ALGERIE

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UN NOUVEL AXE ALGERIE-IRAN SE DESSINE

Un nouvel axe Alger-Téhéran se dessine : Abdelkader Messahel reçoit Zarif à Alger

Sun Jun 18, 2017 2:26PM

Le chef de la diplomatie iranienne s'est rendu à Alger, en Algérie, le 18 juin 2017. IRIB

Le chef de la diplomatie iranienne s'est rendu à Alger, en Algérie, le 18 juin 2017. IRIB

Le ministre des Affaires étrangères d’Algérie a rencontré, dimanche 18 juin à Alger, son homologue iranien accompagné d’une importante délégation. Les relations entre les deux semblent prometteuses et les domaines de coopération multiples.   

Selon le correspondant de l’agence iranienne IRNA à Alger, Abdelkader Messahel et Mohammad Javad Zarif se sont rencontrés au siège du ministère algérien de l’Intérieur, dans le cadre de consultations bilatérales entre les pays musulmans.

Le chef de la diplomatie iranienne M. Zarif arrive à Alger dans un contexte particulier, marqué par une aggravation de la situation sécuritaire au Proche-Orient et une chute des cours du pétrole.

Après les salutations et les remerciements préliminaires, comme le veut le protocole, M. Messahel a souligné que l’Algérie prônait le règlement pacifique des conflits régionaux via le dialogue.

(Photo: AFP)

« Dans le monde arabe, les crises ont toujours existé. La crise syrienne en est un exemple. Si tout le monde respectait la souveraineté des nations, les principes de l’État de droit et les revendications des peuples, la donne changerait. Ce sont les ingérences étrangères qui ont fait de la Libye ce qu’elle est aujourd’hui », a-t-il fait savoir.

Pour sa part, M. Zarif a évoqué les évolutions régionales et déclaré : « Nous sommes d’accord avec l’Algérie sur le fait que le terrorisme est le principal problème du Moyen-Orient. Son remède est la démocratie ; une démocratie qui naîtrait de l’intérieur de chaque pays. »

« Téhéran tient au principe de “la non-ingérence étrangère” dans les conflits qui secouent de nombreux pays en Afrique, comme la Libye et le Proche-Orient, en référence à la guerre en Syrie, pays qui fait également face au terrorisme », a-t-il affirmé, estimant que les ingérences étrangères pérennisaient et aggravaient les conflits.

« Ce sont les extrémistes et les sionistes qui profitent de cette situation de haute tension. Les sionistes en profitent sans rien avoir à dépenser. L’Iran ne tombera pas dans cette machination et ne laissera pas la voie libre aux sionistes », a-t-il précisé.     

http://presstv.com/DetailFr/2017/06/18/525704/Algrie-Iran-Abdelkader-Messahel-reoit-Zarif--Alger


 

RESTITUTION DES TETES DES RESISTANTS ALGERIENS, DETENUES PAR LE MUSEE DE L'HOMME

Restitution des têtes des résistants algériens, détenues par le Musée de l'Homme

Brahim SENOUCI Vanves, France

 

Les restes mortuaires de dizaines d’Algériens qui ont résisté à la colonisation française au 19ème siècle, morts au champ d'honneur, sont entreposés dans de vulgaires cartons, rangés dans des armoires métalliques, au Musée de l'Homme de Paris.

Ces restes, des crânes secs pour la plupart, datant du milieu di 19ème siècle, appartiennent à Mohamed Lamjad Ben Abdelmalek, dit Chérif "Boubaghla" (l’homme à la mule), au Cheikh Bouziane, le chef de la révolte des Zaatchas (région de Biskra en 1849), à Moussa El-Derkaoui et à Si Mokhtar Ben Kouider Al-Titraoui. La tête momifiée d’Aïssa Al-Hamadi, qui fut le lieutenant du Chérif Boubaghla, fait partie de cette découverte, de même que le moulage intégral de la tête de Mohamed Ben-Allel Ben Embarek, lieutenant de l’Émir Abdelkader.

Il faut que ces restes soient rapatriés en Algérie pour y recevoir une digne sépulture!

This petition will be delivered to:

  • Le Directeur du Musée de l'Homme
  • Président du MNHN
    Bruno David
  •  

 

 


BOUHAMIDI MOHAMED : HOMMAGE A BACHIR CHERIF HACENE

. Hommage à Bachir Cherif Hacène

 bouhamidi mohamed 4 Juin 2017 0 commentaire 

 Avec près de cinquante ans d’itinéraires croisés.

Nos matchs dans le grand match

Par Mohamed Bouhamidi

In La tribune du 05 06 2017.

 

 

Cela nous fait loin de la ligne de départ Hacène. Au début était le sport de masse. Nous avions des angles de vues différents, pas forcément une vision différente. Normal. Nous avions quelques années entre nous et pas mal de casiers de bière. Tu m’as rattrapé, les performances c’est plus facile avec quatre ans de moins.

Tu te souviens, nous étions les enfants de tenues Sonitex et de Hamoud Boualem ? Bessol doit s’en souvenir, ça nous a fait ces tenues superbes en Espagne et 2 à 0 face à l’Allemagne, et le papier tonitruant de Kheireddine Ameyar, «Prenez le train monsieur Rummenigge», ou un autre nom, je m’en fous, je n’en retiens que le principe, un mec allemand avait parié de retourner à ses pénates si l’Algérie les battait.

Elle leur a foutu une trempe. Mais ça aussi, je m’en foutais, qu’il retourne chez lui.

Moi, avec mon ignorance crasse du foot, je voyais, les tenues; il avait de la classe Belloumi en tenue Sonitex. Racé, comme quand on savait l’être. Et les tenues aussi, elles avaient un je sais de quoi d’élégant en soi, avant même d’être portées.

Ça venait loin, les deux, les tenues comme le foot, les airs que cela vous donne au footballeur, comme le contenu jeu. Le tissu avait fait le long chemin du développement national. On savait faire pousser les meilleurs fruits et légumes, on savait déjà faire des camions, des draps, des moteurs, des costumes, des appareils ménagers, des moissonneuses batteuses, des petits bateaux et de la réparation navale…

J’arrête là, mec. Ça nous mènerait trop loin du sujet.

On se disputait sur comment nous construire, comment faire de nos mains et avec nos têtes. Et bien sûr avec nos pieds. On aimait faire avec nos pieds, en tout terrain, terrain de foot, piste country, cendrées des stades.

Nous parlions, et ça tchatchait.

Le choix du sport de masse, le sport à l’école, le sport pour les filles, le maillage sportif pour la santé d’abord, pour le plaisir aurait dit Mustapha Kateb, qui attendait plus du sport une philosophie du convivial et une formation aux valeurs sociales que de simples performances.

Bref, c’était une époque, où dominait l’utopie de nous faire nous-mêmes et, avouons-le, ce besoin, cette volonté de montrer de quoi nous étions capables et même que nous étions capables de faire comme les grandes nations. De l’industrie, de l’agriculture moderne, du sport à la fois pour tous et d’un grand niveau même en dehors du cross, même en dehors de la boxe.

Bref, c’était il y a très longtemps quand nous étions maîtres d’avoir notre volonté et de l’accomplir et qu’on se donnait les moyens de réaliser ce que nous voulions réaliser.

Dison que nous portions au plus haut point l’optimisme de la volonté.

Nos enfants allaient à l’école habillés 100% algériens, en plus du cartable et de pas mal de cahiers.

Les sportifs allaient en bus ou minibus Sonacome.

Déjà en face dans le pays se levaient les objections que c’était moins coûteux d’importer, que ça coûte plus cher de faire que de ramener.

Ce n’était même pas un pessimisme de la raison. Cela nous aurait fait un débat du tonnerre p’tet. Un vrai débat, p’tet, mec.

Non, c’était juste la vieille chanson des «Vous êtes incapables de … » transformée en grincements de dents : «Nous ne sommes pas capables…».

C’était juste le pessimisme des types qui empruntaient déjà le langage des anciens maîtres coloniaux pour se donner des airs et des motifs de reprendre main sur les «guenilleux».

L’économie ne pouvait être affaire de ménagère, aurait dit l’autre.

Puis ils ont eu le soutien «génial» du «penseur» qui a sorti sur «Algérie Actualités» l’histoire de «l’Etat, vache à traire». Il ne s’est pas privé ensuite de se prendre du lait à titre privé, d’autant que la formule était déjà archi-usée.

Mais n’étions-nous pas aux entrées des époques faussaires ?

Ça nous a fait des vaches de débat, mon ami, sur le ciblage des subventions, des transferts sociaux, etc.

On jouait sur le fil. Mais justement le fil, c’était l’Etat national et une histoire de charbonnier maître chez lui.

Quelques années plus tard, c’était rebelote pour la parole. Le sport et la culture comme secteurs marchands et vernis des discours savants, l’Etat ne peut tout assumer pour le sport, faudra faire payer pour les stades, trouver de l’argent chez les sponsors, arrêter de faire supporter les clubs aux entreprises etc. etc. Idem pour la culture. Il fallait louvoyer, mec, pour empêcher le désastre du naufrage ou du sabordage …

Fermer les entreprises n’a pas fait moins de charge pour l’Etat quand tu vois le couffin des pauvres, les cohortes de sans travail, la perte de la dignité humaine.

