AIR FRANCE : POUR UNE CHEMISE DECHIREE, LA JUSTICE DE CLASSE VA TRANCHER

Air France : l'affaire de la chemise déchirée devant ses juges

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Le DRH d'Air France, Xavier Broseta, à Roissy-en-France, en octobre. Photo Kenzo Tribouillard. AFP

 

Après un premier renvoi, le tribunal de Bobigny va juger 16 salariés de la compagnie aérienne ce vendredi, accusés de violences et de dégradations. Selon «Mediapart» qui a consulté les PV, il existerait peu de preuves tangibles.

Air France : l'affaire de la chemise déchirée devant ses juges

Cinq salariés d’Air France et adhérents à la CGT comparaissent ce vendredi, pour leur participation présumée à l’épisode de la chemise arrachée du directeur des ressources humaines. Ils ne seront pas seuls. Ce vendredi, une large intersyndicale rassemblant des syndicats de pilotes, d’hôtesses et stewards ainsi que de personnels au sol appelle à se rassembler devant le tribunal de Bobigny dès le début de l’audience correctionnelle à 9 heures. Et pour marquer le coup, les syndicats CGT, FO, ainsi que SUD-aérien et Alter, appellent à cesser le travail à Air France, ce vendredi toujours.

Au total, 16 salariés sont convoqués devant le tribunal correctionnel : 5 pour «violences en réunion» et 11 pour «dégradations en réunion», pour avoir forcé le portail d’accès lors de la manifestation du 5 octobre qui faisait suite à l’annonce d’une restructuration menaçant jusqu’à 2 900 emplois.

Ce jour-là, la situation a dégénéré quand des manifestants ont envahi le comité central d’entreprise (CCE) au siège d’Air France, partie civile au procès, sur le site de l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle. Frédéric Gagey, PDG d’Air-France, doit annoncer la suppression de 2 900 postes, surtout chez les personnels au sol. Le CCE s’attend à un envahissement. Il se produira vers 10 heures. Le DRH, Xavier Broseta propose de suspendre la réunion. Frédéric Gagey parvient à sortir rapidement de la salle au moment même où les manifestants y pénètrent. Un petit groupe d’abord. Les témoins parlent de 30 ou 70 personnes. Erika Nguyen Van Vai, hôtesse au sol chez Air France, en fait partie. Elle interpelle les cadres dirigeants, qui l’ignorent. Une de ses camarades la filme avec son smartphone en train d’exploser. «Cela fait quatre ans que nos salaires n’ont pas évolué, quatre ans qu’on travaille pour rien. Nous, on les a faits les efforts, quatre ans sans rien. Et c’est nous qui trinquons ?»

La salle se remplit, tout le monde se retrouve coincé. Xavier Broseta et Pierre Plissonnier, responsable de l’activité long courrier à Air France, sont exfiltrés, notamment protégés par des leaders syndicaux. A l’extérieur, ils sont pris à partie. Sous les cris de «à poil, à poil» et «démission», Xavier Broseta se retrouve torse nu, chemise en lambeaux, avant de s’échapper en escaladant un grillage. Pierre Plissonnier, responsable de l’activité long courrier à Air France, avait également été malmené. En tout, sept personnes ont été molestées. Parmi elles, un vigile avait brièvement perdu connaissance. Les images de la chemise arrachée ont fait le tour du monde et donné lieu à de nombreuses condamnations politiques, patronales et syndicales.

En retour, la déclaration du Premier ministre, Manuel Valls, qualifiant de «voyous» les fauteurs de troubles avait choqué une partie du monde salarié et suscité un débat sur la légitimité du recours à la violence physique face à la violence d’un plan social. Au-delà de l’action en justice, les cinq salariés poursuivis pour violence ont été licenciés dans le cadre de sanctions disciplinaires. L’un d’eux, délégué du personnel CGT, a cependant été réintégré. En tant que représentant, il bénéficie d’un statut protégé. La décision de la direction d’Air France devait être validée par l’inspection du travail qui, fin janvier, a refusé le licenciement. Il reste sous le coup d’une procédure de licenciement pour faute lourde, Air France ayant formé un recours hiérarchique auprès du ministère du Travail, conformément à ce que prévoit le Code du travail. Myriam El-Khomri doit se prononcer d’ici le 3 juin, d’après la CGT.

«Audience collégiale»

Concernant le volet judiciaire, une première audience avait eu lieu le 2 décembre. Mais la juge avait alors renvoyé le procès. Prudente, elle ne souhaitait pas siéger seule. «Il m’apparaît que ce dossier a vocation à être jugé en audience collégiale et non avec un juge unique, afin de permettre un développement serein des débats», avait-elle déclaré alors. A l’extérieur du Palais de justice, en contrebas sur la pelouse, plusieurs centaines de manifestants s’étaient déplacées pour soutenir les prévenus, scandant «arrêt des poursuites contre nos camarades».

Vendredi, trois juges accueilleront les 16 prévenus. De même qu’un fort contingent de policiers chargés de bloquer l’accès au parvis du palais. A l’intérieur du tribunal, le débat portera essentiellement sur ce que montrent les vidéos de l’émeute, celles de la vidéosurveillance d’Air France et celles des caméras de télévision présentes sur place. A en croire les PV d’enquête consultés par Mediapart, il sera très difficile pour les parties civiles d’apporter des preuves tangibles : «La confusion est telle qu’il est impossible de distinguer des éventuels auteurs de violences ou de dégradations.»

Le jugement sera mis en délibéré. Les prévenus poursuivis pour «violences» encourent jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.

http://www.liberation.fr/france/2016/05/27/air-france-l-affaire-de-la-chemise-dechiree-devant-ses-juges_1455401


 

 

 

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