le soldat communiste part à toute guerre même si elle est réactionnaire, pour y poursuivre la lutte."

Selon Jean Brugié, dans son livre "Officier et communiste dans les guerres coloniales", les consignes nationales du PCF étaient : "Les communistes se doivent d’être présents sur tous les terrains de combat de classe"... "Ils doivent être les meilleurs."

Le 30 novembre 1960, Maurice Thorez, Secrétaire général du Parti, prononce un discours dans lequel il déclare notamment : "Non, la voie n’est pas à l’insoumission, la voie reste celle que nous a inculquée Lénine...

C’est le travail de masse mené à l’armée, surtout à l’armée, pour combattre la guerre... Déserter, quitter l’armée, cela signifie laisser la masse des soldats...... aux mains des officiers parfois fascistes, aux mains des ultras...

Le devoir, c’est de travailler, c’est de faire le travail difficile, le travail pénible, le travail qui exige des sacrifices, qui coûte parfois des années de prison aux jeunes soldats"... ce travail de l’ombre comporte de véritables risques."

Durant toute la durée de mon service militaire, j’ai pu constater que peu nombreux furent les jeunes communistes qui se sont risqués à militer à l’intérieur de leur unité, en Algérie, où il y avait la guerre, ne l’oublions pas.

Nous ne serions pas 300 à s’y être engagés sur l’ensemble de tous les conscrits incorporés, qui se sont succédés en Algérie du 1er novembre 1954 au 3 juillet 1962 J’ajoute et c’est tout à leur honneur, qu’il y a eu aussi des officiers de carrière qui étaient communistes, qui se battirent à leur façon, sur des positions de classe mais ils furent peu nombreux lors de la Guerre coloniale menée par la France, en notre nom, en Algérie.

J’ai donc été incorporé direct en Algérie dans une compagnie disciplinaire pour y effectuer mon CI (Centre d’Instruction). Ce fut un CI très dur.

A l’intérieur du camp de Oued-Smar, une prison interarmes qui était un bagne militaire où les soldats internés y subissaient des sévices graves tels les tabassages, certains entrainant parfois l’hospitalisation. Les soldats détenus dans "La Villa", c’est ainsi qu’on l’appelait, étaient pour la plupart des gars du contingent. J’ajoute qu’il y avait promiscuité entre les soldats appelés internés politiques et les appelés de droit commun. ll faut savoir qu’un gus pouvait se trouver interné pour un simple défaut de cravate. Pour ma part, j’ai été interné dans ce bagne une semaine durant. J’ajoute que le bidasse qui y a été détenu, ne serait-ce qu’une seule journée, en est marqué de manière indélébile pour toute sa vie.

L’an dernier, un de mes lecteurs, ancien de la Section de Protection (SP), voisine de la prison-bagne, qui y a été interné une journée, m’a téléphoné. Je fus frappé des "détails" dont il se souvient, bien qu’il n’ai séjourné qu’une journée au bagne de Oued-Smar.

Nous terminions nos classes et allions être mutés dans nos unités respectives lorsque dans la nuit du 21 au 22 avril 1961, éclata le putsch des généraux factieux. Je voudrais rappeler que nous n’avons pas attendu après De Gaulle pour réagir.

Lorsque celui-ci s’est exprimé à la télévision, nous étions déjà en refus d’obéissance. Le fer de lance du putsch des généraux félons en était le 1er Régiment Etranger de Parachutistes (1er REP), celui-là même qui, alors qu’il était en fuite, le 26 avril 1961, entre Maison-Blanche et Mouzaïaville, vit ces hommes ouvrir le feu à l’arme automatique sur d’autres soldats de l’armée française.

Les soldats qui se firent allumer par ces mercenaires étaient des gus du contingent dont je faisais partie ; nous étions moins d’une quinzaine. Les "courageux" soldats d’élite du 1er REP fuyaient lâchement. La débandade !

Je fus muté dans un secteur chaud de la Mitidja, près des gorges de la Chiffa, que connaissait bien le camarade Henri Alleg. Dans son ouvrage "Prisonnier de guerre", Henri Alleg écrit ... la traversée des gorges de la Chiffa où les attaques de l’ALN sont quotidiennes ..."

Avec deux camarades communistes appelés, je militais clandestinement au sein de mon unité contre la guerre. J’ai été dénoncé et immédiatement embarqué en avion pour une destination inconnue, sous escorte armée, comme un gangster. Je fus affecté comme artificier dans une soute à munitions (SMU).

Mon travail y était celui d’un forçat. L’armée m’a toujours gâtée, particulièrement choyée. A titre d’exemple, j’ai, entre autres, été contraint d’effectuer quatre patrouilles, dont une de nuit, c’était un dimanche de l’hiver 1961, sans munitions dans la MAT 49. Les chargeurs étaient vides. Je vous prie de croire qu’il faut avoir vécu de telles intenses émotions pour en connaître le réel ressenti. La peur est indescriptible.

Je ne vous apprendrai rien si je vous dis que je suis rentré en métropole traumatisé, marqué à tout jamais par cette guerre coloniale que je combattais en tant que jeune communiste et dont je fais encore des cauchemars.

Sur conseils de responsables d’une des deux associations au sein de laquelle je militais, j’ai intenté un procès à l’Etat Français pour blessure et maladies contractées lors de la Guerre d’Algérie. En première instance, j’ai gagné un très gros procès qui aurait pu faire jurisprudence et bénéficier ainsi à des milliers de gus justiciables mais hélas, ma joie fut de courte durée.

Le Secrétaire d’Etat socialiste aux ACVG du gouvernement de la gauche caviar, a fait appel de la décision du Tribunal des Pensions d’Invalidité de guerre qui m’était très nettement favorable.

Ce ministre n’est autre que l’actuel Président du Conseil régional de Lorraine : Jean-Pierre Masseret, membre du parti socialiste.

Je précise que j’ai mené cette bataille face aux juridictions et à l’Etat dans un but revendicatif. Je l’ai écrit dans un courrier daté du 19 juin 1997, adressé au sieur Masseret.

Je suis dans l’impossibilité de me soigner correctement. L’appel assassin du ministre socialiste Jean-Pierre Masseret, me prive de mon droit légitime à me soigner, spolie ainsi également d’autres nombreux anciens bidasses, qui ne peuvent accéder aux soins gratuits que leur aurait permise la pension dont nous a dépossédé ce ministre socialiste.

En 2009, j’ai publié un petit livre qui est un prolongement de "ma" Guerre d’Algérie. Je veux montrer que la justice de classe qui a frappé et persiste toujours à l’encontre des jeunes communistes rebelles de la Guerre d’Algérie notamment, est la même que celle qui frappe les travailleurs qui défendent leurs emplois en se battant sur des positions de classe et sont traînés devant les tribunaux de cette même justice de classe, tel mon camarade et ami Xavier Mathieu.

Jacques Tourtaux Appelé Anticolonialiste en Guerre d’Algérie


 

Commentaires

J ’ai toujours considéré comme une erreur politique que le PCF n’ait pas incité les jeunes à refuser leur incorporation en Algérie

Avec le poids du PCF à cette époque, un tel appel aurait eu un immense retentissement

Ceci dit, il est facile de réécrire l’histoire....

Cela rend l’action de jeunes tels que Jacques d’autant plus admirable : Jacques le rappelle, ils furent très peu nombreux.....

Et sans appui politique explicite ni avant, pendant, après

La guerre d’Algérie est une sale guerre de plus que d’aucuns voudraient oublier

Des jeunes tels que Jacques sont heureusement là pour nous entretenir la mémoire.

Pas étonnant que l’accueil ait été chaleureux à Bruay

Commentaire n°1 posté par patrice bardet le 17/05/2011 à 06h44

Comme le dit Patrice, dommage qu’il n’y ait pas beaucoup de jeunes comme Jacques, notre anticolionaliste, cela aurait donné à réfléchir aux dirigeants de l’époque.. et surement beaucoup moins de morts, de torture de part et d’autre.

le livre de Jacques est super... ceux et celles qui ne l’ont pas lu.. il n’est jamais trop tard.

Commentaire n°2 posté par GAUTIER DANIELLE le 17/05/2011 à 09h14

 

Jacques vient de me faire parvenir son intervention. Il ne le dit pas, mais à la fin de cette intervention, il a reçu l’hommage unanime de toute l’assemblée. Il n’en méritait pas moins.

Je m’associe à cet hommage et veux le remercier personnellement de publier mes textes qui, quelquefois, peuvent heurter ses convictions, que nous partageons cependant pour l’essentiel.

Je vais peut-être encore me différencier à nouveau.

En effet, je veux souligner que, en 1956, a été élue en France une majorité qui aurait pu reconnaître l’autodétermination, sinon l’indépendance de l’Algérie. Le Parti socialiste de Guy Mollet n’a pas su, ou voulu, à l’époque prendre ses responsabilités. Il porte ainsi une grande responsabilité dans la poursuite de la guerre, puis dans l’accession de De Gaulle au pouvoir en 1958 avec une Constitution qui instaurera, en deux temps, un régime de pouvoir personnel quasi-monarchique qui se perpétue encore aujourd’hui. Le bilan de toute cette période historique reste à faire. Cordialement, M.

Commentaire n°3 posté par Michel Peyret le 17/05/2011 à 14h53

 

Reçu de Jean-Paul LEGRAND : http://creil-avenir.com/ Reçois mon cher Jacques l’expression de mon plus profond respect pour le combat que tu as mené et que tu poursuis !

Commentaire n°4 posté par Tourtaux le 17/05/2011 à 18h24

 

A Patrice, Ce matin, je terminais une longue réponse et une erreur de manipulation a tout fait capoter. Ceci dit, concernant la question que tu te poses : le PCF aurait-il du appeler les jeunes communistes à refuser de partir faire cette guerre coloniale ? Je me suis souvent posé cette question et je m’interroge encore.

En fonction de ce que j’ai personnellement constaté, je pense que malgré le poids politique et électoral que pesait le Parti, un appel à un refus d’aller faire cette guerre n’aurait pas été suivi massivement. J’ai lu et relu le livre de Jean Brugié, ancien Résistant, capitaine à la légion et militant communiste en Guerre d’Indochine et d’Algérie, investi d’importantes fonctions clandestines au sein de son unité par le Parti. Les risques encourus par les soldats rebelles étaient énormes. Par exemple, une balle dans le dos tirée par un gradé, le bagne militaire qui casse les hommes, voilà deux critères dont il fallait impérativement tenir compte.

J’ai souvenance qu’à Mouzaïaville, le peloton de caporal était obligatoire. Les consignes du Parti étaient d’être le meilleur partout, de montrer l’exemple et bien, je n’avais pas envie de suivre le peloton pour avoir sous ma coupe trois ou quatre gus ensuite. Au bout de 15 jours, j’ai été viré du peloton et ce qui m’a fait réagir, c’est la perception d’un accroissement du danger me concernant lorsqu’un adjudant-chef m’a dit qu’ils ne savaient plus ou me mettre. Là, j’ai réalisé que ma peau ne tenait qu’à une rafale de MAT49, tirée traitreusement lors d’une mission. Je me suis donc retrouvé de Section d’Intervention Rapide (SIR) que je redoutais le plus parmi les nombreuses missions périlleuses que nous assumions dans ce secteur chaud de la wilaya4.

