60 ANS DE L'INDEPENDANCE DE L'ALGERIE : D'ANCIENS COMBATTANTS ALGERIENS RACONTENT LE JOUR DU REFERENDUM

tourtaux-jacques Par Le 04/07/2022 0

Dans ALGERIE

60 ans de l’indépendance de l’Algérie : d’anciens combattants racontent le jour du référendum

Publié le 02 juillet 2022 à 17h00

De jeunes Algériens paradent devant l’université à Alger, le 2 juillet 1962, portant des drapeaux algériens et en pleine célébration, un jour après le référendum d’autodétermination sur l’indépendance

De jeunes Algériens paradent devant l’université à Alger, le 2 juillet 1962, portant des drapeaux algériens et en pleine célébration, un jour après le référendum d’autodétermination sur l’indépendance du pays. (AFP)

Il y a 50 ans se tenait le référendum pour l’indépendance de l’Algérie, au cours lequel la population s’y est dite favorable à 99,72 % des voix. D’anciens combattants de la guerre de libération algérienne se souviennent de ce 1er juillet 1962.

Ibrahim Ould Mohamed, 85 ans, ancien résistant pendant la guerre de libération algérienne, se remémore avec émotion sa participation le 1er juillet 1962 et son « oui » au référendum pour l’indépendance de l’Algérie. Il avait rejoint la lutte pour la libération du pays dans le village Kalâa Beni Abbès, à Béjaia dans l’Est, avant d’être contraint de partir vers Alger avec sa famille après des bombardements français en 1959. Ibrahim Ould Mohamed a poursuivi le combat à El Harrach, dans la banlieue ouest de la capitale, en tant que “moussabil” (militaire en tenue civile) en collectant argent et armes pour les combattants dans les montagnes.

Après près de huit ans de guerre, les armes se sont tues en mars 1962 aux termes des accords d’Evian, ouvrant la voie à la proclamation d’indépendance de l’Algérie le 5 juillet de la même année, approuvée le 1er juillet par 99,72 % des voix lors d’un référendum.

Soixante ans plus tard, l’octogénaire n’a pas oublié ce scrutin historique. Il a voté, par un « oui » évidemment, dans la circonscription d’El Harrach, où il était chargé de surveiller le déroulement du scrutin supervisé par l’exécutif provisoire issu des accords d’Evian.

« Il était impossible que les Algériens votent non. Nous étions tout à fait à l’aise », se rappelle-t-il. « Même si l’enjeu était important, nous n’avions même pas besoin de propagande pour le référendum sur l’indépendance. Tous les Algériens étaient mobilisés pour le vote ».

À lire sur le sujetIndépendance de l’Algérie : une exposition à Concarneau pour ne pas oublier

« Lorsque le peuple se révolte, personne ne peut l’arrêter »

« Nous étions persuadés que le peuple qui avait subi les affres du colonialisme ne pouvait pas choisir de rester sous son joug », ajoute-t-il. Après les accords d’Evian, un autre référendum sur l’indépendance de l’Algérie a été organisé le 8 avril 1962 sur le territoire français. Les Français ont voté « oui » à 90 %. Pour Ibrahim Ould Mohamed, l’indépendance de l’Algérie s’est dessinée dès le déclenchement de la guerre de libération le 1er novembre 1954. « En déclarant la guerre à la France, nous avons annoncé le rejet de sa présence dans notre pays », estime-t-il. « Le référendum a permis à la France de quitter l’Algérie en sauvant les apparences car elle savait que lorsque le peuple se révolte, personne ne peut l’arrêter ».

Avec l’annonce du résultat du référendum le 3 juillet 1962, l’Algérie devient indépendante. Mais c’est la date symbolique du 5 juillet qui a été retenue officiellement car elle coïncide avec la reddition du Dey d’Alger Hussein Pacha à la même date en 1830. « Ahmed Ben Bella (premier président de l’Algérie indépendante, ndlr) a choisi cette date et nous a, du coup, ajouté deux jours de colonisation », dit Ibrahim Ould Mohamed sur un ton mi-sérieux, mi-taquin. Pour Hussein Taher, soldat de l’Armée de libération nationale à l’époque, l’indépendance a commencé sitôt les résultats du référendum annoncés et la levée du drapeau algérien sur le siège de l’exécutif provisoire dirigé par Abderrahmane Farès au Rocher noir (aujourd’hui Boumerdes), à 45 km à l’est de la capitale.

À lire sur le sujetLa guerre d’Algérie, un conflit aux plaies encore vives

Ils se souviennent de la levée du drapeau national

Hussein Taher, 84 ans, se souvient de sa participation le 5 juillet 1962 au premier défilé militaire « avec 1 200 soldats qui ont paradé du stade municipal jusqu’à la Place du gouvernement (rebaptisé Place des Martyrs) », sur un parcours de près de 8 km. Le même jour, le monument érigé par la France pour marquer le 100e anniversaire de la colonisation de l’Algérie en 1930 a été détruit et le drapeau national a été hissé sur la plage de Sidi Fredj, à l’ouest de la capitale, là où l’invasion française avait commencé. « Nous, dans les montagnes, n’avons pas participé au référendum. Mais tous les Algériens ont voté en faveur de l’indépendance car ils n’avaient rien vu de bon dans la colonisation », raconte à l’AFP un autre ancien soldat, Abdellah Sid Ahmed, 82 ans.

Ibrahim Ould Mohamed, l’ancien résistant, dit avoir voté seulement deux fois dans sa vie. S’il a dit « oui » au référendum de 1962, il a voté l’année suivante contre l’élection d’Ahmed Ben Bella comme premier président de l’Algérie indépendante, seul candidat d’un régime qui était à l’époque à parti unique, le Front de libération nationale (FLN), toujours au pouvoir. « Ce n’était pas contre sa personne mais parce que je voulais des élections pluralistes. Je rêvais d’une Algérie meilleure à la hauteur des sacrifices du peuple », explique-t-il.

https://www.letelegramme.fr/monde/60-ans-de-l-independance-de-l-algerie-d-anciens-combattants-racontent-le-jour-du-referendum-02-07-2022-13094338.php

 
  • Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire