LA POLITIQUE ARABE DE LA FRANCE (1962-2015) : UNE RHETORIQUE GROTESQUE

 
 
 
"La politique Arabe de la France" (1962 – 2015) : Une rhétorique grotesque !
 
Dr. Ezzeddine Ben Hamida, Professeur de Sciences économiques et sociales (Grenoble)
Article paru in L’Economiste, août 2014, Tunis. (Version actualisée)
 
 
Le soutien inconditionnel de François Hollande à l’extrémiste sioniste Benyamine Natanyahou pour le bombardement de Gaza et la farouche volonté, dans un passé récent, de son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, à mener une guerre contre la Syrie pour ainsi détruire ses infrastructures et son appareil militaire confirment le penchant pro-israélien du parti socialiste français. D’ailleurs, Régis Debray, ancien conseiller de François Mitterrand, disait « Mitterrand avait un intérêt pour l’histoire évident (…), mais pas pour la géographie et pour le monde extérieur. A part l’Allemagne et Israël, pour des raisons différentes, Mitterrand ne s’intéressait guère au monde extérieur » (in "Les intellectuels intègres", Pascal Boniface, éd. J-C Gawsewitch, 2013, P.146).
Pour autant, la Droite en est-elle exempte ? Le bombardement de la Lybie par Nicolas Sarkozy et Alain Juppé sous l’influence de Bernard-Henri Lévy –un sioniste notoire- ne va-t-il pas aussi, du moins en partie, dans le sens du soutien à Israël ? Cette entité sioniste ne soupçonnait-elle pas Kadhafi de soutenir financièrement le mouvement de résistance palestinien : Le Hamas? La menace de dislocation qui pèse aujourd’hui sur la Libye n’affaiblie-t-elle pas davantage l’unité du monde arabe ? Aussi, pourrions-nous oublier le soutien actif de Nicolas Sarkozy à Ehud Olmert pendant l’impitoyable guerre criminelle contre Gaza en décembre 2008.
Comment peut-on prétendre dans ces conditions à une quelconque « Politique Arabe de la France » ? L’histoire de nos relations avec l’hexagone pourrait-elle justifier une telle affirmation, une telle sémantique ? Soutenir contre vents et marées une telle propagande ne relève-t-il pas tout simplement de l’absurde, voire même de la haine de soi?
Dans les propos qui vont suivre nous nous efforcerons de montrer que pour les deux grands courants politiques (la Gauche –le PS- comme pour la Droite), qui structurent la vie politique française, les vraies motivations de cette rhétorique entrepreneuriale sont d’ordre géoéconomiques, géo-militaires et par conséquent géopolitiques. Une rhétorique entretenue inlassablement par certains hommes politiques français et surtout par une classe bourgeoise arabe francophone dont la francophonie s’est transformée en réalité en francomanie lunatique et assez déconcertante.
1/ La Droite française : De de Gaulle à Jacques Chirac, l’impératif économique.
Dans cette partie nous nous focaliserons uniquement sur les deux personnages emblématiques de la droite française dont l’action politique est considérée, pour certains, d’être favorable aux Arabes.
1.1/ Le Général de Gaulle (1958 – 1969) :
« La troisième réalité internationale, c’est la France » (De Gaulle, le 24 janvier 1963)
Dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la France était aux abois. Elle n’avait d’autres choix que d’organiser stratégiquement et intelligemment son retrait de ses colonies et de se retourner habilement vers son espace géographique et historique naturel. La décadence de l’empire étant en effet à un stade avancé, la France en instaurant un partenariat privilégié avec les pays arabes a voulu contrebalancer le poids étouffant et désormais omniprésent des EU et l’ex-URSS. Le Général De Gaulle disait à Alain Peyrefitte, en marge du conseil des ministres, le 24 janvier 1963 (in "C’était De Gaulle", Alain Peyrefitte, éd. De Fallois/Fayard, 1994, P.282) : « Voyez-vous, nous avons choisi de fonder notre politique sur les réalités et non sur les apparences. Or quelles sont les réalités ? D’abord, l’Amérique. C’est un pays en expansion, qui cherche à maintenir et à confirmer son hégémonie en occident. (…) les Anglais seront le cheval de Troie en Europe. (…) Quelle est la deuxième réalité internationale ? La Russie. En pratique, elle a sans doute renoncé à diriger le monde et comprend que son heure est passée. Mais elle ne veut pas être bouffée et elle a raison. Et quelle est la troisième réalité internationale ? C’est la France. Nous sommes en ce moment les seuls, en dehors des Américains et des Russes, à avoir une ambiance nationale, à nous y tenir et à avoir le courage de le dire. ».
 
