DES FLICS BELGES INTERPELLES EN FRANCE AVEC 13 MIGRANTS DANS UN CAMION

Quand des policiers belges se transforment en "passeurs" de migrants

Quand des policiers belges se transforment en "passeurs" de migrants

Un policier belge à la frontière franco-belge, en novembre 2015. (DENIS CHARLET / AFP)

"On les a reconduits en France parce qu'on ne voulait pas les laisser ici, directement sur la route et les laisser à pied aller à la frontière", explique un commissaire belge.

Renaud Février
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Deux policiers belges ont été interpellés dans la soirée du mardi 20 septembre, à Nieppe, dans le Nord, par la police française au volant d'un camion... dans lequel se trouvaient 13 migrants. Une situation inédite.

Les deux policiers belges ont été conduits au commissariat de police d'Armentières pour y être entendus, a-t-on appris mercredi auprès de la préfecture du Nord, confirmant une information de M6.

Les "treize migrants ont été conduits dans les locaux de la police aux frontières à Lille pour le traitement de la procédure : trois mineurs ont été placés en foyer et dix personnes majeures sont en retenue administrative pour examen de leur situation", a précisé la préfecture.

Mais pourquoi un tel convoi ? La réponse est cocasse :

"On les a reconduits parce qu'on ne voulait pas les laisser ici, directement sur la route et les laisser à pied aller à la frontière. Donc on les a reconduits [...] dans la direction où ils voulaient aller", a expliqué à la RTBF Georges Aeck, le commissaire d'Ypres, en Flandre occidentale.

Mini-incident diplomatique

En effet. Car les policiers belges ont déposé ces migrants... en France ! A 50 mètres de la frontière. Alors que les policiers ne sont pas autorisés à déposer ces migrants sur le territoire français. Les autorités françaises ont donc exprimé "leur plus vive réprobation".

"Cette initiative n'est pas conforme aux pratiques habituelles de travail entre la France et la Belgique", a répliqué la préfecture du Nord.

Côté belge, c'est l'arrestation de leurs policiers qui pose problème. Le président du SLFP Police, un syndicat, Vincent Gilles, n'a notamment pas digéré que ses collègues aient été menottés, "malgré l'identification". Selon le commissariat d'Ypres et le Syndicat libre de la fonction publique de la police, interrogés par la RTBF, les agents ont été interrogés pendant trois à quatre heures au commissariat d'Armentières, avant d'être relâchés au petit matin.

"Ou bien les collègues français ont voulu s'amuser - il n'y a qu'eux qui ont ri dans cette histoire, en plus ils couvrent toute la police française de ridicule -, ou bien dans le cadre du protocole d'accord entre Bernard Cazeneuve et Jan Jambon, le ministre de l'Intérieur belge, il est à craindre qu'il y ait de grands trous juridiques", s'est emporté le commissaire d'Ypres, auprès de la RTBF.

"Normalement dans la procédure, lorsque l'on est inculpé on doit quand même savoir pourquoi", s'indigne encore Georges Aeck. "On n'a pas fait ça pour gagner de l'argent ; ce n'est pas du trafic de personnes. On a seulement donné un coup de main. On ne voulait pas les relâcher dans une ville où ils ne connaissent rien juste avant la nuit."

Accusations réciproques

Cette affaire a commencé mardi matin, selon la RTBF, lorsqu'un routier qui vient de pénétrer sur le territoire belge entend des bruits dans son camion. Il appelle alors la police française, qui découvre les migrants. Mais c'est la police belge, compétente sur son sol, qui les embarque et les emmène à Ypres pour les interroger. Selon leurs déclarations, ces migrants voulaient rejoindre l'Angleterre et se sont "trompés" de camion.

En temps normal, les policiers d'Ypres auraient dû laisser les migrants repartir d'eux-mêmes mais, la nuit tombant, ils ont, selon eux, décidé de les rapprocher de la France...

Si la procédure peut surprendre, ce n'est a priori pourtant pas une première ! Et ce genre d'initiatives se produirait dans les deux sens, selon le parquet de la ville de Tournai, en Belgique.

"C'est déjà arrivé dans l'autre sens, on a déjà interpellé des policiers français avec des migrants dans le Tournaisis, c'est arrivé au moins une fois."

Quoi qu'il en soit, l'affaire a été jugée suffisamment importante pour être évoquée, ce mercredi après-midi, à l'occasion d'une réunion du comité de suivi de la mise en œuvre des accords de Tournai II, qui régissent la coopération policière et douanière entre la France et laBelgique.

"Des échanges sont en cours entre les autorités des deux pays afin de poursuivre les bonnes relations et la coopération existantes, notamment dans le domaine de l'immigration", a ainsi souligné la préfecture du Nord.

R.F.

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