ALGERIE

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ALGERIE : COMMUNIQUE DU COLLECTIF DE LA TRIBUNE

   
Bouhamidi Mohamed
10 août, 11:38
 

Communiqué du Collectif de La Tribune 
La Tribune s’arrête. Après près de 22 ans d’existence, les propriétaires de la Sarl Omnium Maghreb presse, éditrice du titre, ont décidé et introduit, hier, en référé, une demande auprès de la justice pour la cessation des activités de la Sarl, et par conséquent du journal. Les dettes faramineuses du journal, qu’il ne peut honorer, sont la raison invoquée pour cette mise en faillite. Toutefois, si les règles économiques prévoient effectivement cette solution extrême pour toute entreprise en difficulté, on ne peut cependant considérer un journal comme n’importe quel autre produit commercial, sans dénigrer la valeur des autres entreprises ou produits. Aussi, le collectif de la Tribune refuse-t-il une telle mise à mort du journal et appelle tous les responsables, à tous les niveaux et ayant la moindre once de pouvoir décisionnel, à réagir pour trouver une ou des solution(s) - un échéancier pour le paiement des dettes par exemple- qui permettraient au journal de continuer à jouer son rôle de média et de vecteur d’information. En attendant ces solutions, le collectif a décidé de poursuivre son travail et de maintenir, tant qu’il pourra, la Tribune en vie. 
Le collectif de la Tribune

 

VERS UNE ALLIANCE MILITAIRE ALGERIE - IRAN ?

L’Iran défendra l’Algérie face à tout danger (diplomate iranien)

Sun Jul 30, 2017 8:49AM

La prise d'otages d'In Amenas a eu lieu sur le site gazier du même nom dans le sud algérien, en janvier 2013. L'attaque a été revendiquée  par « Les Signataires par le sang » un groupe armé takfiriste  d'Al-Qaida au Maghreb islamique©huffpostmaghreb

La prise d'otages d'In Amenas a eu lieu sur le site gazier du même nom dans le sud algérien, en janvier 2013. L'attaque a été revendiquée par « Les Signataires par le sang » un groupe armé takfiriste d'Al-Qaida au Maghreb islamique©huffpostmaghreb

L’attaché culturel de l’ambassade d’Iran à Alger affirme que son pays est disposé à défendre l’Algérie face aux dangers menaçant sa stabilité et sa sécurité, sans manquer de rappeler que les Israéliens se trouvent derrière tous les complots visant à semer la zizanie entre chiites et sunnites dans le monde musulman.

Le journal al-Quds al-Arabi a publié un entretien du diplomate iranien à Alger Amir Moussavi accordé au site d’information « Algérie 1 ».

Le Haut diplomate iranien en Algérie, Amir Moussavi. ©Aljazair24 

 

Lors de cette interview, le diplomate iranien a souligné que si un danger menaçait la sécurité et la stabilité de l’Algérie, l’Iran ne lâcherait nullement ses alliés et qu’il serait prêt à mettre tous ses équipements militaires à la disposition de l’Algérie.

En allusion aux efforts de certaines parties destinés à porter atteinte à la coopération entre Téhéran et Alger, tout en propageant des rumeurs sur la tension entre chiites et sunnites, il a précisé qu’il existait encore de nombreux terrains d’entente qui seraient renforcés à l’avenir.  

« Tout en battant le tambour de la sédition sectaire, les Israéliens tentent d’instaurer la crainte au peuple de l’ennemi imaginaire qui n’existe pas en réalité, afin de présenter “l’ami” comme “l’ennemi” et “l’ennemi” comme “l’ami”. Mais l’Algérie est bien consciente de tout ça, car elle a connu des expériences amères et elle en est sortie victorieuse », a dit le diplomate iranien.

http://www.presstv.com/DetailFr/2017/07/30/530129/Iran-Algrie-menace-danger-soutien


 

AHMED TALEB-IBRAHIMI, ALI MERAD ET L'ALGERIE A L'ENCAN

Ahmed Taleb-Ibrahimi, Ali Merad et l’Algérie à l’encan

 bouhamidi mohamed 9 Juillet 2017 1 commentaire

Ahmed Taleb-Ibrahimi, Ali Merad  et l’Algérie à l’encan

Par Abdelalli Merdaci - Juillet 2017

Je veux croire que M. Ahmed Taleb Ibrahimi n’exprime qu’une émotion péniblement circonstanciée, celle de la disparition d’un « ami cher », lorsqu’il asserte publiquement qu’« Ali Merad demeure le meilleur d’entre nous »  (El Watan, 2 juillet 2017). À l’étiage d’une influence dans la société vraie ou supposée, revêtu de l’austère toge du mémorialiste, l’ancien ministre de Boumediene et de Bendjedid souhaite que le nom de son ami retrouvé soit apposé au fronton d’une université d’Algérie.


Ce vœu, il le place sous le sceau d’une réparation nécessaire envers Ali Merad (et aussi Mohammed Arkoun, justifiable d’un semblable itinéraire de vie et d’engagements intellectuels) : « Car, estime-t-il, l’Histoire se charge toujours par rendre justice aux créateurs illustres injustement traités par le temps et les hommes ». Mais à aucun moment de son entretien avec « le quotidien indépendant », incriminant un « temps » nébuleux et des « hommes » jamais nommés et insaisissables, il n’explique en quoi l’Algérie et les Algériens se seraient rendus coupables d’injustice envers ces deux prestigieux islamologues. Il ne dit pas tout autant pourquoi l’Université algérienne devrait effacer le camouflet qu’ils auraient subi alors même qu’on chercherait vainement ce qui les lierait.

Je n’ai jamais lu de critique aussi fouillée et percutante de l’enseignement universitaire colonial en Algérie que sous la plume de Mohammed Arkoun. Avec Ali Merad, qui partageait les mêmes réserves de méthode, pourfendant le regard biaisé des élites « scientifiques » coloniales sur le réel algérien, arabe et musulman, l’Université algérienne aurait fait un bond en avant de cent ans. Mais en 1962, Ali Merad et son collègue et ami Mohammed Arkoun s’éloignaient définitivement de leur pays natal. Chercheurs avisés et talentueux dans leur domaine de prédilection, ils ont acquis une distinction et une reconnaissance mondiales unanimement admises.

Pourquoi nier que Merad et Arkoun, qui ont fait en toute conscience et responsabilité le choix de la France et de l’Université française, ont rejoint assez tôt une autre histoire qui n’est pas celle d’un pays neuf en construction au sortir d’une dure colonisation française dont les effets pernicieux ne se sont jamais amenuisés. S’il faut regretter leur choix, il s’impose à tous les Algériens, et au premier plan Ahmed Taleb-Ibrahimi, de le respecter. La profusion de non-dits dans la célébration des deux islamologues disparus – qu’il suggère – pose plus de problèmes qu’elle ne devrait en résoudre. Elle me paraît aussi vaine que controuvée, particulièrement en raison de ce que furent les positions intellectuelles et politiques d’Ali Merad dans la guerre d’Algérie (1954-1962) et dans le pays indépendant. Il n’est pas inutile de s’inscrire dans le débat, ouvert à demi-mot par M. Taleb-Ibrahimi, et d’interroger sa volonté de réintroduire au décours de l’histoire Ali Merad et Mohammed Arkoun dans le vécu algérien.

 

« LJM », un cadavre dans le placard ?


Qu’est-ce qui devrait motiver cette signalée montée en ligne de celui qui a été un cacique du pouvoir algérien, entré après Octobre 1988, dans une discrète dissidence avant de se retirer sur son Aventin, pour éveiller la mémoire contrite du défunt Ali Merad ? Le Jeune Musulman en a fait des amis – probablement intimes et assidus – dans une courte période de deux années, entre 1952 et 1954, et cette amitié, rejaillissant des limbes, invite à y revenir. M. Taleb-Ibrahimi reste attaché à l’expérience exceptionnelle dans l’Algérie coloniale d’une information indigène musulmane de haute tenue qu’a constituée le « quinzomadaire » des jeunes de l’AOMA paraissant sous sa direction sur trente-six numéros, du 6 juin 1952 au 30 juillet 1954. Ce compagnonnage de Taleb-Ibrahimi et Merad, à l’enseigne d’une piété recueillie, n’exclut pas un sentiment quasi-nostalgique envers l’étudiant, originaire de Laghouat, maîtrisant remarquablement les langues arabe et française et leur versant littéraire, appelé à une position distinguée dans Le Jeune Musulman.

Fils de l’éminent penseur et exégète réformiste Cheikh Bachir El Ibrahimi (1889-1965), chef de l’AOMA au tournant des années 1940-1950, Ahmed Taleb-Ibrahimi devait tenir le difficile pari d’une presse réformiste en langue française. Étudiant en médecine à l’Université d’Alger, né en 1932, il n’avait aucune expérience du journalisme lorsqu’il se confrontait en 1952 à l’aventureux projet de monter, à l’image du « Jeune Algérien » des Scouts Musulmans d’Algérie (SMA) dirigé par Salah Louanchi et Mahfoud Kaddache, un organe d’information dédié aux jeunes de l’AOMA. Son équipe, réunie à hue et à dia, est une pittoresque Arche de Noé dont les membres aux profils disparates juraient avec les intransigeantes postures des habituelles clientèles de l’AOMA, psychologiquement rigides et rétives à toute innovation inopportune (bid’a). Était-il aisé de rameuter autour d’une charte éditoriale réformiste Amar Ouzegane, routier buriné et déchu du Parti communiste algérien (PCA), lecteur d’Aragon et Éluard, de Gorki et Cholokhov, et le Frère Musulman égyptien Sayyed Qotb (en traduction française, certes), fomentateur d’un rigorisme wahhabite en embuscade, décrit par Le Jeune Musulman comme « l’un des champions de l’unité islamique et de la libération du monde musulman » ?

Publiant articles et poèmes (qui ne devaient encore rien au calvaire des prisons) sous le pseudonyme Ibn El Hakim, Ahmed Taleb-Ibrahimi utilisait pour des éditoriaux ou notes comminatoires la griffe du journal « LJM » (Le Jeune Musulman). Quelle sera la part d’Ali Merad qu’il dépeint plus tard comme « le pivot de la rédaction » (Cf. Mémoires d’un Algérien, Alger, Casbah Édition, 2006, p. 70) dans un attelage coruscant de contributeurs ? Sous la signature Abou Djamil Taha, Ali Merad glosait l’herméneutique coranique dans une rubrique régulière « À la lumière du Coran et du Hadith » et, à l’instar du rédacteur en chef Ahmed Taleb-Ibrahimi, il recourait à la griffe du journal. Les deux grandes polémiques qui caractérisent Le Jeune Musulman portent-elles leur empreinte ? Ces échanges ardus, qui marquent de sûrs repères d’une pensée politique et culturelle indigène émergente dans l’Algérie coloniale, ont trait à la socialisation du théâtre dans la population indigène, opposant rageusement Salima Khaldi et Mustapha Kateb, et au roman La Colline oubliée (Paris, Plon, 1952) de Mouloud Mammeri.