Le résultat direct, est que pour le sport aussi, on s’est mis à importer du footballeur clés en mains.

Bizarre, non, ce parallélisme des destins, qu’au lieu de prendre du Belloumi en spectacle stade, du Bellemou en musique raï, on importe les fruits, les légumes, les camions étrangers et du même du Raï reprofilé à l’exetérieur.

Y’a qu’El Anka qui a tenu le coup, Ah, Ya Dhiya el Hilel.

On peut rajouter Dahmane el Harrachi, et quelques dizaines d’autres, l’andalou, le malouf, le chââbi, ça ne se bricole pas.

On parlait encore Algérie, Hacène et de cette migraine de rappeler aux gens que le gouvernement c’est pas l’Etat, que l’Etat c’est pas le pouvoir et que même le pouvoir ne coïncide pas avec le gouvernement et que même dans le même, le pouvoir peut être contre l’Etat, l’affaiblir, l’user, le démanteler, le saper.

Faut voir la question avec Khellasi. Ça le passionne ces histoires dont on pourrait sortir une théorie de l’Etat à donner la migraine à Poulantzas.

Ça donne déjà la migraine aux Algériens et même aux renseignements étrangers.

On n’était pas d’accord sur beaucoup, beaucoup de choses. On était justement d’accord sur ce point : l’Etat algérien est une réalité compliquée, mais réelle, une réalité dont la réalité peut mettre des bâtons dans les roues du gouvernement et même du pouvoir.

C’est ce truc dont je t’ai parlé, l’astuce du printemps arabe, des marcheurs du samedi, du Mak et des néo-autonomistes c’est de nous convaincre qu’il faut brûler l’Etat à cause du pouvoir ou de le casser à cause du gouvernement. Bref de nous pousser à brûler notre maison, car il y a un ou plusieurs voleurs dedans.

C’est pourquoi, nous avons marché ensemble.

Je t’ai parlé de mon amie Atouk, que cela passionnerait autant que khellasi ?

Nous en étions à notre âge avancé au même point qu’à nos lointaines et enflammées controverses de jeunesse. Encore à démêler l’écheveau, reconnaître le fil d’Ariane.

Et même si nous n’avions pas joué dans les mêmes compositions d’équipe, du moins nous avions pris soin de jouer pour le même drapeau.

Mais de tous les matches que nous avons joués ensemble, tout à fait au sommet, comme point culminant, ça reste la bataille contre le projet de la Caravane Camus.

Tu te souviens, ce truc concocté par Sarkozy et Patrick Buisson, avec la participation active de Yasmina Khadra, directeur du Centre culturel algérien à Paris avec rang d’ambassadeur, de venir nous apprendre à lire et à comprendre Camus «l’Algérien». Purée ! Même ça, nous n’étions pas capables de le faire tous seuls : lire et comprendre Camus ? Tu te souviens qu’ils voulaient faire croire aux gens que nous parlions du fond de Camus, alors que nous n’avons à aucun moment dit ce que nous pensions de Camus, de ses textes ou de ses idées et expliquions patiemment : opposés juste à l’idée qu’on nous prenne pour des débiles à mettre sous tutelle littéraire ? En réalité que Sarkozy entreprenne la reconquête de notre pays en empruntant aussi les chemins de la culture

Tu te souviens que tous les journaux qui croient compter étaient contre nous ? Je trouve que tu en as eu pour tenir contre le vent.

Nous avions déjà fait face contre les falsifications d’une ALN nazie, construite de toutes fausses pièces par Sansal dans «Le village de l’Allemand».

Nous avions ferraillé pour le boycott du Salon du livre de Paris dédié à l’anniversaire de la naissance d’Israël. Tu te rends compte, un Salon du livre dédié à la naissance d’un Etat, Salon auquel le poète israélien Aaron Shabtaï a refusé de participer pour la raison que cet Etat était coupable de crimes en permanence.

Je t’en parle comme ça, car c’est en cette année 2010, de lutte contre la CARAVANE Camus que j’ai croisé mes amis Abdelalli Merdaci et Ahmed Bensââda.

Oui je trouve que tu en as eu sous la ceinture.

Moi je vais continuer à te marmonner mes réponses à nos vieilles questions, si elles perdurent, c’est qu’elles n’étaient pas juste des questions politiques, mais des questions historiques ou péri-historiques comme celles de savoir si nous devons reléguer la culture et le sport dans l’ordre boueux du marché et les envoyer rejoindre «l’immense accumulation de marchandises» ?

Oui je te marmonne. Cela surprend Yemna, de m’entendre parler seul, dans mes errances solitaires. Je lui dirais un jour que je te parle comme je parle à mes amis morts de la même question dont je l’entretiens, «l’immense accumulation de la marchandise»....

M. B

Hommage destiné à La Tribune du 05 juin 2017

 Catégories : résistances culturelles

http://bouhamidimohamed.over-blog.com/2017/06/nos-matchs-dans-le-grand-match.hommage-a-bachir-cherif-hacene.html


 

UN TROUBLANT DÉNI D’ALGÉRIANITÉ. MOULOUD MAMMERI OU LA SECONDE MORT DU JUSTE.

UN TROUBLANT DÉNI D’ALGÉRIANITÉ. Mouloud Mammeri ou la seconde mort du Juste.

 bouhamidi mohamed 18 Mai 2017 1 commentaire

UN TROUBLANT DÉNI D’ALGÉRIANITÉ.  Mouloud Mammeri ou la seconde mort du Juste.

 

 

 

À PROPOS DE L’HOMMAGE NATIONAL À MAMMERI

À L’OCCASION DU CENTENAIRE DE SA NAISSANCE

Un nom manque dans les listes des intervenants des manifestations officielles, officieuses ou "inspirées" de la société dite "civile". Nulle part nous ne retrouvons le nom de Abdelalli Merdaci, pourtant personnalité incontournable du débat et de la critique autour de notre littérature nationale. Abdelalli Merdaci a apporté dans ces débats des éléments essentiels et souvent décisifs de défense de notre littérature nationale face aux projets de la "littérature-monde" 

Son omission ne relève certainement pas du hasard au vu de son audience et de son impact scientifiques, universitaires et auprès du large public.

Parleront de Mammeri, donc, ceux qui se sont tus vertueusement quand il fallait défendre l'homme, la grandeur de sa parole, son droit de dire cimenté par une oeuvre et non par les modes cathodiques, 

Les taiseux des moments difficiles parleront, dont Zaoui, qui à cette occasion parachève   son rôle de "défense et d'illustration" indigène d'un orientalisme de pacotille en incendiaire politique appelant la Kabylie à la "résistance" contre l’islamisme isolant ainsi cette région du reste du pays  si même cette menace existe en dehors de ses perceptions à la mode.

Ces orateurs au front auréolé, fortement intéressés et pressentis, qui se pressent dans les colloques, les ouvrages collectifs et les hommages appuyés à Mouloud Mammeri à l’occasion du centenaire de sa naissance, égrènent dans de printanières cérémonies du souvenir une étrange unanimité. Mais où étaient ces « spécialistes » autoproclamés à qui il manquait le courage et la vertu lorsqu’au mois de mai 2011 l’écrivain et journaliste Tahar Benaïcha (aujourd’hui disparu) déniait à l’écrivain et anthropologue, décédé le 25 février 1989, la nationalité algérienne et décrétait son exclusion de toute communauté citoyenne du pays ? Abdelalli Merdaci s’est retrouvé seul sur le front de la polémique nécessaire et dans l’urgence de répondre au tortueux chroniqueur d’« El Khabar » avec ses mots et ses convictions de lecteur, de critique et, surtout d’Algérien reconnaissant envers un grand homme de culture qui a été le gardien des espérances et l’honneur d’une littérature nationale, désormais contestée à Alger et à Paris (Cf. « Un troublant déni d’algérianité. Mouloud Mammeri et la seconde mort du Juste » dans « Le Soir d’Algérie » du 25 mai 2011, repris dans son ouvrage Engagements. Une critique au quotidien, Constantine, Médersa, 2013).

Abdelalli a parlé en toute responsabilité pour Mammeri et pour une Algérie fraternelle qui refuse d’enfermer ses cultures dans des chapelles hérissées de miradors lorsque les tribuns émus d’aujourd’hui, honteux et médusés, se taisaient face à un profanateur de mémoire et de sépulture et à ses séides enrégimentés au calame mortifère. Cette parole de critique et d’universitaire est présentement oubliée et recluse au nom d’insortables sorcelleries identitaires en Kabylie et ailleurs, là où s’ébaudissent des thuriféraires de la vingt-cinquième heure dans des effluves d’oint et d’encens.

Mohamed Bouhamidi.

 

Par Abdellali Merdaci

 

 

L'écrivain Tahar Benaïcha a déclaré récemment à El Khabar (21 mai 2011) que l'auteur du Banquet (Paris, Librairie académique Perrin, 1973) « Mouloud Mammeri est plus Kabyle qu'Algérien ». La formule malheureuse, semée impudiquement par l'ancien président de la République Ahmed Ben Bella à propos de Hocine Ait Ahmed, membre du « Groupe des 91 » et chef historique de la Révolution algérienne (Jeune Afrique, n° 2626, 8-14 mai 2011), est-elle vouée à faire florès et à jeter au ban de la nation une région glorieuse du pays et ses natifs ?

