LE CYNISME DE MACRON

Le "cynisme" de Macron, un "pognon de dingue", la chère vaisselle de l'Elysée

Le "cynisme" de Macron, un "pognon de dingue", la chère vaisselle de l'Elysée

Emmanuel Macron lors d'un meeting avec la communauté française du Canada, le 7 juin 2018. ((Jacques Witt/SIPA))

Au menu du Réveil politique : Macron critique le "cynisme" de l'Italie sur les migrants, Macron veut responsabiliser les pauvres, la nouvelle vaisselle de Macron n'a pas coûté 50.000 euros...

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Le fait du jour : Macron, l'"Aquarius" et le "cynisme"

Qui est le plus cynique ? Critiqué pour son silence à propos de l'incroyable situation de l'"Aquarius", Emmanuel Macron a fini par parler. Bref rappel de la situation : le navire de SOS Méditerranée est resté plusieurs jours en mer sans savoir où accoster pour sauver les 629 migrants qu'il a secourus. Ni l'Italie ni Malte ne voulaient l'accueillir. L'"Aquarius" rejoindra finalement l'Espagne accompagné de deux bateaux italiens

Crise de l'"Aquarius" : "Dommage qu'il n'y ait aucun grand pays entre l'Italie et l'Espagne..."

Lors du conseil des ministres, Emmanuel Macron a dénoncé la "part de cynisme et d'irresponsabilité du gouvernement italien" qui a refusé d'accueillir le navire, a rapporté le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. "Si un bateau avait la France pour rive la plus proche, il pourrait accoster" en France car "c'est le respect du droit international", a ajouté le président qui a salué le courage de l'Espagne, selon le porte-parole.

C'était pourtant le cas ! La France, et notamment le port d'Ajaccio, en Corse, était beaucoup plus proche pour l'"Aquarius" que les côtes espagnoles. Mais selon Emmanuel Macron :

"La France prend sa part, mais ce qui est inacceptable, c'est le comportement et l'instrumentalisation politique qui en a été faite par le gouvernement italien."

Pas question donc d'embrayer sur la proposition d'accueil lancée par les dirigeants nationalistes corses pour "porter secours à ces personnes en détresse" − une offre spectaculaire, visant surtout à "essayer d'apporter [...] une contribution", selon le président du conseil exécutif de Corse Gilles Simeoni.

La décision "appartient à l'Etat français", a répliqué la préfète de Corse, Josiane Chevalier. Mais pour certains, la France a été la grande absente dans cette histoire, en ne proposant pas d'ouvrir ses ports pour se substituer à l'Italie dans l'accueil des migrants. Et comme lors de l'examen au Parlement de la loi asile-immigration, les doutes ont gagné jusqu'aux députés de la majorité : "La France ne peut pas rester silencieuse face au drame en Méditerranée", a lancé Fiona Lazaar dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron, tandis que Sonia Krimi regrettait "la dérive" du "principe d'accueil" et qu'Anne-Christine Lang appelait à "faire une exception et à accueillir les passagers de l''Aquarius'".

 

Fronde sociale à LREM : la revanche des godillots

Face à ces critiques, le porte-parole du gouvernement a assuré que "la France n'est pas restée inactive au cours des 24 dernières heures". Emmanuel Macron recevra le président du conseil italien Giuseppe Conte lors d'un déjeuner vendredi à l'Elysée. 

La citation du jour : "Un pognon de dingue"

Même assis à son bureau, Emmanuel Macron sait s'enflammer. Dans une vidéo qui le montre en train de peaufiner son discours devant la Mutualité mercredi, le chef de l'Etat lâche : 

"On met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens ne s'en sortent pas."

Dans cette vidéo tweetée par sa directrice de la communication Sibeth Ndiaye, il résume sa philosophie devant ses collaborateurs dans un langage familier, à quelques heures d'un discours "stratégique" sur sa politique sociale, prévu à Montpellier, mercredi vers 11h30.

"Le président ? Toujours exigeant. Pas encore satisfait du discours qu'il prononcera demain au congrès de la Mutualité, il nous précise donc le brief ! Au boulot !", écrit sa conseillère en postant la vidéo.

Emmanuel Macron, lui, s'écrie :

"Je vais faire un constat qui est de dire : on met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif. Toute notre politique sociale, c'est qu'on doit mieux prévenir − ça nous coûtera moins, ensemble − et mieux responsabiliser tous les acteurs."

Il poursuit :

"On met un pognon de dingue dans les minimas sociaux et les gens ne s'en sortent pas. Les gens pauvres restent pauvres, ceux qui tombent pauvres restent pauvres. On doit avoir un truc qui permet aux gens de s'en sortir. Par l'éducation..."

Il ajoute :

"Il faut prévenir la pauvreté et responsabiliser les gens pour qu'ils sortent de la pauvreté. Et sur la santé, c'est pareil. Tout le système de soins que je veux repenser, c'est aller vers plus de prévention pour responsabiliser, y compris les acteurs de soins."