Intervenant subrepticement dans la polémique autour du premier opus de Mammeri nourrie, aux mois d’octobre 1952 et de janvier 1953, par Ouzegane, Mohand Cherif Sahli et Mostefa Lacheraf, le signataire « LJM » y apporte un arbitrage insidieux et méchamment à charge contre le jeune romancier kabyle sans concession contre les suppôts du vieux monde. Est-ce donc Taleb-Ibrahimi ou Ali Merad, son providentiel suppléant et double, qui s’était déjà manifesté par une critique élogieuse de La Grande maison (Paris, Seuil, 1952) de Mohammed Dib, qui décocha la dague envenimée dans le dos de Mouloud Mammeri ? Ou les deux ? Ce qui suscite effectivement des liens et ressource, aujourd’hui, les souvenirs du grand âge. Il est pourtant curieux que M. Taleb-Ibrahimi ne se soit jamais attardé, soixante-cinq ans après les faits, sur les coulisses de cette polémique politico-littéraire qui demeure opaque pour les historiens de la littérature algérienne. Il lui consacre trois lignes sèches dans ses Mémoires d’un Algérien (oc.,  p. 72).

Une chausse-trape gouvernementale


Tout comme Mohammed Arkoun, professeur à la Sorbonne, l’un et l’autre grandi dans les codes de civilité et de compétition apaisée des savoirs de l’université française, Ali Merad répondait positivement et sans aucune exception à toutes les invitations aux colloques nationaux et congrès internationaux d’islamologie, leur spécialité d’enseignement et de recherche. C’est à ce titre qu’ils envisagèrent de participer au Séminaire de la Pensée islamique créé en 1966 à l’initiative de Mouloud Kassim Naït Belkacem, conseiller du président Boumediene, puis son ministre des Affaires religieuses. Ce Forum gouvernemental jouissait d’une estimable audience chez les spécialistes de théologie musulmane et des comptes rendus élogieux de ses travaux étaient publiés dans l’Annuaire de l’Afrique du Nord (Mikel de Epelza, 1978) et la Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée (Corinne de la Varenne, 1980), témoignant de l’esprit d’ouverture de ses organisateurs.

C’est, précisément, à l’invitation du ministre Ahmed Taleb-Ibrahimi, leur colocataire, au début des années 1950, des turnes de la résidence universitaire de La Robertsau à Alger, abritant des étudiants indigènes, qu’Ali Merad et Mohammed Arkoun se rendent à leur premier Séminaire de la Pensée islamique, le neuvième du nom, à Tlemcen en 1975. Après, ce sera Alger, sans encombre. Le XIXe Séminaire était de trop pour eux. Le forum gouvernemental de Bejaïa allait leur infliger une éprouvante et imprévisible avanie, qui confinera à l’injustice. Comme le rapporte Sylvie Arkoun, remémorant son père dans Les Vies de Mohammed Arkoun (Paris, PUF, 2014) – et M. Taleb-Ibrahimi ne le dit pas nettement – le professeur Arkoun a essuyé une cuisante humiliation, que ressentait aussi fortement Ali Merad, dans un impensable traquenard prémédité. En ce mois de juillet 1985, Mohammed Arkoun, dont la communication avait été préalablement approuvée par le comité scientifique du XIXe SPA, expose devant les séminaristes de l’historique Cité des Hammadites, sans se départir d’une bonhomie coutumière, sa thèse sur « l’authenticité de la parole divine dans le Coran ». Le sujet original, affleurant sur les rives d’un islam moderne et revitalisé, provoque la réaction outrée du prédicateur égyptien El Ghazali, chef doctrinal des Frères Musulmans d’Égypte, invité spécial de l’État algérien et du président de la République Chadli Bendjedid, pétaradant maître-penseur officiant à l’Université islamique Émir Abd-El-Kader de Constantine et prêchant sur l’unique chaîne de la télévision nationale. El Ghazali se récriait devant des centaines de séminaristes, interpellant Arkoun, vociférant l’écume aux lèvres, l’accusant de                      « blasphème » :« Hors d’ici, ta place n’est pas dans ce pays ». Le professeur Arkoun, en état de prostration devant les criailleries vengeresses et les « Allah Akbar » qui fusaient dans l’amphithéâtre du Séminaire, ne devait son salut qu’à la diligence du modérateur de la session qui les faisaient sortir, lui et Ali Merad, par une issue dérobée.

Sylvie Arkoun en tire une regrettable conclusion pour les membres du gouvernement présents au moment de l’incident mettant en cause son père :« Pas un officiel ne s’était dressé pour le défendre, pas un ministre n’avait pris la parole pour le soutenir, instaurer une distance entre le pourfendeur d’hérétiques et l’illustre porteur de concepts novateurs » (oc., p. 205). Saïd Chibane, qui a été ministre des Affaires religieuses dans le gouvernement Mouloud Hamrouche (1989-1991), dément la réalité d’un « clash » à Béjaïa entre El Ghazali et Arkoun que corroborerait les enregistrements audiovisuels du Séminaire et parle de rumeurs et d’allégations. Inspiré contre-feu ? En 1985, le ministre des cultes, maître d’œuvre du Séminaire de Béjaïa, était un autre Chibane, Abderrahmane, qui ne s’est pas prononcé sur l’événement. Ahmed Taleb-Ibrahimi, alors ministre des Affaires étrangères, informé de l’affront de l’imam égyptien envers Mohammed Arkoun et Ali Merad, s’était enfermé dans un piteux silence, observé sans failles pendant trente-deux années calendaires. En 2017, il reconnait obliquement les faits détaillés par Sylvie Arkoun et les évoque dans une rhétorique spécieuse, propre au FLN et au système, pointant une requête de « justice » envers des « illustres créateurs injustement traités ». Le gouvernement du président Chadli Bendjedid, dont il était partie prenante, empêtré dans de sordides accointances islamistes, était le seul responsable de la déconvenue de Béjaïa en 1985.

Arkoun et Merad quittaient leur pays d’origine, pourchassés, stigmatisés et promis à un sort funeste s’ils étaient tombés entre les mains des nervis barbus et enturbannés de l’imam El Ghazali, semeur de fetwas mortelles. Même si l’État et son gouvernement devraient s’excuser du sinistre épisode de terreur islamiste de Béjaïa, bruyamment orchestré par l’imam El Ghazali, qui les a durablement affectés, ils n’ont pas de leur vivant exigé de réparation de l’Algérie et de ses autorités. L’islam rigoriste qu’avait installé dans le pays le deus ex-machina des Frères Musulmans d’Égypte n’avait pas de prise sur l’ijtihad des deux islamologues, retournés en France et à leur science sûre et sereine, mais il avait entraîné dans les années 1990 une guerre civile et tué deux cent mille Algériens.

À l’annonce de la disparition de son ami Merad, Ahmed Taleb-Ibrahimi entre-t-il dans un morne repentir ? En 1985, ministre régalien de premier rang du gouvernement, il avait manqué de détermination, lors du dérapage de Béjaïa, pour secourir ouvertement ses camarades de la Robertsau agressés dans une inqualifiable chausse-trape gouvernementale. Bien au contraire, il continuera à faire des salamalecs dans des réunions mondaines du pouvoir au prêcheur égyptien illuminé, haut-conseiller de l’État, qui prétendait priver de sépulture dans son pays qu’il a charnellement aimé et chanté l’écrivain et dramaturge Kateb Yacine, décédé au mois d’octobre 1989. L’hommage de l’Université aux islamologues disparus qu’il propose à rebours n’est qu’une maladroite diversion pour rasséréner une conscience chagrinée par une mise en scène islamiste mortifère qu’il n’avait su condamner. Il n’est pas assuré que les ayant-droit des islamologues Arkoun et Merad acceptent le principe d’une réparation post-mortem de l’État algérien et de ses démembrements quelle qu’en soit la forme dévolue.

 

Une Université boiteuse à la rescousse d’une abjection gouvernementale


Pourquoi l’Université algérienne – frappée de discrédit – viendrait-elle à la rescousse d’une dérive gouvernementale et de l’âme tourmentée et compromise d’un homme politique, fils prodige de l’article 120 du FLN, adepte de la langue de bois et des secrets d’État, qui n’a su préserver un comportement éthique envers ses amis de trente ans outragés ? Une affaire infamante qui ne la concerne pas. M. Taleb-Ibrahimi a été le ministre de l’Éducation nationale du président Boumediene, en charge de l’enseignement supérieur, qui a injecté le venin (évidemment !) de l’autoritarisme dans le fonctionnement de l’Université, qui en a perverti les traditions naissantes de formation et de gouvernance et emprisonné ses étudiants. Cette université algérienne, chancelante au bord du gouffre, n’a pas à rédimer ses tardives crises de conscience et il doit laisser les universitaires, qui font difficilement leur travail dans l’institution désemparée et désespérée qu’il leur a prescrite en 1965, décider de leurs hommages. Cinquante ans après son cruel magistère, le bilan n’en est guère plus réjouissant. En 1967, l’agrégé d’arabe Jamel Eddine Bencheikh (1930-2005), fondateur des Cahiers algériens de littérature comparée, quittait avec éclat l’Université délégitimée de M. Taleb-Ibrahimi, et, en 2017, parce que rien n’aura changé dans ce capharnaüm pourrissant, c’est le semblable cri d’indignation qui rassemble les professeurs Nacer Djabi (Alger), Ahmed Cheniki (Annaba), Aziz Mouats (Mostaganem) annonçant leur départ à la retraite à défaut d’enjamber la mer comme leur prédécesseur en colère.

Le malheur consensuel de l’Université algérienne se transcrit, désormais, dans les journaux comme une sombre et infinie litanie : enseignant tué dans son bureau par un étudiant à Mostaganem, enseignants syndicalistes molestés sur le lieu de leur réunion à l’intérieur de l’Université d’Alger par des casseurs stipendiés par l’administration rectorale, enseignant rossé par des étudiants et laissé pour mort à M’sila, enseignant de Khémis-Miliana piégé et tué à Tipasa par deux étudiants... Lorsque les barrières morales tombent les unes après les autres, la violence à l’Université devient une amère tragédie au bout du chemin des amphis, banalement recommencée. Face à la tombe béante du professeur Karaoui Serhane, assassiné le 18 juin 2017 à Tipasa, à la douleur de sa famille, de ses collègues, de ses amis et de ses voisins, le ministre en charge des Universités, M. Tahar Hadjar, avance l’argument qu’il n’a pas été tué pour des motifs pédagogiques. Comme s’il y a de bonnes ou de mauvaises raisons pour déplorer la mise à mort d’un membre de la communauté universitaire… Le pendant de cette violence est une médiocrité recyclée à l’envi par des gestionnaires cooptés, parfois indélicats faussaires, mais aussi plagiaires aux encres corrompues, certains d’entre eux maintenus à la tête de leur université pendant plus de vingt ans, qui font peser un lourd soupçon sur la pensée critique, sur son exercice et sur son écriture.

L’Université algérienne, mise au pas et instrumentalisée, déstructurée par les errements successifs de politiques gouvernementales de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, sans assise attestée dans la société, n’a jamais pu s’ériger en tribune reconnue des savoirs. C’est cette université, dépossédée de son présent, insultée dans son avenir, que M. Taleb-Ibrahimi convie à célébrer les noms-étendards des défunts islamologues Ali Merad et Mohammed Arkoun, universitaires français d’origine algérienne, étrangers à ses rugueux et désolants comptes et mécomptes.

 

Ali Merad, « le meilleur d’entre nous » ?