Génocide d'un village en Algérie
 
En premier lieu, la France, plus précisément De Gaulle, a commencé par concéder aux Algériens leur indépendance. Le retrait de la France de l’Algérie n’est pas un acte de bienfaisance et encore moins de charité chrétienne mais parce que les Algériens se sont battus avec bravoure, détermination et un courage hors du commun –une des grandes révolutions contre l’occupant, du siècle précédent- ; mais aussi parce qu’il y avait un danger absolu et imminent d’ordre démographique sur la France. De Gaulle, contrairement à son entourage, grâce à son intelligence, sa perspicacité et sa lucidité, dès 1959, disait « L’intégration (des Algériens), c’est une entourloupe pour permettre que les musulmans, qui sont majoritaires en Algérie à dix contre 1, se retrouvent minoritaires dans la République française à un contre cinq. C’est un tour de passe-passe puéril ! On s’imagine qu’on pourra prendre les Algériens avec cet attrape-couillons ? Avez-vous songé que les Arabes se multiplieront par cinq puis par dix, pendant que la population française restera presque stationnaire ? Il y aurait deux cents, puis quatre cents députés arabes à Paris ? Vous voyez un président arabe à l’Elysée ? ». (P. 56). Plus loin (P.57), pour convaincre ses détracteurs, De Gaulle soulignait le coût exorbitant que coûterait l’intégration de l’Algérie à la France « (…) Tâchez de leur faire comprendre, car ils ne comprennent que le langage des chiffres, qu’il vaut mieux pour la France une Algérie algérienne au sein de la communauté, qu’une Algérie française au sein de la France, qui nous mettrait à plat pour toujours ! Le maintient des départements algériens dans la France nous coûterait non seulement un grave préjudice moral dans le monde, mais un effort ruineux ! Ce serait le tonneau des Danaïdes ! ». Mieux encore, Le Général n’avait de cesse de souligner sa conviction de l’absurdité et du ridicule de la thèse de l’intégration ; il disait « Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! ». Inutile de faire les commentaires des propos de De Gaulle, ils sont suffisamment explicites. Il était donc résolu à rendre l’Algérie aux Algériens.
 
Un femme algérienne attachée par l'armée française
 
En second lieu, De Gaulle avait une certaine « idée de la France » -comme il aimait bien le dire, d’ailleurs-, il voulait qu’elle demeure « (…) la lumière du monde ». Il était particulièrement conscient de la perte de vitesse de la France et il voulait à tout prix éviter à son pays qu’il ne se "Portugalise" : Il disait « (…) si elle (la France) n’a pas une grande politique, elle n’est plus rien. Regardez le Portugal, il a été grand. Ce tout petit peuple a conquis le Brésil, les côtes d’Afrique, de l’Inde, de la Chine. Le Pape lui donnait la moitié du monde, en attribuant l’autre moitié à l’Espagne. Aujourd’hui, c’est un pauvre petit pays. La France va-t-elle décliner elle aussi ? Va-t-elle se portugaliser ? Pourra-t-elle remonter la pente ? Finira-t-elle par s’engloutir ? C’est la seule question. (…) Ce que j’essaie de faire depuis un quart de siècle, c’est de pratiquer l’affirmation de la France au nom des Français.»
 
