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L’Express Moscou-Beijing au départ


De la conférence de Bretton Woods du 1er au 22 juillet 1944 au sommet OCS-BRICS à Oufa du 6 au 10 juillet 2015


Par Jeff J. Brown – Le 2 août 2015 – Source thesaker.is le 4 aout 2015.

Les livres d’histoire de nos petits enfants feront référence à ces deux événements internationaux, Bretton Woods et Oufa, comme étant des tournants dans l’organisation géopolitique mondiale de l’après-guerre. Cela, bien sûr, si le colonialisme occidental ne pousse pas l’humanité à la catastrophe, dans une tentative désespérée de sauver son empire fasciste au moyen d’une troisième guerre mondiale.

 

À l’hôtel Mount Washington à Bretton Woods, dans le New Hampshire, 730 délégués venant de 44 pays occidentaux alliés se réunirent pour trois semaines, du 1er au 22 juillet 1944. La Chine et l’URSS étaient représentées, mais seulement par une personne physique. La Seconde Guerre mondiale n’était pas terminée. Il faudra encore dix mois avant que l’armée Rouge ne pénètre à Berlin, détruisant la Wehrmacht nazie, le 9 mai 1945. L’armée Rouge chinoise fera de même avec l’armée impériale japonaise, tout en expulsant les colons occidentaux et leurs alliés du Kouo-Min-Tang, le 3 septembre 1945.

Ces deux pays communistes auront perdu pas moins de 40 millions de leurs citoyens dans leurs guerres pour vaincre le fascisme mondial. Le Royaume-Uni et les États-Unis ont chacun perdu environ 400 000 hommes, donc un total de 800 000. Cela ne représente que 2% du sacrifice russe et chinois.

Et pourtant, Bretton Woods fut essentiellement une affaire anglo-saxonne, avec les deux principaux rentiers du colonialisme occidental, le Royaume-Uni et les États–Unis, présidant la table ronde. Les 42 autres délégués étaient surtout là pour la cérémonie et les photos. Le Royaume-Uni voulait avant tout garder la mainmise sur le système bancaire occidental (la City de Londres) et aussi garder intacte la Banque des règlements internationaux (BRI), qui avait collaboré avec les nazis. Malgré ses racines fascistes, elle est encore en activité de nos jours. Les Américains voulaient un commerce sans barrière, se sachant les rois de la production industrielle, maintenant que l’infrastructure européenne et japonaise était détruite par la guerre. Bien sûr, l’Oncle Sam obtint ce qu’il désirait. Les importations de matières premières bon marché, payées en dollar, entrèrent alors que sortaient des produits finis chers, payés en dollars, et au travers de banques occidentales. Le dollar fut institué monnaie commerciale internationale, le FMI et la Banque internationale de reconstruction et de développement (BIRD) furent crées, cette dernière devenant, plus tard, la Banque mondiale, sous contrôle américain.

Israël fut imposé au monde musulman. Il incarne le diable islamophobe de l’Occident, un Quasimodo grotesque aidant l’Empire à commettre des actes terroristes, des opérations sous fausse bannière et des génocides, non seulement au Moyen-Orient, mais sur toute la planète. Israël est un outil de l’impérialisme, un mercenaire stipendié.

Comme nous le savons, cette organisation géopolitique mondiale fut un paravent pour la poursuite du colonialisme occidental, utilisant des institutions légales, des lois, la finance, les banques, la dette et les taxes douanières, tout cela avec le soutien de républiques bananières, dont beaucoup étaient militairement occupées. Encore maintenant, ces armes de domination économique continuent à pomper les richesses et les ressources naturelles du monde en développement, comme le fait l’Occident depuis 1492, quand Christophe Colomb mit le pied sur la terre américaine. Le fait que ce grand explorateur européen fut directement responsable du meurtre de 500 000 indigènes indiens et qu’il y ait un jour férié en son honneur, nous en dit beaucoup sur la légende orwellienne du progrès occidental. (1)

Bien sûr, l’Occident nous a donné Mozart et la pénicilline. Mais pour la morale de la majorité du monde, les 85% de l’humanité qui ne sont pas de peau blanche et catholiques-protestants-juifs de l’Eurangloland, cela a toujours été un sacrifice faustien de proportions inacceptables. Si l’on additionnait les meurtres causés par l’empire Occidental du nouveau et de l’ancien monde, le chiffre de 2 000 000 000 – oui, M pour milliards – vous sauterait aux yeux, même s’il ne vous sera jamais présenté ainsi en-deçà de la Grande barrière médiatique occidentale. (2)

Tel est donc cet ordre mondial datant de Bretton Woods, style 1%-99%, dans lequel l’humanité souffre beaucoup. En quelle proportion? Ce graphique vous en donnera une petite idée.

