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ALLEMAGNE: FACE A L'EXPLOSION DES LOYERS A BERLIN, UN PUISSANT MOUVEMENT D'HABITANTS VEUT EXPROPRIER LES GROS BAILLEURS PRIVES

Face à l’explosion des loyers à Berlin, un puissant mouvement d’habitants veut exproprier les gros bailleurs privés

Par Rachel Knaebel

Mondialisation.ca, 10 février 2019

Basta 4 février 2019

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En France, les loyers continuent d’augmenter, le mal-logement de s’enraciner avec 4 millions de personnes concernées, alors que la loi Elan ouvre la voie à la privatisation du logement social et que la construction de logements à loyer modéré diminue. Les élus devraient peut-être regarder du côté de Berlin, également confrontée à l’explosion des loyers et à la difficulté de se loger. Un large mouvement y demande un référendum d’initiative citoyenne. Objectif : exproprier les grands bailleurs privés, qui privilégient leurs actionnaires aux dépens de leurs locataires, et instaurer une gestion démocratique des 200 000 logements communaux. Il n’est pas impossible qu’ils y parviennent.

« Il y a quelques années encore, il aurait semblé absurde à beaucoup de parler d’expropriation. Aujourd’hui, notre initiative rencontre une grande résonance. Je ne l’aurais jamais cru. » Rouzbeh Taheri est actif depuis des années dans le mouvement berlinois pour le droit au logement. En 2015, il était porte-parole d’une initiative de locataires qui avait lancé une procédure de référendum citoyen pour la protection du logement social. Mais nul besoin de référendum : la municipalité a adopté leur projet.

Ces collectifs de locataires veulent désormais aller plus loin, avec un référendum demandant l’expropriation des grandes sociétés immobilières privées, massivement présentes à Berlin. « Notre proposition d’expropriation ne concerne que les sociétés immobilières les plus importantes, qui détiennent plus de 3000 logements. Ce qui représente environ 200 000 logements en tout. Six sociétés immobilières sont concernées », précise l’activiste. Selon un sondage publié début janvier dans le quotidien Tagespiegel, une majorité des Berlinois trouve que l’idée d’une expropriation est juste [1].

Un mouvement social pousse la mairie à racheter une partie des logements privatisés

« La réalité, c’est que les gens n’en peuvent plus », juge Katalin Gennburg, élue municipale du parti de gauche Die Linke au parlement local de Berlin [2]. Dans la capitale allemande, les loyers des nouveaux baux ont augmenté de 75 % entre 2011 et 2016 ! Pour les contrats existants, même si la loi allemande limite leur augmentation, les grandes firmes immobilières utilisent souvent le prétexte de la modernisation des logements pour augmenter d’un coup les loyers de 30 % voire 50 %.

Il y a plus de cinq ans que le mouvement pour le droit au logement a repris de la vigueur à Berlin. Cette nouvelle vague a justement commencé dans un ensemble d’anciens logements communaux privatisés, dans le quartier de Kreuzberg. Les locataires faisant face aux augmentations de loyers, et menacés de devoir quitter leurs appartements, se sont mobilisés. Ils ont occupé le quartier, organisé des manifestations, rencontré les élus.

En 2017, la ville rachète finalement une partie de ces logements, pour 56 millions d’euros. Depuis, un conseil des locataires participe à la gestion des immeubles aux côtés du bailleur. Cet automne, ce sont un millier de locataires de la grande avenue est-berlinoise de la Karl-Marx-Allee qui se mobilisent. Comme le quartier voisin de Kreuzberg, les appartements de la Karl-Marx-Allee appartenaient auparavant à un bailleur communal avant d’être privatisés au début des années 1990.

« Les sociétés qui ont racheté les bailleurs communaux veulent juste faire de l’argent »

C’était alors la tendance dans toute l’Allemagne : vendre les bailleurs communaux, l’équivalent allemand des bailleurs sociaux (office HLM, régie immobilière publique…), à des grandes firmes immobilières et à des fonds d’investissements. L’objectif est alors « d’assainir » les finances publiques. Entre 1990 et 2005, Berlin voit partir entre les mains d’entreprises privées plus de 200 000 de ses anciens logements communaux publics. Depuis que la ville gagne à nouveau en population, que le marché locatif se tend et que les loyers explosent, cette privatisation est de plus en plus critiquée.

« Les sociétés capitalistiques qui ont racheté des logements en masse veulent juste faire de l’argent avec, et distribuer des dividendes à leurs actionnaires », dénonce Katalin Gennburg. Les locataires qui ne peuvent plus payer partent, le plus souvent en périphérie. C’est ce que les habitants de la Karl-Marx-Allee ont craint quand ils ont appris que leurs logements devaient bientôt être une nouvelle fois revendus, à la plus grande société immobilière privée de Berlin, Deutsche Wohnen. Créée en 1998 par la Deutsche Bank, elle possède aujourd’hui plus de 110 000 appartements dans la capitale.

Autant de loyers payés chaque mois qui servent surtout à enrichir les actionnaires de l’entreprise cotée en bourse. En 2017, Deutsche Wohnen a versé à ses actionnaires plus de 260 millions d’euros de dividendes, 80 millions d’euros de plus que l’année précédente [3].

La mauvaise réputation du plus gros bailleur privé

« Deutsche Wohnen n’est pas très aimée à Berlin, rapporte Rouzbeh Taheri. Parce qu’elle met en œuvre tous les leviers possibles pour augmenter les loyers, et parce qu’elle a très peu investi dans la réparation pendant des années. Ce qui fait que le chauffage tombe souvent en panne pendant l’hiver dans ses immeubles, les ascenseurs aussi. » En plus, Deustche Wohnen attaque régulièrement en justice le système berlinois d’encadrement des loyers. « La plupart des logements que possède Deutsche Wohnen étaient auparavant des logements communaux. Les gens savent comment c’était avant, et comment c’est devenu. Ces sociétés se sont constituées ainsi, par la privatisation des logements communaux », ajoute l’activiste. C’est aussi pour cela qu’une grande partie des Berlinois soutient désormais l’initiative visant à les exproprier.

En 2004, Berlin a privatisé son plus gros bailleur communal, GSW. Il a d’abord été vendu à un fonds d’investissement états-unien, Cerberus, avant d’atterrir en 2013 entre les mains de Deutsche Wohnen. Depuis, la réputation de la société n’a cessé de se dégrader auprès des Berlinois. Partout dans la ville, des locataires de Deutsche Wohnen s’unissent contre l’entreprise. Alors début novembre, quand ceux de la Karl-Marx-Allee apprennent que leurs logements aussi vont bientôt être la propriété du géant de l’immobilier, cela devient vite un sujet de débat dans toute la ville. Jusqu’à la mairie.

