DE LA CRISE LARVEE DE L'ETAT A LA CRISE DU REGIME, LES NOUVEAUX SYMPTOMES

De la crise larvée de l’Etat à la crise du régime, les nouveaux symptômes

Par Mohamed Bouhamidi.

In Impact24 le 29.11.2015 22:30

Les recours toujours plus fréquents à de nouveaux concepts, de nouvelles idées et notions et à de nouveaux cadres d’analyses de la situation actuelle de notre pays, confirment l’existence d’un malaise politique algérien.

Jusqu’à présent, ces tentatives restent bridées par la projection des analystes des peurs, inquiétudes et sentiments de leurs propres groupes sociaux, qu’ils soient leurs groupes d’origine ou leurs groupes d’adoption via l’ascenseur social, ou les catégories socioprofessionnelles nées des réformes pro-capitalistes qui ont généré cette multitude de diplômés voués aux emplois subalternes dans les réseaux de distribution et de vente des concessionnaires.

Ou les groupes dont ils sont aussi, en partie, les composantes fondatrices à partir des nouvelles divisions du travail nées de l’indépendance, comme le groupe, en voie d’affirmation sociale, des cadres, intellectuels, universitaires mêmes s’il sont loin de former, par déficit de lien social, une intelligentsia, selon le pertinent et élégant concept russe du 19ème siècle.

Il aurait fallu, pour cela, que ces universitaires, intellectuels, cadres, artistes, trouvent, non pas en France ou à l’étranger, mais dans notre pays à la fois les conditions de leurs gratifications matérielles et sociales, la reconnaissance de leur statut.

Il aurait fallu surtout que l’Etat sauvegarde d’abord «son droit de préemption» sur la construction et la sauvegarde d’une conscience nationale algérienne, garantie de notre devoir de préemption sur le reste de nos richesses. Aucune intelligentsia nationale ne peut naître quand sa propre réalisation sociale, ses récompenses, sa notoriété, le respect manifesté à sa parole ou ses créations, s’accomplissent à partir des capitales étrangères.

Le malaise politique national que des experts et chercheurs évoquent dans les médias, manifeste aussi leur propre malaise, leurs propres difficultés à être, à exister, à trouver un écho à leurs paroles, leurs préoccupations, leurs soucis.

Cela veut dire que, pour eux comme pour beaucoup d’autres, le stock des analyses disponibles développées dans l’opposition ou les médias, ne suffit plus à trouver des explications satisfaisantes aux derniers développements économiques, sociaux, politiques, militaires et sécuritaires.

Or, jusqu’à présent, l’essentiel des analyses reprochait au régime ses écarts des normes, tacitement admises, de fonctionnement institutionnel et démocratique, compagnons supposés obligés, du mimétisme capitaliste, que les gouvernants depuis 1980 appellent «réformes».

Déjà, ces écarts signifiaient que la recherche du profit personnel ou de clan, de l’enrichissement accéléré, de l’accumulation par la prébende et la délinquance, bref par le pillage, avait pris naturellement le pas sur la vertu de la primauté de l’intérêt collectif sur l’intérêt individuel. Et donc que le rôle de ces intellectuels dans la production d’une morale sociale et politique, dans la proposition de démarches raisonnés et vertueuses était totalement exclu, voire refusé.

Pourtant, ces anciennes analyses prévoyant, depuis 20 ans, l’effondrement du régime à cause de ses écarts, n’excluaient pas, par leur propre présence, l’idée d’une alternance possible à l’intérieur du dispositif constitutionnel actuel.

Ce besoin de construire de nouvelles explications montre qu’il y a bien perception d’une situation nouvelle dans le pays et dans le pouvoir, échappant à toute référence institutionnelle.

Reste à savoir ce qu’est réellement cette nouvelle situation et quelle est le parcours de sa genèse historique.

M.B.

source : http://www.impact24.info/de-la-crise-larvee-de-letat-a-la-crise-du-regime-les-nouveaux-symptomes/


 

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