Image de Pinterest

C’est ce que l’empire Occidental a semé. Une large majorité des gens les plus riches du monde sont occidentaux, ceux dans le premier 1/5e (20%). Si vous prenez ces 20% et que vous les redivisez en cinq parties, cela redonnera les mêmes divisions inégalitaires. Reprenez encore les 20% en haut de cette nouvelle pyramide et redivisez en cinq et, de nouveau, vous obtenez le même graphe. Et ainsi de suite. Vous arrivez finalement aux 1% de Bretton Woods, une petite centaine de familles possédant la vaste majorité des richesses mondiales. Ils viennent quasiment tous d’Eurangloland. Dans les faits, Bretton Woods a crée un monde ou 85 familles sont aussi riches que les 3 milliards d’habitants les plus pauvres de la planète. Il est temps que cela change, radicalement (3).

A Oufa, en Russie, du 6 au 10 juillet 2015, s’est tenu un autre sommet international, appelé OCS-BRICS. OCS est l’acronyme d’Organisation de coopération de Shanghai, organisation de nature essentiellement stratégique. Elle fut mise en place par la Chine. BRICS est une organisation dont la mission est de nature plus économique et financière, qui réunit le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. Quinze chefs d’État ont participé à ce sommet d’Oufa. En voici la liste :

Afghanistan
Biélorussie
Brésil
Chine
Inde
Iran
Kazakhstan
Kirghizstan
Mongolie
Pakistan
Russie
Afrique du Sud
Tadjikistan
Turkménistan
Ouzbékistan

Mais aussi des dizaines de hauts représentants de trois autres coalitions anti- occidentales y participèrent : l’Union économique eurasienne (UEE), la Communauté des États indépendants (CEI) et l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC). Ces trois organisations sont menées par la Russie et, ensemble, recoupent les frontières géographiques de l’ancienne URSS, sauf l’Europe de l’Est, la Géorgie et la partie occidentale de l’Ukraine.

En tout, 10 000 citoyens de ces pays vinrent participer à l’histoire en marche. Voici la carte qui représente tous les membres, ceux qui aspirent à être membre dans l’une de ces organisations ainsi que l’alliance latino américaine, l’ALBA, qui regroupe les pays anti-occidentaux d’Amérique du Sud.

Cette carte est parlante. Je ne pense pas que quiconque qui aurait participé à Bretton Woods, en 1944, aurait pu imaginer une telle carte. Du point de vue occidental, cela ne devait pas tourner ainsi. Mais c’est une carte des pays rêvant d’un XXIe siècle différent, plus coopératif, moins prédateur. Et pour que cela arrive, la planète Terre doit être beaucoup, beaucoup, plus équitable. Est-ce que ces pays et leurs peuples pourront créer un monde plus égalitaire pour toute l’humanité? Pourront-ils vraiment aplanir le graphique des richesses présenté ci-dessus? A la fin du XXIe siècle, cela sera la preuve de leur réussite ou de leur échec, surtout dans un monde aux ressources déclinantes et au réchauffement en augmentation.

Ces ambitieux pays sont organisés en six sous-groupes régionaux ou globaux : ALBA, BRICS, CEI, OTSC, OCS et EUU. L’Empire occidental est en train de créer des turbulences géopolitiques contre eux, ce qui ne fera que les rapprocher encore plus. Je vais leur donner un nouveau nom collectif : les Anti-Occident.

D’autres pays, comme l’Argentine ou l’Érythrée, seront sans doute attirés dans cette sphère car ils sont déjà, politiquement et économiquement, anti-occidentaux. La pauvre Grèce devrait aussi y adhérer si elle pouvait se libérer des chaînes occidentales en train de l’asphyxier. Puis l’Afrique, le grand continent. Il est encore largement confiné au chaos, à l’exploitation et à la servitude par l’Eurangloland. Ayant vécu et travaillé là bas pendant dix ans, je suis de tout cœur avec eux.

À Oufa, les deux principaux dirigeants de ces groupes, les présidents Vladimir Poutine de Russie et Xi Jiping de Chine étaient au charbon vingt heures par jour, comme beaucoup d’autres chefs d’État et aides de camp. On les voyait parfois fatigués, raides et un peu hagards. Au fur et à mesure des réunions, on les sentait marcher sur des œufs. Ce ne sont pas des surhommes. En regardant des vidéos des diverses réunions, il est évident qu’eux et les autres dirigeants pouvaient ressentir le moment historique qu’ils étaient en train de vivre. La pression devait être énorme. Tous les participants savaient contre quoi se dressait le sommet d’Oufa ; l’empire Occidental, le colonialisme, le fascisme et la guerre. Ce sommet fut vraiment un appel global à la révolution pour abattre la dictature de Bretton Woods et mettre en place un authentique nouvel ordre mondial.

Xi et Poutine étaient en bonne compagnie. Dans de nombreuses vidéos et photos, Xi est entouré de son ministre des Affaires étrangères et de son conseiller à la Sécurité nationale, Yang Jiechi, deux des plus grands esprits géopolitiques mondiaux. Ils sont assis là, immobiles, écoutant passivement. Et, doux comme la soie, hyper diplomate, le ministre russe des affaires étrangères Sergei Lavrov, dans le dos de Poutine, prenant des notes et lisant les mémos. Je dois reconnaitre que les présidents Rousseff, Zuma et le premier ministre Modi avaient aussi amené avec eux des équipes impressionnantes, comme tous les autres pays. Espérons-le, car l’Empire occidental en veut à tous ces personnages comme à tous les trésors, humains et naturels, de ces pays.