« Nous voulons que des locataires normaux puissent vivre dans le centre-ville, pour des loyers normaux »

Les réunions, les banderoles sur les immeubles, la mobilisation paient. Finalement, la ville de Berlin décide d’utiliser un droit de préemption spécial pour racheter ces logements, les re-municipaliser. « La solution est venue de nous, des locataires, pas de la ville, tient à souligner Norbert Bogedein, locataire de la Karl-Marx-Allee depuis 1996. C’est comme ça que doit marcher la politique, du bas vers le haut. Nous, nous voulons que des locataires normaux puissent vivre dans le centre-ville, pour des loyers normaux. »

Depuis quelques années, la ville de Berlin a commencé à reconstruire du logement social. « Mais il ne suffit pas de construire. Il faut aussi en retirer de la spéculation », prévient l’élue Die Linke Katalin Gennburg. C’est la direction que semble prendre la capitale allemande. Dans la foulée de la décision de re-municipaliser une partie de la Karl-Marx-Allee, le maire social-démocrate a envisagé que la ville puisse racheter plus de 60 000 de ses anciens logements communaux. Mais elle devrait alors le faire aux prix du marché, qui sont bien plus élevés aujourd’hui qu’il y a quinze ans, quand elle les avait privatisés.

Exproprier pour ne pas renforcer encore plus les acteurs privés

« Si l’on rachète des logements à Deutsche Wohnen, la firme fera encore plus d’argent, puisqu’elle va nous les vendre à un prix bien plus élevé qu’elle ne les avaient achetés. Ensuite, il y a un risque qu’elle utilise cet argent pour faire son marché dans d’autres villes d’Allemagne », analyse Katalin Gennburg. Ou même dans d’autres pays. À l’image de la plus grande firme immobilière privée allemande, Vonovia, qui lorgne déjà du côté de la France. Vonovia a noué à l’automne un partenariat avec la CDC habitat (filiale de la Caisse des dépôts et consignations, groupe public) pour racheter des logements à la SNCF.

Avec la privatisation du logement social prévue dans la récente loi Elan, ces firmes ont de bonnes raisons de voir la France comme un nouveau marché potentiellement lucratif. « Nous soutenons depuis le début, à Die Linke, l’initiative pour l’expropriation, souligne Katalin Gennburg. En cas d’expropriation, les structures doivent être indemnisées, mais pas à la valeur du marché. »

L’initiative pour l’« expropriation de Deutsche Wohnen et co » se base sur deux articles de la loi fondamentale allemande. L’article 14 dispose qu’« une expropriation n’est autorisée que pour le bien commun ». Et l’article 15 que « le sol, les biens naturels et les moyens de production peuvent être transférés vers une propriété publique dans le but d’une socialisation, par une loi qui règle le mode et le montant de l’indemnisation »« Cet article 15 a été adopté peu après la Seconde Guerre mondiale. La question de la socialisation était encore à l’ordre du jour », précise Rouzbeh Taheri.

Pour une gestion démocratique du logement

Mais l’article 15 n’a jamais été mis en œuvre en Allemagne. Un peu comme la loi française de 1945 qui permet la réquisition des logements, mais qui n’a, depuis, presque jamais été utilisée. « Cet article de la loi fondamentale implique plus qu’un simple transfert de propriété. Pour nous, l’expropriation des grandes firmes immobilières doit aller de pair avec une participation forte des locataires, et de la municipalité. » L’actuel projet d’expropriation porte aussi une revendication de gestion démocratique des logements re-municipalisés.

L’administration municipale de Berlin a reçu le projet de l’initiative fin novembre. Elle doit maintenant évaluer les coûts qu’aurait la mesure si elle était mise en œuvre. « L’estimation des coûts de l’expropriation par les services de la ville va sûrement être astronomique, dit Rouzbeh Taheri. Nous avons fait la nôtre : nous l’évaluons entre 8 et 14 milliards d’euros. Car l’idée d’une indemnisation, c’est bien que les sociétés immobilières ne soient pas dédommagées au prix du marché. La ville pourra payer une grande partie de cette indemnisation avec des crédits qui seront ensuite remboursés par les loyers des immeubles re-municipalisés. Les bailleurs communaux berlinois sont en bonne santé financière. »

« À Berlin, un ouvrier du bâtiment peut vivre à côté d’un professeur. C’est aussi pour cela que nous nous battons »

Une fois les coûts évalués, l’initiative citoyenne a deux mois pour récolter 20 000 signatures de Berlinois. La ville aura alors l’obligation d’étudier leur proposition. Soit elle l’adopte, soit l’initiative passe à l’étape suivante et devra recueillir les 180 000 signatures nécessaires pour organiser un référendum. Ces signatures doivent être récoltées en quatre mois. Si les activistes y parviennent, un vote sera organisé, dont le résultat est contraignant [4]. La dernière fois qu’une initiative citoyenne a réussi à imposer une décision à la ville, c’était il y a cinq ans : les Berlinois avaient alors voté contre la construction d’immeubles sur l’ancien terrain de l’aéroport de Tempelhof, devenu un grand parc au centre de la ville.

Même si l’initiative n’arrive pas jusqu’au référendum, elle a déjà des effets sur les débats et la politique de la municipalité. Début janvier, le maire social-démocrate de Berlin n’a pas totalement rejeté l’éventualité d’une expropriation. « Il existe aujourd’hui une centaine d’initiatives de locataires à Berlin, qui sont très bien coordonnées. Ici, avec ce fort mouvement pour le logement qui s’est constitué depuis cinq ans, et avec cet ennemi en face, cette grande société immobilière, je pense que nous pouvons y arriver, estime Rouzbeh Taheri. Il y a une véritable mixité, l’ouvrier du bâtiment peut vivre à côté du professeur d’université, dans le centre de la ville. Cette mixité est mise à mal, mais elle existe encore. C’est aussi pour cela que nous nous battons. »

Rachel Knaebel

 

Notes :

[1] Voir le sondage du Tagespsipiegel ici.

[2] Die Linke fait partie de l’alliance des gauches qui gouverne la municipalité berlinoise depuis 2016, avec les sociaux-démocrates et les Verts.

[3] Source : Deutsche Wohnen, rapport annuel, page 141.

[4] Il faut toutefois qu’au moins 25 % des inscrits sur les listes électorales berlinoises y participent.

 

Rachel Knaebel : Journaliste, basée à Berlin, Rachel Knaebel publie régulièrement des articles pour le média indépendant Basta !

