MOHAMED BOUHAMIDI : UN FILM ALGERIEN EN ISRAËL

Un film algérien en Israël
 
 
Un film algérien en Israël 

Par Mohamed Bouhamidi le 27.09.2015 21:00

 

Cette fois, l’Algérie sera bien présente au festival de cinéma de Haïfa avec le film de Merzak Allouache, réalisé avec l’argent de l’Algérie, puisé dans le Fond de soutien au cinéma algérien. Cette fois, il n’y aura sûrement pas de retrait de dernière minute comme ce fut le cas, en mai 2015, avec Lyès Salem qui devait se rendre à Ashdod avec son film «El-Wahrani».

 

D’une part, Merzak Allouache a pris cette décision après la polémique qui a concerné Lyès Salem et celle qui s’est déroulée à propos de la présence algérienne à l’édition 2015 du festival réalisé en partenariat avec «Israël Film Fund» relevant du ministère israélien des A.E. Il mesure toute la portée de ses décisions, d’autant qu’il possède les fondamentaux pour cet exercice. D’autre part, l’opinion algérienne ignorait que Lyès Salem avait déposé une nouvelle demande de financement pour une autre coproduction algéro-française ; demande déjà acceptée, selon une source interne à la commission qui octroie les aides, malgré le scandale et malgré le risque de récidive.

Même ses sponsors français habituels auraient eu intérêt, alors, à ne pas gêner le bailleur de fonds algérien qui fait si bien leurs affaires.

Dont ils font, à leur tour, si bien les affaires.

 

Il faut maintenant lever le mystère de cette constance algérienne à financer des projets culturels qui sont pensés par des structures françaises.

 

Il faut aller chercher derrière le décor des déclarations ministérielles, là où le réseautage du secteur de la culture prend toute son expression.

 

Premièrement dans l’Accord algéro-français de coopération et de coproduction dans le domaine du cinéma (3). C’est un accord de mise sous tutelle de notre cinéma par les cercles français qui décident pour ce secteur. Critères techniques, commerciaux et esthétiques sont, dans cet accord ; une mise hors circuit de toute capacité algérienne à formuler des projets à partir de ses besoins. Mais c’est aussi une mise sous tutelle de l’Union Européenne.

 

Ces quelques lignes de cet accord ont tranché la question du cinéma dont nous avons besoin pour nos pédagogies, nos recherches, nos écoles, nos universités, notre patrimoine, la construction de notre mémoire et, surtout, pour nous dire, nous, à partir de notre seul regard et pour le libérer du complexe du colonisé et de la condition coloniale qui l’a perverti. Cet accord a déterritorialisé la vision et la perception du cinéma dans l’ensemble des cercles responsables de ce secteurs.

 

Les ministres qui ont succédé à K. Toumi, signataire de cet accord, ont pudiquement détourné les yeux de la source des problèmes.

 

Les cercles français ont en profité pour faire réaliser, avec notre argent, les films qui devaient désacraliser le 1er novembre, s’attaquer aux motivations des maquisards et les dévaloriser, montrer par leur destin postindépendance que la délinquance était dans l’œuf de l’insurrection.

 

L’accord n’a pas été un aveuglement généralisé des gouvernants algériens mais le reflet, dans le domaine de l’art, de son option pour une insertion dans la mondialisation, une dénationalisation de notre pensée et de notre regard.

 

Cet accord a été soutenu par le lobby souterrain des commissions algériennes qui décident des financements. Il a été soutenu par des cinéastes qui ont cru arrivée l’heure de leur consécration internationale et leur désenclavement d’un pays incapable de leur donner un statut et une visibilité mondiale.

 

Les sunlights ont été plus attractifs que l’idée de Nation.

 

Le gouvernement, lui, a gagné une sous-traitance française qui lui évite de s’attaquer lui-même au 1er novembre et à son pacte de solidarité et de fraternité qui le gêne dans son opération de hold-up sur la richesse nationale.

 

Merzak Allouache a le droit d’aller où il veut et de réaliser les films qu’il veut.

 

Le gouvernement n’a pas le droit de faire ce qu’il veut avec un argent qui, légalement, n’est pas le sien mais le nôtre.

 

M.B

 

 

1-http://www1.alliancefr.com/actualites/israel-cinema-31eme-edition-du-festival-international-du-film-a-haifa-6025867


2- http://www.algerie-focus.com/blog/2015/05/participation-du-film-loranais-a-un-festival-israelien-lyes-salem-realisateur-jai-ete-naif/

3- http://www.euromedaudiovisuel.net/Files/2010/03/26/1269563837380.pdf?1269563850030

Source : http://www.impact24.info/un-film-algerien-en-israel/



 

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