FRANCE : LE MAL-LOGEMENT REND MALADES LES PAUVRES GENS QUI LE SUBISSENT

Stress, asthme, bronchite... quand le mal-logement rend malade

Des personnes s'affairent dans les couloirs du squat géant de Cachan dont les habitants avaient organisé une opération «portes ouvertes», le 31 juillet 2006, pour témoigner de leurs conditions de vie.
 

Des personnes s'affairent dans les couloirs du squat géant de Cachan dont les habitants avaient organisé une opération «portes ouvertes», le 31 juillet 2006, pour témoigner de leurs conditions de vie. Crédits photo : FRED DUFOUR/AFP

Dans son 21e rapport annuel, la Fondation Abbé Pierre met en lumière les problèmes de santé liés au mal-logement en France.

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/01/28/01016-20160128ARTFIG00011-stress-asthme-bronchitequand-le-mal-logement-rend-malade.php?m_i=E89E9imaDlGrKkk63h0u90PL4k2uEbN0VI%2Bx5_E2DtyPVjZU28ek9fjzsSNElwPO0D1rybEs%2BYopC8qc5FyDRW%2BXg7zEYXgTvq0xlvEj&a2=20160129031200&a3=763-7884553-885421#xtor=EPR-300-[actualites]-20160128

 

 
des logements ou l'absence d'un domicile personnel ont des conséquences très graves sur l'état de santé des milliers de personnes», dénonce la fondation, qui avait déjà sensibilisé l'opinion publique sur le sujet, lors d'une campagne en 2007. Dix ans plus tard, les symptômes du mal-logement (voir l'infographie plus bas) sont toujours les mêmes: allergies, bronchites, troubles respiratoires, dépression, stress, etc.

La faible espérance de vie des SDF

Les SDF sont les plus durement touchés. Un indicateur permet de le mesurer: leur espérance de vie moyenne est de 49 ans, quand celle de la population générale culmine à 77 ans, rappelle la FAP, citant le Collectif des Morts de la Rue qui donnait ces chiffres fin 2015: près de 500 SDF sont décédés en 2014, la moitié pour cause de maladie. Outre les affections respiratoires, digestives et dermatologiques, les troubles de santé mentale sont extrêmement fréquents parmi les personnes sans domicile. Une enquête menée en 2009 en Île-de-France montrait que près d'un tiers des personnes sans logement était atteint par un trouble psychiatrique sévère et qu'un sans abris sur cinq présentait une dépendance à l'alcool et à la drogue.

A cela s'ajoute les difficultés d'accès aux soins. Oublis ou abandons de cachets, suivre un traitement devient particulièrement difficile lorsqu'on est sans abris. «Comment peut-on conserver de l'insuline quand on a du diabète et qu'on est à la rue?», s'interroge un professionnel du Samu social de Lille. D'autres facteurs peuvent dissuader les SDF de se faire aider. «J'ai l'exemple d'un monsieur qui (...) avait honte de montrer ses pieds. Quand vous n'avez pas pu prendre de douche, devoir se déshabiller, c'est difficile», explique le médecin. De manière générale, les personnes à la rue sont souvent dans le déni. «Comme si elles étaient détachées de leur enveloppe corporelle», commente un responsable associatif. «On est estomaqué devant des plaies ou des purulences. Elles ne les sentent même plus».

Recrudescence des épidémies dans les bidonvilles

En France, on dénombre 582 bidonvilles et squats occupés par 17.929 personnes, dont environ 4000 enfants, selon le dernier bilan de la Dihal (Délégation interministérielle à l'hébergement et à l'accès au logement ), service rattaché à Matignon. Sur ces campements de fortune, les acteurs de terrain constatent la recrudescence de certaines épidémies comme la tuberculose, ou l'apparition de pathologies comme le shigelle, proches de celles qu'on trouve dans les camps de réfugiés, souligne la FAP. La mortalité néonatale serait huit fois supérieure à la moyenne française et la mortalité infantile cinq fois plus élevée. L'espérance de vie s'y établirait entre 50 et 60 ans. En cause? L'absence de chauffage, de point d'eau, de traitement de déchets et de sanitaires sur la majeure partie des terrains occupés.

Un logement insalubre, rue du faubourg du Temple à Paris.

Un logement insalubre, rue du faubourg du Temple à Paris. Crédits photo :

L'habitat indigne, source de nombreuses maladies

Humidité, moisissures sur les murs...Un logement insalubre peut être à l'origine d'intoxications, d'allergies et de troubles respiratoires, poursuit la fondation. Les enfants sont les premiers touchés. Une étude de Médecins du monde menée dans le Val-de-Marne avait révélé, chez les plus petits, l'existence de rhinites, maux de gorge, d'otites, d'eczéma, d'asthme et de troubles du sommeil. L'absence ou le manque de chauffage renforce ces maladies: une famille exposée à la précarité énergétique est deux fois plus touchée par des bronchites chroniques et quatre fois plus, par des crises d'asthme qu'un ménage classique.

Pour éviter d'avoir froid, certains achètent des chauffages d'appoint, «avec le risque d'intoxication au monoxyde de carbone», déplore la fondation. L'exiguité des logements peut aussi avoir des conséquences sur les plus petits. «Une famille avec deux jeunes enfants, un bébé et un enfant de deux ans, occupait un studio. L'exiguïté du logement a conduit la mère à laisser constamment le plus âgé dans son lit pour éviter qu'il ne fasse mal au bébé. Ne distinguant plus la nuit et le jour, cet enfant connaissait des troubles du sommeil», raconte la fondation dans son rapport de près de 400 pages. Parfois, les conditions d'habitats empêchent même l'accès aux soins. C'est le cas de cette jeune fille de 18 ans, interrogée par la Fondation recherche sociale en 2012. Souffrant d'insuffisance cardiaque, elle s'est vue refuser une transplantation «en raison de ses conditions de logement, non adaptées aux soins de suite nécessaires».

Quand les problèmes de santé engendrent des difficultés de logement

À l'inverse, les problèmes de santé peuvent accentuer les problèmes d'accès au logement. Et même après une longue maladie, vouloir accéder à la propriété en contractant un prêt bancaire peut être un véritable casse-tête. «Les discriminations (...) pour cause de handicap ou en raison de l'état de santé sont loin d'être anecdotiques», note la FAP. Parmi l'ensemble des réclamations logement déposées auprès du Défenseur des droits depuis 2005, 21 % relèvent de ces motifs, rappelle encore la fondation. L'apparition d'une maladie peut également entraîner la perte d'un logement. Parfois, les dispositifs de remboursement n'apportent pas une indemnisation assez rapide. Les dettes s'accumulent, menaçant le ménage d'expulsion.


http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/01/28/01016-20160128ARTFIG00011-stress-asthme-bronchitequand-le-mal-logement-rend-malade.php?m_i=E89E9imaDlGrKkk63h0u90PL4k2uEbN0VI%2Bx5_E2DtyPVjZU28ek9fjzsSNElwPO0D1rybEs%2BYopC8qc5FyDRW%2BXg7zEYXgTvq0xlvEj&a2=20160129031200&a3=763-7884553-885421#xtor=EPR-300-[actualites]-20160128


 

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