La source originale de cet article est Basta

Copyright © Rachel KnaebelBasta, 2019

https://www.mondialisation.ca/face-a-lexplosion-des-loyers-a-berlin-un-puissant-mouvement-dhabitants-veut-exproprier-les-gros-bailleurs-prives/5630936


 

ITALIE : MANIFESTATION MONSTRE DES SYNDICATS CONTRE LE GOUVERNEMENT

La manifestation des syndicats à Rome

Italie: l’action des Gilets jaunes déjouée par la manifestation monstre des syndicats

© AFP 2018 Andreas Solaro

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En Italie, plusieurs centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue à l’appel des principaux syndicats italiens pour réclamer une politique de croissance économique. La manifestation a empêché la tenue d’une mobilisation planifiée par les Gilets jaunes italiens.

Des centaines de milliers d'Italiens ont manifesté samedi contre la politique du gouvernement à l'appel des principaux syndicats, annoncent des médias italiens.

Les gens sont descendus dans la rue pour réclamer des réformes devant permettre une croissance économique. Ils ont protesté contre la réforme des retraites considérée comme trop limitée et le «revenu de citoyenneté» qui est une mesure hybride qui risquerait de nuire tant à la lutte contre la pauvreté qu'à celle pour l'emploi.

Maurizio Landini, secrétaire général de la Confédération générale italienne du travail (CGIL) a appelé le gouvernement à augmenter les dépenses publiques pour l'emploi rappelant qu'elles avaient baissé de 30% en 10 ans, pour un total de 100 milliards d'euros.

«S'ils [le gouvernement ] ont un brin de raison, ils doivent entendre cette place. Notre objectif est de réunir les syndicats en Europe au nom d'une société basée sur l'humain et le travail», a déclaré le chef de ce syndicat qui compte cinq millions d'adhérents.

Cette mobilisation syndicale est la plus forte enregistrée depuis les manifestations de fin 2014-début 2015 contre la réforme du travail du gouvernement de Matteo Renzi.

Douze trains spéciaux, 1.300 bus, des ferries et des vols low-cost ont permis aux manifestants de converger vers la capitale.

Cette manifestation syndicale a déjoué les plans des Gilets jaunes italiens visant à tenir à Rome leur propre manifestation, place de la République, sous le slogan «la révolte des peuples contre le mondialisme», selon la presse italienne. Ce devait être leur première manifestation officielle, tandis qu'une action des Gilets oranges, représentés par des agriculteurs, s'est déjà déroulée dans les Pouilles en décembre.

https://fr.sputniknews.com/international/201902101039976558-manifestation-syndicats-italie-politique-emploi/


 

MANLIO DINUCCI: ITALIE ET UE VOTENT POUR LES MISSILES USA EN EUROPE

L’art de la guerre

Italie et Ue votent pour les missiles USA en Europe

Manlio Dinucci

 

Auprès du Palais de Verre des Nations Unies, à New York, se trouve une sculpture métallique intitulée “Le Mal terrassé par le Bien”, représentant Saint Georges qui transperce un dragon avec sa lance. Elle fut donnée par l’URSS en 1990 pour célébrer le Traité FNI (INF) stipulé avec les USA en 1987, qui éliminait les missiles nucléaires à courte et moyenne portée (entre 500 et 5000 km) avec base à terre. Le corps du dragon est en effet réalisé, symboliquement, avec des morceaux de missiles balistiques étasuniens Pershing-2 (auparavant basés en Allemagne de l’Ouest) et de SS-20 soviétiques (auparavant basés en URSS). 

  Mais maintenant le dragon nucléaire, qui dans la sculpture est représenté à l’agonie, revient à la vie. Grâce aussi à l’Italie et aux autres pays de l’Union européenne qui, à l’Assemblée Générale des Nations Unies, ont voté contre la résolution présentée par la Russie sur la “Préservation et la mise en oeuvre du Traité FNI”, rejetée avec 46 votes contre 43 et 78 abstentions. 
  L’Union européenne -dont 21 des 27 membres font partie de l’Otan (comme en fait partie la Grande-Bretagne sortant de l’Ue)- s’est ainsi uniformisée à la position de l’Otan, qui à son tour s’est totalement uniformisée à celle des États-Unis. L’administration Obama d’abord, puis l’administration Trump ont accusé la Russie, sans aucune preuve, d’avoir expérimenté un missile de la catégorie interdite et ont annoncé leur intention de se retirer du Traité FNI. Ils ont en même temps lancé un programme visant l’installation à nouveau en Europe contre la Russie de missiles nucléaires, qui seraient basés aussi dans la région Asie-Pacifique contre la Chine.
   Le représentant russe à l’ONU a prévenu que “cela constitue le début d’une course aux armements à part entière”. En d’autres termes il a prévenu que, si les États-Unis installaient à nouveau en Europe des missiles nucléaires pointés sur la Russie (comme l’étaient aussi les Cruise basés à Comiso dans les années 80), la Russie installerait à nouveau sur son propre territoire des missiles analogues pointés sur des objectifs en Europe (mais ne pouvant pas atteindre les États-Unis).
   Faisant fi de tout cela, le représentant Ue à l’ONU a accusé la Russie de miner le Traité FNI et a annoncé le vote contraire de tous les pays de l’Union parce que “la résolution présentée par la Russie dévie de la question qui est en discussion”. En substance, donc, l’Union européenne a donné son feu vert à l’installation possible de nouveaux missiles nucléaires USA en Europe, Italie Comprise. 

   Sur une question de cette importance, le gouvernement Conte, renonçant comme ses prédécesseurs à exercer la souveraineté nationale, s’est aligné sur l’Ue qui à son tour s’est alignée sur l’Otan sous commandement USA. Et de tout l’arc politique aucune voix ne s’est élevée pour demander que ce soit le Parlement qui décide comment voter à l’ONU. Et aucune voix non plus ne s’est élevée au Parlement pour demander que l’Italie observe le Traité de non-prolifération, imposant aux USA de retirer de notre territoire national les bombes nucléaires B61 et de ne pas y installer, à partir de la première moitié de 2020, les nouvelles et encore plus dangereuses B61-12.
  Ainsi est à nouveau violé le principe constitutionnel fondamental que “la souveraineté appartient au peuple”. Et comme l’appareil politico-médiatique maintient les Italiens dans l’ignorance de ces questions d’importance vitale, est violé le droit à l’information, dans le sens non seulement de la liberté d’informer mais du droit d’être informés. 
  Ou bien on le fait maintenant ou demain il n’y aura pas de temps pour décider : un missile balistique à portée intermédiaire, pour atteindre et détruire son objectif avec sa tête nucléaire, met 6-11 minutes.