De Gaulle et Ben Gourion en 1967
 
Ainsi, De Gaulle en se désengageant pragmatiquement de l’Algérie, il a voulu tisser des liens de toutes autres natures avec le Monde Arabe pour assurer à la France son approvisionnement, son ravitaillement, en pétrole et en gaz. Lors de son entretien le 1er mai 1967 avec le ministre des Affaires étrangères de l’époque de l’Etat hébreu, M. Eban, qui était de passage à Paris, le Général ne pouvait être plus explicite sur sa conception géoéconomique, militaire et par conséquent politique du monde, pour reprendre ses termes « Si vous le faites (vous attaquez en premier), vous gagnerez à coup sûr, et sans délai. Mais cela aura trois graves conséquences. D'abord, l'implantation soviétique au Moyen-Orient, et par contrecoup, en Afrique - ce qui n'est pas sans importance pour la France - se développera. L'équilibre mondial s'en trouvera menacé. Deuxième conséquence : dans le monde arabe, les régimes modérés seront découragés et tomberont pour céder la place aux extrémistes. Il s'ensuivra une menace sur le ravitaillement en pétrole de l'Occident, et surtout de l'Europe. Enfin, le problème palestinien, qui n'est encore qu'un problème de réfugiés, deviendra une grande cause nationale ».
En conclusion, l’ouverture de De Gaulle sur le Monde Arabe n’avait pour objectif que la préservation des intérêts de la France en Afrique et en ravitaillement en pétrole. Pour être clair, il s’agit d’une sémantique partenariale qui a été très bien entretenue par la classe politique française et les francophiles arabes. Pour paraphraser cet homme d’Etat exceptionnel, qui a su hisser sa patrie parmi les vainqueurs malgré la débâcle de la Seconde Guerre mondiale, « la France ne fait pas la cour aux autres. Ce sont eux qui la lui font» (Conseil des ministres du 8 août 1962). Ses successeurs respectifs, G. Pompidou et G. d’Estaing n’ont fait que poursuivre l’approche et la philosophie de De Gaulle. Dois-je rappeler que l’autorisation à l’OLP d’ouvrir un Bureau de représentation à Paris n’a été accordée qu’en 1975, après donc la première crise pétrolière, en 1974 ?
1.2/ Jacques Chirac (1995-2007):
«Vous voulez que je reprenne mon avion et que je reparte en France? Ce n'est pas une méthode. C'est une provocation! »
(Jacques Chirac, Jérusalem, le mardi 22 octobre 1996)
Contrairement à Nicolas Sarkozy, dont le bilan des relations avec le monde Arabe est franchement catastrophique et épouvantable à cause certainement de ses dérives verbales racistes pour améliorer sa côte de popularité en France et son soutien inconditionnel, partisan et sectaire à l’Etat hébreu surtout pendant la dernière guerre criminelle, destructrice et abjecte contre Gaza, Le bilan de Chirac, comparativement, est beaucoup plus mitigé malgré ses déclarations regrettables et maladroites à Tunis sur les droits de l’homme : «Il faut le souligner, nous avons chacun nos critères d’appréciation», a dit M. Chirac pour qui «le premier des droits de l’Homme c’est manger, être soigné, recevoir une éducation et avoir un habitat».
 
   
 
