TALEB ABDERRAHMANE, UN LIVRE DANS LA RESISTANCE CULTURELLE

Taleb Abderrahmane, un livre dans la résistance culturelle
 
Taleb Abderrahmane, un livre dans la résistance culturelle 

Par Mohamed Bouhamidi.

In Impact24 le 15.11.2015 22:30

En avril 2013, date de parution, aux Editions APIC, du livre

de Mohamed Rebah, «Taleb Abderrahmane guillotiné le 24 avril 1958», peu de gens auraient parié sur les effets pratiques qu’il allait engendrer.

Mon propre enthousiasme pour ce livre, relevait de bien d’autres raisons. D’abord, bien sûr pour le texte lui-même, son style, son souci de simple vérité historique, la force du rendu d’un «esprit de l’époque» chez les simples gens de notre peuple.

 
Mais, surtout pour la vérité historique qui s’en dégageait ; celle d’une lutte de libération portée par notre peuple et aussi de notre société.

Avec les valeurs, les représentations, la construction d’une morale de lutte et de résistance.

Je me demandais, depuis longtemps, quand sortirait un film, un livre, un poème, une chanson qui nous relieraient à cet «esprit de cette époque», nous renoueraient à la trame que nos ancêtres ont tissée pour notre être.

Le livre de Mohamed Rebah n’a pas produit cet effet par simple mécanique. Des dizaines de rencontres ont eu lieu avec des tous petits enfants d’écoles primaires, d’élèves des collèges, des usagers des centres culturels, de lecteurs venus pour une dédicace ou autour de la tombe du martyr au cimetière d’El Alia.

Je retiens une émotion particulière de la rencontre au Centre Culturel Mustapha Kateb, au cours de laquelle s’est exprimé le regret que le cercle Taleb Abderrahmane soit fermé depuis des années sous des couches de poussières et d’oubli.

Etaient présentes, ce jour-là, Zoulikha Bekadour, Hassiba Oldache, Louisa Ighilariz, Salima Bouaziz Sahraoui, Ouahiba Medjaoui, militantes de la libération nationale et de nombreuses autres femmes.

Mohamed Rebah écrira une lettre pour alerter sur l’état de ce lieu.

Il entreprit les démarches qui lui semblaient nécessaires.

Il continua surtout à faire connaître l’importance de Taleb Abderrahmane dans la bataille d’Alger, son courage exemplaire mais surtout la force morale de militant, son attitude devant les tribunaux.

Bref, il fit le nécessaire pour qu’apparaisse clairement le caractère hautement symbolique du parcours de cet homme exceptionnel.

Il a réussi à émouvoir, car un symbole, c’est cette autre moitié de nous-mêmes qui nous donne sens et identité.

Qui nous raconte le chemin des retrouvailles avec nous-mêmes. Avec notre être. C’est à dire la réalité belle et gratifiante que nous imaginons et rêvons de l’histoire léguée par les ancêtres ou les aînés.

Qui est la preuve, en nous restituant sens et identité, que nous avons vaincu l’aliénation et retrouvé les chemins autonomes de notre destin.

C’était le besoin profond de tout ce qui restait d’authentiques chez les élus, les administratifs, les militants et anciens moudjahidine de base qui ont ressenti, alors, combien ce symbole était le sens nécessaire à la grandeur de leur combat.

Le jeudi 12 novembre 2015, restauré, le Cercle Taleb Abderrahmane des étudiants algériens a été rouvert.

En 1930, dans l’euphorie des fêtes du centenaire et de la croyance à une Algérie éternellement française, ce local devenait le rendez-vous de la jeunesse étudiante pied-noir, avec tout ce qu’elle avait d’idéologie coloniale et de racisme institutionnel dans la tête. Ce lieu s’appellera l’Otomatic

Pendant notre Guerre de libération, il se transformera quartier général pour l’Algérie française, mêlant étudiants, soldats et parachutistes.

En réponse à l’attentat extrêmement meurtrier de la rue de Thèbes en pleine Casbah, perpétré par les ultras de l’Algérie française, premier attentat à viser spécialement des civils, Danièle Minne, 17 ans, combattante FLN, déposera une bombe dans le lieu.

La bombe a été fabriquée par Taleb Abderrahmane, né en 1930, l’année de l’euphorie coloniale.

Bref, le lieu est surchargé d’histoire, de sens, de symbolisme.

Tellement chargé que l’UGEMA, organisation des étudiants algériens, n’aura pas eu besoin de réfléchir pour renommer le lieu Cercle Taleb Abderrahmane.

Comme on lève le drapeau, symbole vainqueur, sur le champ de bataille.

Comme on vient de relever le combat pour notre mémoire.

M.B.

source : http://www.impact24.info/taleb-abderrahmane-un-livre-dans-la-resistance-culturelle/

Tag(s) : #Guerre d'Algérie, #résistances culturelles


 

 

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