PARIS : AU BOUT DE 30 EMPRUNTS VOTRE DOCUMENT S'AUTODETRUIRA

8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 07:35
Prêt numérique en bibliothèque : au bout de trente emprunts votre document s’autodétruira

« Les gens sont assez choqués lorsqu'ils réalisent combien payent les bibliothèques pour des livres numériques qu’en en fin de compte nous ne possédons même pas » déclare dépitée une directrice de bibliothèque qui a expérimenté ce système

La Ville de Paris compte bientôt mettre en place un système de prêt numérique au sein des bibliothèques municipales de la capitale. Un système loin de faire l’unanimité chez nombre de professionnels.

Car le livre numérique (ou ebook) coûte cher. Systématiquement plus cher qu’un livre traditionnel (en papier quoi) en ce qui concerne le tarif appliqué aux bibliothèques. Très cher même, car le modèle en vigueur est celui d'une cession de licences, à la fois limitées dans le temps (six ans, pour Paris) et plafonnées au nombre d’emprunt. Avec le PNB (prêt numérique en bibliothèque) c’est fromage et dessert. Des livres électroniques qui contrairement aux bons vieux livres en papier ne sont jamais vraiment acquis. Sauf à les racheter éternellement.

Ainsi la ville n’aurait le droit de prêter un livre numérique que 30 fois maximum par cession. Après, il disparaîtrait des bases de données. On imagine que pour une nouveauté ou un best seller cela ne devrait prendre que quelques semaines même en limitant les téléchargements simultanés. Quand au livre qui serait moins demandé au bout de six ans il disparaîtrait également. Et hop, plus de livre numérique  alors que son grand frère en papier avait la particularité d’être propriété inaliénable de la collectivité. 

« Les gens sont assez choqués lorsqu'ils réalisent combien payent les bibliothèques pour des ebooks », a ainsi déclaré, dépitée, une directrice de bibliothèque de l’Ontario au site ActuaLitté.com. « Pour faire court, nous devons utiliser plus de ressources financières pour proposer ce service et en fin de compte, nous ne possédons même pas le titre en question » (lire ici).

 

                                 Au bout de trente emprunts votre document s'autodétruira.........

Prêt numérique en bibliothèque : au bout de trente emprunts votre document s’autodétruira

                                                    Un livre numérique vers son 29ème emprunts

Une dérive également dénoncée par le collectif SavoirsCom1 qui après avoir réalisé une étude d’impact sur le coût du PNB pour les bibliothèques, livre une conclusion sans appel. « En l’état le PNB ou le livre numérique est inabordable pour les bibliothèques » (lire ici).  « Et s'il fallait tout simplement ne pas acheter le moindre livre numérique dans PNB pour ne pas entrer dans cet engrenage ? Et si le modèle de vente à l'acte devait être abandonné au profit d'une vente en bouquet à un prix abordable ? ». Voilà les questions qui sont posées par ce collectif qui regroupe des universitaires, des bibliothécaires ou encore des juristes en droit d’auteur. Lesquels n'ont pas hésités à répondre aux assertions du ministère de la culture sur ce même sujet (lire ici).

Autre problème et non des moindres. Sur quel budget vont être imputés ces livres électroniques ? La mairie de Paris affirme que c’est sur une ligne spécifique. Étonnant, car la municipalité nous parle continuellement de « contrainte budgétaire » et envisage encore des coupes dans le fonctionnement de son réseau pour l’année prochaine si l’on en croit les chiffres alarmants qui circulent pour le budget de 2016, avec un programme « d’économie » de 300 millions d’euros.

D’autre affirment qu’il faudra, pour équilibrer les comptes, encore diminuer les budgets d’acquisitions de l’ensemble des bibliothèques parisiennes alors qu’ils sont déjà en baisse régulière depuis plusieurs années. Cela se fera alors au détriment des acquisitions des livres papier qui garnissent nos rayonnages et pour lesquels, rappelons le, une immense majorité d’usagers est encore attachée. C’est alors tout un pan de l’accès à la lecture publique qui serait encore diminué. On attend les précisions de Bruno Julliard, l’adjoint en charge de la culture.

Si la mairie de Paris veut mettre en place une bibliothèque numérique pourquoi pas mais il faut alors un autre rapport de force avec les éditeurs et un droit de prêt numérique similaire au droit de prêt papier sans contrainte de durée ni de nombre de prêt.

Sinon vu le coût exponentiel que cela va engendrer, on va tout droit vers des bibliothèques sans livre. Le rêve du bureau des bibliothèques de la Ville de Paris ? Bon, en même temps avec les fichiers qui seront inutilisables après un certain nombre de téléchargements elle aurait droit aussi à une bibliothèque sans livre numérique !

 

                       Des bibliothécaires cherchent un livre numérique dans les rayonnages

                                      -  Les gars je crois que nos bouquins ont disparu

                                         - Bon au moins, ça nous évitera de piloner !

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