J. Chirac et S. Hussein en 1975
 
Il faut lui reconnaître son amitié à beaucoup de dirigeant arabes : Rafic Hariri, l'ami libanais assassiné ; Hassan II, le confident et intime marocain ; mais aussi le roi Fahd d'Arabie, le roi Hussein de Jordanie, Yasser Arafat –qu’il a reçu près de 30 fois entre 1995 et 2004-; ceux qui restent, aujourd'hui, le déchu l'Égyptien Hosni Moubarak et le Président, encore en exercice, Abdelaziz Bouteflika. Dans sa propre biographie « Chaque pas doit être un but », Jacques Chirac soulignait lui-même sa facilité de contact avec les dirigeants Arabes, il disait (page 94) « J’aurai toujours une grande facilité de contact avec les chefs d’Etat arabes, peut-être parce que ceux-ci pratiquent une forme de franchise peu fréquente chez leurs homologues occidentaux » (Nil éd., 2009). Même si le Président Chirac a perdu ses principaux contacts dans le monde Arabe, il bénéficie encore, à mon sens, d’un vrai capital de sympathie auprès de très nombreux intellectuels Arabes. Azouz Begag, son ancien Ministre à l’intégration et à l’égalité des chances, disait de lui «(…) toujours ces clins d’œil qu’il envoie à moi et à François Baroin (l’actuel Ministre de l’économie et des finances), assis à ma gauche. Chirac aime les gens, les Français le savent. D’ailleurs, un mot revient souvent dans sa bouche : estime. Il lui va bien. Quand il évoque les agriculteurs, la terre, les exclus, la pauvreté en Afrique, il ne triche pas. C’est un homme de gauche, si tant est que le cœur est à gauche » (Un mouton dans la baignoire » éd. Fayard, P.58).
 