De nombreux appelés communistes ont fait l’école des Officiers (EOR) et nombreux sont sortis sous-lieutenants, donc officiers subalternes, commandant une section de trente bonhommes. Combien d’officiers et sous-officiers communistes ont milité au sein de leur unité lors de cette guerre coloniale ?

Commentaire n°5 posté par Tourtaux le 17/05/2011 à 19h09

 

à Danielle, merci de recommander la lecture de mon livre qui est le fruit d’un vécu très dur comme je n’en souhaite à personne.

Commentaire n°6 posté par Tourtaux le 17/05/2011 à 19h15

 

D’accord avec ton analyse Michel concernant 1956 qui a vu le socialiste Guy Mollet prendre les commandes du pays. Le groupe communiste qui était le plus important en nombre à l’Assemblée nationale, a voté la confiance au gouvernement Guy Mollet, pour faire la paix en Algérie. Hélas, il n’en fut rien puisque la guerre et l’usage de la torture ont pris de l’extension, avec la bénédiction de Guy Mollet.

Comme tu le dis à juste raison Michel, le bilan de toute cette période historique reste à faire.

Commentaire n°7 posté par Tourtaux le 17/05/2011 à 19h39

 

ô jacques, j’ai lu ton livre il y a près de deux ans maintenant et je connais bien ce que tu racontes - je t’admire. Par contre, il y a un certain nombre de "chefs" communistes auxquels j’aurais bien eu envie de foutre des coups de boule - c’est tellement facile d’envoyer les autres à la guerre : "le soldat communiste part à toute guerre même si elle est réactionnaire, pour y poursuivre la lutte. C’est surtout que le soldat communiste, on ne va le laisser devenir insoumis sinon il risquerait de se retourner contre ses chefs. Je ne dis pas ça pour ton oncle qui craignait surtout pour ta survie.

Commentaire n°8 posté par modérateur le 17/05/2011 à 19h47

 

à modérateur, je ne savais pas que tu étais adepte du coup de boule. Lors de cette guerre coloniale, j’étais conscient des risques encourus. J’étais jeune, militant assidu et volontaire dès mon adhésion au PCF de l’époque.

Tu parles d’admirer et bien, Alban Liechti, était mon modèle. Alban, que je connais, fut le premier soldat communiste qui refusa d’aller combattre le peuple Algérien. Le 1er mai, au salon du livre à Arras, j’ai rencontré sa nièce qui était avec une camarade anglaise qui m’a acheté mon livre.

En 1960, j’étais déterminé à envoyer ma lettre de refus à De Gaulle et seule la force de conviction de mon oncle que je vénère, a pu m’en dissuader mais, que ce fut difficile de prendre la décision de partir.

Je le dit sans détour, jamais je n’aurais déserté. Je partageais donc l’idée de partir pour militer au sein de mon unité contre la guerre.

Tu penses que mon oncle a voulu me préserver pour que je reste en vie. Je ne sais pas, je ne me pose jamais de telles questions. A vrai dire, je suis un militant, j’ai toujours été un militant qui a toujours eu le tort de foncer, un rouleau compresseur en quelque sorte. Le cumul des ans et les coups reçus chaque jour, me confortent dans mon combat quelque peu assagi mais les convictions demeurent et, ce n’est pas à toi que je ne vais apprendre qu’un sanglier ne s’avoue jamais vaincu.

Commentaire n°9 posté par Tourtaux le 17/05/2011 à 22h01

 

Comme le hasard fait parfois bien les choses, alors que ce témoignage venait d’être publié sur mon blog et sur celui d’autres camarades, j’ai reçu et lu avec beaucoup d’émotion, ce jeudi soir, la réponse du camarade Algérien Sadek Hadjeres, qui fut un des dirigeants du Parti Communiste Algérien(PCA), lors de la Guerre d’Algérie.

Avec son camarade et ami Bachir Hadj Ali, Sadek a négocié avec les représentants du FLN Benyoussef Ben Khedda et Abane Ramdame l’intégration des troupes communistes dans les forces du FLN. Il continua à se battre dans l’ALN jusqu’à l’indépendance.

J’avais écrit à Sadek pour lui dire que cela faisait un 1/2 siècle que je cherchais à connaître qu’elles furent les activités des combattants de l’ALN, en 1961, dans le secteur de Mouzaïaville, dans la Mitidja, région qu’il connait bien.

Sadek a cherché des pistes correspondant à ma recherche. Je cite :

"Il y a certaines indications dans un ouvrage qui a paru l’an dernier relatant le parcours de combattants communistes dans l’ALN et qui se sont trouvés à un certain moment dans le secteur que tu indiques et où tu te trouvais toi-même. L’ouvrage devrait se trouver dans une librairie où se déroulera en principe demain vendredi une rencontre-débat autour du récit-enquête fait par le frère d’un de ces combattants... J’avais moi-même consacré à cet ouvrage un commentaire dont tu trouveras les références également dans la même brève du site."

Je n’ai hélas pas pu me rendre à cette rencontre-débat mais je vais tout faire pour me procurer ce livre qui relate les luttes des camarades du PCA, au sein de l’ALN, qui était très combative dans le secteur de Mouzaïa où je me trouvais.

Après lecture du courriel du camarade Sadek Hadjeres, ma première pensée a été celle-ci : Ayant participé, contre mon gré, à de nombreuses missions dangereuses dans le secteur de Mouzaïa, j’aurais pu me faire tuer par un frère du PCA, combattant de l’ALN.

Commentaire n°10 posté par Tourtaux il y a 3 jours à 11h33

 

J’ai reçu hier un témoignage très émouvant d’un ancien interné de OUED-SMAR, je cite : "j’ai été très marqué par ce séjour de 15 jours au bagne de OUED-SMAR, régime très sévère de la part du chef tolard qui nous humiliait, sans compter les coups et les brimades continuelles."

A deux mois près, nous aurions vécu et subi notre calvaire ensemble.

Commentaire n°11 posté par Tourtaux il y a 3 jours à 20h18

 

Il serai judicieux que beaucoup de jeunes(et moins jeunes) lisent ton livre sur la guerre d’Algérie.Peut être ils ouvriraient les yeux et prendraient modèle sur ces anciens combattants. Bravo Jacques d’avoir écrit ce formidable vécu ! Et MERCI !

Un ancien rappelé de cette foutue guerre au moment ou la clique à Guy Mollet était au pouvoir.

Gerard Pontvianne Commentaire n°12 posté par pontvianne hier à 16h19

 

@ Gérard Pontvianne, merci de ta contribution camarade, ancien rappelé en Algérie, par le socialiste Guy MOLLET en 1956.

 

J’ai reçu ce midi un complément au témoignage ci-dessus, concernant le camarade ancien interné au bagne de Oued-Smar.

De tels témoignages sont très rares. En effet, les gus ayant subi de la part de gradés des humiliations et des sévices graves, n’osent pas en parler de peur de nuire à leurs enfants et petits enfants.

Cet ancien détenu qui me commande mon livre m’écrit que lors de son séjour en Algérie, il était marié et papa d’une petite fille qui vient d’avoir 51 ans ce 22 mai, jour de l’envoi de son courrier.

Je cite le camarade :

"Longtemps j’ai recherché des témoins pour dénoncer ces actes odieux sur de simples appelés.

Je suis certain d’avoir beaucoup d’émotion à te lire et du plaisir à la fois de partager ce que nous avons vécu loin de nos chères familles."

Commentaire n°13 posté par Tourtaux hier à 17h11


 

AHMED AKKACHE : LES GUERRES PAYSANNES DE NUMIDIE

 

 

 

                 Ahmed AKKACHE

 

 

 

LES GUERRES       

PAYSANNES

DE NUMIDIE

 

SNED  -  Alger  -  1973

 

 

INTRODUCTION

 

 

   Aussi loin que l’on remonte dans le passé, l’histoire de l’Algérie est marquée de combats incessants pour la liberté et la terre. Bien avant la colonisation française, aux temps lointains où s’ébauchaient, à travers le fracas des armes et le tumulte des chevauchées, les premiers contours de la nation, les guerres paysannes constituaient déjà dans notre pays une tradition séculaire.

      C’est que les terres algériennes, riches, fertiles, faisant vivre de grands troupeaux et produisant avec générosité le blé, l’huile, le vin, le miel, ont toujours suscité la convoitise de l’étranger. Depuis les Carthaginois et les Romains jusqu’aux Turcs et aux Français, la liste est longue de toutes invasions qui se sont abattues au long des siècles sur notre sol, pour piller ses richesses et exploiter ses habitants.

      Fait remarquable à souligner : les colonisations étrangères ont tendu à l’accaparement des terres et toutes ont échoué par suite de l’opposition irréductible des paysans et des populations rurales.

      Privés brutalement de leurs moyens d’existence, dépossédés de leurs troupeaux, refoulés vers les régions improductives, les anciens habitants de l’Algérie n’avaient d’autre recours possible que la lutte pour reconquérir leurs terres et leurs pâturages. Cette exigence historique en a fait des paysans et des pasteurs guerriers, habiles au maniement des armes, rebelles à toute domination, organisés en tribus farouches constamment en mouvement et pratiquement indestructibles dans les montagnes et les déserts qui leur servaient d’abri.

      L’histoire de ces hommes, abordée brièvement dans les pages qui suivent, est d’une richesse prodigieuse. Elle ne se limite pas, en effet, à l’action spectaculaire de quelques souverains ou chefs de guerre. Elle n’est pas fondée sur les exploits individuels de personnalités d’élite, mais sur le mouvement de masses humaines innombrables qui, du  II ème avant Jésus-Christ au V ème siècle de l’ère chrétienne, c’est-à-dire pendant tout la période de la colonisation romaine, ont érigé l’armée anonyme des paysans sans terre en porte parole de la nation.

 

     

REGARD SUR LA NUMIDIE ANTIQUE

 

 

       Quand les Romains entreprirent la colonisation de la Numidie, au deuxième siècle avant l’ère chrétienne, ils se heurtèrent à un peuple vigoureux, combatif, farouchement épris d’indépendance. Conscient de son originalité, déjà enraciné au sol, le peuple leur opposa une résistance acharnée.

      La tête rasée à l’exception d’une longue mèche sur le sommet du crâne, le menton orné d’une fine barbe en pointe, les guerriers numides utilisent avec dextérité la lance, le javelot et le bouclier. Ce sont des cavaliers intrépides, habitués à parcourir de grands espaces, aimant les grandes chevauchées à la poursuite des bêtes sauvages. Ils habitent en général des tentes facilement démontables. Ils sont généreux, hospitaliers, épris de démocratie et de justice. La plupart des témoignages s’accordent à reconnaître leur grandeur et leur noblesse.

