MAI 68 : ECHANGE SUR FACEBOOK ENTRE CLAUDE GALLIER ET JACQUES TOURTAUX

Jacques Tourtaux 

Photo de Philippe Labbe.

 

Claude Gallier : Ah bon? C'est vraiment grâce aux gauchistes? Aux voitures renversées? Ne serait-ce pas plutôt la grève , la mobilisation Ouvrière et la lutte syndicale? Quant au triomphe électoral de la droite après ce beau printemps... oui, c'est sûrement les casseurs dont on sait par ailleurs comment ils se sont recyclés dans l'appareil bourgeois.

 

Jacques Tourtaux : Tout à fait d'accord avec toi Claude Gallier mais je n'interprète pas cette image comme tu l'as décrit.

Cette image, je l'ai trouvé chez un camarade militant CGT de Marseille qui n'est pas gauchiste mais Communiste.

Que sont devenues toutes les têtes pensantes gauchistes et pas que gauchistes, qui connaissent tout mais ne connaissent rien de la classe ouvrière dont tu parles, de ceux qui triment durement par tous les temps de nuit comme de jour.

Je suis un des millions de grévistes de MAI 68.

A l'époque, j'avais 27 ans. Mes camarades cheminots CGT m'avaient confiés plusieurs délégations que je m'efforçais d'assumer au mieux.

Je ne sais si tu as connu cette période de luttes intenses parties de la base, où tous ensemble, nous avons donné le meilleur de nous-mêmes.

Sauf erreur de ma part, tu es universitaire donc, si tu es toujours en activité, étant trop jeune, tu n'as pas participé aux luttes ouvrières alors, je m'étonne que tu t'offusques à la vue de voitures renversées alors que les flics de De Gaulle matraquaient et grenadaient étudiants et ouvriers à un point tel qu'ils ont tué des travailleurs grévistes et fait des centaines de blessés.

Lors du 40ème anniversaire de MAI 68, j'ai été contacté par trois journalistes.

L'un deux, venait de Paris pour un quotidien national (je ne sais plus lequel car je ne suis pas de ceux qui prennent la grosse tête ou qui courent après les honneurs), pour un entretien sur notre mémorable grève.

A chacun d'eux, j'ai demandé pourquoi ils me contactaient alors que nous étions des millions de grévistes.

La réponse a été celle-ci : "Mr Tourtaux, vous êtes une des entités de MAI 68 sur la ville de Reims". Je l'ignorais car jamais cela ne m'a effleuré l'esprit.

Je n'ai pas ta science de l'écriture car je n'ai pas eu la chance de faire des études.

Je suis simplement lesté d'un modeste CEP mais j'ai ce que toi tu n'as pas. Une expérience militante des luttes ouvrières de terrain dont peuvent témoigner mes anciens camarades de travail mais aussi les nombreuses personnes pour lesquelles j'ai monté et plaidé bénévolement leur dossier devant les juridictions prud'homales, voire même en Cour d'Appel, souvent victorieusement partiellement, voire pour tous les chefs de demande, ce qui n'était pas évident lorsque avec mon modeste bagage intellectuel, je plaidais face à un avocat d'affaires ou un bâtonnier.

J'oubliais de te dire que lors de mes 30 années cheminotes, je fus un gars du TAS, de ceux qui savent de quoi ils parlent car à l'époque de MAI 68, le métier que j'exerçais, aujourd'hui disparu, était le plus dangereux de la profession.

J'affirme sur l'Honneur que nous avons eu de nombreux camarades tués dans notre métier. Les conditions de travail étaient celles de l'époque de GERMINAL. J'ai eu la chance d'avoir la baraka. J'ajoute que durant des années, je fus délégué régional CGT pour la Sécurité dans la filière manoeuvre où je travaillais.

A ce titre j'enquêtais et je faisais des rapports chaque fois qu'un camarade de travail était tué.

Même encore maintenant, lorsqu'en France, un cheminot du TAS se fait tuer, certaines familles me contactent aussitôt le drame pour chercher le peu de réconfort que je ne puis leur donner car je suis tout autant qu'elles effondré et en larmes.

L'an dernier, le 20 mai, j'ai rencontré à Paris, gare de l’Est, l'historien de la SNCF, sur sa demande, afin de témoigner sur les vieux métiers de la profession, aujourd'hui disparus.

Cet homme m'a dit qu'il était historien de la SNCF depuis plus de 20 ans et qu'il n'avait jamais vu de tels témoignages.

Pour terminer sur le plan purement cheminot, sache que je suis parti prématurément à la retraite pour Invalidité, car j'allais me faire buter dans mon travail.

Il y a 3/4 ans, le médecin-chef de région qui était une femme originaire d'un TOM, m'a dit ceci : Mr Tourtaux, vous êtes un homme usé par le labeur".

Je reviens sur l'image qui t'a fait bondir.

Comment toi, le philosophe, tu n'as pas vu ce que les travailleurs ont arraché par leur formidable lutte, entre autres, une augmentation de 35% du SMIG ; 55%¨pour les ouvriers agricoles et la 4ème semaine de congés payés...

https://www.facebook.com/jacquestourtaux.jacquestourtaux


 

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