 
J. Chirac à Jérusalem en 1996
 
La colère homérique du Président Chirac à Jérusalem, filmé par les caméras, était chez les Arabes, incontestablement, à l’origine d’un élan extraordinaire de sympathie et d’estime à l’égard de cet homme d’Etat, qui lui aussi avait « une certaine idée de la France ». Le mardi 22 octobre 1996, J. Chirac avait prévu de se rendre à pied, à titre privé, dans la vieille ville de Jérusalem pour y visiter les lieux saints de la chrétienté, du judaïsme et de l’Islam. Cet œcuménisme, comme avait écrit V. Nouzille, déplaît fortement aux autorités israéliennes, qui considèrent Jérusalem comme la ″seule capital éternelle et réunifiée de l’Etat d’Israël″. Au milieu des ruelles étroites de la vieille ville, la délégation peine à se frayer un chemin. Des heurts se produisent entre policiers et des membres de la délégation française : en brandissant le poing en direction d'un officier israélien qui vient de projeter en arrière un jeune journaliste de RFI ; sa voix tremble de rage, Chirac criait : « Vous voulez que je reprenne mon avion et que je reparte en France? Ce n'est pas une méthode. C'est une provocation! ». Ou encore, le discours de Dominique De Villepin du 14 février 2003, aux Nations unies, contre la guerre en Irak qui était resté gravé dans les cœurs et les esprits des Arabes.
Plus sérieusement et au-delà de l’affectif, quel est réellement le bilan de la « Politique Arabe de Chirac » ?
A en juger par les résultats : l’invasion de l’Irak a eu lieu et Saddam Hussein a été exécuté. Son ami Yasser Arafat empoisonné et la question Palestinienne est toujours au point mort, pour ne pas dire pire encore complètement enterrée : Un génocide à l’œuvre sous le silence assourdissant de la communauté internationale. En effet, la colonisation s’est accélérée, dans les 15 dernières années à un rythme effréné à tel point que l’idée de créer un Etat Palestinien appartient, à mon sens, déjà à l’Histoire ; elle s’est évaporée et pulvérisée : Un Etat nécessite géographiquement une continuité territoriale, une autonome économique et financière et des institutions étatiques souveraines et fiables. Rien hélas de ces exigences n’existe aujourd’hui réellement sur le terrain. Les discutions visent uniquement à gagner encore, et encore, quelques années pour que les Sionistes aboutissent à leur fin, à savoir le Grand Israël avec Jérusalem comme ″seule capital éternelle et réunifiée″.
A l’exception de la Tunisie qui a arraché sa révolution et sa « démocratie » contre vent et marrée. Et ceci grâce à notre farouche détermination d’en découdre avec le dictateur et de prouver au monde entier la grandeur de notre NATION. Hélas, le reste des Républiques Arabes est encore en ébullition. Dois-je rappeler les propos de l’ex sinistre Ministre des Affaires Etrangères française Michèle Alliot-Marie, mardi 11 janvier 2011 seulement trois jours avant la fuite de Ben Ali, lors des questions au gouvernement à l’Assemblée Nationale française « (…) nous proposons que le savoir-faire de nos forces de sécurité, qui est reconnu dans le monde entier, permette de régler des situations sécuritaires de ce type. C'est la raison pour laquelle nous proposons aux deux pays (la Tunisie et l’Algérie) de permettre, dans le cadre de la coopération, d'agir dans ce sens (…)» (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP) ? En résumé, pour Chirac «le premier des droits de l’Homme c’est manger, être soigné, recevoir une éducation et avoir un habitat» ; et quand nous manifestons, madame Alliot-Marie veut nous envoyer la police française pour aider son ami Ben Ali à nous mater.
2/ La gauche Française : De François Mitterrand à François Hollande, la sécurité d’Israël comme impératif !
2.1/ Francois Mitterand (1981 – 1995) :
« Je suis l’ami d’Israël, l’ami du peuple juif.»
(F. Mitterrand, Tel-Aviv le 4 mars 1982).
« (…) On sait ce qui me vaut l’amitié de la communauté juive de France, c’est mon admiration connue pour le génie du judaïsme. C’est aussi la solidarité dont j’ai fait preuve lorsque cette communauté a souffert. Et peut-être le fait que je n’ai jamais changé de position sur un problème pour elle à la fois intime et déchirant, celle d’Israël ». Rien d’étonnant sa femme Danielle étant juive.
François Mitterrand a pris officiellement ses fonctions le 21 mai 1981. Le réacteur nucléaire Irakien d’Osirak a été détruit le 7 juin 1981 par l’armée israélienne. Récemment, Shimon Pérès, l’ancien président de l’Etat hébreux, avait déclaré dans une interview télévisée, malgré son amitié avec François Mitterrand, il n’avait pas voulu assister à la cérémonie du 21 mais 1981, pour ne pas laisser penser qu’il ait eu connivence entre Israël et le nouvel hôte de l’Elysée et éviter ainsi à son ami les foudres des Arabes. François Mitterrand était donc au courant des intentions de Menahem Begin de bombarder le réacteur nucléaire Irakien. Un réacteur qui a été livré par la France quelques semaines avant l’attaque et déjà payé cash par Saddam Hussein.
Jacques Andréani, ancien ambassadeur de France à Washington pendant la guerre du Golf de 1991, disait «Isolé au départ, il a mis plusieurs mois à renverser l’opinion française et la position des officiels. Il l’a fait avec beaucoup d’adresse, en montrant qu’il avait des positions différentes des Américains sur certains sujets, ou qu’il était prêt à des compromis jusqu’au dernier moment. Mais sa position de fond était claire : il allait être solitaire de Bush, qui était décidé, très tôt, à faire la guerre s’il le fallait » (in ″Dans le secret des Présidents″ de Vincent Nouzille, éd. Fayard, 2010, P.184).
Pire encore, d’après Marc Boureau d’Argonne, ancien haut diplomate français, le président François Mitterrand avait refusé de signer un accord à l’initiative des pays Arabes, avec les autorités de Bagdad de l’époque, pour sauver la paix en permettant à Saddam Hussein de faire marche arrière sans perdre la face. Ainsi, Mitterrand a laissé le piège états-unien se refermer sur l’Irak. Loin donc d’avoir voulu empêcher la guerre du Golfe, F. Mitterrand a-t-il participé à sa fabrication ? Pour l’ancien Président français, la sécurité d’Israël était indiscutable et l’Irak de Saddam Hussein représentait à long terme une menace réelle sur l’Etat hébreu.
Mohamed Mzali écrivit in son ouvrage « Un Premier ministre de Bourguiba témoigne » (Sud Edition, Tunis, P.384) « Le 1er juillet 1985, le président Mitterrand nomma Eric Rouleau (un sioniste notoire), qui avait travaillé de 1956 à 1985 au service étranger du journal le Monde, ambassadeur de France en Tunisie. Il avait pour mission de suivre les affaires de l’OLP et de rapprocher de Kadhafi (…) ». Ainsi, nous constatons l’obsession de Mitterrand de la sécurité d’Israël indépendamment des droits même élémentaires, rudimentaires, du peuple palestinien.
 