 

Édition de mardi 8 janvier 2019 de il manifesto

https://ilmanifesto.it/italia-e-ue-votano-per-i-missili-usa-in-europa/

Traduit de l’italien par M-A P


 

MANLIO DINUCCI: L'ITALIE DES TROIS SINGES FACE AU RISQUE DE GUERRE NUCLEAIRE

L’Italie des Trois Singes 

face au risque de guerre nucléaire 

 

Manlio Dinucci

 

Quelle réaction l’avertissement du président russe Poutine a-t-il suscité en disant que le monde sous-évalue le péril de guerre nucléaire et que cette tendance est en train de s’accentuer ?

   Significatif est le commentaire de La Repubblica qui parle de “tons très alarmistes”. Et éloquent le silence pratiquement absolu de tout l’arc parlementaire. Comme si l’Italie n’avait rien à voir avec la course aux armements nucléaires qui, a averti Poutine dans sa conférence de presse de fin d’année, pourrait amener à la “destruction de toute la civilisation ou peut-être de toute la planète”. Scénario non pas alarmiste, mais prévu par les scientifiques qui étudient les effets des armes nucléaires.
  Un danger particulier -souligne Poutine- est représenté par la “tendance à abaisser le seuil pour l’usage d’armes nucléaires, en créant des charges nucléaires tactiques à faible impact qui peuvent conduire à un désastre nucléaire mondial”. C’est à cette catégorie qu’appartiennent les nouvelles bombes nucléaires B61-12 que les USA commenceront à déployer en Italie, Allemagne, Belgique, Pays-Bas et peut-être dans d’autres pays européens dans la première moitié de l’année 2020. “La haute précision et la possibilité d’utiliser des têtes moins destructrices -avertit la Fédération des Scientifiques Américains- peuvent amener les commandants militaires à faire pression pour que, dans une attaque, on utilise la bombe nucléaire, en sachant que la retombée radioactive et les dommages collatéraux seraient limités”.
   L’Italie est coresponsable de danger croissant de guerre nucléaire puisque,  violant le Traité de non-prolifération et n’adhérant pas au Traité ONU pour l’interdiction des armes nucléaires, elle fournit aux États-Unis dans une fonction principalement anti-Russie non seulement des bases, mais aussi des avions et des pilotes pour l’utilisation des bombes nucléaires. Cela advient avec le consentement explicite ou implicite (à travers la renonciation à une réelle opposition) de tout l’arc parlementaire. 

   L’autre danger -prévient Poutine- est représenté par la “désintégration du système international de contrôle des armements”, initiée par le retrait des États-Unis en 2002 du Traité Abm. Stipulé en 1972 par USA et URSS, il interdisait à chacune des deux parties de déployer des missiles intercepteurs qui, en neutralisant les représailles du pays attaqué, auraient favorisé un first strike (première frappe), c’est-à-dire une attaque nucléaire par surprise. Depuis lors les États-Unis ont développé le “bouclier anti-missiles”, en l’étendant en Europe au bord de la Russie : deux installations terrestres en Roumanie et Pologne et quatre navires de guerre, qui croisent en Baltique et Mer Noire, sont dotés de tubes de lancement qui, outre les missiles intercepteurs, peuvent lancer des missiles de croisière à tête nucléaire.

    Dans ce cas aussi l’Italie est coresponsable : à Sigonella (Sicile) est installée la Jtags, station satellitaire USA du “bouclier antimissiles”, une des cinq mondiales. La situation est aggravée par le fait que les USA veulent maintenant se retirer aussi du Traité FNI de 1987 (celui qui élimina les missiles nucléaires étasuniens basés à Comiso), afin de pouvoir déployer en Europe contre la Russie des missiles nucléaires à portée intermédiaire avec bases à terre. Ici aussi avec la co-responsabilité du gouvernement italien, qui au Conseil de l’Atlantique-Nord du 4 décembre a avalisé ce plan et est sûrement disponible pour l’installation de ces missiles en Italie. “Si les missiles arrivent en Europe, que l’Occident ne s’étonne pas si nous réagissons” a dit Poutine. Avertissement ignoré par Conte, Di Maio et Salvini (1) qui, tandis qu’ils battent le rappel sur le “décret sécurité” anti-migrants, quand arrivent bombes et missiles nucléaires étasuniens mettant en danger la vraie sécurité de l’Italie, ne voient rien, n’entendent rien et ne disent rien.

 

Edition de dimanche 23 décembre 2018 de il manifesto

Traduit de l’italien par M-A P.

 

(1) Président du Conseil et Vice-présidents de l’actuel gouvernement italien

 

Le 22 déc. 2018 à 16:25, Manlio Dinucci < manliodinucci@tin.it> a écrit :

 
<PutinPericoloGuerra121223.doc>

 

LE PEUPLE HONGROIS SE REVEILLE ENFIN CONTRE VIKTOR ORBAN ET SA NOUVELLE LOI TRAVAIL "ESCLAVAGISTE"

La Hongrie semble bien décidée à enfin tenir tête à Viktor Orbán

Joël Le Pavous —  — mis à jour le 19 décembre 2018 à 11h44

Le mouvement contre la nouvelle loi travail «esclavagiste» et la mise en place de tribunaux administratifs soumis à l’État évolue en vaste contestation du système Fidesz.

Manifestation devant le siège de la télévision publique hongroise, le 16 décembre 2018 à Budapest | Peter Kohalmi / AFP

Manifestation devant le siège de la télévision publique hongroise, le 16 décembre 2018 à Budapest | Peter Kohalmi / AFP

Temps de lecture: 5 min

Après la réélection triomphale de Viktor Orbán pour un troisième mandat consécutif en avril 2018, la Hongrie semblait définitivement acquise à la cause du leader «illibéral» ferraillant vaillament contre Bruxelles, l'immigration et tout ce qui touche de près ou de loin au milliardaire honni George Soros.

Comme en 2014, l’opposition morcelée et dévitalisée s’était tiré une balle dans le pied en s’écharpant, au lieu de construire une stratégie commune pour débouter le meilleur élève européen de Poutine.

 

Huit mois plus tard, l’homme fort de Budapest, dont la suprématie n’a jamais été écornée depuis son retour au pouvoir en 2010, affronte une colère inédite, qui dure et pourrait se prolonger après les fêtes.

Exaspération justifiée

La révolte est partie de deux lois controversées. L’une pensée pour l’industrie automobile allemande permet aux patrons d’imposer 400 heures supplémentaires à leur personnel, contre 250 auparavant. L’autre créé une juridiction spéciale chargée d’examiner les dossiers traitant de corruption, de droit d’asile et de marchés publics, le tout coordonné par le ministère de la Justice et des juges pro-pouvoir.

