AMERIQUE LATINE EN RESISTANCE : DE CRISE EN CRISE AU PEROU

tourtaux-jacques Par Le 03/05/2022 0

Dans Amérique

Amérique Latine en Résistance : De crise en crise au Pérou

 

03 Mai 2022

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Éditorial / Castillo sur la brèche

 

Le président péruvien Pedro Castillo est toujours sur la corde raide. Outre les attaques constantes de la droite, l’ancien enseignant et dirigeant syndical fait également face à une réalité sociale complexe.

Le pays andin subit l’impact du conflit en Ukraine avec l’augmentation du prix des carburants et des engrais et les conséquences ne se sont pas faites attendre.

Les routiers ont convoqué une grève nationale qui dure depuis la fin mars pour protester contre la hausse des prix du carburant. Les protestations se sont atténuées lorsque le président a annoncé l’exonération de l’Impôt Sélectif sur la Consommation de carburants à indice d’octanes 84 et 90 et le pétrole, mesure qui a eu pour effet une baisse immédiate des prix.

Cependant, quelques jours plus tard, les manifestants ont repris leurs revendications et bloqué les routes dans diverses régions du pays. A la suite de quoi, la plupart des syndicats de transporteurs ont pris leurs distances par rapport à ces actions, les jugeant violentes.

Néanmoins, ces manifestations ont fait au moins quatre morts à Huancayo. À cet égard, le ministre de la Défense, José Luis Gavidia, a déclaré que les décès n’étaient pas dus à l’action de la police mais qu’ils étaient la conséquence des blocages eux-mêmes.

L’instabilité ayant également atteint les villes, le président Pedro Castillo a réagi à la hâte et décrété un ensemble de mesures répressives à Lima et Callao notamment un couvre-feu et une suspension des droits.

Suite à cela, les partis sociaux-démocrates qui dirigent le Congrès et dont les abstentions constituent le soutien institutionnel du gouvernement, se sont alignés contre le président. Les mesures ont également suscité un rejet généralisé, avec des manifestations dans les rues obligeant le gouvernement à faire marche arrière immédiatement et à annuler ces mesures.

Ce revers a réussi à réduire les tensions dans les régions concernées. Mais les quartiers hauts et moyens de Lima ont profité de cette vague pour organiser des “casserolades” et appeler à des mobilisations, où il y a eu des affrontements avec la police, des incendies de postes de garde, des pillages et des attaques contre des biens publics.

Dans le même temps, le Congrès péruvien a approuvé un document non contraignant qui exhorte le président à démissionner de ses fonctions. De même, la troisième vice-présidente du Congrès péruvien, Patricia Chirinos, a déposé une nouvelle plainte constitutionnelle contre Castillo pour avoir prétendument violé la Constitution en décrétant un couvre-feu. La majorité de l’opposition demande la destitution et l’inhabilité de Castillo à exercer des fonctions publiques pendant 10 ans.

Dans ce contexte, il y a également eu des manifestations en faveur du gouvernement. Le président, qui a pris ses fonctions le 28 juillet, a appelé à respecter le vote du peuple, lequel à son tour, a-t-il dit, appelle au « respect de la démocratie et au maintien de la gouvernabilité ».

Castillo a critiqué ce qu’il qualifie d’affrontements et de confrontations inutiles qui l’ont empêché d’avancer dans la résolution des principaux problèmes qui affligent le pays. « Nous avons perdu des mois entre motions de vacance, fermeture du Congrès, interpellations, censures », a-t-il affirmé, rappelant que son gouvernement proposait dès le début de mettre « l’agenda du pays » au-dessus de tout et d’écouter la demande populaire.

Face au scénario d’instabilité, le président péruvien a décidé de passer à l’offensive et de dépoussiérer l’une de ses principales promesses de campagne : tenir une Assemblée Constituante pour réécrire la Constitution du pays.

Dans un projet envoyé pour être discuté au Congrès, Castillo voudrait que ce soit les électeurs péruviens qui décident lors du prochain rendez-vous électoral, les élections régionales et municipales d’octobre, s’ils approuvent la formation d’une Assemblée Constituante.

Les chefs de l’opposition et les grands médias ont immédiatement réagi en déclarant qu’une nouvelle Constitution « n’est pas une priorité ».

Cependant, ce n’est pas un hasard si cela a été l’un des principaux étendards de la campagne présidentielle de Castillo. L’instabilité constante du pays a généré un rejet généralisé de la part des leaderships actuels, et une nouvelle Constitution pourrait permettre la création d’une nouvelle architecture politique avec une plus grande participation depuis le bas de l’échelle.

Pour Castillo, ce pourrait être un tournant dans sa présidence. Les 10 premiers mois de son mandat ont été marqués par des renonciations constantes et des concessions à ses ennemis, en abandonnant des priorités telle que la renégociation avec les multinationales et en changeant constamment de cabinet.

La leçon que l’on pourrait tirer des 20 dernières années sur le continent, et bien au-delà, est qu’aucun compromis n’apaisera la haine de classe des élites. Les projets politiques, s’ils se veulent véritablement transformateurs, devront à un moment donné imposer leurs principes. Dans le cas contraire, ils perdront leur base de soutien et disparaîtront d’une manière ou d’une autre. La balle est dans le camp de Pedro Castillo.

https://www.investigaction.net/fr/amerique-latine-en-resistance-crise-politique-au-perou/

 

 
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