La guillotine à Alger
 
 
La sombre histoire de F. Mitterrand avec le monde arabe et musulman ne se limite pas seulement, hélas, à son obsession de la sécurité d’Israël pour racheter son triste passé avec Vichy et redorer ainsi son blason auprès du lobby juif ; déjà pendant la Guerre d’Algérie, quand il était ministre de la justice de février 1956 à juin 1957, les condamnations à mort prononcées contre les nationalistes algériens pleuvaient et, en seize mois, la guillotine a été actionnée –tenez-vous bien- 45 fois. Mitterrand était un partisan de ″l’intégration″ à tout prix.
Pour convaincre le lecteur de l’intransigeance de F. Mitterrand à l’égard du monde arabe en particulier et du monde musulman en général, il suffit d’analyser sa position personnelle pendant l’éclatement de l’ex-Yougoslavie et son soutien inconditionnel aux serbes, particulièrement les deux criminelles de guerres : Radovan Karadzic et Ratko Mladic, malgré le massacre et le génocide dont ils étaient victimes les musulmans bosniaques. Le Président français s’est systématiquement opposé aux opérations militaires contre les serbes et à la levée de l’embargo sur les armes pour la Bosnie. Il était très méfiant à l’égard des musulmans et ne voulait surtout pas d’un Etat musulman au sein de l’Europe. (Vincent Nouzille, op.cit.)
2.2/ François Hollande :
« la Knesset (…) est à la fois le symbole et l’incarnation de la démocratie israélienne, qui rassemble ici toutes les sensibilités que votre pays compte en son sein » (Tel-Aviv, le 18 novembre 2013).
 
 
 
