LA GEOPOLITIQUE MONDIALE ET LA "GRANDE REINITIALISATION"

tourtaux-jacques Par Le 19/01/2022 0

Dans CUBA

La géopolitique mondiale et la « grande réinitialisation »

Le fait est que le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui et que l’on prétend réinitialiser est un monde dans lequel, depuis le début de la pandémie, selon des données du FMI, la dette publique mondiale dépasse le produit mondial brut et la dette publique et privée du secteur non financier lui est trois fois supérieure

Auteur:  | informacion@granmai.cu

13 janvier 2022 12:01:14

Pour éviter toute confusion, et comme il existe presque autant de définitions de la géopolitique que d'auteurs qui s'y réfèrent, il est bon de commencer par celle que nous considérons comme valable car elle inclut, outre les mécanismes utilisés pour influer sur l' « ordre » mondial établi et sur la stratégie orientée dans ce sens, l'« ordre » lui-même, qu'il s'agisse de celui qui existe ou de celui que l'on veut atteindre. Dans le même sens, et pour éviter toute confusion, il est utile de préciser que pour l'analyse, on s’appuie sur la théorie marxiste selon laquelle un mode de production n'est remplacé par un autre que lorsque ce dernier a épuisé toutes ses possibilités, et également sur le fait que la tentative de manipulation médiatique implicite dans la déclaration de la nécessité de la « grande réinitialisation » est incluse et fait partie de la stratégie, désormais à la manière de Lampedusa, à savoir faire croire que tout change pour que rien ne change.

Il est essentiel de préciser, pour continuer, que lorsque nous faisons référence à l'« ordre » mondial existant, ou plus précisément à l'« ordre » mondial encore prédominant, nous faisons évidemment référence au capitalisme, et plus précisément au capitalisme décadent, qui, selon le Forum économique mondial (Forum de Davos) et le magazine The Economist, a besoin d'une « grande réinitialisation », de même que son paradigme également décadent, les États-Unis, que son président tente aujourd'hui de reconstruire.

Il ne semble pas nécessaire, ici et maintenant, de détailler tout ce que le capitalisme a représenté pour le développement de l'Humanité. Au moins une partie de ceux d'entre nous qui habitent la planète aujourd'hui, en particulier ceux qui vivent dans le monde restreint de la bourgeoisie – il va sans dire du 1% de ce monde – et la classe moyenne qui l'accompagne, atteignent aujourd'hui des niveaux de vie inimaginables il y a 100 ou 150 ans, ou même à la fin du siècle dernier, il y a à peine plus de 20 ans. Il n'est pas non plus nécessaire d'évoquer la façon dont ce même capitalisme – dont l'existence n'est possible qu'en révolutionnant constamment les moyens de production et en pillant les ressources de la planète que nous habitons – a conduit le monde au bord de la catastrophe du fait du réchauffement de la planète et du changement climatique.

Néanmoins, il semble opportun d'analyser la question de savoir si le système a épuisé ses possibilités de fonctionner et de se développer (et dans quelle mesure cela correspond à l'annonce de Marx), même s'il est capable de se maintenir dans les cadres prédateurs étroits et inhumains de l'égoïsme libéral bourgeois auxquels l'élite du pouvoir mondial nous invite.

Le fait est que le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui et que l’on prétend réinitialiser est un monde dans lequel, depuis le début de la pandémie, selon des données du FMI, la Dette publique mondiale dépasse le Produit mondial brut et la Dette publique et privée du secteur non financier lui est trois fois supérieure. Il s’agit d’un monde dans lequel le nombre de pauvres a augmenté de plus de 100 millions et où plus de 8 millions de personnes ont perdu la vie, tandis que la richesse des entreprises pharmaceutiques qui produisent des vaccins a augmenté de plus de 350 milliards de dollars et dans lequel la richesse accumulée des 11 premières sociétés (au vu du cours de leurs actions en bourse) représente environ 16% du Produit mondial brut et se situe dans les sphères des services et médias interactifs, les technologies hardware et software, le commerce de détail sur Internet, un seul dans les semi-conducteurs et dans le pétrole.

C'est ce même monde dans lequel on prétend signer un accord (et il le sera certainement) garantissant le fait que si une guerre conventionnelle éclatait, elle ne dégénérerait pas en guerre nucléaire, bien que nous sachions tous que les États-Unis ont pris soin de situer les scénarios possibles du déclenchement d'une nouvelle guerre loin de leur territoire, ce qui pourrait même leur convenir, sachant que leurs étroits intérêts géopolitiques incluent la réduction des potentialités (toutes) des participants directs sur les champs de bataille et créerait des destructions qu'ils pourraient aider à reconstruire, bien sûr, comme après la Seconde Guerre mondiale.

Après la réinitialisation, le monde qui nous attend, ou mieux, le monde qui attend le mégacapitalisme, pourrait être résumé par l’article publié dans The Economist : Le travail à distance sera maintenu, dans des logements plus technologiques et avec les conditions requises ; la quantité et la qualité du travail seront mesurées par des plateformes technologiques qui l'évalueront en fonction des résultats ; il y aura une réduction drastique de l'emploi, car l'intelligence artificielle (IA) remplacera le travail vivant à un rythme toujours plus rapide, remplaçant d'abord les travaux les plus simples, à commencer par la production de biens et de services et le commerce de détail, puis les emplois plus complexes, y compris l'éducation, qui se modifiera, et les soins de santé, qui changeront également et à un rythme accéléré, tandis que les loisirs, la récréation, une alimentation saine augmenteront....

Mais on a beau chercher, on ne trouve rien sur la manière dont on prétend, grâce à « la grande réinitialisation » résoudre le problème de la pauvreté et du chômage, y compris celui résultant de l'application massive et accélérée de l'intelligence artificielle, ni même la question de l'urgence de résoudre les problèmes du réchauffement et du changement climatique, après l'échec de la Cop26 et ses promesses creuses, aussi creuses que celles du Green New Deal étasunien ( Nouveau pacte vert) ou du Pacte vert pour l’Europe, et que dire de la régression sociale, de la « droitisation » de la pensée et de la remise en question de la démocratie, ce qui inclut évidemment la bourgeoise libérale, des aspects qui deviennent de plus en plus répandus dans les sociétés occidentales, en particulier aux États-Unis.

Et même si l'Occident et le monde post-récession prétendent l'ignorer, dans la mesure où la « grande réinitialisation » est conçue comme un surcroît de capitalisme dans lequel les méga-entreprises, les méga-banques et l'individualisme exacerbé continueront de prévaloir, personne aujourd'hui ne peut ignorer le fait que la consommation aux États-Unis dépend dans une large mesure non de ce qu’ils produisent, mais de ce que produit le socialisme en Chine, et que l'énergie consommée en Europe ne dépend pas seulement de celle qu'elle produit, mais aussi de celle qu'elle importe non pas de l'Occident, mais de Russie, et que l'interruption de ces fournitures non seulement les rendrait plus chères, entraînerait le démantèlement des activités productives et la liquidation massive des emplois, mais tout cela exacerberait la crise et la concurrence intercapitaliste qui aggraverait davantage la crise déjà chronique et rapprocherait la possibilité de guerres auxquelles la concurrence inhérente au capitalisme conduit inévitablement, ce que l'Humanité et le monde dans lequel elle vit ne peuvent plus se permettre.

https://fr.granma.cu/mundo/2022-01-13/la-geopolitique-mondiale-et-la-grande-reinitialisation

 

 
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