      La Numidie, nom donné à leur pays par certains voyageurs du fait, semble-t-il, de l’importance de ses populations nomades, est grande et riche. C’est l’ancêtre de l’Algérie actuelle.

      « Les Numides, écrit un historien pourtant mal disposé à leur égard (1), s’étaient fait dans la seconde guerre punique un nom retentissant. C’étaient des Barbares dont le voisinage des Carthaginois avait développé l’astuce naturelle, parce qu’ils avaient dû lutter de ruse avec eux, comme dans leurs déserts, ils luttaient de ruse avec la gazelle et, dans leurs montagnes, avec le lion et la panthère.

      « Massinissa…cavalier intrépide, même à 90 ans, était le fidèle représentant de cette race qui, avec ses chevaux rapides, vivait de chasse…bien plus que de ses cultures. Celles-ci s’étendaient dans les vallées fertiles et au bord des ruisseaux où le dattier donnait des fruits savoureux. Sur les plaines, au flanc des collines, de nombreux troupeaux de bœufs et de moutons erraient l’année entière sans clôture ni abri, partout où ils trouvaient de l’herbe ».

      Le territoire national a commencé dès cette époque à prendre forme. Bien que débordant légèrement sur la Tunisie, le Maroc, il est déjà sensiblement le même que celui d’aujourd’hui. La culture du blé, de l’orge, de la vigne et des oliviers s’y développe, servie par une fertilité remarquable du sol. L’élevage, qui intéresse surtout les chevaux et les bœufs, est déjà si important que le Phénicien Amilcar, à l’issue d’une incursion dans le Constantinois, ramène d’un seul coup à Carthage plus de 20.000 têtes de bétail.

      L’utilisation du fer et le perfectionnement progressif des instruments aratoires améliorent régulièrement la production. Des échanges commerciaux s’organisent entre régions agricoles et régions pastorales. Les tribus, d’abord opposées les unes aux autres, commencent à se rassembler sous une autorité centrale unique : celle de Massinissa, un chef d’envergure, dont le principal mérite est d’avoir su diriger les grandes transformations économiques et sociales qui s’opéraient alors dans le pays.

      « Voici ce qu’il fit de plus grand et de plus merveilleux, écrit un auteur latin : avant lui, toute la Numidie était considérée comme incapable par sa nature de donner des produits cultivés. C’est lui le premier, qui montra qu’elle peut les donner tous » (Polybe, trad. Par S. Gsell).

      Le vieux roi agrandit sa capitale : Cirta (Constantine). Il jeta les bases d’un Etat, d’une administration, d’une armée. Il distribua des terres aux tribus nomades pour les fixer au sol, constitua de grands domaines fonciers, développa les travaux d’irrigation, le commerce, créa une monnaie. Sous son impulsion la Numidie connut un essor tel qu’elle devint rapidement un rival redoutable pour les deux puissances qui se disputaient alors l’hégémonie en Méditerranée : Carthage et Rome.

      Aussi ces deux puissances s’attachèrent-elles à la détruire. Carthage d’abord multiplia les incursions et les activités à l’intérieur du territoire numide. Puis, profitant de la mort de Massinissa (en 148 avant J.-C.) et de la défaite de Carthage, l’armée romaine entreprit à son tour la conquête du pays avec des moyens considérables.

      A peine le jeune numide se trouvait ainsi confronté au plus puissant empire du monde antique. Mais il ne céda pas. Ce fut une épopée extraordinaire, une guerre de résistance admirable à peu près unique dans l’histoire, où des générations entières se succédèrent sans jamais accepter la soumission et se transmettaient fidèlement les unes aux autres le flambeau de la résistance.

      Marquée d’épisodes dramatiques et de combats sanglants, de victoires et de défaites, cette guerre populaire n’a pratiquement jamais cessé durant la longue période de la colonisation ; et ce n’est pas sans raison qu’un auteur français a intitulé l’histoire de la domination romaine « quatre siècles d’insurrections et de révoltes » (2).   

 

  1. DU BUY : Histoire des Romains, t II, p.442

2.G. HARDY : Vue générale de l’histoire d’Afrique, p. 28

3.« Quatre siècles d’insurrections et de révoltes »

 

 

  

 

LA COLONISATION ROMAINE

 

 

 

   Parmi les chefs les plus prestigieux de cette longue résistance, il convient de citer en premier lieu Jugurtha. Descendant de la famille royale, officier brillant, intelligent et habile, le jeune prince dirigea contre les Romains une guerre de plusieurs années, parcourant le pays, de Constantine à la frontière marocaine, pour organiser la lutte et livrer de nombreux combats (11 à 14 av. J.-C.). Tout d’abord les envahisseurs essuyèrent des échecs sanglants. Des légions entières furent détruites.

      Comprenant alors que la force militaire, à elle seule, ne viendrait jamais à bout d’un peuple aussi irréductible, les Romains s’attachèrent à le diviser.

      Ils firent donc en sens inverse le chemin de Massinissa, dénouant progressivement la trame qu’il avait nouée entre les diverses tribus. Pour affaiblir le pouvoir central, ils encouragèrent les ambitions des chefs locaux, distribuant les titres honorifiques, nommant des dirigeants de tribus préfets ou princes.

      Surtout ils s’efforcèrent de consolider la base économique de l’aristocratie tribale et des classes dirigeantes traditionnelles, restées jusque-là très faibles, en leur donnant la propriété personnelles de certaines terres arrachées aux communautés paysannes. Les distributions d’or, l’intéressement aux transactions commerciales, l’attribution de petites propriétés aidèrent à fortifier la bourgeoisie villageoise.

     Les nouveaux groupes privilégiés, trop faibles pour assurer seuls, la défense de leurs intérêts contre des populations aussi hostiles aux inégalités sociales qu’à la collaboration avec les occupants, ne voyaient de salut que dans la présence romaine, qu’ils servirent de leur mieux.  

      Après la mort de Jugurtha, en 104 avant J.-C., le pays fut démembré, seule la partie nord-est du constantinois garda le nom de Numidie. La partie occidentale, peuplée surtout de nomades, fut confiée, sous le nom de Maurétanie, à Juba II, roi esclave au service de l’occupant.

      De nombreux chefs révolutionnaires s’efforcèrent, cependant, à plusieurs reprises d’abattre le pouvoir royal et de reconstituer l’unité de la Numidie ancienne.

      Le plus célèbre d’entre eux est Tacfarinas, un paysan aurassien, déserteur des forces auxiliaires romaines, qui réussit à mettre sur pied une véritable armée populaire pour combattre les envahisseurs. Pendant près de sept ans, une guerre très dure ravagea le pays.

      L’absence, ou l’insuffisance, des documents historiques ne nous permet malheureusement pas de situer le rôle exact des grandes insurrections de l’époque, et notamment celle de Mazippa, un important chef des tribus maurétaniennes en lutte contre Juba et ses maîtres. Nous savons néanmoins qu’après la mort de Tacfarinas dans la région de Sour El Ghozlane, en l’an 24 de l’ère chrétienne, aucune force centralisée ne pouvait plus organiser le peuple et s’opposer victorieusement à la marche des légions.

     Les tribus se battaient désormais en ordre dispersé. Leur résistance, opiniâtre et souvent héroïque, ne se manifestait qu’au moment où la colonisation atteignait leurs propres terres, menaçant leurs intérêts vitaux. Alors, et alors seulement, les tribus se dressaient farouchement, défendant pied à pied la moindre parcelle de leur sol, luttant avec une intrépidité et un mépris de la mort qui faisaient l’admiration de tous.

      Mais il était alors trop tard. Malgré ses lourdes pertes l’ennemi, plus fort numériquement, et parfois même aidé de contingents de tribus rivales, occupait la région, s’appropriait les terres, réduisait les prisonniers à l’esclavage et refoulait les survivants vers les montagnes infertiles ou les zones arides du sud.

      C’est ainsi que le limes, cette frontière fortifiée qui protégeait le pays conquis, d’abord établi à la limite du Tell, recula progressivement vers les régions méridionales, englobant successivement les Hautes-plaines  constantinoises, le Hodna, puis les Hauts-plateaux algérois et le littoral oranais. A l’intérieur de cette limite la colonisation se donna libre cours.

     

  

    Rien n’était plus facile. Il suffisait de s’installer. La terre ayant été décrétée propriété romaine, les « Indigènes » n’avaient plus aucun droit. Notons en passant que cette brillante leçon de savoir-faire n’allait pas être perdue pour tout le monde. Dix-huit siècles plus tard le maréchal Bugeaud, bon élève, recommandait à ses soldats : « Partout où il y aura de bonnes terres, et des terres fertiles, il faut installer les colons, sans s’inquiéter à qui elles appartiennent ».

      On procéda de la même façon pour constituer les fameux latifundia, les domaines particuliers de l’empereur, de sa famille, de ses courtisans ; domaines parfois si vastes qu’on ne pouvait, aux dires d’un contemporain, en faire le tour à cheval en une journée.

      Les premières expropriations portèrent évidemment sur les plaines riches, déjà cultivées, et ne touchèrent par conséquent que les tribus sédentaires. Il s’agissait alors d’organiser la production céréalière et de fournir rapidement à Rome les immenses quantités de blé dont elle avait besoin pour nourrir la masse de ses citoyens désœuvrés.

      Vint cependant le moment où on exigea également de l’Afrique du vin et surtout de l’huile. Les tribus nomades furent alors touchées à leur tour, les terrains de parcours des troupeaux devenant indispensables pour l’extension des olivettes.

      Le territoire de la Numidie libre rétrécissait ainsi comme une peau de chagrin. En dehors de quelques enclaves semi-steppiques où les anciens maîtres du sol menaient désormais une existence misérable, seuls les massifs montagneux inaccessibles, le Djurdjura, l’Aurès, le Babor et l’Ouarsenis maintenaient une organisation indépendante.   

        

     

 

 

LA RESISTANCE DES PREMIERS SIECLES

 

 

 

     Cela ne veut pas dire que la « paix romaine » régnait désormais sur le pays. Au contraire, des insurrections populaires éclataient à intervalles réguliers.

Il s’agissait surtout, alors, d’insurrections périphériques, de révoltes en quelques sorte « extérieures », importantes certes, énergiques, souvent massives, mais qui venaient régulièrement se briser sur les frontières de la « province », soit en Oranie (Maurétanie césaréenne), soit plus souvent encore  dans le sud, où les tribus sahariennes et les nomades réfugiés entretenaient un état de guerre permanent.

      Voici, à titre d’exemple, une liste certainement très incomplète de ces insurrections, reconstituée d’après quelques textes d’époque et divers documents épigraphiques.

     - Avant J.-C. : soulèvement des Gétules (tribus sahariennes). Accrochages dans le sud algérien pendant près de 30 ans. 

       - en 17 : Insurrection des Musulames (Aurès et régions méridionales de Numidie)

      - En 45 : Insurrection en Maurétanie et dans le sud de la Numidie. Les troubles se poursuivront jusqu’en 54.

      - En 78 : Révolte des tribus Garamantes (Sahara)

      - En 86 : Soulèvement des tribus Nasamons dans le sud algéro-tunisien. Des collecteurs d’impôts sont massacrés.

      - en 118 : Insurrection en Maurétanie, dans le Hodna et l’Aurès. Des combats sont signalés sans interruption jusqu’aux environs de l’an 144.

      - En 152 : Révoltes sporadiques dans les mêmes régions.

      - En 180 : Nouveau soulèvement des tribus maurétaniennes.

      - En 211 : Nouvelles révoltes dans le sud de l’Aurès.

      - En 238 : Importante insurrection en Numidie, qui marque le début d’une période incessante de troubles.

      Ainsi, durant des siècles, les vagues ininterrompues de l’insurrection montaient de toutes parts à l’assaut de la citadelle romaine. Mais telle était la richesse de la terre numide que les structures coloniales, nourries de toute la substance du pays, tenaient bon.

      Contraint de combattre en permanence sur ses frontières, le régime puisait à l’intérieur de quoi alimenter ses guerres interminables : produits agricoles, hommes, ressources financières. Les profits fabuleux retirés de l’exploitation des latifundia, du travail des esclaves dans les mines et du commerce d’exportation, lui permettaient non seulement d’entretenir ses légions, mais encore de payer des mercenaires et de corrompre l’aristocratie numide qu’il associait habilement au pillage du pays. 

      C’est l’époque de la grande prospérité romaine, de l’essor économique, des cités grandioses, des villas magnifiques, des palais, des thermes, des mosaïques, du luxe insolent des riches et, par contrecoup, de la misère atroce des pauvres. Les magnifiques vestiges archéologiques qu’on trouve aujourd’hui encore à Timgad, Djémila, Tébessa ou Cherchell, ne doivent pas faire oublier que cette belle civilisation n’a pu en définitive s’édifier que « sur les ossements de générations d’esclaves » et pour le seul profit d’une infime minorité.

      Voici à titre d’exemple comment un témoin décrit le sort misérable des prisonniers et des forçats de Numidie : «Ils étaient enfermés dans les mines d’or et d’argent. Ils y subissaient la flagellation. Ils paraissent avoir été marqués au front…Ils avaient les pieds entravés par des anneaux de fer que reliait une chaîne. La tête à moitié rasée, presque nus, à pine nourris, ils s’étendaient la nuit sur le sol et le jour ils travaillaient dans les galeries obscures où les aveuglait la fumée des torches » (1)

      Cette répression impitoyable éclaire la nature véritable de la civilisation romaine, rejetée par l’immense majorité des populations numides. Un auteur français constate à ce sujet :

      « Les Indigènes dépouillés, réduits au servage ou refoulés, ont toujours  conservés contre Rome un ressentiment inaltérable qui fit sombrer la colonisation romaine. Et ce ne fut pas long car, dès le IVe siècle, on s’occupait de relever les villes mourantes…

     « Aussi l’empereur et les grands propriétaires étaient-ils obligés d’entourer leurs domaines d’une ceintures de forts pour en écarter l’ennemi. Ils élevaient des tours, chargées de protéger le domaine, le long des voies de communications, des vallées, des fleuves, sur les sommets, de telle sorte qu’elles se liaient ensemble, qu’elles se voyaient et qu’elles se portaient secours.

     Est-ce l’indice d’une sécurité parfaite que cette colonisation toujours sur le qui-vive ?.... » (2)

 

  1. Saint Cyprien, Epist. 77,3.
  2. Capitaine Godechot : Étude sur la colonisation romaine en Afrique, p. 22.   

          L’INSURRECTION DE 253

 

Bâtie sur la sueur et le sang des peuples opprimés la « prospérité » romaine n’allait pas tarder à s’effondrer. Les lourdes dépenses militaires indispensables à la surveillance de l’empire, jointes au gaspillage effréné et au luxe insolent des classes riches, allaient vider les caisses de l’Etat et entraîner, à partir du III e siècle, une crise économique et financière sans précédent.

Pour y faire face, les Romains aggravèrent encore les impôts et l’exploitation des paysans. Mais la misère effroyable des campagnes se traduisit par de nouveaux soulèvements. Aux esclaves ruraux et aux ouvriers saisonniers descendus des tribus se joignirent des milliers de petits agriculteurs libres, sous-locataires de parcelles minuscules dans les grands domaines fonciers, écrasés de corvées et de charges fiscales nouvelles, ainsi que de nombreux propriétaires ruinés. La résistance à la domination étrangère s’identifiait désormais à la lutte contre l’exploitation des hommes et pour la récupération des terres volée, réalisant ainsi cette « imbrication de la résistance à l’agression et des luttes sociales » qui caractérise l’histoire de notre pays. (1)

Aussi quand les flammes de l’insurrection s’allumèrent à nouveau, en 253, « les paysans berbères ne s’attaquèrent pas spécialement aux Romains, mais à tous leurs oppresseurs, quels qu’ils fussent, et surtout aux Berbères romanisés dont ils pillèrent les terres ». (2)

Il ne s’agissait nullement, comme le prétendent certains auteurs français, de « troubles anarchiques » et « d’efforts incohérents », mais d’un soulèvement organisé. Le signal de l’action n’a pas été donné au hasard, mais à l’heure la plus propice : celle où l’empire romain, secoué à l’intérieur par les désordres économiques, était de surcroît assailli à l’extérieur par les Germains et les Perses.

Quand bien même il n’y aurait pas eu, ce qui semble probable, de liaisons organisées entre les Numides et les autres peuples asservis par Rome, on ne peut contester l’existence en Algérie d’une direction insurrectionnelle centralisée. Sous la conduite de qui ? De Faraxen sans doute, un valeureux chef de tribus du Djurdjura, le seul dont le nom soit conservé jusqu’à nous. Mais pas seulement lui. Car la mort de Faraxen, en 259, n’a nullement empêché la guerre de se poursuivre durant de longues années encore.

S’il fallait une autre preuve du caractère organisé du soulèvement, on la trouverait dans son extension rapide à l’ensemble du pays. Les inscriptions romaines relatives aux opérations militaires n’ont pas été relevées seulement sur des monuments commémoratifs découverts autour du Djurdjura, dans la vallée de la Soummam, à Auzia (Sour EL Ghozlane) et Zuccabor (Miliana) mais aussi à Milev (Mila) près de Constantine, et Altava (Ouled-Mimoun) près de Tlemcen. Ces deux derniers points sont séparés l’un de l’autre par une distance de mille kilomètres. Aucune tribu, ni même confédération de tribus, n’aurait pu dans les conditions de l’époque mener seule une guerre de plusieurs années et participer à des combats en des points aussi éloignés de son territoire d’origine.

Il faut donc bien admettre qu’une entente plus large s’est réalisée, groupant autour des tribus montagnardes de Kabylie, des confédérations nomades de Maurétanie et des populations urbaines du Constantinois. Après des siècles de colonisation, de morcellement territorial et d’étouffement culturel, cette entente traduit une résurgence remarquable des aspirations à l’unité.

Certes, l’unanimité est loin d’être faite. D’importants contingents d’auxiliaires se battent encore dans l’armée romaine. Et Faraxen lui-même sera tué par un détachement de cavaliers maures. Mais ces « harkis » de l’antiquité sont de plus en plus isolés. Le détachement qui tua Faraxen est rapidement détruit et son chef, Gargil, tué a son tour dans une embuscade par d’autres cavaliers maures ralliés à l’insurrection.

Quoi qu’il en soit, des combats acharnés se déroulèrent de longues années durant en divers points du pays : en 257 à Altava ; en 259 à Milev, en 260 à Auzia, en 289 dans la vallée de la Soummam et en bien d’autres régions encore. Après de brèves périodes d’accalmie, la guerre se rallumait sans cesse. Les évènements étaient suivis à Rome avec angoisse. Preuve de l’importance capitale qu’on leur accordait : en 297 l’empereur Maximien traversa la mer en personne pour participer à la « pacification ». Des renforts considérables furent envoyés sur place ; des régions périphériques furent abandonnées (surtout en Oranie) pour permettre une plus forte concentration des troupes sur les points décisifs, c'est-à-dire sur les plaines riches où s’étendaient, à perte de vue, les immenses domaines fonciers de l’aristocratie coloniale.

 

  1. Charte d’Alger,Ch.I.p.10
  2. Ch.A.Julien : Histoire de l’Afrique du Nord,t.I,p.197

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LES CIRCONCELLIONS

 

 

 

   C’est précisément dans ces vastes régions de latifundia, objet d’une exploitation féroce, que surgissent à partir du IVe siècle des groupes de paysans armés qui vont semer la terreur dans le camp des grands propriétaires romains et de leurs alliés. L’histoire connait ces hommes sous le nom de circoncellions, mot rugueux dérivé du latin et signifiant littéralement « ceux qui assiègent les fermes ».

En dépit des interprétations tendancieuses de la plupart des auteurs européens, qui les considèrent indifféremment comme « des bandes de pillards » (R.Cagnat), des « Barbares » (Stéphane Gsell) ou « des hordes fanatiques » (P.Monceaux) les circoncellions sont des libérateurs, des combattants épris de justice et animés d’une ardente idéologie égalitaire. Et leur soulèvement a sans doute constitué tant par sa durée que par le nombre d’hommes qu’il contribua à mettre en mouvement, la plus importante de toutes les insurrections qui ont marqué l’histoire de l’Algérie antique.

    En fait, après un siècle de résistance et de luttes multiformes, les circoncellions ont été les véritables fossoyeurs de l’empire romain en Afrique. Brûlant les fermes, détruisant les récoltes, attaquant les garnisons romaines, harcelant sans cesse les complices de l’occupant, ces lointains ancêtres des moudjahidines rassemblaient sous leurs drapeaux des paysans expropriés, des esclaves révoltés, des petits commerçants ruinés par le fisc. Ils ne faisaient aucune différence de race : on trouvait parmi eux des Numides certes en majorité, mais aussi des Maures, des Gaulois, des Grecs échappés à l’esclavage, et même quelques citoyens romains insurgés contre leurs chefs.

   La première manifestation historiquement connue des Circoncellions remonte à l’année 320, date à laquelle ils attaquèrent des soldats chargés par l’empereur Constantin de fermer certaines églises. En ce temps-là le christianisme s’était en effet relativement développé dans le pays. Et les prédications évangéliques, faisant appel aux sentiments d’égalité et de justice, séduisaient certaines couches parmi les petites gens des villes.

Mais leurs convictions religieuses n’empêchaient nullement les premiers croyants de rester foncièrement anti-romains. Bien au contraire, l’idéal chrétien s’identifiait pour eux à la lutte contre la tyrannie et les injustices sociales. C’est pourquoi leur mouvement, dirigé par l’évêque Donat (d’où son nom de donatisme) étaient ouvertement opposé à Rome et considéré comme rebelle. A l’inverse, la hiérarchie catholique, dirigée à la fin du siècle par l’évêque Augustin (1), collaborait ouvertement avec l’occupant.