L’insatisfaction aurait pu s’estomper au terme d’un défilé gentillet comme de coutume, mais la population hongroise remontée depuis près d’une semaine a épuisé sa patience à force de génuflexions fatalistes devant le détricotage en règle de l’État de droit, les attaques contre la presse critique, la criminalisation des SDF ou la croisade anti-ONG.

«L’exaspération est justifiée, estime le philosophe Tamás Miklós Gaspár sur le site d’opinion Mérce. La Hongrie est le plus mauvais élève européen des libertés publiques et de l’autonomie des institutions.»

«La majorité de la population n’a pas d’accès à une information ou à une culture de qualité. Les loyers crèvent le plafond et la situation du logement est dramatique. Certaines régions rappellent le tiers-monde. Les services publics s’effondrent. L’émigration explose et la natalité décline. Les médias financés par l’État propagent des préjugés et la culture nationale dépérit. Les manifestations ne réunissent pas des foules extraordinaires, mais l’air sent la poudre», développe l’intellectuel de gauche.

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Mouvement unitaire

Ces derniers jours, les gaz lacrymogènes ont effectué un retour remarqué à Budapest, douze ans après les émeutes de l’automne 2006 contre le gouvernement social-démocrate de Ferenc Gyurcsány et quatre ans après la mobilisation anti-«taxe internet» de fin octobre 2014 ayant abouti au retrait du projet de loi détesté.

Les policiers déployés en masse près du Parlement mercredi 12, jeudi 13 et vendredi 14 décembre se sont copieusement servis des sprays au poivre afin d’éloigner les personnes les plus survoltées. Même chose dimanche 16 au soir devant le siège de la télévision publique, où une partie des dix mille contestataires du centre-ville ont prolongé la grogne jusqu’au temple du pouvoir médiatique orbánisé.

 

Le lendemain au siège de la MTVA, une foule compacte et motivée remettait le couvert, malgré le froid glacial, face à un mur de policiers équipés de casque anti-émeutes. Le matin même, les vigiles de l'édifice exfiltraient sans ménagement deux des douze parlementaires d’opposition ayant passé la nuit sur place.

Ákos Hadházy, Bernadett Szél et leurs camarades voulaient faire lire à l’antenne un message réclamant l’abrogation de la loi travail, moins d’heures supplémentaires pour les forces de l’ordre, des tribunaux indépendants, l’adhésion de la Hongrie au parquet européen et des médias publics libres. L’opération n’a pas fonctionné, mais les cinq points ont résonné en chœur dans les rangs le lundi 17 décembre soir.

Presque au même moment, un membre de la présidence du Parti socialiste (MSZP) invité sur la chaîne d’information en continu EchoTV, propriété d’un oligarque ami de Viktor Orbán, énonce les revendications peu après les présentations d’usage, sans que l’animateur ne parvienne à l’interrompre.

La célèbre journaliste politique Olga Kalman, limogée du BFMTV local HírTV, repris en main par un proche du pouvoir quelques semaines après les élections législatives, s’est elle aussi livrée à une lecture consciencieuse du manifeste blacklisté de la télé publique via une vidéo partagée sur Facebook.

Au sixième jour de protestation en Hongrie, le ressentiment dépasse les clivages politiques et sociaux.

«Jusqu’ici, l’opposition n’était bonne qu’à s’entretuer, au lieu de retrousser ses manches contre Orbán. Aujourd’hui, les partis de gauche, les libéraux et le Jobbik réputé d’extrême droite ont enfin compris qu’il fallait s’unir, car le texte sur les heures supplémentaires concerne la majorité des Hongrois», témoigne Zsuzsa, entre deux gorgées de thé fumant distribué aux manifestants du lundi 17 décembre.

«Les étudiants et les intellectuels défilent avec les travailleurs et les retraités, et les syndicats appellent à des grèves –chose rare en Hongrie. Difficile de savoir si ce mouvement perdurera, mais cette loi travail est la goutte qui a fait déborder le vase», souligne la trentenaire budapestoise, employée d'une multinationale.

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«Fenêtre de tir»

L’extension de la mobilisation aux grandes agglomérations de province comme Szeged, Debrecen, Pécs, Békéscsaba, Miskolc et Veszprém prouve que la rancœur monte au-delà de la bulle de Budapest.

Près de 600.000 personnes ont déserté la Hongrie pour mieux gagner leur croûte, et l’exode continue. Certaines grandes firmes basées en région compensent le manque criant de bras avec des travailleurs ukrainiens ou roumains trop heureux d’empocher 600 euros –le double voire le triple des SMICS locaux. L’usine Mercedes de Kecskemét augmente les salaires de base de 35%, donne un treizième mois après un an d’ancienneté et instaure une prime de vacances pour endiguer la fuite des ouvriers vers l’Ouest.

L’exécutif vante la «défense des familles» à travers une consultation nationale polémique insistant sur la nécessité de faire des enfants afin de corriger le déclin démographique. Mais les 400 heures supplémentaires, adoptées sous les sifflets de l’opposition et payables dans un délai hallucinant de trois ans, ressuscitent de facto le «samedi communiste» travaillé, qui éloignait les parents de leur progéniture six jours par semaine au nom de l’idéal soviétique.

Les sourires d’Orbán et de ses proches lors du vote, l’arrestation musclée de la vice-présidente du parti centriste Momentum et les coups infligés aux parlementaires occupant une loge de la télévision publique ont contribué à intensifier le courroux.

«Les protestations ouvrent une fenêtre de tir aux institutions européennes se plaignant depuis longtemps de la faible opposition politique en Hongrie, face au durcissement du régime. Cette vague soudaine de révolte peut facilement être étouffée, mais elle offre une chance au pays d’entamer une transition lui permettant de revenir vers la démocratie libérale»écrit le politologue Dániel Hegedűs.

«Le mouvement ne deviendra pas un Maïdan sauf provocations sérieuses, mais il pourrait rééquilibrer la balance du pouvoir politique et ouvrir des perspectives de renouveau démocratique. Manquer cette opportunité serait une erreur politique de l’UE», insiste le professeur à l’université Humboldt de Berlin.

Face à cette fronde danubienne quasiment sans gilets jaunes et sans précédent, le gouvernement qui ironisait récemment sur les concessions d’Emmanuel Macron diabolise les contestataires, que les médias liés au pouvoir qualifient de «traîtres», de «perturbateurs» ou de «vandales à la solde de Soros» –dont l’Université d’Europe centrale a été contrainte de transférer ses activités à Vienne.

