JAWAD ROSTOM TOUATI : ZOOM SUR LA MARCHANDISATION DES RAPPORTS SOCIAUX

jawad Rostom Touati présente son roman à l’Anep

Zoom sur la marchandisation des rapports sociaux

 
Publié le 7 août 2016
 http://www2.horizons-dz.com/?Zoom-sur-la-marchandisation-des
 

C’est dans une ambiance bon enfant qu’a eu lieu, samedi dernier, à la librairie Chaïb-D’zaïr, la présentation du livre « Un empereur nommé désir » de Djawad Rostom Touati, publié aux éditions Anep. Sid-Ali Sekhri, consultant à l’Anep, reconnaît avoir eu pour ce premier roman « un coup de cœur ». « On détient un grand écrivain. Il a un style vraiment très personnel, une érudition. Ses personnages sont crédibles et il a des références littéraires et philosophiques », a-t-il affirmé. L’auteur fait la critique de la petite bourgeoisie algéroise et ses comportements consuméristes. Vu sa maîtrise de la langue et de la littérature, je le considère comme l’un des plus grands écrivains en Algérie de la langue française », a-t-il ajouté. L’auteur a évoqué la genèse de son livre. « Ce roman est né d’une réflexion. J’entendais beaucoup que les Algériens ne lisent pas. Je me suis alors intéressé à la question. 
Non, les Algériens lisent, même si une grande partie opte pour les romans de gare, comme ceux de Coelho, qui participent à une certaine propagande, que Michel Gustave, appelle l’idéologie du désir. » « J’ai décortiqué cela en reprenant les mêmes codes des romans de gare, mais en les subvertissant et en faisant une critique, que j’espère subtile et pertinente. Dans cet essai romancé, je présente quelques thèses sous-jacentes, en filigrane de l’intrigue, pour essayer d’accrocher le lecteur. C’est un peu comme Jack London dans « Le loup des mers ». A son grand dépit, son livre a été classé dans le roman d’aventure alors que l’intrigue ne servait qu’à hameçonner le lecteur pour le faire réfléchir sur le duel de deux philosophies », explique l’auteur. Ce dernier a pris le contre-pied d’un genre dominant, celui de la littérature érotico-guimauve. Il a repris diverses réflexions d’essayistes connus et considérés parfois des jargonneurs compliqués à lire. Il a essayé d’établir une passerelle entre le monde de l’essai, de la sociologie et celui du roman. Il met en vedette les vécus individuels notamment les perceptions dans une société en mutation. L’ouvrage s’appuie sur des textes qui offrent une lecture originale sur la complexité de l’âme.
Ce volumineux livre de 383 pages est présenté comme un triangle amoureux, et prend à contre-pied le schéma des romans de gare. Il narre l’histoire de trois personnages principaux. Nadir incarne l’artiste rebelle, Daria, jeune fille pure et rangée, Imane, femme fatale. Cette intrigue rocambolesque sert de prétexte pour réfléchir sur la marchandisation des rapports sociaux. En dernier, le romancier révèle que ce livre exquis et attachant s’inscrit dans une trilogie nommée « le culte du ça ». Une vente-dédicace est prévue prochainement à la libraire Fateh-Kitab, à la cité des Bananiers, Mohammadia, Alger. Les enseignements et les expériences, Djawad Rostom Touati veut les partager avec les jeunes pour les sensibiliser à la vie. Djawad Rostom Touati est né en 1985 à Alger. Licencié en économie internationale et titulaire d’un master en management, il a obtenu les prix de la meilleure nouvelle d’arts et culture (2005) et du Feliv (2015). Cette année, le 2e prix Ali-Maâchi a été décerné à « Un empereur nommé désir ». 
Samira Sidhoum  

Entretien avec l’écrivain Djawad Rostom Touati : « Le roman de gare, incarnation de la société du spectacle »

  http://www.elmoudjahid.com/fr/actualites/97507

 

Rencontré samedi dernier à la librairie Chaïb-Dzaïr, à l’occasion de la vente-dédicace de son nouveau roman intitulé un Empereur Nommé Désir, paru récemment aux éditions ANEP, le jeune auteur Djawad Rostom Touati s’est prêté volontiers au jeu des questions-réponses.

 

Parlez-nous de ce livre ?

C’est  un roman qui reprend l’un des schémas typiques de ce que j’appelle le roman de gare, c’est-à-dire le triangle amoureux, afin de tourner en dérision ce genre de romans qui nous brossent à chaque fois une représentation fantasmatique de la réalité, alors que le quotidien, qu’il soit algérien ou universel, est complètement à contre-courant de cette description mièvre et dégoulinante de fausse sentimentalité.

J’ai voulu prendre le contre-pied de cette littérature, mais en reprenant les mêmes codes pour mieux les subvertir.

C’est l’histoire d’un jeune Algérien qui a tissé une relation avec sa collègue de travail, et fréquente une autre jeune femme qu’il a rencontrée ailleurs, elle aussi en liaison avec quelqu’un d’autre.

 

Pourquoi cet intérêt pour le roman de gare ?

La littérature de gare est la plus vendue et lue dans le monde. Je me suis intéressé aux mécanismes qui ont permis son succès afin d’en faire une critique sociologique à la portée de tous les lecteurs. Je veux montrer que même si l’on traite d’une histoire d’amour, on peut avoir de la profondeur sociologique et développer du concept. Ces romans de gare sont calqués sur le cinéma.

Il fut un temps où le septième art s’inspirait de la littérature. Maintenant, c’est la littérature qui reprend les codes du cinéma, avec des dialogues très directs, des personnages ayant très peu d’épaisseur, ainsi que beaucoup d’intrigues et de rebondissements. Tout cela dans un souci de solvabilité.

 

Comment sommes-nous arrivés à cette situation ?

C’est dû à la marchandisation du cinéma et de la littérature qui ne produisent plus de critiques. À partir de la chute du mur de Berlin, on s’est inscrit dans un monde unipolaire. On a une pensée unique, et on ne jure que par le libre marché.

 L’art est devenu complètement tributaire du seul critère qui règne en ce moment, la solvabilité.

 

Ce roman est  une manière  de montrer la déliquescence des valeurs et la dislocation des rapports sociaux, aussi bien dans notre pays qu’ailleurs. Beaucoup pensent que notre société est conservatrice. Pensez-vous qu’à l’heure actuelle, nous pouvons dire que nous sommes véritablement des conservateurs et pourquoi certains intellectuels continuent tout de même à le penser ?

Notre société est à l’image de la société moderne mondiale, elle se met constamment en spectacle. Quand on parle de société conservatrice et de tabous, on se noie dans des verres d’eau et on enfonce des portes ouvertes.

Je pense que beaucoup de pseudos transgressifs se prennent pour des esprits libres qui bousculent l’archaïsme.

Ils sont dans un fantasme d’avant-garde qu’ils justifient en nous faisant croire que nous sommes des arriérés.

Propos recueillis par :

 

Mourad Mancer

 

 

pour rappel : lien vers l'entretien avec la radio des jeunes de RAJ :

 

http://raj-dz.com/radioraj/2016/06/20/djaouad-touati-jeune-ecrivain-jeunesse-lengagement-litteraire/


 

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