AHMED HALFAOUI : LA DIGNITE DES ALGERIENNES

Transmis par Ahmed.Halfaoui

La dignité des Algériennes

Il y a 53 ans que nous avons bouté les « mécréants » hors de nos frontières. Cela nous a fait énormément de bien, surtout que nous avons pu accéder à l’école et en masse. Cela nous a fait du bien et à nos filles, surtout. Du statut de « fatma », elles sont parties à « l’assaut du ciel ». En quelques décennies, elles ont conquis le droit à l’existence, grâce aux bancs du savoir qui leur ont donné des diplômes. Bien plus, elles sont devenues majoritaires à l’université. Mais elles n’ont pas encore acquis tout le droit de cité. Même si la Constitution dit le contraire. Même si, tous les 8 mars, elles ont droit à une fraternisation des plus enthousiastes, il y des « mâles » qui pensent autrement, particulièrement quand ils détiennent un tant soit peu de pouvoir. C’est ce qui vient d’arriver à une étudiante, qui s’est trouvée confrontée à deux d’entre eux. Le premier détient un pouvoir sur l’entrée de la faculté de droit d'Alger, en tant qu’agent de sécurité, l’autre est recteur. Les deux sont, de toute évidence, convaincus que les femmes ne sont pas des citoyennes au sens de la loi. Le gardien a donc pu user de prérogatives qui ne figurent que dans l’arbitraire du « bon droit », un « droit coutumier », non écrit, dont il dispose en tant que « mâle ». Il a interdit à l’étudiante de rentrer. Son chef, le recteur, Mohamed Tahar Hadjar, a approuvé et assumé la décision. Autour et au-dessus, la république, la citoyenneté, les lois, n’ont pas eu besoin d’être invoquées. Elles ne comptent pas quand il s’agit des femmes. Dans les faits, le chef et l’agent ont commis une agression délibérée contre la liberté de l’étudiante et contre sa dignité de citoyenne. L’Etat, la justice et toutes les institutions garantes de la protection des citoyens contre les abus, auraient dû se saisir de l’affaire et sévir contre les contrevenants, coupables d’un acte, qu’il faut qualifier de violence morale insupportable. Il n’en est toujours rien. Le recteur a même eu droit à une promotion. Il lui a été confié, par l’Etat, de diriger toutes les universités du pays. Il vient d'être nommé ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Il avait dit, en défense de son acte contre l’étudiante, qu’« il faut comprendre que la faculté est un lieu de culture », pour dire que la longueur d’une jupe pouvait attenter à la « culture », telle qu’il la conçoit, en conformité avec sa propre épaisseur « culturelle ». Apparemment, la même que celle de ceux qui, à Hassi-Messaoud, ont fait subir l’enfer à des citoyennes sans défense, pour le simple fait qu’elle sont des femmes. En toute logique, nous devrions nous attendre à ce qu’il institue le principe, initié par l’agent de sécurité, à tout le secteur de l’enseignement supérieur. Un principe qui fait déjà, peut-être, jurisprudence. Il peut le faire, puisque le pouvoir, ayant fait de l'Islam sa religion, a toujours laissé les « décrets d’application » au libre jeu des rapports de force au sein de la société, en entretenant les équivoques qui empoisonnent la vie des femmes dans l’espace social.

Ahmed.Halfaoui 


 

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