Depuis 2010, Orbán a connu de nombreux remous qui ne l’ont pas empêché de bâtir un État-parti en Hongrie. Sa puissante base provinciale le protège de tout retournement improbable, même si le flot de mécontentement enfle. La «révolution du paprika» n’est pas pour demain, mais la Hongrie se réveille enfin.

http://www.slate.fr/story/171357/hongrie-viktor-orban-autoritarisme-manifestations-contestation


 

COMMENT LE PORTUGAL SE DIRIGE VERS LE PLEIN EMPLOI EN FAISANT L'INVERSE DE CE QU'EXIGE L'UE VOMIE PAR LA MAJORITE DES PEUPLES QUI LA COMPOSENT

Comment le Portugal se dirige vers le plein emploi… en faisant l’inverse de ce qu’exige Bruxelles

 

Salaire minimum en hausse, taxe sur les gros chiffres d’affaire, revalorisation des retraites… Lisbonne ose prendre le contre-pied du dogme économique de l’UE. Et au grand dam des promoteurs de l’austérité, cette politique porte ses fruits.

Y aurait-il, face au fameux modèle allemand, un contre-modèle portugais ? A en juger par les chiffres excellents dont Lisbonne peut s’enorgueillir, il semblerait que le dogme de l’austérité, vanté par l’Union Européenne (UE) comme l’unique option économique viable, se voie sérieusement remis en question.

Avec un taux de chômage en baisse constante depuis novembre 2015, le Portugal, qui était au bord du gouffre économique il y a quelques années encore, fait désormais plus que relever la tête : il peut même regarder de haut ses voisins, au premier rang desquels la France. Alors que le taux de chômage culminait à 17,5% début 2013, il n’est désormais plus que de 7,9% début 2018, c’est-à-dire en-dessous des 8,9% affichés par la France.

Les Portugais ont-ils, en bon élèves européens, consenti à un gel ou une baisse de leurs salaires pour retrouver le chemin de l’emploi ? Bien au contraire, le salaire minimum a été augmenté de 530€ à 557€ en 2017 et doit être porté à 600€ en 2019. Lisbonne aurait-elle alors suivi l’exemple français et allemand en soulageant la fiscalité des entreprises ? Là encore, pas du tout : le gouvernement portugais a par exemple créé une taxe pour toutes les entreprises au chiffre d’affaire supérieur à 35 millions d’euros.

En réalité, sur de nombreux points, la politique économique portugaise prend le contre-pied total de celle qui est recommandée par Bruxelles et appliquée par Berlin ou Paris depuis plusieurs années.

Le budget 2018 du Portugal prévoit ainsi une hausse des pensions de retraite, un programme de valorisation de la fonction publique ou encore, bien loin de la théorie du ruissellement, une diminution d’impôts pour les classes moyennes. Tandis que Bruxelles théorise et impose une doctrine de rigueur reposant notamment sur la baisse des salaires et la réduction drastique des dépenses sociales, le Portugal semble ainsi contredire toutes les leçons européennes en matière économique.

Pourquoi la réussite portugaise n’emballe pas Bruxelles

Le gouvernement de gauche d’Antonio Costa peut se targuer d’avoir mis en pratique et avec succès une politique économique ambitieuse. Pourquoi dès lors le modèle portugais est-il si peu vanté dans l’UE et si peu visible dans la presse ? Sans doute parce qu’il démontre que les politiques de relance, un concept devenu quasi tabou en Europe, peuvent bel et bien porter leurs fruits. Celles-ci reposent sur une idée simple : stimuler la consommation en améliorant les salaires et ainsi remplir les carnets de commande des entreprises, avec des effets positifs pour l’investissement et la productivité.

Alors que de nombreux gouvernements européens acquis au dogme libéral et austéritaire exigent de leurs citoyens des sacrifices dont les résultats promis peinent à venir, on comprend le peu d’enthousiasme que suscitent les choix politiques du gouvernement d’Antonio Costa auprès de l’opposition de droite, partisane de la politique de rigueur européenne.

Le Premier ministre portugais n’hésite d’ailleurs pas à attaquer de front la ligne jadis suivie par la droite, en conformité avec les attentes de l’UE : «La politique d’austérité suivie ces dernières années a eu pour conséquence une augmentation sans précédent du chômage avec des effets sociaux dévastateurs sur les jeunes et les citoyens les moins qualifiés, ainsi que les familles et les milliers de Portugais au chômage : elle a été aussi associée à une dévalorisation de la dignité du travail et des droits des travailleurs.»

LA POLITIQUE D’AUSTÉRITÉ A EU POUR CONSÉQUENCE UNE AUGMENTATION SANS PRÉCÉDENT DU CHÔMAGE AVEC DES EFFETS SOCIAUX DÉVASTATEURS

Cette politique non-orthodoxe irrite a fortiori les instances bruxelloises. La Commission juge d’ailleurs que le budget 2018 du Portugal ne satisfait pas aux exigences européennes de réduction des dépenses publiques, fixées à 0,6%, puisqu’il ne permettrait qu’une diminution de… 0,4%. L’UE semble mal digérer que le Portugal fasse mentir le mantra bruxellois selon lequel seule une réduction des dépenses publiques permet de diminuer le déficit budgétaire.

En démontrant qu’une politique de la demande est capable d’enclencher un cercle vertueux conduisant à l’accroissement des recettes de l’Etat, Lisbonne remet en cause les fondements mêmes d’un dogme économique que l’UE s’acharne à croire gravé dans le marbre, à moins qu’il ne s’agisse de son ADN même ?

Paradoxe très européen : les deux défenseurs les plus zélés de la doctrine économique de Bruxelles, Berlin et Paris, sont loin d’être les mieux placés pour indiquer la voie. Avec une croissance qui ralentit, une consommation en baisse et des investissements moindres au premier trimestre 2018, la France et l’Allemagne pourraient se montrer moins sûres d’elles. Et pourtant, le modèle allemand jouit toujours d’une publicité exceptionnelle partout en Europe et Emmanuel Macron envisage plus que jamais de prendre le leadership d’une UE 2.0.

source : https://francais.rt.com/economie/53308-comment-portugal-se-dirige-vers-plein-emploi-faisant-inverse-exige-bruxelles


 

PARTI COMMUNISTE DE POLOGNE : IL NE FAUT PAS NÉGOCIER AVEC LES FASCISTES !

PARTI COMMUNISTE DE POLOGNE : IL NE FAUT PAS NÉGOCIER AVEC LES FASCISTES !

 Solidarité Internationale PCF PologneAnti-communisme Aucun commentaire

12 NOV. 2018


Le Parti communiste de Pologne (KPP) a publié la déclaration, traduite ci-dessous, au sujet de la marche célébrant le centenaire de l'indépendance de le Pologne ayant eu lieu le 11 novembre à Varsovie, à laquelle ont participé plusieurs groupes fascistes. A noter que pour la première fois, le gouvernement conservateur polonais et les groupes nationalistes d’extrême droite ont conclu cette année un accord pour marcher ensembleOnt donc participé au premier rang de cette marche ultra-nationaliste organisée depuis 2010, Andrzej Duda, le président polonais, Mateusz Morawiecki, Premier ministre, Jaroslaw Kaczynski, président du parti conservateur au pouvoir, Droit et Justice (PiS). Donald Tusk, président du Conseil européen, était également présent.