Ahmed Taleb-Ibrahimi devait honorer la figure d’Ali Merad dans une locution empruntée : « Le meilleur d’entre nous ». Prononcée par un roué homme politique français, elle fait encore, à Paris, le bonheur des chansonniers, cabaretiers et satiristes. Quelle crédibilité recouvre-t-elle s’agissant d’Ali Merad tel qu’il est portraituré par son compagnon du « Jeune Musulman » ? L’hommage rendu à l’islamologue lyonnais se projette sur une insurmontable ligne de refus opiniâtres – trois exactement – qui balisent son rapport à l’Algérie.
1°) M. Taleb Ibrahimi note – sans ciller – qu’Ali Merad a refusé de rejoindre à l’appel du FLN la grève des étudiants algériens, au printemps 1956, préférant poursuivre ses études, en faisant prévaloir une ambition personnelle. Comment oublier qu’à la même période, Abderrahmane Taleb, considéré comme un brillant étudiant en sciences physiques par ses camarades et par ses maîtres, a rejoint la destinée collective d’un peuple meurtri pour en payer le prix du sang ? Et bien d’autres aussi, de toutes origines sociales et affiliations idéologiques, concédant qu’avec des diplômes ils ne feraient pas de meilleurs cadavres. La vaillante formule est coulée dans le bronze. Ce romantisme fervent de la jeunesse emportait, le plus souvent, une promesse de finitude. Et au moment où Ali Merad était recruté par l’Université d’Alger, en qualité d’assistant à la Ve section des Études orientales dans la chaire de philologie arabe du professeur Philippe Marçais, des Algériens mouraient dans les villes fermées et dans les maquis quadrillés sous le feu des légions coloniales barbares et génocidaires. Ali Merad n’ignorait pas ces hécatombes coloniales françaises colligées par la presse des Serigny et Blachère qui en dressait quotidiennement l’insistante comptabilité. L’indépendance de l’Algérie ne figurait assurément pas pour lui un horizon.
2°) Rien n’empêchait l’étudiant, puis l’enseignant Merad, réchappé de la curée et dûment diplômé de trouver sa juste place dans son pays. Dans l’Algérie indépendante, le 3 juillet 1962, Ali Merad, ainsi que l’énonce sans fioritures M. Taleb-Ibrahimi, prenait ombrage du fait que le ministère de l’Éducation nationale lui ait proposé un poste d’enseignant de collège dans la fière oasis saharienne de Bou-Saâda. Désaveu et suprême injure ? Elle justifierait, semble-t-il, sa rupture radicale d’avec son pays. Juge-t-on la vanité de l’intempérante mesure, qui n’était pas une foucade ? En ces cruciales années inaugurales de l’État algérien, de profond reflux humain et culturel, des Algériens fondaient sur les ruines de l’école coloniale de nouvelles et résolues institutions d’enseignement. Et pour s’en convaincre, il faudrait lire (ou relire) les témoignages d’Abdelkader Mékidèche, Mohamed Benamar Djebbari, Sid Ahmed Dendane et Cheikh Bouamrane, restituant l’héroïque marche d’une École algérienne, qui n’avait pas failli, de ses maîtres nombreux qui, généralement, n’excipaient que du certificat d’études primaires, qui se révélait dans la grandeur de l’enfantement d’une nation. Parce qu’il se sentait amoindri, ravalé, piétiné, d’instruire la jeunesse de Bou-Saâda, Ali Merad allait crânement offrir sa disponibilité intellectuelle et sa passion de chercheur à l’Université française et à la France, son pays d’adoption.

3°) M. Taleb-Ibrahimi raconte qu’au lendemain de sa nomination par le Colonel Boumediene, en 1965, au ministère de l’Éducation nationale, il avait pris contact avec Ali Merad pour lui proposer « une chaire à l’Université assortie d’un Institut d’études islamiques ». Il reçoit de son ancien compagnon du« Jeune Musulman » un refus ferme. La rupture était consommée.

Pourquoi, nonobstant ce qu’ont signifié ces refus répétés, s’acharner à faire retourner Ali Merad dans son pays natal et s’approprier honteusement son nom et son œuvre, maintenant qu’il ne peut plus en disposer ? L’Algérie d’aujourd’hui devrait arrêter de revendiquer ces ex-Algériens, habiles néo-Français, qui lui ont tourné le dos lorsqu’elle avait besoin d’eux, qui ont recherché et construit ailleurs une juste gloire qui ne lui appartient pas, qu’ils n’ont pas expressément partagé avec elle. Il est indécent d’espérer baptiser des universités algériennes à leurs noms en jetant à l’encan la mémoire des hommes et des femmes qui ont cru en l’Algérie. Avec toute la considération due au sublime chercheur et enseignant que fut l’islamologue Ali Merad, il ne peut être le « meilleur d’entre nous » de sa génération d’âge, surplombant ces centaines de milliers de martyrs de la guerre d’indépendance et de militants du mouvement national qui ont forgé par leur sacrifice un pays libre et ces millions d’Algériens et d’Algériennes, d’hier et d’aujourd’hui, qui loin des fourberies des régimes qui se sont succédé en cinquante-cinq années d’indépendance, auxquels M. Taleb-Ibrahimi s’était pleinement associé, lui permettent d’exister. Ce « pays de longue peine » et de turpitudes, qui rêve d’inatteignables progrès et démocratie, n’était plus depuis longtemps le pays d’Ali Merad.

A. M                                                                                      Juillet 2017

 

*Professeur de l’enseignement supérieur

http://bouhamidimohamed.over-blog.com/2017/07/ahmed-taleb-ibrahimi-ali-merad-et-l-algerie-a-l-encan.html


 

DECES DU DIRIGEANT COMMUNISTE ALGERIEN BOUALEM KHALFA

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Décès du dirigeant communiste Boualem Khalfa

Publié le 7 Juillet 2017 par Lien-pads

Il nous a quittés ce matin à Paris. Il est mort à l'âge de 94 ans après une hospitalisation de 12 jours. Il était malade depuis plusieurs années. Sa femme Colette l'a admirablement soutenu durant toutes ces années. 

Notre camarade a combattu jusqu'à son dernier souffle pour l'émancipation des classes exploitées et opprimées. Il est resté fidèle à ses convictions communistes et profondément convaincu que l'avenir appartient au communisme qui délivrera à jamais les travailleurs de l'exploitation capitaliste, de la misère, des privations et des guerres.

 

 Après avoir commencé très jeune à fréquenter les mouvements nationalistes, Boualem a adhéré au parti communiste algérien en 1946.

Sa rencontre avec Bachir Hadj Ali en 1944 fut décisive. Ses aspirations profondes à une société bannissant l'oppression et les inégalités trouvèrent une réponse forte dans sa prise de connaissance du marxisme auquel Bachir venait de l'initier. A partir de ce moment là, Boualem comprit qu'il était impossible de dissocier la lutte contre l'oppression colonialiste de la lutte pour l'abolition du capitalisme, pour une société socialiste fondée sur la propriété sociale des moyens de production et dirigée par la classe ouvrière et ses alliés.

 

L'autocritique effectuée en 1946 par le PCA sur les erreurs d'appréciation des manifestations du 8 mai 1945, manifestations sauvagement réprimées par les colonialistes, dissipa ses dernières réticences. 

Depuis ce moment, la vie de Boualem fut intimement liée à celle de son nouveau parti, à la défense de ses idéaux et de ses objectifs. Il participa à l'animation des comités constitués par le PCA pour exiger la libération et l'amnistie des Algériens arrêtés lors des manifestations du 8 mai.

 

Après quelques mois d'exercice de la fonction d'instituteur dans une région rurale où il prend la mesure de la misère profonde des paysans algériens dépossédés de leur terre par les colonialistes, il rejoint la rédaction d'Alger républicain en 1944. Au sein d'une rédaction composée principalement d'éléments européens, les Algériens lettrés étant très rares du fait de la colonisation, il se fait vite remarquer. Il est très apprécié par son style d'écriture net et précis allié à un contenu de classe concret et sans concession. Le journal est en train de rassembler un large éventail de forces qui combattent le colonialisme et dénoncent l'arbitraire et la répression coloniales. Il est la tribune des travailleurs dans leurs luttes contre l'exploitation. 

Boualem Khalfa est nommé rédacteur en chef. Les difficultés financières du journal poussèrent les éléments socialistes européens à laisser place au sein du conseil d'administration d'Alger républicain à des communistes "arabo-berbères" et européens.

Boualem Khalfa subit la colère des autorités coloniales qui usent contre Alger républicain de tous les artifices judiciaires pour le faire taire. En 1953 il est condamné à deux ans et demi de prison.

L'algérianisation de l'encadrement du PCA s'intensifiant, Boualem Khalfa est élu membre de son bureau politique quelques mois avant le déclenchement de l'insurrection armée du 1 er novembre 1954. Il est nommé rédacteur en chef de Liberté, l'organe central du PCA.

Il est condamné à deux ans de prison pour son éditorial du 4 novembre dans lequel il se prononce sur les actions armées du 1er novembre en exprimant, bien qu'à mots couverts pour échapper à la censure, le soutien du PCA aux "aspirations légitimes du peuple algérien", c'est-à-dire à sa libération nationale.

Après la dissolution du PCA en septembre 1955 et l'interdiction de toutes ses activités, il est désigné par la direction clandestine du parti comme coordinateur des premiers noyaux armés des Combattants de la Libération dans l'Oranie.

Il est arrêté en 1956 et torturé. Il est menacé d'exécution sommaire. Il est condamné par le Tribunal militaire d'Oran à vingt ans de travaux forcés. Il est transféré en France où il passe d'une prison à l'autre, de la prison des Baumettes à Marseille, à celle de la Santé à Paris, puis à Caen et à Rennes. Avec l'aide du PCF, il s'évade de la prison de Caen où il avait été ramené en 1961. Il est chargé de diriger la Fédération de France du parti.

 

A l'indépendance il retourne en Algérie où il va co-diriger Alger républicain avec Henri Alleg, lui-même rescapé de la torture que lui infligèrent les paras de Massu après son arrestation en juin 1957, évadé d'une prison française et réfugié en Tchécoslovaquie.

Malgré les menaces de mort à peine voilées des envoyés du GPRA et du FLN, une nouvelle pléiade de communistes sous l'impulsion de Boualem Khalfa, d'Henri Alleg et de Abdelhamid Benzine, relance Alger républicain. En pleine crise du FLN déchiré entre différentes tendances, au milieu des coups de feu qui ciblent la chambre d'hôtel où se tiennent les réunions de rédaction et s'écrivent les articles, Alger républicain exprime les positions du PCA et se fait l'écho des aspirations profondes de la population à la paix après 7 ans et demi d'une dure guerre de libération et d'une féroce répression qui a fait près de un million de morts. Le mot d'ordre de "Sebaa Snine Barakat" (7 années ça suffit!) surgi des profondeurs des masses est popularisé à la Une du journal.

 

Le régime issu des compromis de l'été 1962 doit répondre aux attentes sociales des classes populaires et amorcer la construction d'une nation indépendante.

Mais en novembre  de la même année, il prononce l'interdiction du PCA. Il n'ose cependant pas encore s'attaquer à Alger républicain. Les différentes tendances du pouvoir craignent la réaction populaire et espèrent en même temps utiliser son immense prestige dans les luttes qui les opposent les unes aux autres. La direction du journal tient bon et défend son indépendance par rapport au pouvoir. Elle le soutient dans tout ce qu'il entreprend de positif pour satisfaire les revendications des travailleurs et accomplir des pas vers l'application réelle du choix officiel du socialisme. Elle le critique dans toutes ses orientations négatives tout en tenant compte de l'hégémonie des dirigeants. L'aile droite du régime s'acharne dans les coulisses à réduire le journal au silence. Son aile gauche, autoritaire et idéologiquement instable manie le chantage à l'interdiction pour que le journal atténue ses critiques.

Le PCA avait engagé un processus d'auto-dissolution après l'adoption de la Charte d'Alger par le congrès du FLN en avril 1964. Le lexique marxiste utilisé dans ce texte avait fait naître de grosses illusions au sein d'un large éventail de forces acquises au socialisme et aspirant à leur unification dans une organisation d'avant-garde qui se serait démarquée des confusions régnant au sein du FLN. Boualem Khalfa avait senti que cette aspiration était irréalisable avec les responsables du FLN, étant donné la composante petite-bourgeoise droitière dominante et instable de ce parti-Etat. Il est parmi les premiers à se féliciter de l'arrêt du processus d'auto-dissolution du PCA et à la reprise des activités clandestines de toutes ses organisations, bien avant le coup d'Etat du 19 juin 1965.

 

Ce coup d'Etat aboutit à la fermeture du journal, dernier espace où les travailleurs et les patriotes partisans du socialisme arrivaient à se faire entendre. Le journal avait refusé de publier la proclamation du nouveau Conseil de la Révolution, estimant que les divergences auraient dû être exposées et discutées publiquement et tranchées dans les instances légales du pays. 

Les dirigeants du journal et la plupart de ses rédacteurs et employés sont persécutés ou contraints à la clandestinité pour échapper aux arrestations.

 

Boualem Khalfa est de nouveau obligé de poursuivre son combat de militant et de dirigeant communiste dans la clandestinité. Sa femme Colette doit élever seule les enfants. La police tente d'atteindre Boualem en organisant le rapt de leur fille mais est obligée de la libérer piteusement devant le scandale politique que son action ignoble a soulevé.

D'une grande rigueur et d'une grande intransigeance idéologique et politique, Boualem est un organisateur hors pair. Il réussit à échapper à tous les pièges tendus par la police pour le neutraliser. Bachir Hadj Ali ayant été arrêté dès le mois de septembre 1965 c'est sur les épaules de Hadjerès, de Benzine et de lui-même que la lutte des militants communistes va se poursuivre. 

Après l'échec de la tentative de fusion de la "gauche" du FLN et du PCA dans le cadre de l'Organisation de la Résistance Populaire, le PCA se reconstitue sous le nom du Parti de l'Avant-garde Socialiste le 26 janvier 1966.

 

Les luttes ouvrières et populaires, les faiblesses encore relatives de l'aile bourgeoise du pouvoir, les orientations de gauche de plus en plus incarnées par Boumediene au sein du régime suscitent des contradiction et des décantations dans les appareils d'Etat. Elles laissent espérer que son aile gauche pouvait l'emporter. A condition cependant qu'elle s'appuie résolument sur les travailleurs et remplace les méthodes autoritaires par des méthodes basées sur la libre discussion et l'organisation démocratique des masses populaires autour des tâches d'édification nationale dans une perspective résolument socialiste : limitation de la propriété foncière, démocratisation de l'enseignement, industrialisation, récupération des richesses nationales, des hydrocarbures notamment, constitution d'un secteur public au service des travailleurs et de l'indépendance économique, gestion démocratique de ce secteur, planification démocratique et impérative, renforcement des capacités de la défense nationale, rapprochement avec les pays socialistes, soutien au mouvement de libération nationale dans le monde, etc. Toutes ses questions se trouvent posées par l'ampleur de la mobilisation populaire et des premiers grands craquements qui se font entendre au sein du régime.

 

Au sein du pouvoir de l'époque, Boumediene et le courant qui se tient derrière lui sont ceux qui ressentent le plus le besoin de s'appuyer sur de larges forces pour surmonter les oppositions internes du régime à leurs orientations socialisantes.

Boumediene entreprit en 1974 de faire cesser les poursuites engagées contre les militants clandestins recherchés du PAGS pour contribuer à la réalisation d'un front interne.

La direction du PAGS saisit cette intention et fit sortir de la clandestinité un certain nombre de ses cadres recherchés par la police. Boualem en fait partie en compagnie de Abdelhamid Benzine, et de quelques autres cadres. Ils sont chargés de mener un important travail légal de concertation en direction des courants anti-impérialistes qui avaient opté pour le socialisme, d'épauler sous des formes adaptées la poursuite du travail illégal, et d'animer les relations à l'international.

Le PAGS s'était montré ouvert aux préoccupations des forces acquises à la construction d'un grand parti d'avant-garde unifié. En même temps il avait signifié sa méfiance à l'égard de l'aile anticommuniste du régime en maintenant dans la clandestinité la plus grand partie de son encadrement, en refusant de faire sortir tous ses dirigeants dans la légalité.

Les camarades sortis à la légalité savaient en réalité qu'ils étaient en "liberté surveillée".

En France, par dizaines des jeunes de l'immigration algérienne adhéraient au PAGS. Boualem est désigné pour diriger le travail du parti en France à un moment où le PCF exerçait des pressions sur lui pour l'obliger à se dissoudre dans le FLN. Le PCF avait depuis 1976 interdit au PAGS de participer à la Fête de l'Humanité. En dépit des protestations de Boualem et du travail de clarification effectué en direction des militants du PCF c'est le FLN qui occupera jusqu'en 1989 l'espace dont le PAGS a été exclu.

 

Après le congrès du PAGS de décembre 1990, Boualem Khalfa se rend vite compte que la nouvelle direction s'éloignait du marxisme-léninisme alors qu'elle lui avait juré fidélité tout en cachant ses véritables objectifs. La dangereuse montée des forces de la réaction camouflées sous l'étendard de l'Islam, leur programme de liquidation physique des communistes et des progressistes sont exploités par cette nouvelle direction pour justifier l'auto-liquidation du PAGS et la substitution à ce glorieux parti d'un  front démocratique républicain sur la base du reniement complet du marxisme. Dans le contexte international de contre-révolution, des illusions semées par Gorbatchev autour de sa théorie réactionnaire de la "nouvelle mentalité", la nouvelle direction usa de tous les moyens déloyaux pour discréditer ceux qui défendaient les orientations fondatrices du mouvement communiste. Elle alla même jusqu'à prétendre au nom d'une prétendue contradiction principale entre "capitalisme moderne" et "capitalisme archaïque" que la dissolution du PAGS allait avoir pour résultat d'isoler les forces de l'ultra-réaction et de faciliter la constitution du front interne indispensable à leur élimination.

 

Boualem fut l'un de ceux qui se dressèrent comme un roc contre cette tendance. Ils combattirent cette argumentation trompeuse et défendirent le principe de mener de front la lutte contre l'ultra-réaction et la lutte pour les aspirations de classe des travailleurs et des masses populaires.

 

Après la liquidation du PAGS en janvier 1993, Boualem signa l'appel du 26 janvier à reconstituer le parti communiste.

 

Il fit partie du groupe qui le reconstitua sous le nom de Parti Algérien pour la Démocratie et le socialisme dans les mois qui suivirent l'adoption de la déclaration du 1er mars de la même année.

 

 

Toute la vie de Boualem Khalfa fut tendue par la lutte pour le renversement de l'ordre des exploiteurs, pour la prise du pouvoir par la classe ouvrière et de ses alliés afin d'instaurer la société socialiste, première phase historique vers le communisme. Il était convaincu que l'instrument de ces transformations titanesques est le parti dont il faut préserver, comme la prunelle de ses yeux, l'indépendance organique et idéologique, ses liens indissolubles avec le marxisme-léninisme, qu'il faut enraciner au plus profond des couches sociales qui souffrent de l'exploitation et de l'oppression, de la misère, des inégalités et des guerres. Son immense expérience dans la lutte contre les idéologies féodales, bourgeoises et petites-bourgeoises, sa vigilance envers les courants versatiles de la petite-bourgeoisie, une vigilance aiguisée par les leçons tirées de la lutte au contact avec divers milieux politiques aux diverses étapes de l'évolution de la société en Algérie et dans le monde, ont contribué énormément au rassemblement des premiers noyaux communistes sur des bases rigoureuses.

Son nom suscite la confiance au sein des milieux révolutionnaires. Il déclenche aussi la haine de la bourgeoisie et de ceux qui ont renié le communisme.

 

Les communistes algériens jurent leur fidélité aux idéaux défendus par Boualem. Ils s'inspireront de sa capacité à tenir compte des exigences de la réalité concrète des luttes et de la fermeté inébranlable dans la défense des aspirations sociales et politiques de la classe ouvrière gardant constamment le cap sur la nécessité historique d'abattre le régime capitaliste.

 

Boualem est mort après s'être battu jusqu'à son dernier souffle. D'autres Boualem surgissent et surgiront pour poursuivre son combat et semer l'épouvante au sein des classes exploiteuses.

 

PADS

6 juillet 2017

http://www.lien-pads.fr/2017/07/deces-du-dirigeant-communiste-boualem-khalfa.html


 

NOMS DE MARTYRS ET NOMS DE LIEUX, LE DILEMME D'UNE HISTOIRE SANS CHAIR ET SANS SANG.

Noms de martyrs et noms de lieux, le dilemme d’une histoire sans chair et sans sang.

 bouhamidi mohamed 6 Juillet 2017 1 commentaire

 Noms de martyrs et noms de lieux, le dilemme d’une histoire sans chair et sans sang.

 

Autour du 13 juin 2017, moins d'un mois avant ce 5 juillet 2017,55eme anniversaire de notre indépendance, une grande colère  s'est exprimée  sur les réseaux sociaux.

 

Des bureaucrates de la mémoire, ont donné  le nom d'un chahid, tout à  fait légitime, pour baptiser un lieu public, la clinique Larribère, sis à Oran, célèbre   justement pour avoir  été, sous ce nom, un haut lieu de lutte et de résistance anticoloniale.

 

Cinquante-cinq ans après l’indépendance, les oranais appellent le lieu du nom e son propriétaire le Docteur Larribère qui en avait fait une clinique pour le FLN/ALN (1) . Avant la guerre d’indépendance, il y soignait gratuitement les plus démunis parmi les indigènes au nom de ses principes communistes. Il continuera à le faire pendant la guerre de libération. Yvonne, son épouse et ses cinq filles, dont Lucette sera l’épouse de Bachir Hadj Ali, dirigeant communiste algérien, l’accompagnèrent dans ce même chemin d’engagement dans la lutte d’émancipation nationale. La clinique sera plastiquée par l’OAS et  Il sera soustrait, de justesse, à un attentat.

La dimension du personnage a imposé  au lieu son identité  toponymique dans la mémoire des Oranais.

C’est vous dire la teneur du lieu, sa charge symbolique de lieu de solidarité sociale et politique, alliés à sa charge de lieu de libération nationale. Cette colère jetée sur les chemins incertains des réseaux sociaux s’est enlisée dans ses méandres et, faute d’un intérêt des partis au pouvoir et de l’opposition, faute d’une opinion publique structurée la pétition projetée pour obliger le pouvoir à maintenir le nom du Docteur Jean-Marie  Larribère  a perdu de sa visibilité. L’idée de la pétition a eu au moins le mérite de révéler la lutte latente entre mémoire populaire et mémoire officielle.

Modifier un nom consacré  par l'usage et hautement signifiant  dans leur vécu, n'est pas anodin.

L’acte en lui-même est philosophiquement étrange. Le principe général et usité est qu’on renforce l’identité historique d’un lieu par un acte ou une individualité marquante du lieu. Il était normal et naturel que le nom de Ali Ammar, nom civil d’Ali la Pointe, soit donnée à la rue la plus proche de son activité militante et de sa cache principale. 

Comme il est normal que le quartier de Belcourt porte le nom de Mohamed Belouizdad.

Même si tout autre lieu est également indiqué pour porter les noms des personnalités et des héros les plus marquants de notre révolution. Ils sont à leur place partout.  Les cités, les places, lés grands boulevards mettent à  l'honneur Amirouche, El Haoues, Lotfi, Souidani Boudjemaa, Ben M'hidi,Ben Ben Boulaid, Zighoud.... (et bien d'autres pardon pour ceux que j'omets et dont les actions héroïques ne sont pas en reste.... ) Ils existent  partout.

