MOHAMED BOUHAMIDI : LA CONSTITUTION DES PROMESSES IMPOSSIBLES

La Constitution des promesses impossibles

La Constitution des promesses impossibles

Par Mohamed Bouhamidi.

In Impact24 31.01.2016 19:00

 

 

L’histoire de la philosophie, de ses premières manifestations milésiennes à son accomplissement socratique, est inséparable de l’idée et de l’histoire des Constitutions.

Qu’ils les aient rédigées, discutées ou conçues, les philosophes se sont légitimés par leur capacité prétendue ou réelle à penser une Cité idéale, c’est-à-dire vertueuse. Là s’arrêtent les points communs. Les différences sont plus intéressantes.

A sa naissance socratique, la vertu ne signifiait pas la même chose. Pour les sophistes, maîtres du maniement du discours, est vertueux le citoyen qui gagne en prestige social, en pouvoir, et prospère par sa seule force de persuasion, à l’intérieur des lois qu’il s’interdit de changer par d’autres moyens que la voie du discours.
Pour Socrate, la vertu consiste, au contraire, à servir les intérêts de la Cité et non les siens propres et se mesure au Bien que l’on fait à la Cité et non aux biens que l’on amasse ni au prestige qui est une autre des satisfactions terrestres.
Platon proposait pour sa République que l’écart maximal admissible entre les richesses des citoyens soit de un à quatre, car un écart plus grand engendrerait déséquilibres et conflits. Platon était-il une torpille marxiste?
Entre l’ambition de penser le bien pour tous et, donc, la limitation des appétits de chacun et la réalité des lois qui permettent et organisent l’acquisition de la puissance sociale et de la richesse par quelques-uns, l’histoire concrète a tranché. Projeter le bien de tous, relèvera de l’Utopie.
Organiser l’ordre de la propriété, du prestige, de la richesse, du pouvoir, est le seul contenu de toutes les Constitutions connues. Celles des périodes démocratiques de la Grèce antique ne concernaient que les hommes libres, et plutôt que les hommes riches parmi eux qui avaient, à côté de l’éloquence sophiste, des moyens supplémentaires de persuasion. Elles ne concernaient pas les esclaves ni même les femmes libres.
Ces Constitutions démocratiques organisaient la pérennité de l’ordre de la classe des maîtres dont les membres s’engageaient à résoudre leurs différends par la voie du suffrage populaire obtenu par la voie de la persuasion. D’où l’importance de l’art oratoire compris comme capacité à défendre n’importe quelle thèse ou idée. Mais cela n’est possible que si ces membres prennent conscience qu’ils forment une classe sociale unie par les intérêts de chacun.

Bref, que cette classe passe de son statut de «classe en soi», sans conscience de ses intérêts et de son unité, au statut de «classe pour soi». Et donc d’accepter la limitation des convoitises de chacun des membres pour la survie de leur système.

La nouvelle Constitution ne déroge en aucun détail, à cette réalité générale. Elle a été préparée et discutée par les maîtres du moment. Exclusivement. Elle sera adoptée par deux assemblées acquises à ces maîtres du moment. Elle organise pour eux un exercice de la vertu politique : accéder au pouvoir, bénéficier du prestige, s’enrichir par leurs seules capacités à capter le suffrage des citoyens. Ils s’interdisent la violence, la rue, la ruse comme autre moyen. Et acceptent même de limiter les mandats autorisés pour la présidence.
Bref, ils n’auront plus besoin d’un arbitre, puisqu’ils promettent d’avoir une morale, une éthique politique. Avec l’aveu que les mandats prolongés du Président Bouteflika étaient nécessaires pour leur éviter une guerre de succession dont aucun n’était sûr de sortir vainqueur.

Ont-ils mûri aujourd’hui pour réaliser ce qu’ils ont échoué hier ? Et être capables de maîtriser leurs convoitises respectives pour accéder à l’idée, non du bien commun Algérie, mais juste de leur bien particulier ?

M.B.

source : http://www.impact24.info/constitution-promesses-impossibles/

Tag(s) : #Algérie politique, #luttes autour du pouvoir

 


 

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