 
« Oui, la France a été toujours du côté d’Israël, dès le premier jour, pour affirmer son droit à l’existence. Soixante-cinq ans après, je viens exprimer ici, au nom de la France, comme François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy l’avaient fait avant moi, l’amitié de la France pour Israël. Cette amitié, elle est vous est acquise. Elle est d’autant plus forte qu’elle dépasse les alternances politiques, les dirigeants successifs et même les aléas de la vie internationale ».
Ainsi, François Hollande, qui doit son élection aux 6 millions de musulmans en France, résume les liens fusionnels et indéfectibles entre son pays et l’entité sioniste. Des liens qui « dépassent, donc, les alternances politiques ».
Dès son accession au pouvoir, François Hollande a cherché activement à bombarder la Syrie est ceci pour trois raisons fondamentales qui se complètent et se renforcent, d’ailleurs :
- Répondre à une exigence israélienne dont les intérêts sont représentés par son Ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius ;
- Détourner l’attention de son opinion public du marasme économique que traverse son pays : Le taux de chômage avoisine les 13%, une dette public de près de 2000 milliards d’euros (soit 87% du PIB), un déficit budgétaire de près de 6%, etc. ;
- Répondre aussi à une demande saoudienne. L’Arabie Saoudite, pour séduire son mercenaire, a déjà signé un accord avec l’industrie militaire naval française de 5 milliards d’euros.
Plus récemment, toujours fidèle à son engagement auprès d’Israël et à la tradition du parti socialiste français, F. Hollande, lors d’un entretien téléphonique avec Netanyahou, avait exprimé « la solidarité de la France [avec Israël] face aux tirs de roquettes en provenance de Gaza ». Il a rappelé que « la France condamne fermement ces agressions ». Mieux encore, il a précisé qu’« Il appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces ».
De telles déclarations d’un Président d’un pays qui se considère comme étant la "patrie des droits de l’Homme" reflètent la bassesse et l’ignominie de la politique française à l’égard des Palestiniens. Les déclarations incendiaires d’Emmanuel Valls - dont la femme est juive notoirement connue par son sionisme- en faveur d’Israël et son islamophobie déclarée sans complexe ni retenue montrent l’indécence de la Gauche française.
Stéphane Hessel disait « Il y a des gens qui se demandent pourquoi je m’intéresse à cela [le drame palestinien], comme par exemple notre ambassadeur des Droits de l’Homme au Quai d’Orsay, M. Zimeray qui, chaque fois qu’on se voit me dit "Vous vous intéressez à la Palestine, mais moi je vais au Congo, en Somalie, etc. c’est bien plus grave." Pourquoi pas moi, je lui réponds : vous avez raison, il faut aller partout mais quand on se trouve avoir été plusieurs fois à Gaza et en Palestine, il est naturel que ce soit de cela que l’on se préoccupe. » Il rajoutait un peu plus loin en s’adressant à son interlocuteur « Ecoutez, vous ne connaissez pas encore ce pays-là, il faut venir . » Il concluait « Il n’est jamais venu ! » (in "Les intellectuels intègres", Pascal Boniface, éd. J-C Gawsewitch, 2013, P.39).
Pour convaincre le lecteur de la puissance de la mainmise des lobbies sionistes sur la classe politique française Pascal Boniface souligna les pressions exercées sur Esther Benbassa (Sénatrice française d’origine juive turque, militante des droits de l’Homme) à cause de ses critiques et ses dénonciations des crimes perpétrées par l’armée israélienne. Il écrivit « (…) ce collègue sénateur qui l’accueillit froidement lorsqu’elle arriva au Sénat en lui déclarant "Je t’en veux, car tu n’as pas été fidèle à ton peuple." Il lui reprochait ses critiques à l’égard de la politique israélienne et ne faisait visiblement pas référence au peuple français, dont ils sont pourtant tous deux les élus » (op. citée P.88)
Bilan :
La sémantique « Politique Arabe de la France » est une supercherie entretenue comme je l’ai déjà écrit plus haut « (…) par certains hommes politiques français et surtout par une classe bourgeoise arabe francophone dont la francophonie s’est transformée en francomanie lunatique et déconcertante. » La Droite française est beaucoup plus préoccupée par l’impératif économique alors que le parti socialiste, qui incarne la Gauche –du moins ce qu’il en reste-, est beaucoup plus préoccupé, voire obsédé, par la sécurité d’Israël.
Comment peut-on, dans ces conditions, se prévaloir d’une quelconque « Politique Arabe de la France » ? En réalité, il s’agit d’une politique qui sert en premier lieu les intérêts de l’hexagone !
Le salut des peuples arabes ne peut venir que d’eux-mêmes ! Il serait naïf et dégradant de compter sur les autres ! Les occidentaux d’une manière générale n’ont pas d’amis ; ils ne cherchent que leurs intérêts ; Et ils ont raison. A nous de faire de même, d’être plus habile, ingénieux et ambitieux : Le développement est un état d’esprit, une conscience morale et collective, une volonté d’en découdre, une haute image et estime de soi. Ayons toutes et tous cet état d’esprit, cette conscience morale et collective et cette haute image de soi. Nous avons du génie, des ressources énergétiques, une excellente position géographique et une très grande histoire.
Pour finir, nous souhaitons clôturer cette contribution en rapportant aux lecteurs une discussion, anecdotique mais révélatrice de l’état d’esprit de certains de nos dirigeants, que nous avons eue avec un très haut responsable politique tunisien en poste au ministère des affaires étrangères en mai 2012 : Lors de notre entretien nous lui avons exprimé notre inquiétude du poids croissant –omniprésent- des Américains en Tunisie en mettant l’accent sur le risque de perte de notre souveraineté et la liberté de nos décisions. Sa réponse était sans décernement, aucun : « Les Américains, nous aident, nous aident beaucoup ; ils nous donnent tout ce que nous demandons ; ils veulent que l’expérience tunisienne réussisse car ils considèrent que la réussite de notre révolution ouvrira la voie aux autres pays arabes à la liberté ! » -Heureusement, il n’est plus en poste depuis février 2013!
 
D1UwJ8���wƄ/
 

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau