MOHAMED BOUHAMIDI : AUX CROISEES INTERNATIONALES DE L'ALGERIE

Aux croisées internationales de l’Algérie

 
 
 
 

Les réactions à la loi des Finances 2016 montrent la formation de failles importantes de l’unité, anciennement manifeste dans et autour du régime algérien. Contre toute leur foi libérale qu’ils partageaient avec les cercles dominants du pouvoir, certains secteurs de l’opposition ont pointé, dans cette loi, une volonté manifeste de préparer des politiques d’austérité qui pèseraient sur les seules épaules des composantes fragiles de notre population. Ils ont le droit de faire feu de tout-bois contre le pouvoir, mais manifestement ils espèrent des colères populaires à récupérer. D’autres secteurs de l’opposition expriment  incontestablement une crainte qui apparaît fondée de répercussions graves sur les capacités du pays à préserver l’Etat, sur ce fond de délitement de la cohésion sociale, et de luttes pour la prise de la totalité du pouvoir par l’un des groupes en compétition au sommet de l’Etat.

De son côté, l’UGTA, syndicat officiel et en tous cas partenaire du  pouvoir, dans toutes ses  différentes politiques de réformes,  privatisations, a prévenu dans un langage inattendu et qui sonne comme un avertissement, contre toute velléité de privatisation des entreprises liées à la production et la distribution énergétique : pétrole, électricité.

Bref, cette loi apparaît pour une grande partie de l’opinion publique, être une préparation au passage, à grande échelle, du noyau dur et des joyaux de l’économie nationale, entre les mains de ce que nous pouvons appeler «oligarques» faute d’un terme plus adéquat et plus proche de leur réalité.

En arrière-plan, nous notons le retour de l’idée qu’il n’existe pas de «secteur stratégique» à exclure de la privatisation. Et le retour de celui qui l’a martelée, haut et fort, au tout début de la magistrature du Président Bouteflika, quand il arrivait en duo avec Chakib Khellil.

La magistrature du Président Bouteflika se termine par où elle a commencé, dans la promesse d’un capitalisme sans complexe et sans frontières nationales, sans secteurs stratégiques et, donc, sans intérêt national opposable aux convoitises qui n’ont en vue que l’intérêt privé. Bref : par un retour à la philosophie de la loi sur les hydrocarbures, de sinistre mémoire.

Sommes-nous revenus à la case départ des deux années 1999/2000, quand les promesses d’un déversement des IDE en général et des capitaux du Golfe en particulier devaient amener à la réussite des réformes que Chadli avait échouées? Question d’autant plus légitime que Saadani défend Chakib Khellil et que Temmar reprend la parole sur ses croyances économiques, sauf que ce dernier a choisi l’Institut français pour faire son bilan contrit comme pièce maîtresse de son offre (de reprise) de  service? Et au moment de cette floraison d’accords algéro-français qui viennent en apothéose d’ouvrir la possibilité pour les cadres des deux pays de travailler dans l’administration de l’autre- et devinez qui aura de l’influence sur l’autre et sur ses lois et réglementations.

Après le voyage aux USA de Haddad et de Bouchaouareb, voyage qui restera dans les mémoires, il semble bien que deux filières, deux orientations, deux options sont «travaillées» par les équipes restées au pouvoir : celle d’un soutien français ou d’un soutien américain, à la prise du pouvoir des groupes ou d’un groupe totalement gagné(s) et sans restriction, mais avec un retard de trente ans, à la mondialisation unipolaire inaugurée par la chute du mur de Berlin.

Or, aucun groupe ne peut s’emparer du pouvoir sans la condition impérative d’une entente avec les maîtres actuels du monde et d’un aménagement de leurs intérêts.

Et sans que cette entente l’autorise soit à transgresser les dogmes de la fin des soutiens des prix, d’un réaménagement des réglementations économiques et commerciales, soit l’autorise à mener une politique de répression des revendications populaires, dans une sorte de réédition anachronique et inutile d’un schéma coréen du sud.

Ceux qui veillent encore, peuvent noter que dans ces moments d’inflexion majeure, la France dispose d’atouts dont les USA ne peuvent rêver, ceux d’offrir aux élites algériennes qui restent décisives dans la détermination de la politique, les gratifications de l’ascenseur du prestige, de la célébrité, de la satisfaction socialement reconnue de posséder maison et argent à Paris, et de montrer leurs réussites, selon des grilles reconnues dans leur environnement, ici au pays. La France est référencée dans la tête du dernier algérien.

Bref, la France a pour elle l’avantage de nos têtes habitées par le complexe du colonisé.

Les USA trouveront-ils la parade?

M.B.

http://www.impact24.info/aux-croisees-internationales-de-lalgerie/


 

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