 

On comprend dans ces conditions que, voyant leurs compatriotes donatistes victimes de la répression impériale, les circoncellions se soient immédiatement portés à leur secours. Bien que n’étant pas eux-mêmes chrétiens ils trouvaient, dans les luttes religieuses et sociales de l’époque, le moyen de contracter des alliances efficaces pour renforcer de toutes les façons possibles la lutte permanente contre Rome.

 

Mais leur soutien aux donatistes n’empêchait nullement les circoncellions de mener leur action révolutionnaire propre. En quoi cette action consistait-elle ? L’évêque Augustin nous l’explique avec force détails dans sa correspondance :

«  Des troupes d’hommes perdus troublaient sous divers prétextes le repos des innocents. Quels est alors le maître qui n’eût pas à craindre son esclave s’il allait se mettre sous la protection de ces furieux ?

Qui aurait osé faire seulement la moindre menace à un de ces brigands ? Provisions enlevées dans les maisons, refus de payer les dettes, tout était permis. Ces forcenés étaient là pour protéger les excès. »

 

« Par crainte des bâtons, des incendies et d’une mort imminente, les maîtres déchiraient les actes d’achats des pires esclaves pour leur accorder la liberté. Arrachées de force, les créances étaient rendues aux débiteurs. Ceux qui avaient méprisé leurs rudes avertissements étaient contraints par des coups plus rudes encore à faire ce qu’ils leurs enjoignaient. Les maisons de gens innocents qui les avaient offensés étaient rasées ou incendiées. Des chefs de famille d’une naissance honorable et d’une éducation raffinée survécurent à peine à leurs coups ou, enchaînés à une meule, furent contraints à coup de fouet à la faire tourner, comme des bêtes de somme » (2)

 

   On cherchait en vain dans ce texte ce qui pourrait relever du banditisme ou du pillage. Comme le note avec impartialité un auteur français «  ce ne sont pas des violences désordonnées qu’il nous décrits, mais une agitation sociale caractérisée » (3)

   Augustin, qui ne s’est jamais ému outre mesure devant les souffrances des esclaves et des paysans pauvres, comptait cette fois visiblement à la peine des « chefs de famille d’une naissance honorable » et des riches propriétaires fonciers dont « l’éducation raffinée » est incompatible avec les contraintes du travail. C’est sans doute sa façon de pratiquer la charité chrétienne. Mais que reproche-t-il en fait aux circoncellions ? Essentiellement deux choses :

 

  1. De défendre et de protéger les esclaves contre la tyrannie des maîtres.

 

  1. De défendre et de protéger les petits débiteurs insolvables c'est-à-dire les paysans pauvres, contre l’intransigeance des créanciers.

 

   Il ne s’agit donc nullement de délits de droit commun, mais de revendications sociales, parfaitement légitimes dans le cadre du féroce système esclavagiste institué par la domination romaine. La violence des circoncellions, leur haine des maîtres et des occupants étrangers, s’explique par la violence et les exactions de caractère colonial. Faut-il rappeler ici les tribus expropriées et réduites à la famine ? Et les combattants crucifiés avec sauvagerie au bord des routes ? Et Jugurtha condamné à la mort lente au fond d’un puits ?

Jamais les circoncellions, mêmes aux moments les plus rudes de leur légitime colère, ne se sont abaissés à des actes aussi odieux. Les témoignages de leurs adversaires eux-mêmes l’attestent. «  Tous leurs méfaits, décrits par Saint-Optat, ont en effet exclusivement le caractère d’attentes contre les personnes et les biens des propriétaires, commis par des paysans révoltés » (4)

D’abord petits groupes dispersés dans les diverses régions du Nord-Constantinois, armés de pierres, de frondes ou de bâtons appelés « azraëls » les circoncellions, se sont peu à peu organisés en détachements plus importants, armés de lances, d’épées ou de glaives.

Attaquant les fermes ils enlèvent les provisions et les distribuent aux pauvres. Puis ils menacent les riches propriétaires et leu imposent des rançons. Ils obligent les créanciers, sous la menace des armes, à brûler les titres de propriété ou les reconnaissances de dettes. Parfois ils arrêtent un char, font descendre le maître et l’obligent à tirer les esclaves installés à sa place.

En 348, dans la région de Bagaï, près de Timgad, on les voit attaquer, sous la direction de deux chefs nommés Axido et Fasir, d’importantes garnisons romaines. A compter de cette date des accrochages incessants opposent en divers points du territoire des groupes armés de circoncellions aux troupes d’occupation et aux milices.

Ainsi la révolte paysanne est devenue une véritable révolution. L’ordre social est compromis. On comprend le désarroi d’Augustin quand, dénonçant la « domination tyrannique » des insurgés il s’interroge avec anxiété : « Ne serions-nous point partout expulsés de nos champs par leur violence ? ». Ce qui montre clairement que les circoncellions, présentés mensongèrement comme des assassins et des pillards, ne sont en fait que des paysans désireux d’opérer la redistribution des terres volées.

Une inscription latine du IIIe siècle découverte à Aïn El Djemala (Constantine) nous donne le texte d’une pétition adressée par les paysans de la région aux autorités. Il y est dit : « nous vous demandons, ô procurateurs, en invoquant en vous cette sagesse que vous déployer au nom de César, de bien vouloir dans notre intérêt comme dans celui de sa Majesté, décider de nous donner des terres qui sont en marécages ou en broussailles pour les planter d’oliviers er de vignes ».

La soif de terre, que traduit ce message émouvant gravé dans la pierre, il y a  17 siècles, explique pourquoi, après une longue période de prières et de vaines supplications, les paysans ont décidé de reprendre les terres de force, en utilisant pour cela les armes et la violence.

Leurs revendications agraires, que l’on retrouve tout au long d el(histoire algérienne, nous allons du reste les voir apparaître plus clairement encore sur les drapeaux des grandes insurrections nationales auxquelles les circoncellions s’intègrent à la fin du IVe siècle.

 

  1. Devenu par la suite Saint-Augustin
  2. Augustin : lettre CLXXXV,IV,15.
  3. J.P.BRISSON : Luttes religieuses et luttes sociales dans l’Afrique romaine (in « La Pensée » n        °67, p. 62
  4.  CABROL et LECLERCQ : Dictionnaire d’archéologie chrétienne et de liurgie,III, p. 1694

http://ahmedakkache.over-blog.com/2016/11/lecture-ouverte-du-livre-les-guerres-paysannes-de-numidie-ahmed-akkache-sned-alger-1973.html


 

JEAN-PIERRE SAÏD, ANCIEN JOURNALISTE A ALGER REPUBLICAIN NOUS A QUITTES

Jean-Pierre Saïd, ancien journaliste à Alger républicain nous a quittés

lundi 21 novembre 2016 
par  Alger républicain 

 

Brutalement dans la matinée du samedi 19 novembre 2016, Jean-Pierre Saïd est décédé à Domazan, localité située près de Nîmes (France), à l’âge de 83 ans.

Ancien collaborateur de notre publication, il avait rejoint notre rédaction en 1952.

Dans son enfance, alors qu’il était encore élève des écoles primaires, il avait connu les effets pervers du racisme dans les mesures anti-juives d’un gouvernement français pro-hitlérien installé à Vichy, qui interdira en Algérie aux enfants de confession juive l’accès à l’instruction. Sans doute cette discrimination va contribuer avec le temps à sa prise de conscience politique vis à vis d’un système d’exploitation et d’oppression coloniales qui accorde la nationalité française aux ressortissants juifs d’Algérie pour servir avant tout des intérêts impérialistes.

Jeune, Jean-Pierre Saïd rejoindra d’abord les organisations des Auberges de la Jeunesse où le racisme est combattu. A l’âge de 19 ans, alors qu’il est employé dans une société d’assurances particulièrement spécialisée dans le transport des biens et produits commercialisés, il nouera des liens avec des organisations libertaires dont les orientations sont anticolonialistes.

Le premier mai 1952, journée internationale des travailleurs, alors que les manifestations sont interdites dans plusieurs villes d’Algérie, aux côtés d’un autre libertaire il se joint aux manifestants qui à Alger défient les policiers chargés de réprimer ceux qui s’opposent à cette interdiction. Il est arrêté et conduit au commissariat, où il rencontre des membres de la rédaction de notre journal qui partageaient le même sort que le sien. Libéré du commissariat par la protestation populaire, Jean-Pierre Saïd se rend à la rédaction d’Alger républicain dans l’espoir de s’y faire embaucher. Il y parvient. Sous l’influence de Nicolas Zannetacci et Abdelkader Choukal, qui sont des collaborateurs du journal, il adhéra au Parti communiste algérien (PCA) en 1953.

Ses activités journalistiques sont consacrées aux manifestations culturelles qui se déroulent dans le pays mais aussi à celles qui sont organisées par la jeunesse notamment sur le plan international. Sa collaboration au journal sera interrompue en octobre 1954. Il a 21 ans et il est appelé à accomplir son service militaire à Batna. Dans son entretien avec l’historien Jean-Pierre Le Foll Luciani, en date du 9 mars 2007, Jean-Pierre Saïd déclare que "après l’attaque de la caserne le 1er novembre 1954, il lui est interdit de monter la garde et de toucher une arme et, chargé du ravitaillement, il tente à son niveau de ralentir les activités des troupes.

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Interview de Mustapha Kateb par J.P Said pour Alger républicain

Contacté par des camarades courant 1955 , il les informe sur ce qui se passe dans la caserne et donne des noms de soldats à qui sont envoyés des tracts et la Voix du Soldat ; soupçonné mais protégé par le colonel (qui avait été dans la résistance en France durant l’occupation hitlérienne), il est envoyé plus au sud, à Laghouat où il est interrogé par la DST sans conséquences immédiates".

Démobilisé en septembre 1956, il rejoint Alger et se met à la disposition de l’organisation clandestine du Parti communiste algérien. Il activera dans les réseaux organisés par le PCA sous la responsabilité de Lucien Hannoun en direction des soldats de l’armée française en vue de leur expliquer le caractère colonial de la guerre menée contre le peuple algérien, guerre menée pour la défense des intérêts impérialistes et colonialistes qui ne sont pas ceux des travailleurs français.

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Camp de Lodi rassemblement des prisonniers le 1er mai 1957

En 1962, au lendemain de l’indépendance, il apprendra de son collègue du journal, Yahia Briki que celui-ci avait déposé dans sa demeure « un jour d’octobre 1956, un sac de plage contenant la mitraillette utilisée dans l’attentat manqué contre le général Massu ». En novembre 1956, Jean-Pierre Saïd est arrêté par la police coloniale sans aucun motif d’inculpation et « interné » au camp de Lodi où il rejoint de nombreux autres militants communistes et n’en sortira qu’en 1960 pour être expulsé ensuite d’Algérie en France.