Il y eut trop de réunions à Oufa pour pouvoir les compter. La plus importante, et la plus longue, fut celle ou le président Poutine amena face à face les Premiers ministres indien et pakistanais, Narendra Modi et Nawaz Sharif, pour résoudre les disputes frontalières entre ces deux pays, concoctées par l’administration coloniale anglaise avant de quitter le pays, comme avec la Chine à propos des régions Jammu-Cachemire-Aksai Chin, et qui bloquent l’intégration totale du continent asiatique. Ce problème est comme un cancer colonial, niché au cœur des espoirs et des rêves pan-asiatiques. Il doit absolument être résolu.

Ces trois pays ont chacun une grande armée, un esprit nationaliste affirmé et possèdent l’arme nucléaire. Trois religions se font face : l’islam, l’hindouisme et le bouddhisme. Ces trois pays qui ont connu des guerres frontalières, dépensé des milliards, gardent un nombre inconnu de divisions face à face sur ces points chauds avec tous les risques que cela implique. Cette inanité d’inspiration coloniale est comme un mauvais scénario mais pourtant pas de la fiction.

Le Pakistan, l’Inde et la Chine ont donc besoin d’un médiateur de leur niveau, informé et diplomate, pour résoudre ce nœud gordien du XXe siècle et la Russie est le seul pays pouvant remplir ce rôle.

C’est ce qu’elle fit. Grâce à l’arbitre russe, Modi et Sharif sortirent de la réunion avec une initiative en cinq points et Modi accepta une invitation à visiter le Pakistan l’année prochaine. Plus tôt dans l’année Modi et Xi avaient déjà mis en place les fondements d’une réconciliation frontalière. La Chine et le Pakistan entretiennent déjà de bonnes relations. La Russie et la Chine sont d’anciens frères d’armes communistes. Et la Russie entretient d’excellentes relations avec tout ce monde. Espérons que le sommet d’Oufa sera rétrospectivement vu comme un catalyseur de la résolution des conflits frontaliers, ouvrant la voie à une intégration trans-asiatique totale.

Le président Poutine, le ministre Lavrov et leur talentueuse équipe doivent donc achever l’exploit diplomatique du XXIsiècle. Mais attention, cela sera vraiment très dur. Le fantôme colonial britannique est à l’affût. L’Eurangloland sait que cette dispute frontalière tripartite est le point faible des espoirs de libération anti-occidental. Il va donc utiliser à plein pot ses techniques de trahison sanglantes : division et conquête, corruption, propagande, opérations psychologiques et secrètes, fausses bannières et cinquième colonne, jusqu’à la guerre, pour être sûrs que cela échoue.

Soixante et onze ans après Bretton Woods, l’Anti-Occident est poussé par les vents de l’histoire, gonflant la voile du sommet révolutionnaire d’Oufa et le poussant vers un nouveau siècle chargé d’espoir. Espérons que les viles machinations d’Eurangloland ne fassent que raffermir la détermination de tous pour que l’humanité puisse vivre une paix et une prospérité partagées pour la première fois depuis cinq cents ans.

Jeff J. Brown

PS : Alors que ce sommet d’Oufa fut complètement passé sous silence au-delà de la Grande barrière médiatique occidentale, Pékin a montré son originalité et sa bonne humeur pour informer ses 1,3 milliards de citoyens à propos de ce sommet en réalisant ce dessin animé qui fut même traduit en anglais.

PPS : Les dirigeants du G20, du moins ceux qui ont participé à ce sommet, ont annoncé dans leur conférence de presse de clôture qu’ils continueraient le dialogue amorcé à Oufa durant la prochaine réunion du G20 qui doit se tenir en Turquie en novembre 2015. Encore un coup porté à la dictature de Bretton woods.

PPPS : Lire la déclaration d’Oufa (en anglais), le plan d’action et la conférence de presse de Poutine

  1. Le professeur d’histoire américain David Stannard a écrit dans American Holocaust (Oxford press, 1992) que «plus de 100 millions d’Indiens d’Amérique furent tués» et que «Christoph Colomb en a personnellement tué un demi million». Bien sûr, vous n’aurez jamais accès a ce genre d’information derrière la Grande barrière médiatique, mais ces chiffres furent pleinement confirmés par un autre chercheur, Russell Thorton, dans son étude intitulée Holocauste et survie des indiens d’Amérique : Histoire de cette population depuis 1492 (University of Oklahoma press, 1990)

  2. https://sites.google.com/site/censorshipbythebbc/bbc-censors-indian

  3. http://www.theatlantic.com/business/archive/2014/01/the-worlds-85-richest-people-are-as-wealthy-as-the-poorest-3-billion/283206/

Traduit par Wayan, relu par jj et Diane pour le Saker Francophone

 

 
 
 

 

 
 
 

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