Cependant n'importe quelle personne raisonnable  trouverait anormal que l'on donne le nom d'un grand chahid à  un lieu déjà  chargé  d'une symbolique liée  à  un nom préexistant.

 

 Trouveriez-vous normal qu’on donne au boulevard, à Belcourt, où est mort Si Rouchaï Boualem  le nom d’un autre chahid qui serait plus élevé dans l’échelle du prestige, par exemple d’un chahid parmi les six chefs directs de l’insurrection ? Ce serait d’abord  une injustice à l’endroit de ce grand dirigeant que fut Si Rouchai Boualem.   Rappelons que c'est lui qui avait remis sur pied une organisation militaire et civile chancelante du FLN/ALN à  Alger, dans les années  post Zone Autonome.

Ce serait ensuite découpler  histoire et territoire, lieux et  événements.

Bref, ce serait déposséder les gens et leurs espaces de leurs propres histoires locales, j’allais dire singulières, condition même de leur insertion dans la grande histoire.

C’est bien cela qui explique  pourquoi on donne de grands noms à de grands espaces (boulevards, places, lycées etc.) et des noms moins connus à des lieux moins en vue. Et même ces corrélations entre  noms et lieux varient avec le temps. Combien de noms de martyrs ont été donnés à des lieux  déjà éminents socialement juste parce qu’à l’indépendance leurs renoms, leurs auras, leurs exemplarités étaient tous proches.

Pour Alger, cela me semble clair que la ferveur de l’indépendance et la mémoire encore vivace et douloureuse a permis de lier la mémoire des faits et des noms aux endroits où ils se sont accomplis en tant que faits et en tant que sacrifice.

La hiérarchie des noms et des lieux ne fut pas un arbitraire joué aux dés.L’Etat naissant a nommé les lieux symboliques du pouvoir social, économique, culturel des noms qui le légitimaient, des noms qui donnaient consistance à ses mythes supposés fondateurs dans la conscience des responsables de l’époque. Bien sûr, il fallait que ces noms appartiennent à une hiérarchie de l’organisation et de l’héroïsme, la première ne fonctionnant pas sans l’autre. Sans leur héroïsme hors norme et exemplaire dans la mort, les noms des grands chefs n’auraient pas rempli leurs fonctions à l’intérieur du mythe.

Il fallait donc  le souffle tout proche de la lutte pour qu’à l’indépendance, la mémoire du peuple impose ses propres noms à côté de ceux que sélectionnait déjà le pouvoir.

Déjà histoire officielle et mémoire populaire se disputaient les noms des lieux.

 

Il est hautement significatif que les oranais appellent encore la clique de Larribère du nom du docteur qui l’a fait passer d’un lieu d’utilité sociale à un lieu hautement symbolique, d’un lieu légendaire.

Les bureaucrates de la mémoire qui ont donné à ce lieu légendaire, un nom certainement légitime, venaient de trancher dans ce débat entre mémoire d’Etat et mémoire populaire, en exerçant le pouvoir de décider de la mémoire.  Non seulement le nom de  Larribère passe à la trappe du déni mais il se trouve que ce nom par sa consonance étrangère rappelle aussi que la guerre de libération doit beaucoup aux luttes sociales et politiques de notre peuple.

La particularité unique des colonies de peuplement comme l’Algérie ou l’Afrique du Sud est qu’elles sont un lieu de passages entre communautés. Des algériens indigènes ont rejoint les colons, des non-indigènes  sont devenus algériens. Les jeunes d’aujourd’hui ne comprendraient rien à nos luttes nationales, à notre guerre de libération si on leur occulte que le plus grand crime colonial a été de dresser par mille ruses ou par mille formes de corruptions comme avec les Bengana qu’on veut réhabiliter aujourd’hui des indigènes contre des indigènes, des algériens contre des algériens. Et même en général d’avoir dressé des colonisés contre des colonisés, des tirailleurs algériens et marocains conte les vietnamiens, des sénégalais contre des algériens, des maghrébins contre les syriens etc.

Alors précisément des noms comme Larribère, Chaulet, Counillon, Iveton, Maillot, Laban, Mandouze, qui permettrait de faire œuvre de gratitude et de pédagogie nationale pour montrer et démontrer à al fois la grandeur de notre cause et sa justesse, sont passé à la trappe du déni.

C’est frapper fort, dans la mise à mort de la mémoire.   

Ces bureaucrates viennent d’achever un long processus de dépossession du peuple de son pourvoir  de nommer les lieux par lui-même. 

Ce papier est trop court explorer les pistes qui nous mèneraient vers la compréhension de la forme élargie de ce phénomène.  Je vais quand même vous dire mon intuition.  Longtemps les algériens se sont plaints qu’on les casent dans des lieux sans nom, des cités atrocement anonymes et déshumanisées.  Nous restons encore le pays des cités des 100, ou 200 ou encore 1200 logements, etc.

Les mieux lotis avaient eux-mêmes inventé les noms de leurs cités, cité DNC, cité Sonatiba, cité SNS etc., du nom des entreprises  qui les avaient construites ou fait construire.  Mais à ces citoyens qui se plaignaient ou se plaignent encore de ce fait, il faut rappeler quand même que le lieu de construction de leurs cités avaient des noms et les gens qui habitaient ces lieux ont continué d’appeler les lieux par leurs noms.  Ce sont les portions de territoire prise par l’Etat pour ériger les cités qui changeaient de dénomination et devenaient des cités DNC ou 500 logements.

Observez que lorsque des algériens achètent des terrains pour construire leurs demeures, ils désignent leurs nouveaux lieux par leurs noms : ouled Belhadj, ouled Hadjadj,   etc.

Dans la décision de l’Etat de donner enfin des noms de lieux à ces cités, les noms des martyrs ne viennent pour ajouter du sens à ces espaces ou ces territoires et les relier à une épopée mais à légitimer sa décision régalienne d’extraire des  territoires de leurs identités en les laissant longtemps innomés pour ensuite se rattacher ces espaces en les rattachant à une historie d’Etat sans sens particulier pour les personnes concrètes qui emplissent les lieux de pères en fils ou déplacés  des recasement.

Nommer, c’est s’approprier l’histoire de la terre et du territoire, c’est étendre son pouvoir, prendre possession, changer par le nom le rapport aux héritages culturels, faire fondre dans un projet d’Etat l’angoisse des particularismes et du singulier. Il faut que la mémoire populaire soit soumise aux bureaucrates, condition nécessaire pour qu’ils se soumettent  l’Etat lui-même et en dépouillent le peuple.

Les martyrs ne sont pas la seule source des noms à donner aux lieux. Beaucoup de héros moururent après 1962 et d’autres personnalités que les militants ou les militaires exercent aussi un effet d’attraction et de confortement de notre identité nationale, de contenu positif de notre conscience nationale. 

En cette année du centenaire de Mouloud Mammeri,  il est plus qu’urgent de repenser les rapports  de la Nation et de la patrie à la vérité historique et aux mythes fondateurs, d’arracher à la bureaucratie, le pouvoir létal pour notre pays, de décider ce qu’il faut retenir ou non de notre histoire, de ce qui peut nommer nos lieux et nos vies. 

Nommer pour inventer  du sens qui nous vide de notre histoire : voilà le dilemme d’une histoire qui se détache de sa chair et de son sang et dans lequel le sort de Larribère nous indique le sort qui attend le pays tout entier  à l’heure du Mak et des Ferhat Mehenni.                             

M. B                                                                                                     

 

  1. http://www.alger-republicain.com/Lettre-de-la-famille-Larribere.html
  2. http://bouhamidimohamed.over-blog.com/2017/07/noms-de-martyrs-et-noms-de-lieux-le-dilemme-d-une-histoire-sans-chair-et-sans-sang.html

ALGERIE - POUR UNE REVOLUTION ENERGETIQUE VERTE : UNE SECONDE INDEPENDANCE

Pour une révolution énergétique verte : Une seconde indépendance

Par Chems Eddine Chitour

Mondialisation.ca, 04 juillet 2017

Le quotidien Oran

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«Il nous faut une 3ème indépendance qui est l’indépendance des neurones, de la science, c’est une indépendance qui fait qu’on soit une nation qui ne dépend pas des énergies fossiles, » Professeur Chems-Eddine Chitour.

Dans cet interview le professeur Chems-Eddine Chitour appelle à une Algérie qui fait du Développement Humain Durable « sa boussole » pour sortir de cette addiction.» Le professeur nous explique dans cette interview comment les Algériens, gouvernement et peuple, doivent-ils impérativement s’engager en faveur de ce qu’il qualifie de «révolution énergétique. » Il pense que la révision des subventions constitue une partie de cette lourde problématique. 

Le Quotidien d’Oran: Dans vos interventions, vous faites un bilan alarmiste sur les effets de la dépendance de l’Algérie du pétrole alors qu’elle produit bien plus de gaz. Qu’est ce qui justifie cette peur de voir le pays sombrer dans une crise complexe dans le cas ou le pétrole maintiendrait sa chute ? Ne pourra-t-elle pas rebondir sur le gaz même si son prix est indexé sur celui du pétrole ? 

Pr.Chems-Eddine Chitour: Des nuages s’accumulent sur le futur pétrolier et gazier de l’Algérie du fait de notre dépendance quasi totale à la rente. La décision d’indexation du gaz n’appartient pas à l’Algérie, ni même aux pays gaziers du fait de la mésentente entre eux, du chacun pour soi. Nous l’avons vu avec les tentatives de créer une organisation des pays exportateurs du gaz. Aujourd’hui, il y a la chute du prix du pétrole. Quand cela a été décidé au niveau mondial, les Algériens l’ont subi parce que nous n’avons pas été assez vigilants. Il faut donc sortir de cette dépendance. L’Algérie ne doit pas se tenir le ventre à chaque fois que le prix du pétrole «yoyote» ! De plus, le grand problème est que les citoyens ont acquis des habitudes de consommation à l’européenne qui ne sont pas le prix de l’effort. Une faible prise de conscience des habitudes de consommation, où tout est pratiquement gratuit, à l’égard du coût de l’eau, des carburants, du pain, du lait. A titre d’exemple, nous avons une augmentation de la consommation d’énergie qui dépasse les 10 % par an. Comme contrainte que nous subissons, les dangers des changements climatiques. A chaque inondation ce sont des pertes humaines, des infrastructures détruites et des coûts qui se chiffrent en dizaines de millions de dollars. Comme autre contrainte externe, la situation ne peut pas durer ainsi si on veut pérenniser l’utilisation rationnelle de l’énergie et laisser un viatique aux générations futures.

Q.O.: Quel est l’état des lieux de la situation énergétique de l’Algérie ? 