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Camp de Lodi (de g à dte) Gabriel Ttimsit-Lucien Delahaye-Jean Claude Raynaud-Jean Pierre Said et Jean Ruiz

Sa maman, Mireille Saïd qui en sa qualité de sage-femme accorde ses services aux femmes musulmanes de la Casbah, en ces moments de la guerre de libération nationale sera également expulsée du pays par les colonialistes. Son cousin, Pierre Ghenassia qui a rejoint l’ALN tombera en martyr les armes à la main au cours d’un accrochage avec les troupes coloniales en tentant de préserver des combattants blessés dont il avait la charge en sa qualité d’infirmier.

Dès sa libération de Lodi, Jean-Pierre Saïd qui revient de France à Alger, en novembre 1960, demande à son parti l’autorisation de rejoindre l’ALN. Celui-ci le dirige vers Constantine où il va militer au côté de la direction de son organisation clandestine à Constantine. Il apportera une aide précieuse à cette direction dans ses activités jusqu’à l’indépendance. En Août 1962 il quitte Constantine et reprend sa place de collaborateur d’Alger républicain jusqu’à la suspension du journal, en juin 1965, au lendemain du coup d’Etat.

Alors qu’il n’est pas membre de l’ORP, il sera arrêté en septembre 1965 par la sécurité militaire et après un mois de détention dans ses locaux, il sera expulsé en France, alors qu’il est de nationalité algérienne. Ses papiers d’identité délivrés par les autorités algériennes au lendemain de l’acquisition de la nationalité algérienne lui sont retirés par la sécurité militaire. Dès lors, il ne peut plus revenir en Algérie. Il parviendra bien plus tard à récupérer ses papiers algériens où il effectuera de courts séjours. Attaché à son journal Alger républicain, Jean-Pierre Saïd sera l’un des fondateurs de l’Association des Amis d’Alger républicain en France. Il restera l’un de ses membres fidèles jusqu’à sa mort. Chaque année il se faisait un devoir de venir à la Fête de l’Humanité pour saluer ses camarades communistes d’Algérie dans leur stand. Mais la maladie l’en empêcha au cours de ces deux dernières années.

En ces circonstances bien douloureuses pour ceux qui l’ont connu, les communistes d’Algérie et tous les fidèles amis d’Alger républicain font le serment de poursuivre son combat. Ils présentent à sa compagne, Anne Marie, à sa sœur Josette qui fut aussi une militante de la cause nationale, à ses deux enfants et à tous leurs proches leurs sincères condoléances et leur solidarité.

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Alger républicain 
21 novembre 2016

 

Portfolio

Jean Pierre <span class="caps">SAID

http://www.alger-republicain.com/Jean-Pierre-Said-ancien.html


 

MOHAMED BOUHAMIDI : PASSAGE A L’EMISSION : REPUBLIQUE DES ARTS AVEC THORAYA

 

Mohamed Bouhamidi : Passage à l'émission République des Arts avec Thoraya :

 

https://soundcloud.com/pitch-one-1/mouhamed-bouhamidi-republic-des-arts-211116mp3​ 


 

A. MERDACI : MISE AU POINT A LA REPONSE DU PrDJIDJELI

 

Il semble que M. Nacer Djidjeli n’a pas écrit son rageur libelle (« Le Soir d’Algérie », 7 novembre 2016) pour défendre Kamel Daoud contre ceux qui l’ont critiqué dans leurs publications, qu’il accuse d’être les « gardiens des dogmes », mais pour établir un infaillible constat d’échec de l’État et du système qui le dirige. Universitaire, attaché aux formes d’évolution de la littérature nationale algérienne et des mutations, très présentes ces derniers mois, de la figure et de la mise en scène de l’écrivain algérien, je lui ai répondu à partir des éléments de sa propre stratégie de défense de l’auteur-billettiste oranais, qu’il devrait assumer courageusement dans une indiscutable rectitude morale. Ce qu’il se garde de faire.

Que M. Djidjeli ne soit pas à l’aise dans son pays et porte le fer contre  le pouvoir en place, ce qui lui appartient pleinement et, n’étant inféodé à aucune chapelle politique, cette discussion (sur fond de paysage délétère) à laquelle il voudrait, présomptueusement, m’inviter, ne m’intéresse pas. Or cet échange sur la littérature qui m’a engagé à lui répondre, que j’attendais, il l’évacue totalement dans sa réponse publiée dans l’édition du 20 novembre 2016 de « La Nouvelle République » parce qu’il n’en a pas la mesure, se bornant à revendiquer « nos écrivains contemporains », sans nommer l’infâme et intempérant Sansal et son disciple Daoud.

Mon contradicteur, qui se désole de ne me lire qu’avec un dictionnaire ouvert, m’accuse-t-il d’« arrogance », de « suffisance », de « donneur de leçons », et même d’« insultes », lui qui s’est érigé en insulteur de son pays et de son peuple, qui – semble-t-il – n’ont jamais rien produit, qui chante encore la défunte Algérie coloniale pour scander que le pays indépendant n’a rien « bâti de beau ou de grandiose » ? Quel amour porte-t-on à son peuple lorsqu’on l’assigne au néant ? Le thème de la « table rase », repris sans vergogne par le chirurgien-pédiatre, reste un classique de la pensée coloniale. Quant au « vide intellectuel » qu’il veut m’imputer à charge, M. Djidjeli, dans ses oripeaux de néo-Indigène qui n’a pas fait le deuil de l’ancienne France d’Algérie, peut en agiter le triste horizon et l’habiller de spectres, se regorgeant de chimères d’un autre temps. Dont acte.

Pr Abdellali Merdaci

 

La réponse du Pr. Nacer Djidjeli dont il question :

 

Quand l’arrogance et la suffisance remplissent le vide intellectuel

http://www.lnr-dz.com/index.php?page=details&id=59665

 

Nacer Djidjeli

 

Dans votre édition du 13 novembre 2016 vous m’avez fait l’honneur d’être le personnage central d’un article publié sous la plume de Mr A. Merdaci et intitulé une « Énième défense par le vide ».

Cet article se voulait être une réaction à la contribution que j’avais publiée dans un quotidien national quelques jours auparavant et intitulée « sommes-nous un grand peuple, une grande nation, un grand pays ». Un moment, j’avoue que je fus heureux à l’idée qu’un universitaire qui plus est censé être un intellectuel-écrivain, puisse me faire l’honneur de réagir à ma modeste contribution et cela même si c’était pour me contredire. Grande fut ma déception quand à défaut de d ébat, Mr Merdaci et sur le ton pendant qu’on lui connaît, s’est contenté de déverser tout son fiel sans aucune retenue sur un certain nombre de nos écrivains contemporains et sur le chirurgien pédiatre que je suis.

J’avais osé développement des opinions non validées par ce gardien par ce gardien de la bien pensante, et c’est ce crime de lèse-majesté qui m’avait valu toute cette charge hystérique. Un grand perdant malheureusement dans cet état de fait : le débat intellectuel qui nous manque tant et l’échange d’idées même contradictoires. Je ne reviendrais évidemment pas pas sur ce que pense Mr Merdaci de Kamel Daoud, Boualem, Sensal ou autres, Tel n’est pas le but de cette mise au point d’aujourd’hui. Je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’a écrit Kamel Daoud et je l’ai fait savoir, mais je persiste à dire qu’il a posé un certain nombre de questions qui doivent nous interpeller.

 

Des problèmes de fond de notre société contemporaine qu’on aurait intérêt à ne pas occulter. Au lieu de débatte et éventuellement d’apporter des contre-arguments à ce que j’avance, ce qui aurait été très souhaitable et sûrement fructueux, ce monsieur aveuglé par sa conviction de détenir la vérité verse dans la calomnie indigne d’un universitaire. Et les affirmations (je le cite) du type nostalgique du colonialisme, fouilleur des poubelles de l’histoire, éloquence de la pestilence, encre putride et j’en passe, sont des insulte qui ne grandissent pas son auteur et me confirme dans mes convictions que mon pays va mal.

Citer des tas de noms d’auteurs qui n’ont d’ailleurs aucune relation avec notre problématique du jour, chercher des adjectifs et mots savamment puisés le dictionnaire pour mettre plein la vue aux uns et au autres, manier l’insulte et la suffisance comme le fait monsieur Merdaci ne fait en aucune façon de son écrit une réponse digne d’un universitaire intéressé par le débat d’idées. Car si on élague les insultes les quolibets et le verbiage sans intérêt, à aucun moment Mr Merdaci ne prend la peine de descendre de son piédestal pour porter une critique de fond des idées que j’avance. De plus, votre arrogance mise à part qui êtes-vous Mr Merdaci pour vous permettre de porter un jugement sur l’amour que nos portons moi et les autres à notre pays ou juger de notre patriotisme ? Vous me rappelez les commissaires politiques d’antan et je vous défi ce droit.

 

Quittez l’habit du donneur de leçons, soyez modeste et contentez-vous si vous le pouvez (j’en doute) de répondre au contenu de mon article, en apportant si nécessaire des contre arguments comme un vrai universitaire au lieu de m’insulter. Oui, monsieur Merdaci, mon pays va mal. Notre économie totalement dépendante des hydrocarbures est au bord de l’asphyxie. Nous gardons une très bonne place dans le classement des pays ou la corruption fait rage. Oui des dirigeants sans scrupule ont fait de notre révolution et de son histoire un fonds de commerce. Oui nous avons un rapport à la religion tout sauf sain. Notre société fait plus dans la bigoterie, le paraître que la vraie spiritualité.

Notre rapport à la femme est problématique pour ne pas dire pathologique. Et même si des progrès ont été réalisés elle garde malheureusement le statut de mineure et d’assisté à vie dans la plupart de nos contrées. Oui nous continuons à dépenser l’argent du contribuable pour financer ce machin qu’on appelle la ligue arabe et qui sert toutes les causes sauf celles des peuples Arabes. Vous avez tout à fait le droit de penser qu’au contraire notre pays sous la direction de ses dirigeants éclairés se dirige tout droit vers des lendemains roses et enchanteurs. Libre à vous, mais je veux pouvoir moi et les autres donner un point de vue différent sans être taxé de néo colonisé, islamophobe, ou pro sioniste autant d’étiquettes que vous vous octroyez le droit de distribuer aux gens qui ne sont pas d’accord avec vous.

 

Ce que je dis n’est ni du masochisme, ni de l’auto-flagellation mais un constat qui se voudrait lucide et constructif pour mon pays. N’en déplaise à Mr Merdaci, c’est justement parce que j’aime mon pays et ceux qui l’habitent que je suis très attaché à mes proches, que j’ai envie que mes petits-enfants soient heureux chez eux et ne soient pas tentés par l’exil que je dis tout cela. Arrêtons de nous mentir, de nous sublimer, d’embellir, de mythifier et de mystifier notre triste condition. Car c’est ce jour et seulement ce jour là où nous comprendrons et seront conscients de nos faiblesses, de nos tares que nous progresserons et que nous ferons honneur à ceux qui se sont sacrifiés pour ce pays. Voilà tout ce que j’ai estimé être de mon devoir de dire haut et fort pour ne pas mériter la sentence d’un certain Gandhi qui disait que celui qui voit un problème et ne le dénonce pas faisait partie de ce problème.

 

Nacer Djidjeli Professeur de chirurgie pédiatrique


 

MOHAMED BOUHAMIDI : AHMED AKKACHE, UN MILITANT D’EXCEPTION

Par le fils spirituel

 

En 1968, la SNED, maison d’édition de l’Etat Algérien publie Tacfarinas, récit historique sur une des phases insurrectionnelles des Numides contre la présence, la colonisation et l’exploitation romaines. Son auteur, Ahmed Akkache, appuie son récit sur trame qui sacrifie aux normes essentielles de l’essai par l’insertion des citations et des sources. Nous touchons quasiment dans cette démarche l’intention de Akkache de faire plus que relater des faits et un contexte. Il entendait donner, à ses lecteurs, des armes, des preuves, des références, comme si son récit pouvait et allait être discuté, réfuté, contesté…

La possibilité du débat et de la controverse en était inscrite dans le récit lui-même, le combat d’idées précédant, accompagnant et concluant au profit du vainqueur, le combat tout court, le combat au sol, sur le terrain de la politique ou de la guerre. 

Mais Ahmed Akkache ne tenait pas, non plus au vu des caractéristiques du texte et du style, à rédiger un traité du débat idéologique, destiné à des vétérans ou à des cercles d’études. Le texte est écrit pour captiver et retenir l’attention, pour mettre en évidence les développements dramatiques, qui dérouleront périodes de victoires et de défaites, péripéties heureuses ou adverses du combat, en cherchant toujours  un effet visuel. On voit littéralement les mains de Tacfarinas broyer la motte de terre, ou mener la reconnaissance du Saltus Cathala, ou combattre à mort sur les forêts environnantes d’Auzia comme on voit littéralement la rage ou la peur du proconsul Blésus.

Nous avons l’impression de lire une forme développée d’un scénario pour film ou pour bandes dessinées. Akkache a tenu à écrire un texte  qui n’ennuie pas comme commençait à le devenir le récit global de notre de libération, récit d’un combat et de combattants lisses, sans aspérités, ni contradictions, ni confrontés aux difficultés et aux doutes.

Le récit Tacfarinas nous offre le tableau d’hommes vivants, sensibles, luttant contre leurs abattements et leurs erreurs.

Sans quoi, d’ailleurs l’épopée est impossible.

On pourrait résumer en affirmant que ce livre de Akkache pourrait figurer au hit-parade des publication ou des livres pour la jeunesse tant il es attrayant.

Et sur Facebook, Hamid Harhar, un cinéaste, donc un professionnel de la visualisation, de l’image et du récit a laissé ce commentaire :

Hamid Harhar

17 novembre, 01:40

 C'est merveilleux, j'ai entamé la lecture et c’est envoûtant.

 

Captiver était un enjeu pour Akkache, retenir l’attention, autant qu’intéresser au contexte global de l’époque, à l’habillage idéologique que les vainqueurs ont mis sur les faits et les réalités et la domination de leur version née de leur domination de la langue, de l’écriture, de la rhétorique, de la « fabrication » du sens, bref de leur domination tout court.

Akkache avait à émouvoir et à faire réfléchir.  A enseigner aussi. Enseigner que les occupations coloniales, invariablement, cherchaient, et chercheront, à établir par une violence sans fin et sans frein, un ordre du vol et de la spoliation des terres, des ressources, des richesses déjà produites et accumulées par les peuples agressés. Et par la même méthode de la violence sans frein et sans fin, obtenir leur soumission totale, par la terreur de la mort, le spectacle des supplices, la menace de la douleur.

 

Etait-il humain de crucifier des hommes, de les clouer à travers leurs os et leurs ligaments à du bois ? Et comment dans cette narration des vainqueurs cette torture insupportable, cette agonie interminable, ces râles exténués des corps devenus  une seule et totale douleur insoutenable pouvait être contournés  au seul profit de la vertu civilisatrice du colon ?

La torture, les crevettes de Massu, le napalm sur les villages, les camps de regroupement, les camps de concentration, les corvées de bois, les corps de nos combattants exposés au public pour faire peur, pour terroriser, étaient-ils différents de la crucifixion ou juste une des variantes possible de la haine, de la peur des révoltés. Une des variantes possibles de la terreur exercée par les colons et les armées de l’Empire comme la politique de la terre brûlée ?

Quelle différence entre les troupes de Cornélius Dolabella qui   : « avançaient rapidement, détruisant tout sur leur passage. Des tribus de la région ayant protesté contre les déprédations que subissaient leurs récoltes, Dolabella les fit punir sans pitié, décidant l’exécution immédiate de tous leurs chefs sous prétexte de complot et de rébellion. »

Et les grandes opérations  françaises de destruction de notre économie paysanne, d’incendie de nos forêts, de calcination de nos douars, de regroupement forcé de nos montagnards et paysans ?

Mais plus que tout, la torture, exercer cette souffrance sur un homme isolé de ses frères de combat et l’exercer pour l’amener à ce point de dissolution dans la douleur. La torture a été la forme française de la crucifixion.

De Rome à Paris, les formes cachent à peine les analogies, les identités profondes de mécanismes de domination et de répression, la similitude  des manœuvres de division et des ruses, etc.

Et pourquoi dans cette narration, tout ce sur quoi se sont bâties ces « missions civilisatrices », le meurtre, le sang, la douleur, la négation de notre humanité, disparaît au profit d’une  version  militaire qui exclue le peuple comme protagoniste   essentiel et principale victime de l’acte colonial ?

 

Et comment cette narration a-t-elle pu pénétrer la tête des victimes pour qu’elles retournent contre leurs congénères et que les luttes d’émancipation finissent par passer pour des actes de folie, d’impatience, d’immaturité.  

Déjà en 1968, les cercles dominants, préparaient une version de notre guerre comme affrontement entre des bandes rebelles organisées et l’armée française, version qui faisait de notre peuple, non le protagoniste essentiel, mais l’enjeu et la victime de cette lutte qui lui était imposée de part et d’autre.

Nous sommes aujourd’hui dans une forme développée de cette thèse qui présente carrément l’ALN comme une organisation terroriste, la colonisation comme un projet de fraternité et une société de rêve, et notre présent comme une expiation de la faute « 1er novembre ».

Est-ce vraiment nouveau que les vainqueurs comme les Romains face à Tacfarinas ou les vaincus comme les cercles coloniaux français, vaincus mais dominants par la position de la France puissance planétaire à l’époque, réussissent une écriture de l’Histoire qui devient sa continuation, la continuation de la guerre ?

Voilà à quoi s’est attelé Akkache, montrer par le cœur et par la tête, que la guerre se déroule dans les combats eux-mêmes, dans la politique, dans sa narration, dans l’écriture de son récit et celle de son histoire, dans la mémoire, dans l’interprétation. Et dans son recyclage pour de nouvelles phases, comme l’a recyclée la colonisation française qui a puisé dans la rhétorique de Rome, les arguments de sa propre entreprise coloniale et les armes politiques, culturelles et idéologiques.

http://ahmedakkache.over-blog.com/2016/11/note-de-lecture-tacfarinas-mohamed-bouhamidi.html


 

LETTRE DU COLONEL AMIROUCHE À UN CHEF HARKI

LETTRE DU COLONEL AMIROUCHE À UN CHEF HARKI

Le 15 novembre 1958

[…] Ainsi vous effacerez ce nom, assez désagréable, de « goumier » de « traitre » qui aura tant de fâcheuses conséquences, non seulement pour vous , mais aussi pour votre famille entière, que vous souillez et que vous faites rougir tous les jours . Réfléchissez bien ! Et voyez la situation dans laquelle se trouveront vos enfants. Ils seront haïs de leurs camarades qui les traiteront toujours de « fils de traitre ». Demain, chacun ventera les faits et exploits de ses parents et vos enfants se sauveront de peur de voir leur tour de raconter leurs souvenir […]. N’en doutez pas, la France s’en ira de l’Algérie. Si ce n’est pas cette année, ce sera l’année prochaine. Mais elle finira par partir, j’en suis convaincu.

Et que deviendrez-vous ? La France vous prendra-t-elle ? Allusion [sic], que tout cela ! Elle vous abandonnera bel et bien, et vous serez comme un aveugle au milieu du désert, essayant en vain de retrouver son chemin.

(Source : SHAT*1H2875-1)

Sadi Saïd, AMIROUCHE, Une vie, Deux morts, Un testament. P. 437.

 

https://www.facebook.com/groups/sayedlakhdar/


 

INSTALLATION A PARIS D’UN GROUPE DE TRAVAILALGERO-FRANÇAIS SUR LA FISCALITE LOCALE

Jeudi, 10 Novembre 2016 12:48

Installation à Paris d’un groupe de travail algéro-français sur la fiscalité locale

Installation à Paris d’un groupe de travail algéro-français sur la fiscalité locale

PARIS- Un groupe de travail algéro-français sur la fiscalité locale a été installé jeudi à Paris à l’issue d’une réunion de travail qu’a eue le ministre de l’Intérieur et de Collectivités locales, Noureddine Bedoui, avec le ministre français de l’Aménagement du territoire, de la Ruralité et des Collectivités territoriales, Jean-Michel Baylet.

Le groupe de travail, a-t-on indiqué, va explorer dans une première phase toute les possibilités d’échange d’expériences pour pouvoir déterminer les actions de partenariat dans ce domaine.

Un communiqué du ministère français, distribué à la presse, a indiqué que la réunion, à laquelle a pris part le wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, a permis de "confirmer la coopération algéro-française en matière de fiscalité locale".

"Cette rencontre illustre la volonté de renforcement de coopération décentralisée franco-algérienne et s’inscrit dans la continuité des troisièmes rencontres algéro-françaises des maires et présidents des collectivités territoriales, organisé à Alger en mai dernier", a expliqué le communiqué.

Dans une déclaration à la presse, à l’issue de la rencontre, Jean-Michel Baylet a exprimé sa "satisfaction" d’avoir constaté, six mois après sa visite en Algérie, que les liens "se resserrent encore" entre les deux pays et que les deux ministères sont passés "aux travaux appliqués".

"Nous avions décidé lors de ma visite à Alger d’accélérer les réflexions sur un certain nombre de constructions institutionnelles en Algérie et nous avions surtout décidé de passer à des choses concrètes", a-t-il dit, soulignant que sa visite en Algérie "a été, à titre personnel, très chargée d’émotions" parce que sa mère est née en Algérie, et "très riche en échanges sur le plan politique".

Pour le ministre français, l’installation jeudi à Paris du groupe de travail sur la fiscalité locale est une "décision concrète", faisant observer que les "choses ont avancé".

Il a annoncé, à cette occasion, la visite en France d’une délégation algérienne conduite par le wali de Constantine, avant la fin du mois de novembre, "qui va se rendre dans diverses administrations françaises, dans un certain nombre de collectivités dans la région d’Ile-de-France, dans le département de la Seine-Saint-Denis pour observer et voir quel est le modèle français et si elle souhaite, éventuellement s’en inspirer".

