AMERIQUE LATINE EN RESISTANCE : LA COLOMBIE A LA CROISEE DES CHEMINS

tourtaux-jacques Par Le 18/06/2022 0

Dans Colombie

Amérique Latine en Résistance: La Colombie à la croisée des chemins

 

18 Juin 2022

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Éditorial / Enfin à gauche ?

 

Le nom du futur président de la Colombie sera connu lors du second tour des élections prévu pour le 19 juin, les deux candidats retenus lors du premier tour étant le gauchiste Gustavo Petro et le « populiste » Rodolfo Hernández. Le 29 mai, Petro avait obtenu 8 527 768 voix, soit 40,32 %, mais pas assez pour remporter la présidence dès le premier tour, principal objectif de sa coalition Pacte Historique (Pacto Histórico).

Petro a souligné que sa victoire constitue une défaite de l’Uribisme[1] en général et du projet politique du président Iván Duque en particulier. Iván Duque qui d’ailleurs n’a pas réussi à positionner son candidat (Fico Gutiérrez) au second tour tout en promettant « un vrai changement » face aux éléments de langage dont use Rodolfo Hernandez sur TikTok.

En effet, depuis 2002, c’est la première fois qu’un candidat de l’Uribisme n’atteint pas le second tour présidentiel. Mais qui est donc Hernandez ?

Il s’agit d’un ingénieur de 77 ans, ancien maire de Bucaramanga, cinquième ville du pays, qui s’est présenté comme candidat indépendant pour la Ligue des Gouverneurs Anticorruption (Liga de Gobernantes Anticorrupción), mouvement qu’il a lui-même créé. Il a surpris tout le monde en remportant 5,9 millions de voix (28,20%) et semble convaincu de ses possibilités d’accéder à la présidence.

C’est un homme riche, sa fortune ayant été amassée il y a longtemps dans le monde de la construction, ce qui lui a permis d’entrer en politique à travers un mouvement indépendant sans avoir besoin de l’appui des clans politiques qui cooptent tout et sans attendre de recevoir la bénédiction d’un ex-président.

Depuis qu’il a lancé sa campagne présidentielle, il en a surpris plus d’un par sa grande maîtrise des réseaux sociaux, notamment Tiktok. Les analystes ont invoqué des similitudes avec des candidats « outsiders » tels que Trump, Bolsonaro ou Bukele.

Alors que Petro montait sur les tribunes, remplissait toutes les places de Colombie et ouvrait partout des QG de campagne, Hernández a réussi à occuper la deuxième place presque sans avoir quitté sa maison : il n’a fait aucune apparition publique, il ne se présentait pas aux débats présidentiels, il n’a pas non plus de siège ni de directeur de campagne. D’ailleurs, il a passé une bonne partie de son temps, avant le second tour décisif… à Miami.

Sans surprise, les Uribistes voteront massivement pour Hernández lors du second tour. Le candidat des secteurs conservateurs traditionnels, Fico Gutiérrez, a souligné que Petro serait « un danger pour la démocratie ».

Les premiers sondages réalisés après le premier tour ont favorisé Hernández, mais au fil des jours, la marge s’est évaporée. Les études les plus récentes placent les deux candidats à égalité technique, avec des avantages minimes pour l’un comme pour l’autre. Les derniers jours de campagne seront décisifs.

Á ce stade, Hernández et Petro ne vont plus « voler » beaucoup de voix au camp adverse, mais il y a une grande partie de l’électorat (46%) qui s’est abstenue au premier tour. Bien que ce nombre ne devrait pas beaucoup changer, les sondages montrent un pourcentage important de personnes encore indécises. La campagne du second tour a été quelque peu « inconfortable » pour les deux adversaires. Si Hernández se présente comme un « candidat anti-système », ces références deviennent moins évidentes après avoir reçu le soutien des partisans de l’Uribisme, courant qui a effectivement représenté « le système » au cours des 20 dernières années.

La campagne est également devenue moins évidente pour Petro. Le candidat de gauche était fin prêt pour vaincre le candidat de l’Uribisme, mais ce dernier a été eliminé dès le premier tour.

Avec un message de changement qui devient moins évident face à un opposant (qui se déclare) « outsider », l’ex-guérillero n’a pas cédé à la tentation d’aller chercher des votes vers le centre. L’élection brésilienne de 2018 constitue un parallèle intéressant dans la mesure où la campagne de Haddad a renoncé à son identité et à sa proximité avec Lula optant pour une « défense de la démocratie » très peu inspirante contre Bolsonaro.

Au lieu de cela, Petro et sa candidate à la vice-présidence Francia Márquez ont concentré leurs activités et leur message sur les bases du projet politique du Pacte Historique; de meilleures conditions de vie pour la population active et les retraités, le soutien à l’agriculture, la défense de l’environnement et surtout l’arrêt des violences.

La propagande dans les médias colombiens et internationaux est une preuve suffisante de la menace posée par le duo Petro-Márquez. Il ne fait aucun doute qu’une victoire de la gauche porterait un sérieux coup à l’hégémonie américaine dans l’hémisphère. Tous les regards sont tournés vers la Colombie.

[1] En référence à l’ancien président colombien Álvaro Uribe Vélez

https://www.investigaction.net/fr/amerique-latine-en-resistance-la-colombie-a-la-croisee-des-chemins/

 
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