Pr. Chitour: Il faut qu’on sache que l’Algérie peut développer l’énergie éolienne. Elle dispose de 250 sources d’énergie géothermique avec un gradient de 40 à 90°C. Elle a aussi la possibilité de développer la petite hydraulique. En outre, nous avons une nappe phréatique au Sahara de l’ordre de 45.000 milliards de m3 qui est, en fait, la vraie richesse, de loin plus importante que les hydrocarbures. Nous produisons 1 million de barils/jour soit 50 millions de tonnes de pétrole par an, nous produisons également près de 80 milliards de m³ de gaz naturel et nous exportons près de 50 milliards (moitié par gazoduc, moitié par méthaniers sous forme de GNL). Pour le pétrole proprement dit, on n’exporte qu’une partie et l’autre partie est raffinée qui sert notamment de carburant où on atteint une consommation de plus de 17 millions de tonnes. Nous sommes obligés d’importer du gasoil pour satisfaire la demande croissante. En 2016, les importations étaient autour de 2 milliards de dollars. Malgré les dispositions prises, une grande partie de carburants «s’évapore» par les frontières marocaines, tunisiennes et celles au Sud. Cette hémorragie est due au prix différentiel entre les pays voisins et l’Algérie. Au Maroc par exemple, le gasoil est 7 fois plus cher qu’ici, l’essence aussi. En France, l’essence est à 1.6 euro, c’est l’équivalent de 200 DA au prix officiel. Nous consommons environ 50 millions de tonnes équivalent pétrole par an, soit 1,25t par habitant/an. Nous disposons d’un parc de 18.000 MW en centrales thermiques, Nous consommons environ 1250 kWh/an/habitant. Nous avons un modèle de consommation basé principalement sur le résidentiel et sur les transports (40% chacun), la consommation énergétique de l’industrie et celle de l’agriculture sont à 10% chacun, nous avons installé pour 380MW d’énergie solaire soit 2 % du bilan global. Les pouvoirs publics envisagent la construction de centrales solaires et fermes éoliennes pour environ 22.000 MW d’ici 2030. Au rythme actuel, il sera très difficile d’y arriver. D’autant que l’on ne sait pas à quoi correspondraient ces 22.000 MW dans la consommation en énergie électrique à 2030.

Q.O.: Vous évoquez ici le programme pour le développement des énergies renouvelables qui a été adopté par le gouvernement en février 2011 et révisé en mai 2015. Que doit faire l’Algérie pour que ce programme soit un bon début pour amorcer un processus de développement des énergies renouvelables ? 

Pr. Chitour : Personnellement, je ne sais pas comment ces chiffres ont été calculés et comment cette ambition a été limitée à 22 000 MW. Pourquoi pas plus? Je vais faire comme Antonio Gramsci, « je suis pessimiste sur l’analyse du plan énergie renouvelable mais je suis optimiste quant à la possibilité qu’on puisse impulser une transition multidimensionnelle vers le Développement Humain Durable.» Force est de constater que jusqu’à présent nous n’en prenons pas le chemin.

Le fameux appel d’offres n’est toujours pas lancé. Je ne sais pas qui va s’en occuper, je demande à voir comment cela va se passer.  Quand véritablement allons-nous enfin commencer ? On en parle depuis huit ans. Il faut savoir qu’une centrale solaire de 1000 MW, c’est la cadence minimale qu’il nous faut mettre en place. C’est 1.5 milliard de m³ de gaz épargné qu’on laisserait dans le sous sol pour les générations futures. Mieux encore, le gaz naturel épargné peut financer le solaire dans le cadre d’un partenariat win-win avec des locomotives dans le domaine comme la Chine et l’Allemagne.

Q.O.: Le gouvernement a pris le soin de mettre en place en parallèle tout un arsenal juridique et règlementaire pour la mise en œuvre de ce programme… Ce «cadrage» n’est-il pas assez pertinent pour prouver l’engagement de l’Algérie à s’inscrire dans une nouvelle ère énergétique durable ?

Pr. Chitour : Ce ne sont pas des textes, aussi parfaits soient-ils, qui vont nous faire sortir de la situation actuelle. Il n’y a pas de vision d’ensemble, chacun fait ce qu’il pense être le meilleur dans son département ministériel sans prendre en compte la nécessité d’une synergie. Il n’y a pas d’ambition et surtout il y a un manque de pédagogie criard. Le citoyen qui doit appliquer cela par conviction est totalement out. Nous avons perdu assez de temps. 

Q.O.: En attendant, il est même établi par des spécialistes que l’ancrage juridique du programme en question est presque parfait à travers l’adoption de la loi 04-09 du 14 août 2004 relative à la promotion des énergies renouvelables dans le cadre du développement durable. Partagez-vous cet avis ? 

Pr. Chitour : Non ! Mille fois non. Je suis de ceux qui ne mettent pas la charrue avant les bœufs. Je pense profondément qu’il faut d’abord définir, savoir où nous allons « tous ensemble » car une stratégie décidée en haut n’a aucune chance de réussir si elle n’est pas mobilisée par les citoyens lambda qui eux, seront les architectes de sa réussite ou de son échec. Pour convaincre le citoyen de divorcer de la mentalité du beylik, il est nécessaire de l’amener sur le terrain du «bien commun», le responsabiliser et le rendre important, qu’il ait la conviction qu’il compte, que la réussite dépend de lui.

Il sera nécessaire d’informer le citoyen sans condescendance, lui faire toucher la réalité de la situation qui sera de plus en plus difficile notamment pour nos enfants si nous leur laissons une Algérie stérile ouverte à tout vent où les slogans qui ont galvaudé la glorieuse Révolution de Novembre n’ont plus cours dans un siècle de la guerre de tous contre tous. On l’aura compris, pour que le citoyen adhère, il est nécessaire que les gouvernants donnent l’exemple et mouillent la chemise d’une façon apaisée avec l’humilité qui doit prévaloir pour amener l’Algérie à bon port.

Q.O.: L’Algérie est classée 3ème réserve mondiale de gaz de schiste. Qu’est-ce qui est le plus craint dans le cas de son exploration pour des besoins d’exploitation, la dégradation de l’environnement et ce, quelle qu’en soit la méthode? L’exemple des Etats-Unis est-il si mauvais à suivre dans ce domaine ? 

Pr. Chitour : Cette classification ce n’est pas nous qui la donnons, c’est une Agence américaine, je ne sais pas si Sonatrach a pu la valider. Même si c’était vrai, j’ai été l’un de ceux qui ont été vent debout contre ce qui me paraissait être une dangereuse aventure. On dit que le forage horizontal et la fracturation ont été déjà utilisés par Sonatrach dans la production conventionnelle, il eut fallu ajouter que cela ne nécessitait pas d’ajouter de l’eau douce.

Il faut savoir que si l’on veut récupérer 1 milliards de m3 de gaz, il faut au moins 1 million de m3 d’eau sans compter la centaine de produits chimiques dangereux. Le problème est de savoir si on tient le Sahara pour un désert ou pour un écosystème où il y a une faune, il y a une flore, il y a des habitants qui sont là depuis la nuit des temps et qui ont traversé l’histoire parce qu’ils ont pu préserver l’eau des foggaras. Aux Etats-Unis, le problème se pose différemment. C’est un fait que la législation permet à un fermier de louer son champ qui contient un potentiel de gaz à une entreprise. Il existe bien une agence fédérale de l’environnement qui essaie de tempérer l’ardeur des foreurs. Cela se termine généralement par des procès mais l’écosystème est affecté.

Le problème est encore plus ardu avec l’administration Trump qui n’a pas d’état d’âme. Les changements climatiques, Trump n’y croit pas. Il a nommé au poste de secrétaire à l’énergie un climato-septique pur et dur. S’agissent de l’Algérie, le dilemme est le suivant : polluer pour empocher quelques dollars ou préserver la vie, il faut choisir. Ceci dit, la technologie évolue.

Les sociétés américaines arrivent à produire avec des prix du pétrole autour de 50 dollars au lieu des 80 dollars. Les Etats-Unis sont le temple du savoir et de la technologie mais le contexte n’est pas le même. Pour avoir une idée du fonctionnement de l’industrie pétrolière aux Etats-Unis, souvenons-nous, à partir de la deuxième moitié de 2014, le baril a commencé à plonger. Le résultat a été catastrophique aux Etats-Unis mais pas pour les mêmes raisons ayant prévalues dans les pays rentiers vivant en satrapes sur une richesse qui n’est pas celle de l’effort et du savoir. Bref, soixante compagnies pétrolières ont fait faillite, mais celles qui ont survécu ont réussi à trouver des financements qui leur ont permis de produire autour de 50 $ aussi bien pour le gaz que pour le pétrole de schiste.

Si la technologie évolue, qu’elle soit respectueuse de l’environnement, pourquoi pas ? Si elle évite de polluer la fameuse nappe de 45.000 milliards de m3 qui est en fait, la vraie richesse du Sahara que l’on pourrait faire reverdir avec l’eau et l’électricité renouvelable, pourquoi pas ? Dans l’intervalle, il faut faire une veille technologique et former les hommes et les femmes qui auront le difficile privilège de gérer le pays. 

Q.O.: Vous appelez, écriviez-vous dans une de vos contributions à «une révolution énergétique qui mérite une stratégie de sensibilisation très élargie pour convaincre le citoyen algérien à changer son comportement de consommation de l’énergie » ? Que proposez-vous à cet effet ? 

Pr. Chitour : Notre pétrole est une richesse. Nous devons en faire le meilleur usage, c’est-à-dire son utilisation en pétrochimie. Le gaz de schiste le sera également quand la technologie sera mature et respectueuse de l’environnement, c’est une richesse importante mais cela ce n’est pas pour notre génération, c’est pour celles futures. Il nous faut un cap, une vision, une stratégie mobilisatrice où tout le monde serait impliqué. Cette vision vers un développement humain durable doit reposer sans être exhaustif sur quelques principes :

1° Halte au gaspillage sous toutes ses formes à la fois par une politique intelligente où la moindre calorie est récupérée pour la laisser aux générations futures.

2° Mettre en place une politique de substitution du solaire thermique aux chauffe-eau au gaz naturel et rendre les habitations sobres en énergie.

3° Ne réserver le pétrole qu’aux usages nobles, tout ce qui peut se faire pour diminuer la consommation par l’efficacité énergétique doit être fait.

4° Mettre en place un objectif à 2030 avec un plan Marshall pour les énergies renouvelables pour être au rendez-vous en programmant pour chaque année ce qu’il faut faire, une moyenne de 1500 MW à installer par an.

4° Développer la géothermie, le biogaz.

5° Rentabiliser les 15 millions de tonnes issues des décharges pour récupérer à la fois l’énergie (la chaleur du biogaz) et toutes les matières recyclables (plastiques, papiers verre, métaux).

6° Former l’ingénieur, le technicien de demain en réhabilitant les disciplines scientifiques, consommer mieux en consommant moins et ne diriger les subventions qu’aux catégories à faible pouvoir d’achat. Au lieu de subventionner tout le monde, il faut cibler ceux qui réellement ont besoin d’aide en ce qui concerne l’eau, l’électricité, les carburants, le pain, le lait… comme cela se fait dans beaucoup de pays comme l’Egypte qui met à la disposition des catégories vulnérables des cartes pour le pain, et cela marche et diminue drastiquement le gaspillage.

Il faut pour cela beaucoup de pédagogie et l’implication des médias lourds avec des spots bien faits, voire susciter des débats pour que tout le monde se sente concerné.

A titre d’exemple, si nous avons une politique des économies d’énergie, l’électroménager importé ou fabriqué en Algérie doit être de classe A. Nous devons penser à subventionner des chauffe-eau solaires pour les 8 millions de logements. Nous aurons un gain qui divisera par deux la consommation de gaz naturel surtout si on y ajoute le calorifugeage.

Maintenant que le kWh solaire a le même coût que le kWh thermique, les grandes compagnies pétrolières et automobiles se lancent dans le segment transport électrique, en plus du rail de plus en plus développé, ce sont les bus et les camions qui sont développés.

Il est important de mettre en place un modèle de consommation d’ici 2030. La population sera de 55 millions d’habitants en 2030. Un premier scénario au fil de l’eau qui tient compte des tendances actuelles, il faudra 100TWh d’énergie électrique. Actuellement, nous sommes à 50TWh il faut donc doubler la capacité. Mais est-ce qu’il faut le faire par le gaz naturel ou par le renouvelable ?