Il termine :

"C'est dans cette optique-là qu'on fait le reste à charge zéro. C'est une politique de responsabilité car tout le monde va au pot, je demanderai des efforts aux mecs qui font des lunettes, aux types qui font des verres... Là c'est cohérent. Sinon vous n'aviez pas de fil directeur... C'était de la lasagne faite avec de la paella !"

Résumons cette pensée complexe : si vous êtes pauvres, soyez responsables et si vous voulez sortir de la pauvreté, soyez... responsables.

La plainte du jour : les comptes de Macron, Le Pen, Mélenchon et Hamon

On appelle cela un barrage d'artillerie. L'association anticorruption Anticor demande mercredi 13 juin au parquet de Paris d'ouvrir une enquête pour "vérifier la transparence et la probité des comptes" de campagne présidentielle d'Emmanuel Macron, Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen.

L'association accuse notamment le leader de La France insoumise et la présidente de l'ex-FN d'avoir "tenté de détourner de l'argent public au moyen de remboursements par l'Etat de frais de campagne qui n'avaient d'autre but que de servir leur intérêt ou l'intérêt de leurs proches", selon la plainte consultée par l'AFP qui doit être déposée dans la journée.

 

Ristournes au candidat Macron : la polémique en 5 actes

Anticor reproche par ailleurs au président "Emmanuel Macron et de manière moins importante à Benoît Hamon d'avoir profité de ristournes, remises, rabais, venant minorer leurs dépenses de campagne", en violation du principe d'égalité entre les candidats que sanctionne le code électoral. Des rabais qui pourraient être constitutifs d'"abus de biens sociaux" pour les prestataires qui les ont accordés, estime Anticor.

Enfin, l'association demande de vérifier la "responsabilité" des membres de la Commission nationale des comptes de campagne (CNCCFP). En cause : l'acceptation de frais qui n'auraient pas dû l'être, comme l'a affirmé un rapporteur démissionnaire, et la validation de remises qui constituent, pour Anticor, un financement par des entreprises, ce qui est illégal en France.

Cette plainte fait suite aux enquêtes de médias, dont Mediapart, "l'Obs", "le Monde" et Radio France sur les comptes de campagnes des différents candidats. Voici toutes les enquêtes de "l'Obs" :

Le chiffre du jour : 8e

Edouard Philippe est en train de devenir plus populaire qu'Emmanuel Macron. Le Premier ministre se maintient dans le trio de tête des responsables politiques dont les Français ont une bonne opinion et Emmanuel Macron, lui, marque le pas, selon un sondage Ifop-Fiducial diffusé mardi 12 juin.

Avec 53% d'opinions favorables, le Premier ministre, en légère baisse d'un point, n'est devancé que par Nicolas Hulot, à 62%, et Alain Juppé, à 57%.

En huitième position, le chef de l'Etat perd pour sa part deux points à 47% et un Français interrogé sur deux (51%) a une "mauvaise opinion" de lui, selon cette enquête pour "Paris Match" et Sud Radio.

- Enquête réalisée par téléphone du 8 au 9 juin auprès de 1.008 personnes de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. Marge d'erreur de 1,4 à 3,1 points.

L'autre chiffre du jour : le demi-million

Il fallait des couverts "qui correspondent à l'époque actuelle". Alors, sur les conseils du service de l'argenterie de l'Elysée, Emmanuel et Brigitte Macron ont commandé un nouveau service de vaisselle à la Manufacture de Sèvres, fournisseur officielle de fourchettes et petites cuillères du palais présidentiel depuis 1848 et la IIe République, comme le racontait "le Journal du dimanche", le 8 juin dernier.

En tout, comme le précise le "JDD", ce sont pas moins de "900 assiettes de présentation et 300 assiettes à pain, soit 1.200 pièces" qui ont été commandées. L'addition, officielle, se monte à environ 50.000 euros, consacrée à la rémunération des artistes. Cette somme ne sera d'ailleurs pas déboursée par l'Élysée, mais répartie entre l'établissement public de la Manufacture de Sèvres et le ministère de la Culture.

"Le Canard enchaîné", lui, a pris sa calculette et, évidemment, n'a pas trouvé le même chiffre. "La douloureuse devrait atteindre, voire dépasser, le demi-million d'euros, au vu des tarifs courants affichés par la manufacture", écrit l'hebdomadaire satirique. "Soit 400 euros pièce pour les assiettes les plus simple et 'à partir de 500 euros' pour les modèles contemporains."

Comme le précise "le Canard enchaîné", la vaisselle n'est pas facturée à l'Elysée mais "attribuée gratuitement pour l'aménagement et l'office des résidences présidentielles". En réalité, la Manufacture de Sèvres est financée et subventionnée par l'Etat, et cela représente 60% des ressources de l'entreprise. Et selon l'hebdomadaire, la note est salée : "3,807 millions d'euros en 2016", "4,391 millions d'euros en 2017" et "4,448 millions" en 2018.

Paul Laubacher

https://www.nouvelobs.com/politique/le-reveil-politique/20180613.OBS8092/le-cynisme-de-macron-un-pognon-de-dingue-la-chere-vaisselle-de-l-elysee.html


 

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