MOHAMED BOUHAMIDI : TERRES PROMISES ET METAMORPHOSES DU COLONISE

   Terres promises et métamorphoses du colonisé.

In Impact24 le 10.07.2016 21:00

Par Mohamed Bouhamidi

D’un seul trait Fanon a mis sous nos yeux, le contenu le plus décisif du complexe du colonisé : remplacer le colon et dormir dans son lit.

Allier revanche sexuelle et libération nationale, nous renvoie directement aux fantasmes coloniaux autant qu’aux fantasmes du colonisé.

C’est-à-dire aux contenus psychiques nés du rapport colonial dont la totalité embrasse et embrase les acteurs/antagonistes. Rapport de violence immédiate, globale et absolue sans aucune possibilité d’alternative. Les terribles massacres du 8 mai 1945 et leurs 45.000 morts n’ont laissé place qu’au trucage par l’administration coloniale des élections d’avril 1948 et de juin 1951. Violence en alternative à la violence.

Ce rapport ne peut pas se dissoudre ni se transformer. Il doit être brisé par et dans la violence. Le rapport colonial n’a pas de suite historique comme on peut imaginer une suite historique au capitalisme dans l’avènement socialiste ou comme le féodalisme européen a connu une suite historique dans le capitalisme.

La suite historique signifie que l’ordre nouveau est né de l’ordre ancien et en inclus des éléments métamorphosés en culture.

L’ordre colonial n’est gros d’aucun suite historique. Le centre capitaliste, la métropole colonisatrice peut se transformer mais pas ses possessions outre-mer.

Le colonisé ne peut naître à l’histoire que par l’anéantissement physique du colon. Le colon ne peut rester dans l’histoire que par l’anéantissement ontologique du colonisé, l’anéantissement de son constituant anthropologique : sa culture, ses mythes, sa structure sociale. Il est alors essentiel que tout cet ordre social, cette construction de la société indigène soit détruite par la destruction de sa pierre angulaire : le système de parenté et la forme de la famille.

Soit les deux éléments fondamentaux de la propriété en général, de la propriété des terres en particulier et de l’héritage et de la transmission des biens. si le colon gagne cette bataille, alors tout est en déshérence.

Autant le statut de la femme indigène devient fondamental dans l’annexion de la société vaincue, autant le colon développe la phobie de la puissance sexuelle du colonisé et de risque ontologique de perdre la bataille de la sexualité.

Le corps est bien sûr, dans ce rapport, le lieu et l’enjeu de la bataille. Couvert, découvert, disponible, voilé il est ouvertement associé à l’idée et au désir de possession.

Vous ne possédez rien de la terre ni du monde si n’en possédez pas les femmes. C’est la base même de la représentation mentale de la condition d’esclaves dès l’antiquité. Seuls les masques, les signes, les signifiants ont changé.

Les élites mondialisées en ont l’instinct le plus aiguisé. Renter dans l’ordre néocolonial, l’ordre de de la finance globalisée, signifier aux maîtres du monde qu’ils sont les vainqueurs acceptés, passe par l’annonce d’une disponibilité à changer le système de parente et la forme du mariage en reprenant intégralement le discours colonial sur l’enfermement de la femme indigène même si elle appartient à des sociétés où son corps est dévoilée et où elle joue un rôle social éminent dans la filiation la transmission des biens.

Ici, la réalité ne peut rien. Mais le discours fantasmatique non plus. C’est par l’impossibilité de la réalisation du fantasme que les idoles néocoloniales viennent de passer du signifié « femmes » au signifié terre.

B. Sensal et quelques autres ont franchi le pas : le colon a travaillé cette terre d’Algérie, lui seul la mérite. Le vocabulaire amoureux à l’appui.

C’est le grand signe que le discours à propos de la femme n’a pas réussi sa mission ni rempli son rôle.

Il faut donc passer aux choses sérieuses : la terre algérienne que les colons ont eu tort de ne pas transmettre à ceux qui les revendiquent comme parents naturels.

Elle re-devient Terra nullius ou mieux « terre promise » par le jeu de bonneteau (rey-rey) de quelques aspirants au statut d’idole néocoloniale.

Leur amour d’Israël n’est pas sans significations.

M. B

Source : http://www.impact24.info/terres-promises-metamorphoses-colonise/

Tag(s) : #-néocolonialisme culturel


 

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