La grande majorité des Algériens a plus besoin de transports en commun que de voitures particulières. Mieux encore, cette révolution électrique peut être mise à profit pour créer un réseau de transport par camions et bus électriques. Peut-être qu’il faille penser à une transsaharienne électrique, le train sera l’artère qui permettra une véritable explosion du commerce notamment des produits agricoles du Nord vers le Sud !! Le Sahara avec l’électricité renouvelable, est une véritable pile électrique inépuisable. Avec la disponibilité de l’eau le Sahara pourra devenir une seconde Californie surtout si on y ajoute une politique de création de villes nouvelles où les jeunes seraient les pionniers d’une nouvelle utopie. Un modèle énergétique à 50% renouvelable à 2030 a été présenté lors de la 21e Journée du Développement Humain Durable. Les calculs montrent que c’est tout à fait faisable. On appelle le Sahara algérien «la pile électrique».

Notre gisement solaire est de 3 500 KWattheure par m² par an, ce qui fait 3 fois le gisement solaire de l’Allemagne qui est un leader dans le développement durable et notamment en solaire. Actuellement, la Chine a 70% du marché des cellules photovoltaïques. Pourquoi ne pas donc s’associer à des pays leaders dans le cas de marchés où on propose une calorie thermique contre une calorie photovoltaïque avec un transfert réel de technologie ? En s’accrochant à des locomotives comme la Chine ou l’Allemagne, nous pourrons mettre en place cette transition.

Q.O.: Pensez-vous qu’il faut imposer dès à présent aux usines de montage automobiles une production durable pour aider le pays à faire sa transition énergétique ? Les constructeurs automobiles accepteraient-ils de marcher dans ce choix? 

Pr. Chitour : Le problème est plus complexe. Il y a 6 millions de véhicules environ. Cela veut dire qu’au moins les trois quarts des Algériens n’y ont pas accès.  En clair, on enrichit les riches en bradant l’essence et le diesel au cinquième de leur valeur. Ce dont ont besoin les citoyens lambda, c’est un réseau de transport qui met la possibilité à la portée de toutes les bourses. De plus, le réseau de transport électrique est moins énergivore surtout s’il utilise une électricité renouvelable. Il ne consommera pas de l’essence qui sera disponible pour les générations futures. Enfin, s’il est nécessaire de mettre en place les jalons d’une industrie automobile pourquoi ne pas profiter du boom mondial de la voiture électrique ? Nous gagnerons sur tous les plans. D’abord en préservant le pétrole pour les générations futures, en ne polluant pas en utilisant une électricité renouvelable.

Nous gagnerons une étape. Il est prévu que dans une quinzaine d’années, il y aurait 400 millions de voitures électriques ! De plus, le diesel tend à être abandonné en raison de sa nocivité. Volkswagen pense le supprimer après 2025. Ce constructeur va mettre sur le marché 11 modèles électriques. Pourquoi ne pas lui demander de nous aider dans la mise en place d’une industrie de la voiture électrique ? La Golf7 électrique ne coûte pas plus cher que la Golf7 thermique. De même avec Renault, la voiture électrique Zoe est montée en Israël. Nous, nous avons une voiture roumaine recyclée. Enfin, Hyundai est un des leaders des voitures électriques. 

Pourquoi continuons-nous à être toujours en retard d’une guerre ? L’Algérie ne doit pas rater cette révolution. Dans les transports, il faut compter que 25% de notre parc de voitures sera électrique. Il faut donc préparer la société à cela. Le déclic a été donné en 2014. Actuellement, 2 millions de voitures dans le monde sont électriques. En 2030, on prévoit 35% de 80 millions de voitures faites qui seront électriques. Imaginons que 25% de notre parc (nous aurons près de 11 millions de voitures) sera électrique, cela veut dire qu’on diminuera la consommation d’essence qui sera soit vendue ou laissée pour les générations futures. En tout état de cause, le carburant sera de plus en plus renouvelable, c’est-à-dire qu’il proviendra des panneaux photovoltaïques, du vent, de la biomasse ou de l’énergie hydraulique, on va donc déplacer la situation. Nous ambitionnons de faire le montage de voitures consommant de l’essence ou pire du diesel Qu’allons-nous faire du GPL (Sirghaz) dont nous peinons à transformer 30.000 véhicules an ? N’aurait-il pas été judicieux de miser dans le cadre du montage sur des véhicules à double carburation ? 

Q.O.: Le ministère du Commerce a-t-il, selon vous, les outils qu’il faut pour pouvoir être sélectif dans l’importation des équipements polluants et imposer ceux issus des technologies propres ? 

Pr. Chitour : Il y a nécessité rapide d’édicter des normes de consommation. Par exemple ne plus importer d’appareils électriques au-delà du A. Entre le A et le G la consommation de l’appareil double. Il en est de même des voitures ; il est important de ne plus importer des voitures thermiques, dans l’attente d’une transition graduelle vers la voiture électrique- qui dépasse les 110 ou 120g de CO2/km. La norme européenne va descendre à 100 ou même à 95 g de CO2/km. Les voitures que nous importons consomment en moyenne 15 à 20 % d’énergie en plus. En parlant de pédagogie, l’ancien ministre du Commerce par intérim a dans une émission «secoué le cocotier » sur les importations inutiles (200 millions de dollars en mayonnaise ketchup et autre moutardes). C’est le même langage pédagogique, du parler vrai, concernant les économies d’énergie qui doit prévaloir.

Q.O.: La réforme des subventions (et par conséquent leur réduction) que vous avez évoqué plus haut a été officiellement annoncée par le gouvernement (étude élaborée par la Banque mondiale). Qu’elle est votre approche à ce sujet ? 

Pr. Chitour : Les subventions ne sont qu’une partie de la problématique.  Le retrait des subventions qui est nécessaire (il serait de 10 milliards de dollars uniquement dans l’énergie) doit être précédé d’une vision d’ensemble. Il faut expliquer dans le cadre d’états généraux la nécessité d’une Transition Energétique vers le Développement Humain Durable qui ne laisse personne sur le bord de la route mais qui passe par les économies d’énergie.

Il faut aussi expliquer le juste prix et comment les couches à faible pouvoir d’achat ne seront-elles pas lésées. Etant entendu que tout le monde doit sortir de l’ébriété énergétique et aller vers la sobriété (‘al kanna’a).

Q.O.: Vous soutenez que l’école est cet autre ou ce premier partenaire sur lequel les pouvoirs publics doivent compter pour inculquer la culture du non-gaspillage et du respect de l’environnement. L’apprentissage en la matière doit-il se faire dès les classes primaires ?

Pr. Chitour La transition énergétique requiert une culture citoyenne qui doit prendre son essor au sein de la cellule familiale, ensuite à l’école. Le développement humain durable pourra- en être l’aboutissement  

Avoir une nouvelle vision du futur du bien commun , de la sobriété en tout passe par l’éducation, la citoyenneté et faire preuve d’imagination Il faut, pour cela, former, réhabiliter les formations d’ingénieurs. Les Algériens sont capables de faire le saut qualitatif pour pouvoir réussir cette transition énergétique. Après l’école, au lycée il est nécessaire de penser à un baccalauréat du Développement humain durable qui pourra déboucher sur les métiers du Développement Durable dans le supérieur et dans la formation professionnelle. Des états généraux permettront d’expliciter les enjeux du futur et l’adhésion des citoyens est capitale. Ce sont eux qui auront à vivre et à faire des économies. Il faut beaucoup de pédagogie, il faut que les médias parlent de ça, il faut que les députés soient instruits de cela et ceci sans provocation, leur expliquer le développement durable. Ils doivent connaître les enjeux du pays. Nous sommes des «égo» citoyens, nous devons tendre à être des éco-citoyens. L’écocitoyenneté est un combat qui commence à l’école, il est nécessaire de faire beaucoup de pédagogie, expliquer les enjeux du développement durable.

La nationalisation des hydrocarbures a été une deuxième indépendance car l’Algérie a décidé ce jour-là de prendre en charge son destin pétrolier. Nous sommes en 2017, il nous faut une 3ème indépendance qui est l’indépendance des neurones, de la science, c’est une indépendance qui fait qu’on soit une nation qui ne dépend pas des énergies fossiles. Il faut donc éduquer la jeunesse et faire en sorte qu’on puisse avoir un destin commun et expliquer ce qu’on doit faire pour réussir une nouvelle révolution, et faire en sorte que l’Algérie garde son rang dans l’échelle des nations. «C’est tout le pari que nous devrions relever » Cette fête de l’indépendance est aussi la fête des jeunes. Bonne fête à la jeunesse en qui survit la quête de la vérité

 

Interview Réalisée Par Ghania Oukazi

http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5246355

Source de la photo de présentation : Actualité Algérie

La source originale de cet article est Le quotidien Oran

Copyright © Chems Eddine ChitourLe quotidien Oran, 2017

http://www.mondialisation.ca/pour-une-revolution-energetique-verte-une-seconde-independance/5597510


 

UN NOUVEL AXE ALGERIE-IRAN SE DESSINE

Un nouvel axe Alger-Téhéran se dessine : Abdelkader Messahel reçoit Zarif à Alger

Sun Jun 18, 2017 2:26PM

Le chef de la diplomatie iranienne s'est rendu à Alger, en Algérie, le 18 juin 2017. IRIB

Le chef de la diplomatie iranienne s'est rendu à Alger, en Algérie, le 18 juin 2017. IRIB

Le ministre des Affaires étrangères d’Algérie a rencontré, dimanche 18 juin à Alger, son homologue iranien accompagné d’une importante délégation. Les relations entre les deux semblent prometteuses et les domaines de coopération multiples.   

Selon le correspondant de l’agence iranienne IRNA à Alger, Abdelkader Messahel et Mohammad Javad Zarif se sont rencontrés au siège du ministère algérien de l’Intérieur, dans le cadre de consultations bilatérales entre les pays musulmans.

Le chef de la diplomatie iranienne M. Zarif arrive à Alger dans un contexte particulier, marqué par une aggravation de la situation sécuritaire au Proche-Orient et une chute des cours du pétrole.

Après les salutations et les remerciements préliminaires, comme le veut le protocole, M. Messahel a souligné que l’Algérie prônait le règlement pacifique des conflits régionaux via le dialogue.

(Photo: AFP)

« Dans le monde arabe, les crises ont toujours existé. La crise syrienne en est un exemple. Si tout le monde respectait la souveraineté des nations, les principes de l’État de droit et les revendications des peuples, la donne changerait. Ce sont les ingérences étrangères qui ont fait de la Libye ce qu’elle est aujourd’hui », a-t-il fait savoir.

Pour sa part, M. Zarif a évoqué les évolutions régionales et déclaré : « Nous sommes d’accord avec l’Algérie sur le fait que le terrorisme est le principal problème du Moyen-Orient. Son remède est la démocratie ; une démocratie qui naîtrait de l’intérieur de chaque pays. »

« Téhéran tient au principe de “la non-ingérence étrangère” dans les conflits qui secouent de nombreux pays en Afrique, comme la Libye et le Proche-Orient, en référence à la guerre en Syrie, pays qui fait également face au terrorisme », a-t-il affirmé, estimant que les ingérences étrangères pérennisaient et aggravaient les conflits.