Traduction NK pour Solidarité Internationale PCF

DÉCLARATION DU PARTI COMMUNISTE DE POLOGNE À L'OCCASION DES CÉLÉBRATIONS D'ÉTAT DU JOUR DE L'INDÉPENDANCE

En Pologne, le 11 novembre est redevenu un prétexte pour promouvoir le militarisme et le fascisme. Les autorités de l’État polonais ont marché main dans la main avec les nationalistes. Une fois de plus, les bannières rouges et blanches servent à camoufler la xénophobie, le racisme et le fascisme. Les dirigeants polonais utilisent une fois de plus l'euphorie nationaliste pour détourner l'attention des vrais problèmes sociaux. L'État polonais donne à nouveau aux citoyens tout un attirail nationaliste au lieu de ce dont ils ont vraiment besoin.

Il y a un demi-siècle, la République populaire de Pologne avait construit plus de 1000 écoles pour célébrer les mille ans de l'histoire de la Pologne. En 2018, les autorités encouragent la marche des nationalistes et des hooligans en dépit des inégalités sociales croissantes qui plongent de larges pans de la société polonaise dans la pauvreté.

Rappelons que le fascisme et le nationalisme vont à l'encontre du principe même de démocratie. Chaque fois que les nationalistes sont arrivés au pouvoir, cela s'est traduit par des répressions massives et des régressions sociales qui ont entraîné la guerre.

Il ne faut pas négocier avec les fascistes. Il faut lutter contre les fascistes.

Plus jamais le fascisme !

Plus jamais la guerre !
 

http://solidarite-internationale-pcf.fr/2018/11/parti-communiste-de-pologne-il-ne-faut-pas-negocier-avec-les-fascistes.html


 

MANLIO DINUCCI: L'INVITE DE PIERRE A LA TABLE ITALIE-RUSSIE

L’art de la guerre

L’invité de pierre à la table Italie-Russie

Manlio Dinucci

 

“Je considère qu’il est très important de nous confronter avec un partenaire stratégique comme la Fédération Russe, nécessaire pour déterminer des solutions aux principales crises régionales” : c’est ce qu’a déclaré le premier ministre Conte à la conférence de presse conjointe au terme de la rencontre avec le président Poutine, le 24 octobre à Moscou. Une question fondamentale à résoudre -a-t-il souligné- est “la crise en Ukraine, qui a mis en discussion les fondements du rapport entre Union européenne et Russie”. Mais, “malgré la permanence des raisons qui ont conduit aux sanctions européennes, instrument qui doit être dépassé le plus tôt possible”, l’état des rapports bilatéraux Italie-Russie est “excellent”.

   Déclarations qui rappellent celles du premier ministre Renzi, à une table ronde avec le président Poutine à Saint Petersburg en 2016 : “Le mot guerre froide est sorti de l’histoire et de la réalité. Ue et Russie doivent être d’excellents voisins”. Déclarations qui sont diplomatiquement reprises et amplifiées par Moscou, dans la tentative de détendre les tensions : “Conte à Moscou, l’alliance avec la Russie toujours plus forte”, titre le 25 octobre l’agence russe Sputnik, parlant de “visite à 360 degrés”. En réalité cela a été une visite à 180 degrés, parce que Conte (comme Renzi en 2016) s’est présenté en tant que chef de gouvernement d’un pays de l’Union européenne, finalisant la visite à des accords économiques avec la Russie. Le premier ministre a éludé le fait que l’Italie fait partie de l’Otan sous commandement des États-Unis, pays que le gouvernement Conte considère comme un “allié privilégié”, avec lequel il a établi “une coopération stratégique, quasiment un jumelage”.

   À la table Italie-Russie siégeait donc, comme invité de pierre, l’”allié privilégié” dans le sillage duquel se place l’Italie. Ainsi est passé sous silence le fait que le 25 octobre -lendemain du jour où à Moscou le premier ministre Conte avait qualifié d’”excellent” l’état des rapports bilatéraux Italie-Russie- les forces armées italiennes commençaient sous commandement USA, avec celles des autres pays Otan, l’exercice de guerre Trident Juncture 2018, dirigé contre la Russie. Exercice dans lequel les commandements et les bases USA/Otan en Italie jouent un rôle de première importance. Passé sous silence aussi le fait que le 25 octobre - lendemain du jour où à Moscou le premier ministre Conte avait défini la Russie comme un “partenaire stratégique”- à Bruxelles son gouvernement participait au Conseil Atlantique Nord qui à l’unanimité accusait la Russie, sur la base d’”informations” fournies par les USA, de violer le Traité FNI avec “un comportement déstabilisant pour notre sécurité”. 

  Le gouvernement Conte soutenait ainsi dans les faits le plan étasunien de sortir du Traité FNI et de déployer à nouveau en Europe (Italie comprise) des missiles nucléaires à moyenne portée pointés sur la Russie. Ceux-ci s’ajouteraient aux nouvelles bombes nucléaires B61-12 que les États-Unis commenceront à déployer à partir de mars 2020 en Italie, Allemagne, Belgique, Pays-Bas et probablement dans d’autres pays européens, dans une fonction anti-Russie.

   À la conférence de presse, répondant à un journaliste, Poutine a bien clarifié : les pays européens qui accepteraient de déployer des missiles nucléaires USA à moyenne portée sur leur propre territoire mettraient en danger leur propre sécurité, parce que la Russie serait prête à la riposte. Conte a assuré que “l’Italie vit avec inquiétude ce conflit et fera tout son possible pour qu’une fenêtre de dialogue reste ouverte sur celui-ci”.

   Chose qu’il est en train de faire en se préparant à accueillir et à utiliser sous commandement étasunien les nouvelles bombes nucléaires B61-12 à capacité pénétrante pour détruire les bunkers des centres de commandement russes.

 

Édition de mardi 30 octobre 2018 de il manifesto

https://ilmanifesto.it/il-convitato-di-pietra-al-tavolo-italia-russia/  

Traduit de l’italien par M-A P.


 

EN GEORGIE, SALOME ZOURABICHVILI, ANCIENNE DIPLOMATE FRANCAISE D'ORIGINE GEORGIENNE, EN TETE DE L'ELECTION PRESIDENTIELLE

Salome Zurabishvili

Une ancienne diplomate française serait en tête de la présidentielle géorgienne

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En Géorgie, alors que les bureaux de vote ont fermé à 20h00 heure locale (17h00 heure de Paris), la Franco-géorgienne Salomé Zourabichvili serait en tête de l'élection présidentielle avec 52% des voix, d'après un sondage réalisé à la sortie des urnes.