Jean-Michel Baylet a effectué, rappelle-t-on, une visite en Algérie les 25 et 26 mai derniers, à l’occasion des 3èmes rencontres à Alger de la coopération décentralisée. Lors de sa visite, il a été reçu en audience par le Premier ministre Abdelmalek Sellal et s’est entretenu avec le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, Noureddine Bedoui.

http://www.aps.dz/economie/48814-installation-%C3%A0-paris-d%E2%80%99un-groupe-de-travail-alg%C3%A9ro-fran%C3%A7ais-sur-la-fiscalit%C3%A9-locale


 

DE QUELQUES RAPPELS DEMOCRATIQUES. SUR L’ECOLE, LA SOCIETE ET LA MODERNITE


De quelques rappels démocratiques. Sur l'école, la société et  la modernité.

 bouhamidi mohamed 6 Novembre 2016 0 commentaire

 

Sur l'école, la société et  la modernité.

 

Publié dans La Tribune le 27 - 05 - 2010

 Les critiques sur la gestion du pays se multiplient

 

L'enjeu démocratique reste au cœur de tous les débats sur l'industrialisation et le développement. Il est presque établi –mais est-ce vrai ?– que les politiques de développement furent aussi des politiques autoritaires et antidémocratiques. Il reste que ce lien est plutôt établi par les partisans du libéralisme dans toute la palette de leurs nuances. Ils le font pour en tirer l'argument qu'en étant «démocratique» par essence, le marché ouvre à la jeunesse la perspective de la liberté. C'est faire un peu court et même trop vite pour enterrer les quinze années d'industrialisation sous le péché infamant de l'autoritarisme. Ainsi, toute la gestion de l'époque Boumediene est liquidée au motif de cette «tare» inexpiable.

 

Pour les contempteurs de Boumediene, que pèsent des réalisations lourdes dans l'électronique, l'électroménager, la mécanique, la sidérurgie, le textile, les cuirs et peaux, le ciment, le bâtiment et les travaux publics etc. ?

Que compteraient même les universités qui en deux décennies ont bouleversé le champ culturel de l'Algérie et ouvert la voie à cette extraordinaire mixité de l'espace public en général et des secteurs de l'enseignement et de la santé en particulier ? Si extraordinaire d'ailleurs qu'elle fut le facteur décisif de résistance sociale et culturelle au terrorisme qui avait programmé la mort de l'Etat national au profit du bazar. Et pour ceux qui en auraient perdu la mémoire, rappelons que ce sont les enseignants –en majorité donc, les enseignantes– qui ont infligé au terrorisme sa première défaite politique lors de la rentrée scolaire 1994/1995.

 Ils avaient refusé ostensiblement –les parents d'élèves aussi- de plier devant le diktat du GIA qui leur interdisait sous peine de mort de rejoindre les classes.

 

D'autres peuvent privilégier des explications purement militaires de la défaite du GIA. Pour ceux qui comprennent la politique comme résultante de faits et de facteurs sociaux, ce refus confirmait, au grand jour, la résistance sociale souterraine et annonçait la défaite militaire. Il se trouve que cette mixité sociale est le fait de la politique de développement national. Elle est le fait de Boumediene. Et tout le monde peut retourner la question dans tous les sens et taper sur Boumediene, sur ses méthodes, sur ses penchants, sur ses tares, sur ses erreurs : la démocratisation de l'école et de l'enseignement qui a amené cette résistance sociale acharnée et orpheline d'une direction politique éclairée, c'est lui. Encore lui et à distance.

 

 Cela peut choquer ou contrarier les partisans d'une critique radicale de la démocratisation de l'enseignement en Algérie. Leur raccourci que l'école algérienne a produit l'intégrisme et les zombies du GIA ne tient pas la route. Si cette assertion était vraie, nous aurions eu des millions de zombies et non des enseignantes qui ont résisté jusqu'au sacrifice suprême. Nous n'aurions pas ces milliers et ces milliers de diplômés qui réussissent si bien à l'étranger. Mais en dehors de ces arguments pratiques, les arguments théoriques et politiques restent les seuls capables de nous éclairer. Et les sciences sociales nous apprennent deux choses simples.

 

Premièrement, l'école reproduit la société et non l'inverse. Les tares de l'école, cherchez-les dans la société. Et les critiques de l'école algérienne feraient bien de se rappeler d'où vient cette école, de quel néant scolaire puisque nous avions 96% d'analphabètes chez les femmes et 94% chez les hommes en 1962. Mais aussi de quelles carences culturelles générées par le nécessaire repli identitaire de la résistance. Cette critique de l'école est en réalité celle de sa massification. Les auteurs de cette critique auraient préféré une scolarisation contrôlée, en fonction des moyens disponibles et des capacités d'encadrement pédagogique. Bref, il aurait fallu ne pas massifier. Sauf que chacun de ces critiques raconte comment et pourquoi ses enfants ont échappé –grâce à lui– au destin commun des zombies. Peu leur importe d'avouer -au passage et à partir de leur exemple– que c'est la société qui détermine l'école et non l'inverse.Et pourtant ! Dans le même mouvement, l'école reste l'instrument le plus incroyablement efficace pour casser les déterminations sociales. Seule l'école a ce pouvoir de briser les carcans sociaux tout en reproduisant les inégalités sociales. Elle fut dans notre pays plus cet instrument d'émancipation et de promotion sociale car les inégalités de classes à l'indépendance étaient marginales. Quand on regarde aujourd'hui la composition du corps enseignant, du corps médical et paramédical, le nombre de femmes et de jeunes filles qui entreprennent, le nombre impressionnant de femmes –la moitié ?– qui conduisent, nous sommes bien obligés de reconnaître que c'est le résultat de l'école algérienne, de la démocratisation. C'est le résultat de Boumediene. Et il est clair que ces critiques nous proposent à partir de leurs approches et de leurs analyses un autre type d'école et un autre type d'enseignement. Pourquoi cette longue digression sur l'école ? Car elle exprime le mieux la question démocratique.

 

Notre guerre de libération ne s'est pas faite dans un monde sans débats ou sans luttes idéologiques féroces. Et pour tous les mouvements de libération s'est posée la question de savoir pourquoi il fallait mener le combat. Et contre qui on le menait. Contre des hommes ou contre un système ? Bien avant les indépendances, y compris la nôtre, il fallait trancher la question des buts de l'indépendance et ceux des sacrifices consentis. Le drapeau national suffisait-il à donner ou fallait-il donner à l'indépendance un contenu social, culturel, économique qui la prolongerait en révolution ? Evidemment, plus la lutte d'indépendance a mobilisé de sacrifices, plus les aspirations de justice sont puissantes. Et en Algérie, au-delà des péripéties et des drames de l'indépendance, la question fut tranchée par le peuple et par les cadres de la révolution : l'indépendance sera au service du peuple. La guerre se prolongera en révolution.

 

En clair, cela voulait dire casser les rapports de domination qui furent à la base de la colonisation, c'est-à-dire les rapports capitalistes. Dans l'état atrophié de notre bourgeoisie nationale et de notre «capitalisme interne», il fallait bien comprendre que, pour liquider les bases du colonialisme, il fallait combattre le «capitalisme externe», c'est-à-dire l'impérialisme. Le mouvement pour l'autogestion des domaines agricoles ou pour les usines a été imposé par le peuple. Et il n'est pas tombé du ciel. Il a été le fruit de décennies de luttes ouvrières sur les terres des colons, dans les ports, les docks, les usines, etc. Même amoindri par les pertes entre 1954 et 1962, le mouvement syndical avait gardé des leaders, des penseurs, des militants aguerris. La question de la démocratie pour eux, c'était d'abord celle de la démocratie sociale. On n'avait pas fait la guerre pour rester un pays sous-développé et enveloppé dans les mêmes rapports coloniaux. Pour cela, il fallait une révolution. Et le contenu de la révolution n'était pas compliqué à comprendre. Il fallait casser les contraintes néocoloniales contenues dans les Accords d'Evian.

 

 

Nos prêtres du marché et nos libéraux comme les ennemis de Boumediene oublient toujours cet aspect. Ils aiment bien disserter sur la rente pétrolière mais nous cachent prudemment que cette rente, il fallait la récupérer. Il fallait oser la récupérer une certaine année 1971 !

 

Il fallait répondre à au moins une aspiration profonde du peuple : l'école pour tous. Les photos de Kouaci sont encore là qui montrent des écoles ouvertes dans des forêts avant même que les gourbis soient construits pour les réfugiés.

 

Inutile de revenir sur l'école, cela a été assez développé. Il fallait donner du travail et donc industrialiser, ne pas rester un marché pour les produits des autres.A cette époque, les conceptions de la démocratie s'opposaient sur la forme et sur le fond. L'Etat français qui venait de nous mener une guerre sans merci et une sale guerre en plus était une grande démocratie. Dans cette démocratie, nous n'avions pas pesé lourd. Elle nous avait administré la leçon que le vote et la liberté formelle d'expression pouvaient cacher les pires des injustices et les pires dévoiements de l'urne. A cette démocratie formelle, la démocratie représentative, les courants dominants en Algérie ont préféré la notion de démocratie révolutionnaire, celle qui répond sur le fond aux besoins populaires. Pouvait-on mener cette révolution socialiste sans liberté d'expression et sans liberté d'organisation ? Le débat n'a jamais cessé sur ce point du vivant de Boumediene. Mais il n'a jamais cessé du point de vue de la réalisation des aspirations populaires nées et exprimées dans la guerre de libération. Les restrictions à la liberté d'expression et à la liberté d'organisation ont facilité la liquidation de l'entreprise de développement par une bureaucratie avide de se transformer en bourgeoisie.

 

Ce sont les réformes mises en route pour casser les réalisations de Boumediene dès 1980 qui nous ont mis aujourd'hui dans l'état où nous sommes. Et qui permettent de «liquider» les réalisations de l'époque par une pirouette qui vide le sens d'une épopée en la vidant de son contenu : la libération des peuples. Vingt-deux ans après la chute du mur de Berlin, le mot démocratie garde toujours un sens équivoque : celui de la liberté tout court derrière l'urne libre. On a fait croire à des jeunesses impatientes de vivre que l'eldorado occidental -s'il existe !– s'ouvre par le parlementarisme et la démocratie représentative.

Cette jeunesse s'est engouffrée dans les révolutions de couleurs pour se retrouver enfoncée dans la régression sociale, économique et culturelle. Elle en avait accepté les prémices en acceptant l'idée que la réussite est affaire de mérite personnel qui ne doit pas s'arrêter aux futiles solidarités socialesElle paiera ses illusions en attendant de comprendre que le mot et la notion de peuple ne sont pas des vieilleries mais les socles de nos existences.

Et que les processus de révolution et de contre-révolution ne sont pas une invention de l'esprit.

M. B.

 

 Catégories : polémiques algériennes

 

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