LE VENT DU SENS DE L’HISTOIRE

Le vent souffle

jeudi 2 juin 2016 
par  Charles Hoareau 
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Cher ami

Tu me demandes où ça en est dans le 13 le mouvement contre la loi rétrograde du gouvernement : comment te dire ? Il se passe des choses extraordinaires et nous sommes dans un mouvement qui ne se dément pas.
La semaine passée on a vu des mobilisations que de mémoire de militant on n’avait jamais vues. Jeudi 26 mai rendez-vous était donné à 6h du matin (oui 6h !) à Vitrolles sur le parking de Décathlon. 
Pour une action sans plus de précision comme toujours dans ce cas-là.

Le jour venait à peine de se lever et le parking ne cessait de se remplir de centaines de gilets jaunes ou rouges tout étonnés de se voir si nombreuses et nombreux.
Le port, la centrale, le commerce, la pétrochimie, les territoriaux….Combien étions-nous au final ? Plus de 500 qui se sont séparés en deux groupes pour aller faire une opération de distribution de tracts aux ronds-points (et oui du coup évidemment on pouvait en faire plusieurs !) qui sont les entrées stratégiques des deux zones d’activité commerciales et d’entreprises de Vitrolles.

Ce qui est à noter c’est que les automobilistes dans leur très grande majorité exprimaient un soutien que nous n’avions pas connus dans des actions similaires par le passé. L’ambiance était un mélange de fête et de désir de convaincre. S’il n’y avait eu deux chauffards qui ont blessé 3 d’entre nous et nous ont toutes et tous secoués la fête aurait été complète.

Pendant ce temps les dockers étaient mobilisés devant le centre commercial que ceux qui rêvent de faire de la Provence un bronze-cul de l’Europe nous ont ouvert dans les grilles du port. Eh bien ce jour-là leur centre commercial dédié au fric et au tourisme de luxe n’a pas ouvert. Pas très loin de l’enceinte, au même moment des centaines de salariés de la construction bloquaient un chantier. Plus tard dans la matinée ils étaient des milliers à Fos dans une manif d’une ampleur telle que la ville ne se rappelle pas en avoir connue….

A midi on était encore par milliers à La Joliette : et dire que Valls avec son état d’urgence voulait interdire les manifs….

Le lendemain les copains étaient encore secoués des agressions de la veille et qui font qu’au moment où je t’écris un est encore hospitalisé dans un état grave, l’autre vient à peine de sortir de l’hôpital et en a pour six semaines de convalescence et la 3e, si elle est moins blessée, est encore toute choquée : elle n’oubliera pas de sitôt l’image du camion de 38 tonnes fonçant sur elle…
Malgré ça le lendemain donc, vendredi dernier ils étaient des milliers à 7h à l’aéroport. 3000 selon le journal La Provence que l’on ne peut soupçonner d’être un supporter acharné de la CGT…Tu imagines les deux halls tellement pleins que certains n’ont jamais pu rentrer.

La police est venue dire en substance aux dirigeants de la CGT : « Ne vous inquiétez pas on bloque les voitures pour qu’il n’y ait pas d’accident comme hier »…Il était temps.

Et cette semaine c’est reparti sur les chapeaux de roues. Mardi à 5h (si ça continue ici la CGT va inventer le concept Nuit Manif) ils étaient encore plus de 400 à Istres à bloquer une zone. De plus les cheminots se sont mis en grève. 17% disent les médias ! A voir le peu de trains qui circulent soit on nous ment sur toute la ligne (de train !), soit la SNCF peut licencier la moitié du personnel puisqu’à 17% cela suffit pour supprimer plus d’un train sur deux !!!

Hier au soir à Martigues il y avait une rencontre entre les militants du complexe pétrochimique, George Mavrikos le président international de la FSM [1], l’UD CGT 13, des amis de Nuit Debout et François Ruffin venu faire cette convergence que nous avons dû reporter plusieurs fois à cause des événements. Moment historique de lutte, d’échange et de fraternité. Une fois de plus la FSM, qui depuis le début du mouvement a organisé des manifestations de soutien devant les ambassades de France dans le monde (Brésil, Grèce, Autriche, Italie…) et continue à le faire, une fois de plus donc, la FSM a montré que la solidarité de classe n’est pas un vain mot.

Ensuite, après avoir laissé les camarades de la chimie sur leur piquet de grève, descente à Marseille au Vieux Port, toujours avec François Ruffin, pour une autre initiative commune Nuit Debout syndicats, initiative qui comme de juste s’est terminée fort tard.

Aujourd’hui tu le sais, nouvelle manif et on sait qu’on va encore être nombreuses et nombreux et que nous faisons toutes et tous, tout ce qu’on peut pour que là où nous sommes, le mouvement s’étende en utilisant tous les moyens grèves, assemblées, votation.....
Je sais bien que les autres en face, ceux qui rêvent de voir un peuple asservi et docile, ne cessent de nous tirer dessus, je sais bien qu’un journaliste, qui ne doit pas savoir ce que c’est le travail ni la vie en Syrie a déclaré que "La France est soumise aujourd’hui à deux menaces qui, pour être différentes, n’en mettent pas moins en péril son intégrité : Daech et la CGT". Je sais bien que l’on a rarement connu des attaques aussi virulentes contre nous et en même temps une promotion aussi éhontée d’une CFDT qui ressemble plus à une officine patronale qu’à un syndicat.

Je sais bien qu’Hollande, Valls et consorts ne cessent de geindre en tapant du pied comme font les enfants à qui on a pris leur jouet : « je veux ma loi, je veux ma loi », mais tu veux que je te dise : ils ne nous arrêteront pas. Le vent de la révolte souffle trop fort. 
Il y en a trop eu depuis des années. Ils croyaient nous ramener à 1930 et que l’on continue d’encaisser sans rien dire ? Je sais qu’il n’est pas simple de mettre tout le pays en grève surtout depuis qu’ils ont cassé les entreprises, multiplié la sous traitance, mis des millions de gens au chômage, mais ils ne nous arrêterons pas. Nul ne peut arrêter le vent et là je t’assure qu’il souffle trop fort. C’est le vent de la révolte, c’est le vent des humiliations refoulées, c’est le vent contre l’impuissance après les suicides des camarades de Orange ou d’ailleurs, le vent contre les burn out et les délocalisations imposées, c’est le vent contre tous les racismes, les divisions, les discriminations, contre les quartiers populaires devenus des ghettos, c’est le vent des colères qui hier étaient rentrées, c’est le vent de celles et ceux qui se sentaient seuls et aujourd’hui se retrouvent unis et des milliers. 
Tu te rappelles le mot de René Char « La dignité d’un homme cela ne se voit pas, la dignité de 1000 hommes ça prend l’allure d’un combat ».
C’est ce vent-là qui souffle.
C’est le vent du sens de l’histoire.

Venceremos !

 

[1] Fédération Syndicale Mondiale

http://www.rougemidi.org/spip.php?article9239

 


 

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