Ce déni de la nationalité algérienne par l’écrivain et journaliste Tahar Benaïcha dans « El Khabar » (11 mai 2011) à celui qui a été — et reste par le courage et la qualité de son œuvre — un prestigieux nom de la littérature contemporaine et de la recherche universitaire en anthropologie et en linguistique berbères n’est pas en soi nouveau. Faut-il inscrire cette énième foucade au registre d’une haine récurrente, aux mécanismes suffisamment huilés, pour être spontanément reproductible dans les palabres d’estaminets de l’Algérie profonde ? Le grief kabyle — sordidement réactivé par Benaïcha — et le doute sur son algérianité ont toujours été convoqués à charge contre Mammeri de son vivant. La défiance qu’a connue — et subie — Mouloud Mammeri, inexplicablement et durablement agie dans le champ littéraire et dans le champ politique, est inséparable de la complexe formation d’une littérature nationale dans la dernière décennie de l’occupation française de l’Algérie et du débat sur l’histoire littéraire de l’Algérie qui a été, dès l’indépendance, confisqué par des sycophantes et des âniers.

 

Le vieux « mythe kabyle »

 

Fut-elle ancienne et enracinée cette rage à pourfendre Mouloud Mammeri ? La suspicion a été nourrie assez tôt — en 1953 — contre le romancier de La Colline oubliée (Paris, Plon, 1952) dans un procès instruit dans les colonnes du « Jeune Musulman», publication de la jeunesse de l’Association des Oulémas musulmans d’Algérie dirigée par Ahmed Taleb (signant Ibn El-Hakim).

À l’origine de cette querelle, il y a une profonde méprise, sur fond d’ignorance et de désinformation, volontairement entretenue. Il est vrai que l’œuvre de Mammeri — qui a été créditée aux prix littéraires de l’automne 1952 de deux voix au Femina, remporté par Dominique Rolin (Le Souffle, Paris, Seuil) et d’un vote au Goncourt qui a consacré Béatrice Beck (Léon Morin, prêtre, Paris, Gallimard) — a été nominée par les membres de l’académie des Quatre jurys, créée par le patron de « L’Écho d’Alger » et cacique des assemblées coloniales Alain de Sérigny. Ce prix littéraire — qui n’était pas perçu comme une distinction coloniale — avait pour objectif de récompenser un auteur cité dans un des quatre grands prix littéraires parisiens (Goncourt, Renaudot, Femina, Interallié). Ravivant le souvenir d’André Gide, les membres de l’académie des Quatre Jurys tiennent leur première réunion à Biskra, le 26 janvier 1953, et attribuent à l’unanimité leur prix à La Colline oubliée, premier roman d’un jeune professeur de lettres françaises, encore inconnu dans le milieu littéraire d’Alger. Mouloud Mammeri ne se prête pas à qu’il pensait être une mystification politico-littéraire coloniale et refuse de se rendre à Biskra, le 30 janvier, pour y recevoir le prix des Quatre jurys. Bien des années après, il s’en explique auprès de Mohamed-Salah Dembri : « Il eut été aberrant que par le biais d’un prix quelconque on donnât à mon œuvre le sens exactement contraire de celui que je voulais lui donner.» (« An Nasr », 4-11 mai 1968). Cependant, la polémique suscitée par le roman, et plus particulièrement par sa remarquable réception critique dans la presse parisienne et coloniale, se greffera vite sur cet événement. Dans « La Colline du reniement », article publié dans le numéro 12 du 2 janvier 1953 du « Jeune Musulman », Mohand Chérif Sahli prévenait sentencieusement Mammeri sur les bruits qui assourdissent son œuvre, le menaçant même du terrible châtiment de « l’indignité nationale ». S’il amende les Kabyles de toute traîtrise envers la cause nationale en les situant à « l’avant-garde du mouvement national », Sahli ne veut être comptable, dans une étroite perspective intellectuelle jdanoviste, que de l’engagement politique de l’écrivain et de son œuvre. Trouvant suspect l’accueil critique unanime fait, en France et en Algérie, à La Colline oubliée, qu’il qualifie d’« exploit étonnant », le chroniqueur du « Jeune Musulman » — qui vitupère « la théorie de l’art pour l’art » — pose à l’auteur la question essentielle : « Une œuvre signée par un Algérien ne peut donc nous intéresser que d’un seul point de vue : quelle cause sert-elle ? Quelle est sa position dans la lutte qui oppose le mouvement national au colonialisme ? » Mais l’adresse de Sahli n’évite pas la rumeur oblique, la méconnaissance de la vie littéraire de la colonie et de l’actualité de ses auteurs indigènes, qui renvoie la consécration critique de l’œuvre de Mammeri à la protection d’« un maréchal de France qui s’y connaît fort bien en goumiers ». En vérité, cet auteur parrainé par le maréchal Juin est Taïeb Djemeri, Algérien né au Maroc et exerçant la pharmacie en France, auteur d’un roman La Course à l’étoile (Paris, Éditions du Dauphin, 1952). Ce mensonge ne gênera pas Sahli et encore moins ceux qui le reprendront à sa suite. La charge la plus construite contre le romancier ne viendra-t-elle pas de Mostefa Lacheraf ? Dans « La Colline oubliée ou Les Consciences anachroniques » (« Le Jeune Musulman », n° 15, 13 février 1953), Lacheraf rebondit sur une incrimination du fait berbère (et kabyle) dans une démarche opératoire, qui contrairement à celle de Sahli qui ne s’intéresse qu’à la finalité du roman algérien dans le combat nationaliste, prétend s’appuyer sur la lecture raisonnée de l’œuvre. Lacheraf incrimine directement le fait berbère, survivance acrimonieuse de la « crise berbère » de 1949, et reproche à Mammeri son amour de la « petite patrie ». L’accusation est précise : « Il nous déplaît de constater que […] pas un seul critique littéraire n’a qualifié M. Mammeri d’auteur algérien. On l’a toujours appelé, vraisemblablement sur sa demande : romancier berbère. L’Algérie serait-elle aussi une patrie oubliée ? » Accusation sans fondement et injuste : dans les maisons d’édition — où on est aussi commerçant —, le « prière d’insérer » en « quatrième de couverture », sur lequel se basent souvent les chroniqueurs littéraires pour portraiturer un écrivain, relève des attachés de presse et non des auteurs. Il est souvent un argument de vente qui permet à l’éditeur un retour sur investissement. Dans son entreprise de destruction du jeune romancier de La Colline oubliée, Lacheraf aiguisera son argumentaire sur deux plans : le culturel et le littéraire.

1° | Dans un développement culturel — ou plutôt cultuel —, Lacheraf ne signale la berbérité que pour la naturaliser consciencieusement dans une sorte de destinée arabo-musulmane, la mission la plus légitime qu’il lui concède. Ce sont, soutient-il, les Berbères qui ont ramené à la stricte orthodoxie musulmane les Hilaliens — impies — et ce sont les Kabyles zouaouas qui descendaient « en pays dit arabe » enseigner la gnose islamique ; et c’est bien chez eux que se rendait la jeunesse studieuse des confins sahariens pour apprendre les rudiments de la langue arabe classique. Cette lecture du monde berbère épuise certainement le fonds culturel tamazight, trop impétueusement assimilé à la langue et à la liturgie arabo-musulmane. De ce point de vue, une description différente de la montagne kabyle par l’auteur de La Colline oubliée est grosse d’hérésie.

2° | S’il reconnaît l’existence d’une littérature régionale en France — « genre régionaliste breton, cévenol, provençal » —, Lacheraf en minore le statut littéraire (« genre mineur ») et la confine à une utilité documentaire. Cela n’est pas vérifiable : à cette période de l’histoire littéraire de la France, la tradition provinciale et régionaliste — de Jean Giono à Henri Pourrat, d’André Chamson à Ernest Pérochon, de Marcel Pagnol à Henri Bosco — informe, en partie, la structure du champ littéraire parisien et des trajectoires d’auteurs en compétition.

