MOHAMED BOUHAMIDI : LES AUTRES MORTS DE FANON

 
Les autres morts de Fanon.
 
 
Les autres morts de Fanon.

Par Mohamed Bouhamidi

In Impact24 le 06.03.2016 22:30

Au pays de la liberté d’expression, Libération et Valls peuvent faire taire les chercheurs en sciences sociales.
Et décorer, en même temps de la Légion d’honneur et des propres mains de F. Hollande, Mohammed ben Nayef Al Saoud, prince héritier d’Arabie saoudite, vice-président du Conseil des ministres et ministre de l’Intérieur.

Pour sa contribution à la lutte contre l’extrémisme.

Allez comprendre pourquoi ceux qui financent les dérives des banlieues sont honorés par Hollande quand, la veille, Valls et Libération interdisaient aux universitaires français de s’interroger sur l’islamophobie débridée dont, précisément, ce même prince devrait être la cible la plus légitime ?
Si des personnages devaient apporter la moindre légitimité à l’islamophobie, ce sont bien les princes saoudiens.

Quel est le point commun entre les idoles néocoloniales algériennes et les princes saoudiens objets des mêmes honneurs et des mêmes soutiens médiatiques et officiels français ?
Je veux dire, en dehors de leurs amitiés proclamées ou secrètes pour Israël ?
En une phrase, la nécessité de la reconquête coloniale en cette époque d’aggravation inédite de la crise économique de plus en plus profonde et de plus en plus répétitive.

Nécessité combinée à une impossibilité pour les anciens Etats coloniaux et pour les USA de reproduire le discours raciste d’antan.

Entre le Ku Klux Klan et notre époque, il y a eu Richard Wright, Césaire, Senghor, Sydney Bechet, Louis Armstrong, Cheïkh Anta Diop, les poings levés des athlètes noirs américains au Jeux Olympique de Mexico.
Il y a surtout Fanon, Martin Luther King, Mandela.
Et les Blacks Panthers.

Le racisme était devenu un problème de sécurité nationale pour les USA. Il ne pouvait plus survivre.
Mandela a achevé toute prétention à une suprématie blanche, même sur le plan de l’éthique du pouvoir.
Et pourtant, le discours soft de la reconquête ne pouvait tenir que dans les années de victoire euphorique post-mur de Berlin ; l’Impérialisme triomphant n’avait d’effort à faire que ses droits d’ingérence, ses devoirs de protéger, avec le plein exercice de ses « valeurs » sur les cadavres serbes, irakiens, libyens, syriens etc.
Pour faire accepter à leurs peuples l’idée du retour aux expéditions coloniales, il fallait revenir au discours raciste hard, mélange de clichés orientalistes, de périls imminents sur l’Occident, de nécessité de contenir une barbarie menaçante. Bref, de présenter le monde actuel en état de guerre raciale et/ou religieuse et les deux en même temps.

Les élites, les gouvernants, les intellectuels ne peuvent, quand même, pas assumer ce type de langage avec les données actuelles, y compris pour des raisons de gestion des communautés émigrées.
Il restait la possibilité de trouver des sbires indigènes pour reproduire ce langage, avec en prime, l’assurance de sa « vérité » puisque cela vient de chez nous.
Il ne s’agissait pas seulement de dégoûter notre jeunesse de nos indépendances et de la convaincre d’un retour colonial.

Il fallait surtout convaincre les opinions européennes de ces nouvelles expéditions militaires.
Les idoles néocoloniales sont d’abord des enjeux idéologiques internes à la France.
Il est interdit aux chercheurs français de penser ce nouveau racisme et son rapport avec la gestion des crises planétaires.

Et pour nous de nous interroger sur le compagnonnage historique, dans les honneurs, entre les idoles qu’on nous fabrique et les princes saoudiens.

Des Fanons qui vous décortiquent tout cela, sont désormais interdits de séjour. Un ami français m’écrivait qu’à cette allure, il nous faudrait créer un comité de défense de Fanon à titre posthume.
Saisissante image !

M. B

Source : http://www.impact24.info/autres-morts-de-fanon/

Tag(s) : #-reconquêtes néocoloniales, #-reconquête par la culture, #-néocolonialisme culturel, #-résistances culturelles


 

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