GUERRE D'ALGERIE : LA TERRORISTE OAS ET LA FRANCE COLONIALE CELEBREES

L’OAS et la France coloniale célébrées

Publié le 08/08/2015 à 13:08 par andrenicolas Tags : image france amis photo histoire message livre afrique news anniversaire pcf
 
L’OAS et la France coloniale célébrées
L’OAS et la France coloniale célébrées
Perpignan
Aurélien Soucheyre
Vendredi, 7 Août, 2015
L'Humanité
 
Georges BARTOLI / Fedephoto
L’ouvrage de notre confrère Roger Hillel retrace le combat d’associations contre la réécriture locale de l’histoire franco-algérienne.

« C’est une bataille que nous avons perdue », mesure sans désespérer Roger Hillel. Dans son livre la Triade nostalgériste, le journaliste au Travailleur catalan revient sur les étapes clés qui ont à ses yeux fait du Perpignan d’aujourd’hui « la capitale de l’Algérie française ». En 2003, une stèle est érigée à la gloire des criminels de l’OAS dans le cimetière communal nord. En 2007, un mur des Français d’Algérie disparus, truffé d’erreurs, est édifié. En 2012, enfin, le Centre national de documentation des Français d’Algérie, qui donne une vision « édulcorée, frelatée et incomplète de l’histoire », est inauguré. « Dans les deux derniers cas, nous avons fait face au Cercle algérianiste des Pyrénées-Orientales, qui était à la manœuvre et a complètement tourné le dos à l’histoire scientifique. Ces nostalgiques de la colonisation ont transformé leur mémoire en histoire officielle, avec la complicité des institutions. »

L’ancien professeur d’université et militant PCF raconte dans son récit comment le collectif citoyen Pour une histoire franco-algérienne non falsifiée, et l’Association nationale des pieds-noirs progressistes et leurs amis, dont il fait partie, ont tenté, mètre après mètre, de s’opposer non pas au devoir de mémoire, mais à la sacralisation d’une vision unilatérale des événements allant de 1830 à 1962. « Pour être efficaces et pleinement utiles, nous nous sommes rendu compte qu’il fallait absolument recourir aux travaux des historiens plutôt que de s’affronter sur le terrain des idéologies. Nous avons tout fait pour dépassionner le débat, avec des spécialistes de tous bords, pour en finir avec les guerres de mémoire, et honorer toutes les victimes. Mais nos efforts ont sans cesse été repoussés par la municipalité », regrette-t-il.

Paul Alduy, maire de la ville de 1959 à 1993, parlait déjà en son temps de la « légitimité » des opérations terroristes de l’OAS. Son fils Jean-Paul Alduy (UDF, puis UMP, puis UDI), maire de 1993 à 2009, a lui aussi courtisé l’électorat pied-noir le plus réactionnaire. « Mais c’est vraiment son premier adjoint, et maire actuel, Jean-Marc Pujol (UMP), qui a permis au Cercle algérianiste de se livrer à une surenchère mémorielle », analyse Roger Hillel. L’élu visé, qui avait balayé d’un revers de main la possibilité d’un comité scientifique pluriel pour le Centre de documentation, sous le prétexte fallacieux que recourir, en partie, à des historiens communistes, c’est « comme si on me demandait d’intégrer des anciens nazis repentis pour parler du IIIe Reich », met aujourd’hui en berne les drapeaux de la mairie de Perpignan tous les 19 mars, date anniversaire de la fin des combats entre l’armée française et le FLN.

La première partie de cette « triade » a été inaugurée dans le secret en 2003 à l’initiative de l’Adimad (1) avec le soutien de la municipalité. Le Mrap et la LDH, entre autres, l’apprennent en 2006. Et tombent des nues en voyant cette stèle dédiée « aux fusillés, aux combattants pour que vive l’Algérie française ». Y sont gravés les noms d’une centaine d’activistes de l’OAS, considérés comme « martyrs » et « résistants » par les nostalgériques. L’action de collectifs progressistes contre ce monument, et ses jumeaux de Marignane et Aix-en-Provence, obtiendra des modifications, mais jamais leur retrait complet.

Le cas du mur en hommage aux Français d’Algérie disparus est moins scandaleux. Pensé pour les civils pieds-noirs morts durant le conflit, « il aurait pu pleurer toutes les victimes de la guerre, mais possède pleinement sa légitimité, et vient soulager la douleur réelle de tous ceux qui ont perdu des proches », argumente Roger Hillel. Mais là où le bât blesse, c’est que des noms de membres de l’OAS y figurent quand celui du communiste Maurice Audin est absent. « Plus surprenant encore, il compte environ 40% d’erreurs, selon le calcul de l’historien Jean-Jacques Jordi, pourtant loin d’être hostile au Cercle algérianiste. À peu près 900 noms ont été gravés abusivement, dont ceux de personnes qui ont survécu à la guerre ! Ceux-là, nous les avons fait retirer », poursuit Roger. Les promoteurs du mur payent ici leur aversion totale pour les historiens, et entachent un monument pourtant utile. Ils maintiennent encore aujourd’hui cette liste, sous prétexte qu’elle émane du ministère des Affaires étrangères, qui, pour sa part, précise qu’elle ne peut « être considérée comme officielle ».

Le tour de force final est arrivé avec le Centre de l’œuvre française en Algérie, depuis rebaptisé pour voir le jour dans le couvent Sainte-Claire, « ancienne prison où est emprisonnée l’histoire », déplore Roger Hillel. À l’intérieur, il a eu un haut-le-cœur. La présence française en Algérie y est « glorifiée » sans contre-point de vue. On y célèbre la conquête de l’Algérie « sans parler des massacres, sans parler des dépossessions foncières, sans parler du Code de l’indigénat ! La vitrine sur les huit années de guerre est partielle et ne mentionne même pas l’OAS ».Ce centre fut inauguré en présence de Gérard Longuet, ancien fondateur du groupuscule d’extrême droite Occident, à l’époque ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy, qui avait tenu à faire passer un message contre ce qu’il appelle « la repentance ».

« À Perpignan, dans le sud, et dans le reste de la France, tout cela participe à la réhabilitation des idées colonialistes dans un climat où droite et extrême droite se concurrencent. C’est extrêmement grave ! Partout, ce modèle, en Algérie, en Afrique du Sud, en Irlande du Nord, en Israël, n’a apporté que des drames terribles et mené les peuples dans le mur », conclut Roger Hillel.

 
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