L’Algérie étant, en 1952, une région de la France, il est incontestable que l’éditeur Plon a projeté « l’écrivain kabyle » Mammeri dans cette perspective littéraire régionale qui n’était pas encore discréditée, quitte à rectifier le tir dans la « quatrième de couverture » du second opus Le Sommeil du juste (1955) dans lequel Mammeri est expressément présenté comme « écrivain français », mention soulignée par le caractère italique. Sous le prétexte du régionalisme littéraire, Lacheraf hâte la disqualification de l’œuvre de Mammeri : « Le roman de M. Mammeri est-il un document ? Il ne mérite pas cette qualification pour sa “subjectivité” même, son absence de chaleur humaine. Tout y est sporadique, fragmentaire, souvent étriqué, à l’image même de cette conscience des individualistes et des isolés qui ne se réalise jamais sans trahir les siens. » Un massacre en règle d’un premier roman et de son auteur (posément réédité avec Mourad Bourboune dans un entretien donné aux Temps modernes, octobre 1963), au seul principe d’un idéal politique — national — de la littérature et du littéraire ? Auparavant Mouloud Mammeri aura répondu à Mohand Cherif Sahli (« Le Jeune Musulman », n° 14, 30 janvier 1953), mais sans convaincre. Dans sa brève réplique à Mammeri, Sahli persiste et renvoie l’auteur et son œuvre à un « succès douteux ». Entre-temps, la rumeur aura enflé. Dans son introduction à l’article de Lacheraf — probablement écrite par son rédacteur en chef Ahmed Taleb —, la rédaction du « Jeune Musulman » instille l’ambiguïté sur la position de Mammeri à propos de La Colline oubliée : « Un roman algérien sur des réalités algériennes, un roman qui comme tel ne peut donc servir que la cause algérienne. » Déniait-on déjà une spécificité algérienne à l’auteur et à son œuvre ? Mouloud Mammeri, l’amoureux de la « petite patrie », est résolument campé. Cela restera. Revenant, dans un entretien avec Tahar Djaout, sur cet épisode (fut-il pour lui éprouvant et douloureux ?), Mammeri précisera son éthique de l’écriture littéraire et de ses usages sociétaux au moment de la maturation de La Colline oubliée : « Le véritable engagement consistait à présenter cette société telle qu’elle était dans la réalité et non pas telle que l’aurait reconstruite un choix de héros dits positifs ou retraduite en discours idéologique, c’est-à-dire un mythe.» (Mouloud Mammeri, entretien avec Tahar Djaout suivi de La Cité du soleil, Alger, Laphomic, 1987). Deux doctrines du réalisme littéraire, deux rapports à la littérature et à sa prescription sociale, inconciliables dans leur principe, qui restituent amplement les arrière-pensées de la polémique de 1953. Cependant la guerre d’indépendance ne tarde plus.

Mammeri y aura une présence d’une grande clarté, démentant tous les procès d’intention autour de sa personne et de son œuvre d’écrivain. Sous le nom de guerre de Brahim Bouakkaz, il signe plusieurs articles — confortant le combat libérateur des Algériens regroupés autour du FLN et de l’ALN — dans L’Effort algérien, organe des libéraux algériens ; ce qui n’était pas une tare, car le FLN des années 1950 n’était pas la chapelle qu’il est devenu en 1962, mais un front intégrant musulmans, juifs, chrétiens, athées et un large éventail de tendances politiques : nationalistes PPA-MTLD, salafistes AOMA, communistes et libéraux. Mouloud Mammeri participe, aux côtés de M’hamed Yazid, à la rédaction et la mise en forme du dossier que présente le FLN à la 11e session de l’Assemblée générale de l’ONU, en 1957. Recherché par la police coloniale, il est contraint de quitter précipitamment l’Algérie pour le Maroc où sa famille possède des attaches. Il reviendra à cet auteur que l’on soupçonnait d’être proche du colonialisme et tiède envers la cause nationale de présenter la description la plus pertinente et la plus achevée du monde colonial : « Les hommes tarissent — parce que pas un des sentiments qui accompagnent immanquablement le système colonial n’est un sentiment exaltant ; ils se situent tous dans la région la plus basse, la plus négative, la plus laide de l’homme. Les hommes qui fleurissent en régime colonial, ce sont les combinards, les traficoteurs, les renégats, les élus préfabriqués, les idiots du village, les médiocres, les ambitieux sans envergure, les quémandeurs de bureau de tabac, les indicateurs de police, les maquereaux tristes, les tristes cœurs. Il ne peut y avoir en régime colonial ni saint ni héros, pas même le modeste talent, parce que le colonialisme ne libère pas, il contraint ; il n’élève pas, il opprime ; il n’exalte pas, il désespère ou stérilise ; il ne fait pas communier, il divise, il isole, il emmure chaque homme dans une solitude sans espoir. » (« Lettre à un Français », Entretiens sur les Lettres et les Arts [Rodez], n° spécial Algérie, février 1957).

En 1962, quand beaucoup d’écrivains de sa génération se tâtaient et répugnaient à rejoindre le pays nouveau, Mouloud Mammeri est sur le terrain. De la littérature à l’université, de l’écriture à la recherche, dans la semblable probité et rigueur intellectuelle qui étaient celles de l’auteur de La Colline oubliée. Pour rappel, la même année de publication de ce roman, en 1952, Mohammed Dib commençait avec La Grande Maison (Paris, Seuil) une trilogie romanesque qui a pour cadre Tlemcen et les hauteurs du pays tlemcénien. Certes, un respectable roman de terroir — où monte le chant d’une autre « petite patrie » — que n’assombrissaient ni le vieux « mythe kabyle » ni les retombées encore vives de l’imparable et sécant drame politique qui cisaillait le PPA-MTLD en 1949.

 

L’arme redoutable de la stigmatisation

 

À l’indépendance, Mammeri, de retour à Alger, écrit pour le cinéma (avec notamment Jean-Marie Boeglin et Ahmed Rachedi), s’essaie au théâtre et surtout met en chantier son émouvant hymne à la Révolution L’Opium et le bâton, indépassable roman sur la guerre d’indépendance que son éditeur publie en 1966. Avec Jean Sénac, le tout premier à en avoir conçu l’idée, Kaddour M’hamsadji, Mourad Bourboune et bien d’autres écrivains — même Jean Pélégri avait souhaité y être associé —, Mouloud Mammeri contribue, dans l’âpreté des débats, à la fondation de l’Union des écrivains algériens qui ne rassemblera pas tous les suffrages, méchamment raillée par Kateb Yacine — qui acceptera nolens volens d’être membre de son bureau exécutif. Dans un pays qui a décrété l’unicité en toutes choses, l’UEA voguera sur des mers démontées et ne parviendra jamais à quai. Elle vaudra à Mammeri, qui en assurait la présidence, ses premiers désagréments dans le pays indépendant et libre. Comme en 1953, il y a l’indéracinable procès d’intention aux motivations politiques. La polémique qui se développe dans les colonnes de l’hebdomadaire du parti FLN « Révolution africaine » se fonde sur l’attitude réservée de l’UEA et de son président Mouloud Mammeri pendant « la Guerre des Six- Jours » qui a opposé, au mois de juin 1967, les armées arabes à Israël. L’auteur de l’article «La trahison des clercs» (n° 232, 22 juillet-29 juillet 1967) pointe du doigt l’écrivain Mammeri « qui s’est rendu en pèlerinage, il n’y a pas si longtemps à Buchenwald, n’a pas daigné répondre à l’offre qui lui a été faite d’effectuer le même pèlerinage en Jordanie pour rendre compte des méfaits de certains rescapés des camps de la mort ». Citant son œuvre Le Foehn ou la preuve par neuf (Paris, Publisud, 1982), qui venait d’être montée au TNA par Jean-Marie Boeglin, le rédacteur évoque un « patriotisme circonstanciel ». Et ce ne fut pas la pire des insultes. Dans sa réponse, publiée dans le n°233 de « Révolution africaine » (30 juillet-6 août 1967), Mammeri insiste sur la morale du clerc, car c’est bien là le fond du problème : « Mais le vrai clerc ne ment pas. Il ne doit pas tromper sur la qualité de la marchandise. Faire croire à ce peuple que les vrais clercs sont des rhéteurs aptes à la production sur commande, c’est montrer à quel point on les méprise. » Cette réticence à un alignement automatique sur les mots d’ordre du pouvoir et de ses représentants, cette distance critique face à l’événement et, en tout cas, la réaffirmation de la liberté du penseur face à l’omnipotence des légats, n’est ni comprise ni admise par la rédaction de l’organe du parti FLN. Dans un second article intitulé « Le rabouilleur ou la “colle” inoubliée » (n°234, 7-14 août 1967), le rédacteur de l’hebdomadaire du parti unique revient sur les incriminations essentielles à l’origine de la polémique : « Depuis sa création, l’Union des écrivains algériens n’a pas montré le réel visage de l’Algérie révolutionnaire. Cette Union brille de mille feux… par son absence. Son existence est révélée aux Algériens de temps à autre par quelques congrès qui se tiennent çà et là. Mais là n’est pas le fait important : il s’agit de savoir si cette Union est ou n’est pas une organisation nationale. » En fait, c’est bien l’autonomie, rappelée par Mammeri, de l’UEA face aux attentes du FLN qui dérange. Dans les faits, bien distante par rapport aux tentatives de « normalisation » du parti FLN, l’UEA — qui rassemble des écrivains, de différentes provenances, aux philosophies diverses, et non pas des militants — ne pouvait en être un satellite. Et exécuter les ordres du jour du FLN et, plus largement, du pouvoir, sur les politiques nationales et internationales. Le rédacteur de « Révolution africaine » désigne alors la responsabilité de l’UEA et de Mouloud Mammeri : « […] elle se devait par la voix de son président de condamner sans équivoque l’agression sioniste, qui ne permet d’autre alternative que d’être avec ou contre la cause palestinienne. On est le complice de l’agresseur si on n’est pas l’allié des agressés, parce que cette alliance est dans la nature des choses. Mettre une prise de position en faveur des Palestiniens sur le compte du béni-ouiouisme de la pensée relève d’un raisonnement simpliste et nous donne encore la preuve intangible de cette malhonnêteté intellectuelle. Pis encore, c’est dramatique. » Cette double accusation de tourner le dos à « l’Algérie révolutionnaire » et de s’écarter des stricts ordonnancements de l’« organisation nationale », majorée d’un silence coupable face à l’agression israélienne, ouvrait les portes de l’enfer, en ces années de plomb du parti unique, à ceux qui s’y exposaient. Mammeri entendra les bruits de la meute. Le même numéro de l’hebdomadaire du FLN donne — dans une partition sans fausse note — la parole à un groupe de lecteurs — anonymes — de Tiaret dont la condamnation est sans appel : « Pourquoi les écrivains algériens sont demeurés muets durant la guerre d’agression israélienne ? Mammeri a répondu en refusant de répondre. C’est déjà une réponse […] Nous réclamons à notre avant-garde intellectuelle de ne pas se transformer en arrière-garde. Nous sommes en droit d’exiger cela, même s’ils comptent parmi leurs amis un grand nombre de sionistes notoires. » Pernicieux sous-entendu ? Clouer au pilori, en cet été 1967 embrasé et résolument palestinien, cet ennemi intérieur — longtemps décrié dans les kasmas FLN et bientôt dans la « famille révolutionnaire » — qui n’a pour lui que la morale du « vrai clerc » pour s’insurger contre l’embrigadement du puissant FLN ? « Révolution africaine » dans un autre courrier, signé par Mme Chohra F., actionne l’arme redoutable de la stigmatisation : « Je commence à avoir certains doutes. M. Mammeri est-il algérien ? Ma question n’est pas une banale plaisanterie. Elle est motivée par le retrait que M. Mammeri prend pour parler de l’Algérie au démonstratif. “Ce pays”, écrit-il. “Ce pays” qu’il se plaît à critiquer avec “négativisme”, c’était peut-être une occasion pour lui d’exprimer quelque rancœur et quelque petite idée malsaine, quant à la culture telle qu’elle est conçue chez nous […] Est-ce des propos de concierge que de demander pourquoi un écrivain algérien n’a pas exprimé son opinion au sujet du conflit qui nous oppose à l’impérialisme et au sionisme ? » L’écrivain Mammeri — qui s’est scrupuleusement avancé dans cette polémique en son nom personnel et sans impliquer ses pairs de l’UEA — ne sera pas, davantage qu’en 1953, écouté. Après cette polémique, il décide d’un salutaire recul. Il quitte une UEA, désormais caporalisée, réduite à un rôle de porte-voix des communiqués du FLN. Le « vrai clerc » entreverra un horizon de travail littéraire et universitaire fécond.

 

Un vrai Algérien

 

En 1952, et aujourd’hui encore, autant Taassast que Bni Boublen, avec leurs cortèges de personnages typiques, ont des droits à figurer dans l’histoire de la littérature d’un seul et même pays, l’Algérie. Le pays de Mokrane et de Menach, de Hamid Seraj et de Commandar qui dénonce la longue dépossession coloniale. Au-delà de visions du monde des auteurs Mammeri et Dib et des engagements qu’ils font prendre à leurs personnages, aux ancrages idéologiques et sociopolitiques différents, il y a l’histoire de l’Algérie, en ses multiples retranchements. Les critiques de 1953 ont sans doute préjugé du travail et de la responsabilité de l’écrivain en regard d’une littérature nationale qui n’existait pas. Ils ont plus cherché à valider un projet politique qu’un projet littéraire. L’auteur de La Colline oubliée n’a pas failli, ni politiquement ni littérairement. Je retiens de la réception critique de la presse française de ce premier roman la reconnaissance d’un art supérieur — et sublime — de la langue littéraire, ce qui précisément était pour Mohand Cherif Sahli le plus outrancier des sacrilèges contre la cause nationale. Sahli, qui répudiait « l’art pour l’art », ne voulait pas distinguer la langue brute du tract politique de celle ouvrée de la littérature. Mais c’est cette pureté de la langue — marque distinctive des œuvres de Mammeri — qui portera dans ses écrits de la guerre d’Indépendance, une pensée anticoloniale sans aspérités. Ne peut-on pas louer la constance de l’homme et des idées qui ont tracé sa voie dans la marche contrastée d’une nation algérienne à laquelle il aura beaucoup apporté et dont son œuvre — littéraire et scientifique — enrichit le patrimoine ? L’écrivain et chercheur Mammeri a défendu l’exigence — toujours actuelle — de ne pas confondre la politique, la littérature et la production intellectuelle et d’aliéner les unes à l’autre. Jusqu’au bout de son chemin d’éclaireur, il continuera à en enseigner l’humble leçon.

En 1953, comme en 1967, et aussi en 1981, dans les heures poignantes du «Printemps berbère», cette liberté de conscience était intolérable pour ses contradicteurs. L’infinie sagesse de Mouloud Mammeri, ressourcée dans le message des imusnawen des fières montagnes de Kabylie, pays de haute mémoire, a bouleversé — et bouleverse toujours — l’immuable cercle des bien-pensants, sa valetaille et ses légions de ferrailleurs. Celui qui proclamait avec humilité n’être qu’un clerc (un « vrai clerc ») était — dans la fidélité à son humanisme ancestral — un vrai Algérien. 

A. M.

Source : http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2011/05/26/article.php?sid=117683&cid=41

http://bouhamidimohamed.over-blog.com/2017/05/un-troublant-deni-d-algerianite-mouloud-mammeri-ou-la-seconde-mort-du-juste.html


 

MOHAMED BOUHAMIDI : LA GREVE DES ETUDIANTS ALGERIENS DE 1956 DANS LA MIRE DE LA TELEOLOGIE.

La grève des étudiants algériens de1956 dans la mire de la téléologie.

 bouhamidi mohamed 15 Mai 2017 0 commentaire

Par Mohamed Bouhamidi.

In La Tribune du 16 mai 2017

 La grève des étudiants algériens de 1956 dans la mire de la téléologie.

 

Un fait unique dans l’histoire de l’humanité.

L’appel à la grève des étudiants et des lycéens (1) est pourtant un événement unique dans l’histoire de l’humanité. Nulle part ailleurs des étudiants réunis en assemblée ont décidé d’appeler leurs camarades à arrêter leurs études et à rejoindre les maquis et de façon générale à rejoindre le combat de leur peuple.

Il faut bien rappeler que l’appel à la grève a été débattue et lancée par la section d’Alger de l’Union Générale des Etudiants Musulmans Algériens (UGEMA ) et non directement par le FLN (2) même si des militants de ce dernier étaient partis prenantes de l’initiative et du débat.

L’appel commençait par ces phrases hautement significatives par la fusion de l’émotion et de l’invitation froide à un inventaire de la condition coloniale qui n’épargnait et n’épargnerait pas aux élites scolaires le sort réservé à leur peuple et leurs plus proches parents, voisins, ou condisciples :

« Etudiants algériens,

Après l’assassinat de notre frère Belkacem Zeddour par la police française, après le meurtre de notre frère aîné le docteur Benzerdjeb, après la tragique fin de notre jeune frère Brahimi, du collège de Bougie, brûlé vif dans sa mechta incendiée par l’armée française pendant les vacances de Pâques, après l’exécution sommaire dans un groupe d’otages de notre éminent écrivain Réda Houhou, secrétaire de l’institut Ibn Badis de Constantine, après les odieuses tortures qu’on a fait subir aux docteurs Haddam de Constantine, Baba Ahmed et Tobbal de Tlemcen, après l’arrestation de nos camarades, Amara, Lounis, Saber et Taouti, aujourd’hui arrachés aux geôles de l’administration française, celle de nos camarades Ferrouki et Mahidi, après la déportation de notre camarade Mihi, après les campagnes d’intimidation contre l’Ugema, voici que la police nous arrache des mains, un matin à la première heure, notre frère Ferhat Hadjadj, étudiant en propédeutique et maître d’internat au lycée de Ben Aknoun, le torture, le séquestre pendant plus de dix jours (avec la complicité de la justice et de la Haute administration prévenues de son affaire), jusqu’au jour où nous apprenons, atterrés sous le coup de l’émotion, la nouvelle de son égorgement par la police de Djijelli, aidée de la milice locale.

L’avertissement donné par notre magnifique grève du 20 janvier 1956 n’aura-t-il servi à rien ? Effectivement, avec un diplôme en plus, nous ne ferons pas de meilleurs cadavres ! »

2016 était le millésime décennal, symboliquement plus chargé et plus parlant sur le plan émotionnel, de l’appel à la grève des étudiants du 19 mai 1956.

Le peu d’intérêt public, officiel ou populaire, pour le gouvernement ou pour l’opposition, équivalait à un acte d’omission volontaire et si j’ose dire un acte d’oubli, un acte de refoulement du sens historique, comme si le 19 mai 1956 disait des choses aujourd’hui désagréables à entendre.

Des étudiants ont bien organisé des activités. Je n’ai pas trouvé beaucoup d’échos dans les médias, par la faute de ces derniers ou par rareté des commémorations, je ne sais.

Mais je ne peux taire, que des responsables de l’Université de Boumerdès ont interdit la conférence que je devais tenir en mai 2016, sur la signification de la grève, à l’invitation d’un cercle d’étudiants. Je le dis autant pour dénoncer cet interdit que pour signaler qu’une « distanciation » de notre guerre de libération se manifeste ouvertement dans certaines élites mais aussi dans certains corps sz l'administration muets mais terriblement agissants et efficaces.

Un sens actuel.

Jamais cet engagement des élites scolaires de 1956 n’a été l’enjeu d’autant d’entreprises de sape souterraines ou ouvertes, locales ou internationales aussi bien de la part de milieux français intéressés à la consolidation de leur influence toujours plus active et plus forte dans notre pays que par des milieux algériens intéressés à se placer comme alternative intellectuelle et morale aux politiques spontanées ou réfléchies de l’ALN/FLN.

L’arme la plus formidable utilisée contre cet engagement de 1956, a été et est encore une arme philosophique redoutable, véritable trame de la pensée occidentale : la téléologie non pas dans sa signification de science des fins ultimes ou des finalités qui motivent une action mais dans son usage de juger une action par les résultats qu’on lui impute.

De façon générale, cette arme de la téléologie se retrouve dans la question triviale qui passe pour intelligente et imparable : « Où vous a conduit votre guerre de libération ? » ou encore « Qu’avez-vous fait de votre indépendance ? ».

 

Innocences

Peu de personne se souviennent que Camus n’a formulé quelque bribes de sa théorie de l’absurde que sur le cas des guerres de libération, d’abord pour l’Indochine puis pour l’Algérie : il était absurde à ses yeux que les vietnamiens puis les algériens se battent pour leur libération pour tomber dans la « dictature » communiste ou encore, plus spécialement pour nous, algériens, de tomber dans la dictature nassériste. Remplacez les termes communiste ou nassérien par n’importe quel vocable et vous en aurez les variations infinies, au goût du jour et en fonction du besoin et de l’ennemi à abattre. Toute situation postcoloniale devient intenable pour le peuple qui a lutté car il ne peut entreprendre aucune voie pratique car aucune voie pratique n’est celle des anges.

Plus subtilement et plus tard, dès que le cours de notre vie nationale a connu les contradictions et les conflits au sommet du pouvoir, on nous inventa la formule que nous « avions réussi notre libération mais échoué notre liberté ».

Sommes-nous bien d’accord sur les termes de l’équation et qu’est-ce que la libération pour un peuple colonisé et qu’est-ce que la liberté « en général » puisque la formule nous renvoie à une acceptation supposée générale du sens "liberté » ?

Derrière l’innocence anodine de la question, se cache à peine une forme éthérée du racisme, d’une théorie de l’Autre qui doit rester différent et Autre, sans accès à l’humaine condition qui fait que les peuples et les Nations se déchirent dans des situations contradictoires et conflictuelles. Si on doit discuter notre droit à l’indépendance au prisme des conflits que notre pays et notre peuple a connus ou par les résultats économiques, culturels et sociaux des différentes politiques que les étrangers, France, USA et FMI en tête nous ont conseillées que dirions-nous aux élites françaises et algériennes qui travaillent sur ce registre au regard du Maréchal Pétain, au vu de l’endettement de la France, aux scores du chômage, au classement des performances de l’école française notamment en mathématique ?

Fallait-il que nous soyons suspendus dans un éternel état de grâce pour être libre et donc mériter non seulement d’être libre mais aussi de mériter notre libération, elle-même ?

Fanon avait déjà souligné dans sa préface à « L’an V de la Révolution Algérienne » cette condamnation à l’exemplarité du peuple colonisé qui choisit la lutte, exemplarité qui l’exclut de fait de la simple, modeste et commune humanité à laquelle il aspire en engageant la lutte mais une humanité forcément unique pour tous les hommes. Nous forcer à être des hommes exemplaires nous interdit simplement toute humanité, d'être simplement des hommes.

« Dans une guerre de Libération, le peuple colonisé doit gagner, mais il doit le faire proprement sans « barbarie ». Le peuple européen qui torture est un peu-ple déchu, traître à son histoire. Le peuple sous-développé qui torture assure sa nature, fait son travail de peuple sous-développé. Le peuple sous-développé est obligé, s’il ne veut pas être moralement condamné par les « Nations Occidentales », de pratiquer le fair-play, tandis que son adversaire s’aventure, la conscience en paix, dans la découverte illimitée de nouveaux moyens de terreur.

Le peuple sous-développé doit à la fois prouver, par la puissance de son combat, son aptitude à se constituer en Nation, et par la pureté de chacun de ses gestes, qu’il est, jusque dans les moindres détails, le peuple [7] le plus transparent, le plus maître de soi. »

Il a écrit ce texte en 1959. Il n’a pas pris une ride.

Les étudiants qui se sont engagés dans la lutte en 1956 avaient pour but de libérer notre peuple autant que notre pays, les deux notions sont inséparables mais pas tout à fait identiques, de la domination coloniale.

Leur reprocher leur engagement par les résultats de l’indépendance est une double faute théorique. la première est que les acteurs de l’histoire, peuples, nations, systèmes sociaux et économiques seraient d’une nature unique, sans contradictions, sans conflits potentiels, sans intérêts divergents, sans aspirations diverses, sans histoires de divisions antérieures, sans diversités linguistiques et culturelles, sans phases de transitions dans les formes de la famille, etc. Bref sans réalité humaine et historique.

Une fois le but commun atteint, se libèrent à la fois le peuple en lutte mais aussi toutes ces divergences et différences et tout ce potentiel de contradictions que n’auraient pu contenir que le maintien de la suprématie de l’identité commune et de l’intérêt commun que constituait la libération nationale.

Avions-nous la même idée de ce que c’est la libération nationale et de ce qui a fabriqué la domination coloniale ? Assurément non.

Ce sont ces différences et ces contradictions sociales qui ont pesé sur notre destin et sur la pratique de notre indépendance.

Mais d’une certaine façon, même attisées par les « conseils » des partenaires étrangers, ces contradictions nous ramènent à construire notre propre histoire. Les distorsions algériennes, terrorisme, FIS, GIA, problèmes culturels, linguistiques ou autres, sont de notre fait, pas du fait de la grève des étudiants de 1956.

Tout comme aucune des situations que nous vivons n’étaient déjà et fatalement inscrites dans les actes de la décision de déclencher le 1ernovembre et encore moins dans celle de déclencher la grève des étudiants et lycéens.

M. B

 

 

 

  1. http://memoria.dz/avr-2013/dossier/texte-int-gral-l-appel-l-union-g-n-rale-des-tudiants-musulmans-d-alg-rie-ugema
  2. http://www.reflexiondz.net/19-mai-1956-Quand-les-etudiants-rejoignaient-en-masse-les-djebels_a34239.html

Chronique destinée La Tribune du 16 mai 2017. 

http://bouhamidimohamed.over-blog.com/2017/05/la-greve-des-etudiants-algeriens-de-1956-dans-la-mire-de-la-teleologie.html


 

L'ALGERIE REPREND SES VOLS VERS LA SYRIE

L’Algérie reprendra bientôt ses vols vers la Syrie

Thu May 11, 2017 5:32PM

Bientôt les avions d'Air Algérie dans le ciel syrien. (Photo d'archives)

Bientôt les avions d'Air Algérie dans le ciel syrien. (Photo d'archives)

L’ambassadeur d’Algérie à Damas a fait part de la reprise imminente de ses vols provenant de son pays à destination de la Syrie

Saleh Boucha, ambassadeur d’Algérie en Syrie a déclaré être conscient de la crise syrienne et que certains médias ont l’intention de diffuser de manière ciblée de fausses informations.

L’Algérie souhaite établir ses liaisons aériennes avec la Syrie surtout que le nombre de ressortissants syriens dans ce pays s’élève à 40 000, a affirmé Boucha.

Si l’Algérie établit ses liaisons aériennes avec la Syrie, elle sera le premier pays au monde à le faire, a rapporté le site libanais an-Nachrah.

Le ministre syrien du Transport a affirmé lors de sa rencontre avec Boucha apporter plus de moyens et de facilités à cette initiative et accélérer les échanges commerciaux.

Alger possède des produits dont la Syrie a besoin, a-t-il souligné en mettant l’accent sur la nécessité d’activer ces échanges et d’établir des liaisons maritimes et aériennes avec l’Algérie.

http://presstv.com/DetailFr/2017/05/11/521507/Syrie-Algrie-vol-liaison-arienne


 

DU MONDE POST-VERITE AU MONDE POST-ORWELL, LES DECLINAISONS D'UN IMPERIALISME EN FIN DE COURSE.

Du monde post-vérité au monde post-Orwell, les déclinaisons d’un impérialisme en fin de course.

 bouhamidi mohamed 1 Mai 2017 0 commentaire

Du monde post-vérité au monde post-Orwell, les déclinaisons d’un impérialisme en fin de course.

In La Tribune dz du 02 05 2017

 

 

Angela Merkel orwelienne ?

 

Angela Merkel mettra-t-elle fin à la fortune posthume d’Orwell ?

Elle comptait s’entretenir avec la société civile saoudienne lors de son voyage en Arabie saoudite ce dimanche passé, 30 avril 2017.

Société civile ? En Arabie saoudite?

Mais pas seulement. Elle pourra atteindre des objectifs plus réalistes comme s’entretenir avec des femmes d’affaires saoudiennes, ce qui est fort possible. La richesse des membres de la famille royale nous le laisse croire volontiers et encore plus les dépenses des princesses sur le marché parisien du luxe en particulier et sur le marché européen en général. Londres n’est pas en reste.

Mais enfin, des femmes d’affaires saoudiennes, c’est infiniment plus plausible qu’une société civile saoudienne.

Je n’ai pu m’empêcher d’avoir une pensée émue et attristée pour Hegel et Marx, illustres compatriotes de Merkel, premiers théoriciens du concept de « société civile » concept qui n’a rien à voir avec l’usage actuel du mot.

Ils ont quand-même les larges espaces de leur génie pour intégrer quelques ruses de la déraison.

Ils resteront, quand-même, interdits de stupéfaction si leur parvenait l’information que Merkel a proposé de former des saoudiennes policières. En terre allemande.

Vous n’en revenez pas ?

Ce n’est pas la seule absurdité de ces derniers jours.

Le mardi 25 avril 2017 nous apprenions l’élection de l’Arabie Saoudite au Comité des droits des femmes de l’ONU (1).

« Elire l’Arabie saoudite pour protéger les droits des femmes est comme désigner un pyromane chef des pompiers de la ville », a fustigé Hillel Neuer.

Deux jour plus tard, nous apprenions le ‘regret » du Premier ministre belge Charles Michel : « Si c’était à refaire, le gouvernement aurait plaidé pour qu’il n’y ait pas le soutien (à l’Arabie Saoudite), il n’y a aucune ambiguïté là-dessus. J’ai donné des instructions afin qu’à l’avenir l’appréciation politique de ce type de dossier ait lieu au plus haut niveau ». (2)

C’est qu’il y a eu polémique en Belgique. Pas en France ni en Suède, ni ailleurs. 47 pays sur les 54 qui forment ce comité ont voté pour cette acceptation de l’Arabie Saoudite au rang des garants et gardiens des droits des femmes.

Ce qui fait courir Merkel et … l’industrie allemande.

Angela Merkel n’a pas fait le voyage en solitaire, évidemment. Une délégation de grands patrons allemands l’entourait. Et la rencontre avec la société civile et les femmes d’affaires saoudiennes devait se dérouler autour des objectifs du plan de réformes économiques projeté par Salman, fils du roi et postulant agressif à la succession immédiate.

Le plan dénommé « Vision 2030 » est un véritable démantèlement des ressources pétrolières saoudiennes pour les mettre au service du projet idéologique de la guerre permanente contre l’Iran maquillée en guerre contre le chiisme.

Une manne extraordinaire s’affiche disponible pour acheter ou récompenser toute alliance qui permettrait la pérennité du régime saoudien ou la neutralité bienveillante de puissances externes à la région.

En dehors des USA, bien sûr qui ont droit au plus gros des faveurs saoudiennes. Le 15 mars Libération, sous la plume de Hala Kodmani, nous annonçait : « Ils auraient essentiellement discuté affaires, selon un communiqué de la Maison Blanche à l’issue de la rencontre. Les programmes économiques envisagés concernent l’énergie, les infrastructures et la technologie. Ils impliqueraient des investissements saoudiens de 200 milliards de dollars aux Etats-Unis pendant les quatre prochaines années. Une somme qui aiderait considérablement Donald Trump à tenir ses promesses de création d’emplois grâce au lancement de grands chantiers. » (3)

Il faut bien sûr rajouter ces sommes faramineuses à l’argent des contrats d’armements qui atteignent réellement des sommets. 

Comparez avec les 8 milliards d’Euros des échanges commerciaux entre l’Allemagne et l’Arabie Saoudite.

Et avec la dette publique allemande en mars 2016 : 2.150 milliards, soit 71,2% du PIB.

La France a en contrat avec l’Arabie saoudite 3 milliards de dollars de contrat d’armement et une dette publique encore plus élevée que celle de l’Allemagne à 97 % de son PIB.

A ce niveau de problèmes, oui Merkel peut trouver cette miraculeuse société civile saoudienne et  échanger des propos avec des femmes d’affaires à Ryad.

Orwell doit compatir aux abîmes d’interrogation de Hegel et de Marx. Il en sait quelque chose.

Une région qui décide du sort du Monde.

Des femmes en quête d’un droit minimum à la vie tout court ne manquent pas dans la région.

« Au moins 1 enfant meurt toutes les 10 minutes de maladies qui peuvent être évitées, comme la diarrhée, la malnutrition et les infections respiratoires. Aujourd’hui, le système de santé de ce pays est sur le point de s’effondrer : moins d’un tiers de la population yéménite a accès à des soins médicaux, moins de la moitié des établissements de santé sont opérationnels, et les travailleuses et les travailleurs de la santé n’ont pas touché leur salaire depuis des mois. La violence et le conflit ont inversé les importants progrès réalisés au cours de la dernière décennie dans la santé et l’alimentation des enfants yéménites. Des maladies, comme le choléra et la rougeole, se sont propagées et, compte tenu du nombre peu élevé d’établissements de santé opérationnels, ces épidémies frappent durement les enfants. » (4)

Mais le Yémen fait-il marcher les affaires et les femmes là-bas, peuvent-elles s’acheter quelles affaires exposées dans les grands magasins londoniens ou parisiens ?

Angela Merkel a parlé dans un système du paradoxe. Le plus riche des pays arabes, l’Arabie Saoudite, 646 milliards de dollars en 2015 – 6 fois le PIB de la France - allié aux autres pays arabes les plus riches, les pays du Golfe, agressent le pays arabe le plus pauvre et l’un des pays les pauvres du monde.

Ils peuvent crever les enfants yéménites. Leurs mères aussi dans les cérémonies funéraires, dans les écoles, sur la route, dans les mosquées, en tous lieux et à toute heure.

La France est là pour vendre les armes, l’Angleterre aussi. L’Allemagne doit surmonter des obstacles légaux et éthiques.

La Commission des Droits des Femmes de l’ONU vient de blanchir tous les vendeurs d’armes amis de l’Arabie Saoudite.

D’autant que le projet de Trump de légaliser l’Union (à peine) secrète d’Israël et de l’Arabie Saoudite (et avec les concubines toutes aussi riches des autres émirats du Golfe) mettent en chantier le projet d’une OTAN du Moyen Orient dirigé contre l’Iran, c’est-à-dire contre la Russie qui refuse les avances en dollars des saoudiens et des qataris.

Vous vous imaginez le marché des armements qui en découlerait et des « à côté » non moins rémunérateurs ?

Le silence de tombe qui recouvre les crimes les plus ignobles commis contre un des pays les plus pauvres de la planète a un rendement élevé.

Vous comprenez la chose ?


Mais aussi que des centaines de prisonniers palestiniens fassent grève de la faim sans que cela dépasse quelques lignes « chiens écrasés » dans les grands médias ?

La grande affaire reste qu’un séisme risque de frapper fort au cœur de l’Europe. En France. Où on hurle au fascisme.

Comme je suis contre les ingérences je vous ai choisi deux extraits.

« Le néolibéralisme est cet économisme total qui frappe chaque sphère de nos sociétés et chaque instant de notre époque. C’est un extrémisme.

 

Le fascisme se définit comme l’assujettissement de toutes les composantes de l’État à une idéologie totalitaire et nihiliste.

 

Je prétends que le néolibéralisme est un fascisme car l’économie a proprement assujetti les gouvernements des pays démocratiques mais aussi chaque parcelle de notre réflexion. L’État est maintenant au service de l’économie et de la finance qui le traitent en subordonné et lui commandent jusqu’à la mise en péril du bien commun.

 

L’austérité voulue par les milieux financiers est devenue une valeur supérieure qui remplace la politique. Faire des économies évite la poursuite de tout autre objectif public. Le principe de l’orthodoxie budgétaire va jusqu’à prétendre s’inscrire dans la Constitution des Etats. La notion de service public est ridiculisée.

 

Le nihilisme qui s’en déduit a permis de congédier l’universalisme et les valeurs humanistes les plus évidentes : solidarité, fraternité, intégration et respect de tous et des différences. Même la théorie économique classique n’y trouve plus son compte : le travail était auparavant un élément de la demande, et les travailleurs étaient respectés dans cette mesure ; la finance internationale en a fait une simple variable d’ajustement. » (5)

Ce n’est pas exactement ce qui définit Marine le Pen mais caractérise parfaitement Macron. Et pour le vote, Bruno Guigue sait en général de quoi il parle :

« Macron, rempart contre le “fascisme” ? On pourrait discuter de ce vocabulaire, mais si Le Pen c’est le fascisme, alors Macron c’est Von Papen. Que l’on sache, le Casanova de la finance est le serviteur attitré d’une oligarchie qui a sorti le FN de la naphtaline, l’a nourri au grain, et l’engraisse tous les jours en dévastant la société française. Même si elle en profite, ce n’est pas l’extrême-droite qui a mis les travailleurs en concurrence, détruit les emplois industriels et plié devant le diktat des marchés financiers. C’est cette même bourgeoisie, cramponnée à ses privilèges de classe, qui prétend aujourd’hui nous guérir d’un cancer dont elle est la cause. Qu’elle assume ses turpitudes !

Lorsqu’on nous conjure de combattre Le Pen en votant Macron, c’est comme si on prescrivait un remède dont on est sûr qu’il achèvera le malade, ou comme si on nommait un pédophile directeur d’école. Une imposture n’en chasse jamais une autre, surtout si elles se renvoient la balle. Il suffit d’ouvrir les yeux pour voir que l’antifascisme de Macron n’est que du vent. Macron a besoin de Le Pen pour se faire élire, car il est minoritaire dans le pays. Le Pen a besoin de Macron pour occuper la fonction protestataire que le PS lui a offerte et que Mélenchon a failli lui ravir.

 

Pour lutter contre l’extrême-droite, il faut aussi lutter contre Macron et ceux qui le soutiennent. Et si l’on veut purger la France du nationalisme identitaire, il faudra d’abord tordre le cou à l’oligarchie qui est son tas de fumier. » (6)

A bientôt.

 

  1. http://www.lesoir.be/1489834/article/actualite/monde/2017-04-24/l-arabie-saoudite-elue-commission-des-droits-des-femmes-l-onu
  2. http://www.lequotidien.lu/international/arabie-saoudite-et-droits-des-femmes-la-belgique-regrette-son-vote/
  3. http://www.liberation.fr/planete/2017/03/15/la-love-story-reprend-entre-l-arabie-saoudite-et-les-etats-unis-de-trump_1555941
  4. https://www.unicef.fr/article/dans-l-enfer-du-yemen-un-enfant-meurt-toutes-les-10-minutes
  5. http://mobile.lesoir.be/1137303/article/debats/cartes-blanches/2016-03-01/neoliberalisme-est-un-fascisme
  6. http://humeursdemarisse.blogspot.fr/2017/05/la-double-imposture.html

http://bouhamidimohamed.over-blog.com/2017/05/du-monde-post-verite-au-monde-post-orwell-les-declinaisons-d-un-imperialisme-en-fin-de-course.html


 

POEME DE KATEB YACINE POUR LE 1er MAI : VOUS, LES PAUVRES

POÉSIE KATÉBIENNE

VOUS, LES PAUVRES,

9 DÉCEMBRE 2016

Rédigé par Polygone étoilé et publié depuis Overblog

Ait Djafer Ismail: complainte des mendiants arabes de la Casbah

Dites-moi
Si la vie
N'est pas une !

Ah! Dire que
Vous êtes les indispensables!...

Ouvriers, gens modestes
Pourquoi les gros
Vous étouffent-ils en leur graisse
Malsaine de profiteurs?

Ouvriers,

Les premiers à la tâche,
Les premiers au combat,
Les premiers au sacrifice,
Et les premiers dans la détresse...

Ouvriers,

Mes frères au front songeur,
Je voudrais tant
Mettre un juste laurier,

A vos gloires posthumes
De sacrifiés.
- La grosse machine humaine
A beuglé sur leurs têtes,
Et vente à leurs oreilles
Le soupir gémissant des perclus!...

Au foyer ingrat
D’une infernale société,
Vous rentrez exténués,
Sans un réconfort

Pour vos cœurs de « bétail pensif»...
Et vos bras,
Vos bras sains et lourds de sueur,
Vos bras portent le calvaire
De vos existences de renoncement!

http://tresloindenedjma.com.over-blog.com/2016/12/vous-les-pauvres.html


 

ALGERIE, IRAN, RUSSIE : UN CARTEL GAZIER EN VUE

Alger/Téhéran/Moscou : un cartel gazier en vue

 Depuis 27 minutes  28 mars 2017

raffineriegaz

 Algérie - Maghreb - Monde arabe

Ce n’est pas une plaisanterie cette affaire de cartel du gaz. La crise en rapport, entre la Russie et l’Ukraine un certain hiver 2005 fait penser au pire. Les plus avertis des géants gaziers européens y voient une affaire plus grave que le nucléaire iranien. Il y va de la sécurité de toute l’Europe occidentale, et aussi, de celle des Américains. Avec une Russie réveillée d’un long sommeil, une Algérie prospère et riche, libérée de ses créanciers et du complot terroriste, et un Iran très avancé dans le domaine nucléaire et majestueusement riche en gaz, le rapport des forces appelle à la révolution. Apparemment, l’Union européenne n’est pas prête à digérer la chose !

Un cartel gazier entre l’Algérie, la Russie et l’Iran est en voie de formation. Vladimir Poutine juge l’idée intéressante et qu’il allait y réfléchir. « L’Opep du gaz est une idée intéressante, nous allons y réfléchir ». Et d’ajouter : « Nous sommes d’accord avec les spécialistes iraniens et d’autres pays, gros producteurs et exportateurs d’hydrocarbures sur les marchés internationaux, et nous essayons déjà de coordonner nos efforts sur les marchés des pays tiers », a-t-il affirmé.

« Nous allons-y réfléchir « , n’est qu’une expression diplomatiquement nécessaire pour tempérer la grogne européenne. Pour en arriver là, un long chemin a été parcouru et les consommateurs sont avertis. L’Algérie après de longues discussions est arrivée à signer le mois dernier avec la Russie, un protocole d’accord pour renforcer la coopération des deux pays dans le domaine énergétique. D’autres accords sont en vue avec l’Iran avec qui les discussions ont été fructueuses. Le récent déplacement en Algérie du ministre russe de l’Industrie et de l’Énergie, Viktor Khristenko, n’a pas manqué de susciter de graves préoccupations en Occident. La réaction de l’Union européenne a été brutale et les autorités européennes multiplient les déclarations hostiles à ce sujet. Le commissaire européen à l’énergie, Andris Piebalgs, a demandé à Alger et Moscou d’expliquer leurs « intentions » et s’interroge sur les conséquences de cette jeune entreprise pour les consommateurs européens. À rappeler que la Russie et l’Algérie sont les principaux fournisseurs de gaz de l’Union européenne. La Russie qui produit 20% du gaz mondial, en possède près de 30% des réserves mondiales, est suivie par l’Iran et par l’Algérie, troisième producteur dans le monde. La Russie et l’Algérie contrôlent plus de 40% de la consommation de l’Europe. Il y a de quoi s’alarmer !

Pour les donneurs de leçons de l’Agence internationale de l’énergie (AIE),  » une Opep du gaz serait contre-productive pour les pays producteurs », comme s’ils avaient pitié de nous ! Leur explication est plutôt enfantine. Cette organisation si elle est formée,  » elle se traduirait par une réduction de la consommation et une substitution par d’autres énergies « , ont-ils affirmé. N’est-ce pas une bonne chose de réduire la consommation après avoir augmenté les prix bien sûr ? Les peuples producteurs n’en seront pas gênés, en tout cas ! Ce ne sera qu’une petite justice rendue. Tout de même, il est de l’intérêt des producteurs d’assurer la sécurité énergétique des consommateurs.

Pour l’Algérie, la Russie et l’Iran, second producteur du gaz, cette sécurité en est une pour leurs économies en plein essor. Le mémorandum algéro-russe ne doit pas être une source de problèmes pour la région. D’autant plus que les deux pays ont fixé les résultats accomplis et les perspectives de la coopération bilatérale dans l’énergie et le génie minier. Les accords signés portent sur l’exploitation de gisements d’hydrocarbures et la coopération dans le domaine de l’électricité. À noter que nos deux pays disposent d’un réseau de gazoducs et de transports maritimes reliant toute l’Europe. L’Algérie ravitaille le côté sud de l’Europe à raison de 10 à 15%, et la Russie s’occupe du nord avec 20 à 25%. Ce qui intéresse de plus les Russes, c’est l’investissement à long terme, notamment chez les voisins d’Alger, dont la Mauritanie et le Mali où Sonatrach est déjà opérationnel.

Ceci explique les préoccupations des Européens qui en plus de leurs craintes du monopole gazier, ils ont à céder une grande partie de leurs rentes qui provenaient de leurs positions d’investisseurs directs.  » Si, naguère, les pays consommateurs contrôlaient, la production d’hydrocarbures à l’étranger à l’aide de leurs compagnies, celles-ci se voient, de plus en plus activement, évincer non seulement par des monopoles locaux, mais aussi par des concurrents chinois, indiens, vénézuéliens, Indonésiens et Russes « . Pour les Américains aussi, cette évolution des choses menace la stratégie commune euro-américaine. C’est pourquoi on peut affirmer qu’une guerre économique est en train de se préparer pour saborder les efforts fournis jusqu’à présent pour réaliser ce cartel tant attendu. Nous comptons sur la bonne volonté d’Alger, de Moscou et de Téhéran pour parvenir à un accord en avril prochain à Qatar, d’autant que toutes les chances sont de leurs côtés. D’ici là, beaucoup de choses sont appelées à évoluer dangereusement, notamment des attaques contre l’Iran !

Laïd DOUANE

Source : www.alterinfo.net

http://french.almanar.com.lb/324861