BRESIL : LA FIN DE BOLSONARO ?

tourtaux-jacques Par Le 21/10/2021 0

Dans BRESIL

Amérique Latine en Résistance : La fin de Bolsonaro ?

 

20 Sep 2021

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Éditorial / Chaos et élections au Brésil

 

président du Brésil, Jair Bolsonaro, tente de calmer les ardeurs de ses partisans, qui ont mené il y a quelques jours des actions violentes contre la Cour Fédérale Suprême (Supremo Tribunal Federal ou STF) et le Congrès de leur pays.

« Certains veulent que j’aille massacrer tout le monde », a déclaré Bolsonaro en faisant référence aux groupes d’extrême droite qui le qualifient désormais de « traître » et proposent de mettre sur pied une grève nationale pour dissoudre le Congrès et révoquer les magistrats.

Ainsi, les a-t-il appelés à retrouver  » le calme » car « on ne peut pas tout faire ou ne rien faire du tout »; en même temps, il réitéra sa demande d’arrêter les « manifestations » et d’éviter de compliquer davantage la situation de « l’économie brésilienne » car les conséquences seraient « très graves pour tout le monde ».

Cependant, ces protestations ont été encouragées par Bolsonaro lui-même; celui-ci se trouve désormLeais sur la dernière ligne droite de son mandat, désespéré par la forte impopularité qu’il a engrangée du fait de sa gestion catastrophique de la crise sanitaire générée par le Covid-19. Le pays frôle les 600 mille morts, alors que le programme néolibéral du « Chicago boy » Paulo Guedes n’a fait que générer plus de pauvreté et d’inégalités.

De plus, l’actuel président se sent menacé par l’ancien président Lula da Silva, qui pourrait finir par être le candidat d’un consensus à la fois de la gauche et du centre aux élections présidentielles qui se tiendront en 2022.

De fait, certains organismes de sondage, comme l’institut Ipec, donnent déjà la victoire à Lula, qui obtiendrait près du double d’intentions de vote que Bolsonaro. C’est la raison pour laquelle Bolsonaro a dirigé ses attaques contre le système électoral brésilien, qui lui avait pourtant permis de gagner il y a trois ans, en affirmant qu’il n’est plus fiable. Il a donc essayé de le réformer, mais le Congrès l’en a récemment empêché.

Par ailleurs, dans son combat contre certains juges, il a déclaré qu’il n’obéirait pas aux décisions du STF. Bolsonaro a constamment besoin de créer des antagonistes, des figures ou des organes qui représenteraient des pouvoirs occultes, réels ou imaginaires qu’il faut vaincre.

Il convient de noter que le STF mène cinq enquêtes l’impliquant lui-même, ainsi que ses enfants et ses partisans dans des infractions pénales présumées de différents types. De même, le Tribunal suprême électoral a en charge deux autres enquêtes à son encontre.

D’autre part, le vice-président et général brésilien, Hamilton Mourão, a exprimé des désaccords ouverts avec Bolsonaro tout au long de leur gestion commune. Ce fut également le cas avec d’autres hauts fonctionnaires. C’est-à-dire qu’il semble que tout le monde s’oppose à Bolsonaro, à la fois l’establishment de centre-droit et la gauche électorale. Son projet ne dispose donc que d’une seule et dernière carte: les militaires.

Dans ses derniers discours, Bolsonaro laisse entendre que c’est une carte qu’il va jouer: ignorer les décisions de justice ou le résultat électoral, mais il demeurera au pouvoir. Chose qu’il ne pourrait faire qu’avec l’appui de l’armée.

Devant cette situation, Lula a averti que Bolsonaro ne peut plus être considéré comme « un homme politique de droite » et qu’il est comparable aux dirigeants fascistes européens tels qu’Adolf Hitler et Benito Mussolini.

La proximité de celui-ci avec des personnalités influentes autour de l’ancien président américain Donald Trump, comme le stratège Steve Bannon, permet également d’anticiper des scénarios semblables au chaos provoqué au Capitole à Washington DC le 6 janvier dernier.

Plus les élections approchent, plus le leader de droite aura intérêt à créer des scénarios de chaos et d’instabilité dans le pays. Il tentera de dévier le débat vers des questions secondaires qui détournent l’attention de la pandémie et de l’économie. Son comportement devient de plus en plus imprévisible au fur et à mesure que le scénario de défaite devient probable.

Pour Lula, pour le Parti des travailleurs et l’opposition en général, il semble que la voie à suivre soit simplement de maintenir le cap actuel et de laisser Bolsonaro se brûler les ailes à force de jeter de l’huile le feu. Les défis viendraient une fois de retour au pouvoir, dans un contexte économique très compliqué.

Cependant, si Bolsonaro parvient à réduire son retard dans les sondages d’opinion, les défis seront bien réels. En 2018, Fernando Haddad, le candidat de l’époque, et son équipe avaient choisi d’échanger les revendications d’un projet de gauche en faveur de la grande majorité de la population, contre une très vague défense de la « démocratie » et du statu quo. Le résultat fut qu’une bonne partie des classes populaires choisirent de voter pour « l’outsider ».

Partout dans le monde, bien que dans des contextes très différents, la stratégie consistant à se rapprocher du centre n’a pas réussi à stopper l’avancée de l’extrême droite. Bien au contraire, et pas seulement dans le cadre de contextes électoraux. Le Brésil est désormais le nouveau champ de cette bataille qui continue.

https://www.investigaction.net/fr/amerique-latine-en-resistance-la-fin-de-bolsonaro/

 
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