« Ce sont les extrémistes et les sionistes qui profitent de cette situation de haute tension. Les sionistes en profitent sans rien avoir à dépenser. L’Iran ne tombera pas dans cette machination et ne laissera pas la voie libre aux sionistes », a-t-il précisé.     

http://presstv.com/DetailFr/2017/06/18/525704/Algrie-Iran-Abdelkader-Messahel-reoit-Zarif--Alger


 

RESTITUTION DES TETES DES RESISTANTS ALGERIENS, DETENUES PAR LE MUSEE DE L'HOMME

Restitution des têtes des résistants algériens, détenues par le Musée de l'Homme

Brahim SENOUCI Vanves, France

 

Les restes mortuaires de dizaines d’Algériens qui ont résisté à la colonisation française au 19ème siècle, morts au champ d'honneur, sont entreposés dans de vulgaires cartons, rangés dans des armoires métalliques, au Musée de l'Homme de Paris.

Ces restes, des crânes secs pour la plupart, datant du milieu di 19ème siècle, appartiennent à Mohamed Lamjad Ben Abdelmalek, dit Chérif "Boubaghla" (l’homme à la mule), au Cheikh Bouziane, le chef de la révolte des Zaatchas (région de Biskra en 1849), à Moussa El-Derkaoui et à Si Mokhtar Ben Kouider Al-Titraoui. La tête momifiée d’Aïssa Al-Hamadi, qui fut le lieutenant du Chérif Boubaghla, fait partie de cette découverte, de même que le moulage intégral de la tête de Mohamed Ben-Allel Ben Embarek, lieutenant de l’Émir Abdelkader.

Il faut que ces restes soient rapatriés en Algérie pour y recevoir une digne sépulture!

This petition will be delivered to:

  • Le Directeur du Musée de l'Homme
  • Président du MNHN
    Bruno David
  •  

 

 


BOUHAMIDI MOHAMED : HOMMAGE A BACHIR CHERIF HACENE

. Hommage à Bachir Cherif Hacène

 bouhamidi mohamed 4 Juin 2017 0 commentaire 

 Avec près de cinquante ans d’itinéraires croisés.

Nos matchs dans le grand match

Par Mohamed Bouhamidi

In La tribune du 05 06 2017.

 

 

Cela nous fait loin de la ligne de départ Hacène. Au début était le sport de masse. Nous avions des angles de vues différents, pas forcément une vision différente. Normal. Nous avions quelques années entre nous et pas mal de casiers de bière. Tu m’as rattrapé, les performances c’est plus facile avec quatre ans de moins.

Tu te souviens, nous étions les enfants de tenues Sonitex et de Hamoud Boualem ? Bessol doit s’en souvenir, ça nous a fait ces tenues superbes en Espagne et 2 à 0 face à l’Allemagne, et le papier tonitruant de Kheireddine Ameyar, «Prenez le train monsieur Rummenigge», ou un autre nom, je m’en fous, je n’en retiens que le principe, un mec allemand avait parié de retourner à ses pénates si l’Algérie les battait.

Elle leur a foutu une trempe. Mais ça aussi, je m’en foutais, qu’il retourne chez lui.

Moi, avec mon ignorance crasse du foot, je voyais, les tenues; il avait de la classe Belloumi en tenue Sonitex. Racé, comme quand on savait l’être. Et les tenues aussi, elles avaient un je sais de quoi d’élégant en soi, avant même d’être portées.

Ça venait loin, les deux, les tenues comme le foot, les airs que cela vous donne au footballeur, comme le contenu jeu. Le tissu avait fait le long chemin du développement national. On savait faire pousser les meilleurs fruits et légumes, on savait déjà faire des camions, des draps, des moteurs, des costumes, des appareils ménagers, des moissonneuses batteuses, des petits bateaux et de la réparation navale…

J’arrête là, mec. Ça nous mènerait trop loin du sujet.

On se disputait sur comment nous construire, comment faire de nos mains et avec nos têtes. Et bien sûr avec nos pieds. On aimait faire avec nos pieds, en tout terrain, terrain de foot, piste country, cendrées des stades.

Nous parlions, et ça tchatchait.

Le choix du sport de masse, le sport à l’école, le sport pour les filles, le maillage sportif pour la santé d’abord, pour le plaisir aurait dit Mustapha Kateb, qui attendait plus du sport une philosophie du convivial et une formation aux valeurs sociales que de simples performances.

Bref, c’était une époque, où dominait l’utopie de nous faire nous-mêmes et, avouons-le, ce besoin, cette volonté de montrer de quoi nous étions capables et même que nous étions capables de faire comme les grandes nations. De l’industrie, de l’agriculture moderne, du sport à la fois pour tous et d’un grand niveau même en dehors du cross, même en dehors de la boxe.

Bref, c’était il y a très longtemps quand nous étions maîtres d’avoir notre volonté et de l’accomplir et qu’on se donnait les moyens de réaliser ce que nous voulions réaliser.

Dison que nous portions au plus haut point l’optimisme de la volonté.

Nos enfants allaient à l’école habillés 100% algériens, en plus du cartable et de pas mal de cahiers.

Les sportifs allaient en bus ou minibus Sonacome.

Déjà en face dans le pays se levaient les objections que c’était moins coûteux d’importer, que ça coûte plus cher de faire que de ramener.

Ce n’était même pas un pessimisme de la raison. Cela nous aurait fait un débat du tonnerre p’tet. Un vrai débat, p’tet, mec.

Non, c’était juste la vieille chanson des «Vous êtes incapables de … » transformée en grincements de dents : «Nous ne sommes pas capables…».

C’était juste le pessimisme des types qui empruntaient déjà le langage des anciens maîtres coloniaux pour se donner des airs et des motifs de reprendre main sur les «guenilleux».

L’économie ne pouvait être affaire de ménagère, aurait dit l’autre.

Puis ils ont eu le soutien «génial» du «penseur» qui a sorti sur «Algérie Actualités» l’histoire de «l’Etat, vache à traire». Il ne s’est pas privé ensuite de se prendre du lait à titre privé, d’autant que la formule était déjà archi-usée.

Mais n’étions-nous pas aux entrées des époques faussaires ?

Ça nous a fait des vaches de débat, mon ami, sur le ciblage des subventions, des transferts sociaux, etc.

On jouait sur le fil. Mais justement le fil, c’était l’Etat national et une histoire de charbonnier maître chez lui.

Quelques années plus tard, c’était rebelote pour la parole. Le sport et la culture comme secteurs marchands et vernis des discours savants, l’Etat ne peut tout assumer pour le sport, faudra faire payer pour les stades, trouver de l’argent chez les sponsors, arrêter de faire supporter les clubs aux entreprises etc. etc. Idem pour la culture. Il fallait louvoyer, mec, pour empêcher le désastre du naufrage ou du sabordage …

Fermer les entreprises n’a pas fait moins de charge pour l’Etat quand tu vois le couffin des pauvres, les cohortes de sans travail, la perte de la dignité humaine.

Le résultat direct, est que pour le sport aussi, on s’est mis à importer du footballeur clés en mains.

Bizarre, non, ce parallélisme des destins, qu’au lieu de prendre du Belloumi en spectacle stade, du Bellemou en musique raï, on importe les fruits, les légumes, les camions étrangers et du même du Raï reprofilé à l’exetérieur.

Y’a qu’El Anka qui a tenu le coup, Ah, Ya Dhiya el Hilel.

On peut rajouter Dahmane el Harrachi, et quelques dizaines d’autres, l’andalou, le malouf, le chââbi, ça ne se bricole pas.

On parlait encore Algérie, Hacène et de cette migraine de rappeler aux gens que le gouvernement c’est pas l’Etat, que l’Etat c’est pas le pouvoir et que même le pouvoir ne coïncide pas avec le gouvernement et que même dans le même, le pouvoir peut être contre l’Etat, l’affaiblir, l’user, le démanteler, le saper.

Faut voir la question avec Khellasi. Ça le passionne ces histoires dont on pourrait sortir une théorie de l’Etat à donner la migraine à Poulantzas.

Ça donne déjà la migraine aux Algériens et même aux renseignements étrangers.

On n’était pas d’accord sur beaucoup, beaucoup de choses. On était justement d’accord sur ce point : l’Etat algérien est une réalité compliquée, mais réelle, une réalité dont la réalité peut mettre des bâtons dans les roues du gouvernement et même du pouvoir.

C’est ce truc dont je t’ai parlé, l’astuce du printemps arabe, des marcheurs du samedi, du Mak et des néo-autonomistes c’est de nous convaincre qu’il faut brûler l’Etat à cause du pouvoir ou de le casser à cause du gouvernement. Bref de nous pousser à brûler notre maison, car il y a un ou plusieurs voleurs dedans.

C’est pourquoi, nous avons marché ensemble.

Je t’ai parlé de mon amie Atouk, que cela passionnerait autant que khellasi ?

Nous en étions à notre âge avancé au même point qu’à nos lointaines et enflammées controverses de jeunesse. Encore à démêler l’écheveau, reconnaître le fil d’Ariane.

Et même si nous n’avions pas joué dans les mêmes compositions d’équipe, du moins nous avions pris soin de jouer pour le même drapeau.

Mais de tous les matches que nous avons joués ensemble, tout à fait au sommet, comme point culminant, ça reste la bataille contre le projet de la Caravane Camus.

Tu te souviens, ce truc concocté par Sarkozy et Patrick Buisson, avec la participation active de Yasmina Khadra, directeur du Centre culturel algérien à Paris avec rang d’ambassadeur, de venir nous apprendre à lire et à comprendre Camus «l’Algérien». Purée ! Même ça, nous n’étions pas capables de le faire tous seuls : lire et comprendre Camus ? Tu te souviens qu’ils voulaient faire croire aux gens que nous parlions du fond de Camus, alors que nous n’avons à aucun moment dit ce que nous pensions de Camus, de ses textes ou de ses idées et expliquions patiemment : opposés juste à l’idée qu’on nous prenne pour des débiles à mettre sous tutelle littéraire ? En réalité que Sarkozy entreprenne la reconquête de notre pays en empruntant aussi les chemins de la culture

Tu te souviens que tous les journaux qui croient compter étaient contre nous ? Je trouve que tu en as eu pour tenir contre le vent.

Nous avions déjà fait face contre les falsifications d’une ALN nazie, construite de toutes fausses pièces par Sansal dans «Le village de l’Allemand».

Nous avions ferraillé pour le boycott du Salon du livre de Paris dédié à l’anniversaire de la naissance d’Israël. Tu te rends compte, un Salon du livre dédié à la naissance d’un Etat, Salon auquel le poète israélien Aaron Shabtaï a refusé de participer pour la raison que cet Etat était coupable de crimes en permanence.

Je t’en parle comme ça, car c’est en cette année 2010, de lutte contre la CARAVANE Camus que j’ai croisé mes amis Abdelalli Merdaci et Ahmed Bensââda.

Oui je trouve que tu en as eu sous la ceinture.

Moi je vais continuer à te marmonner mes réponses à nos vieilles questions, si elles perdurent, c’est qu’elles n’étaient pas juste des questions politiques, mais des questions historiques ou péri-historiques comme celles de savoir si nous devons reléguer la culture et le sport dans l’ordre boueux du marché et les envoyer rejoindre «l’immense accumulation de marchandises» ?

Oui je te marmonne. Cela surprend Yemna, de m’entendre parler seul, dans mes errances solitaires. Je lui dirais un jour que je te parle comme je parle à mes amis morts de la même question dont je l’entretiens, «l’immense accumulation de la marchandise»....

M. B

Hommage destiné à La Tribune du 05 juin 2017

 Catégories : résistances culturelles

http://bouhamidimohamed.over-blog.com/2017/06/nos-matchs-dans-le-grand-match.hommage-a-bachir-cherif-hacene.html