Salomé Zourabichvili, ancienne diplomate française d'origine géorgienne, soutenue par le parti Rêve géorgien, aurait recueilli 52,3% des suffrages exprimés, indique un sondage réalisé par l'organisme de recherches sociologiques Psychoproect pour le compte du parti au pouvoir.

Le principal rival de Mme Zourabichvili, Grigol Vachadzé, candidat du parti d'opposition Force en l'unité arriverait deuxième avec 28,1% des suffrages exprimés. Le candidat du parti Géorgie européenne, David Bakradzé, serait troisième avec 9,2%, toujours selon ce même sondage.

«Ce sondage a été effectué à la sortie de 100 bureaux de vote. 5.124 électeurs ont été interrogés», a précisé le président du parlement géorgien Irakli Kobakhidze lors d'un point presse.

Selon les résultats d'un autre sondage, réalisé par l'organisation Edison research pour la chaîne d'opposition Roustavi-2, Grigol Vachadzé et Salomé Zourabichvili seraient au coude à coude avec chacun 40% des voix. Ils devraient donc s'affronter au cours d'un second tour.

Conformément au code électoral géorgien, le candidat qui a recueilli plus de 50% des voix au premier tour est élu. Si aucun des candidats n'obtient 50 % des voix, un deuxième tour de scrutin est organisé.

 

Salomé Zourabichvili

© SPUTNIK . SPUTNIK

Qui est cette Française, candidate à la présidence en Géorgie?

Née en 1952 à Paris dans une famille d'immigrés géorgiens, Mme Zourabichvili a fait ses études à l'Institut d'études politiques de Paris et à l'université Columbia de New York. Dans les années 1970, Salomé Zourabichvili est entrée au ministère français des Affaires étrangères. Elle a travaillé en Italie, aux États-Unis, au Tchad et pour des missions françaises auprès de l'Onu, l'OSCE, l'Otan et l'Union européenne.

 

L'élection présidentielle se déroule dimanche en Géorgie. C'est la dernière fois que le chef de l'État géorgien est élu au suffrage universel. Le successeur du vainqueur de cette présidentielle sera élu par un collège électoral.

Détails à suivre

https://fr.sputniknews.com/international/201810281038682270-zourabichvili-presidentielle-georgie-sondages/


 

MANLIO DINUCCI: LE RETOUR DES EUROMISSILES SE PREPARE

Le retour des euromissiles se prépare

 

Manlio Dinucci

 

L’annonce que “Trump met à la casse le traité nucléaire historique avec Moscou” -le Traité sur les forces nucléaires intermédiaires (Inf en anglais)- n’était pas inattendue. Mais maintenant c’est officiel. Pour comprendre la portée de cet acte, on doit rappeler le contexte historique dont est issu le Traité.

  Il est signé à Washington, le 8 décembre 1987, par le président des USA Ronald Reagan et par le président de l’URSS Michail Gorbatchev, mis d’accord l’année précédente au sommet de Reykjavik. Sur la base de ce traité les États-Unis s’engageaient à éliminer les “euromissiles” : les missiles balistiques Pershing 2, basés en Allemagne de l’Ouest, et les missiles de croisière lancés du sol, basés en Grande-Bretagne, Italie, Allemagne de l’Ouest, Belgique et Pays-Bas ; l’Union Soviétique s’engageait à éliminer les missiles balistiques SS-20, basés sur son propre territoire.

  Le traité FNI (Inf) déterminait non seulement un plafond au déploiement d’une catégorie spécifique de missiles nucléaires, mais l’élimination de tous les missiles de cette catégorie : jusqu’en 1991 il en fut éliminé au total 2692. La limite du traité consistait dans le fait qu’il éliminait les missiles nucléaires à portée intermédiaire et courte lancés du sol, mais pas ceux qui étaient lancés depuis la mer et l’air. Malgré cela, le Traité FNI constituait un premier pas sur la voie d’un réel désarmement nucléaire.
   Cet important résultat était dû substantiellement à l’”offensive du désarmement” lancée par l’Union Soviétique de Gorbatchev : le 15 janvier 1986, elle avait proposé non seulement d’éliminer les missiles soviétiques et étasuniens à portée intermédiaire, mais de mettre au point un programme complet, en trois phases, pour le bannissement des armes nucléaires pour l’an 2000. Projet qui resta sur le papier parce que Washington profita de la crise et de la désagrégation de la super-puissance rivale pour accroître la supériorité stratégique, y compris nucléaire, des États-Unis, demeurés unique super-puissance sur la scène mondiale.

   Il n’est pas fortuit que le Traité FNI ait été mis en discussion par Washington quand les États-Unis ont vu diminuer leur avantage stratégique sur Russie, Chine et autres puissances. En 2014, l’administration Obama a accusé la Russie, sans apporter aucune preuve, d’avoir expérimenté un missile de croisière de la catégorie interdite par le Traité, annonçant que “les États-Unis sont en train de considérer le déploiement en Europe de missiles avec base à terre”, c’est-à-dire l’abandon du Traité FNI (il manifesto, 9 juin 2015).
   Le plan a été confirmé par l’administration Trump : dans l’année fiscale 2018 le Congrès a autorisé le financement d’un programme de recherche et développement d’un missile de croisière lancé du sol par plateforme mobile sur route. Le plan est soutenu par les alliés européens de l’Otan. Le récent Conseil Atlantique Nord au niveau ministres de la Défense, auquel a participé pour l’Italie Elisabetta Trenta (M5S), a déclaré que “le traité FNI est en danger à cause des actions de la Russie”, accusée de déployer “un système de missiles déstabilisant, qui constitue un sérieux risque pour notre sécurité”. Moscou nie que ce système de missiles viole le Traité FNI et, à son tour, accuse Washington d’avoir installé en Pologne et Roumanie des rampes de lancement de missiles intercepteurs (ceux du “bouclier”), qui peuvent être utilisées pour lancer des missiles de croisière à tête nucléaire.

  Selon des informations filtrées par l’Administration, les États-Unis se préparent à déployer des missiles nucléaires à portée intermédiaire lancés du sol non seulement en Europe contre la Russie, mais aussi dans le Pacifique et en Asie contre la Chine.

 

Édition de mardi 23 octobre 2018 de il manifesto

https://ilmanifesto.it/la-casa-bianca-prepara-il-ritorno-degli-euromissili/  

Traduit de l’italien par M-A P.