PARIS : LES BIBLIOTHECAIRES FUTURS RISQUES PSYCHO-SOCIAUX ?

1 juin 2016

Les bibliothécaires sortis de l’enssib et recrutés par la Ville de Paris échapperont-ils aux risques psycho-sociaux ?

Les bibliothécaires sortis de l’enssib et recrutés par la Ville de Paris échapperont-ils aux risques psycho-sociaux ?

A peine arrivés, voilà que nos nouveaux bibliothécaires veulent déjà partir. Un vrai gâchis…

C’est un phénomène inquiétant qui vient de survenir. Et qui pourrait bien s’étendre et s’aggraver si rien n’est fait. On parle là du mauvais accueil fait aux bibliothécaires tout jute sortis de l’enssib(École Nationale Supérieure des Sciences de l’Information et des Bibliothèques) et affectés dans les bibliothèques municipales de la Ville de Paris. Mais plus qu’un mauvais accueil, signe du délitement en la matière de l’administration parisienne - Bureau des Bibliothèques et Direction des Affaires Culturelles -, c’est désormais, vu les mauvaises conditions qui ont cours au quotidien, de risques psycho-sociaux  dont il est question pour nos nouveaux collègues dont c’est la première expérience avec de telles responsabilités. Une situation qui génère une véritable souffrance au travail. Il est vrai que ces personnels sont littéralement jetés dans la nature et, pour certains d’entre eux, livrés à eux mêmes.

Pour la petite histoire, les bibliothécaires de la Ville de Paris, qui sont donc des cadres de catégorie A de la fonction publique, sont recrutés par le biais du concours externe et interne de bibliothécaire d’État, puis formés avant leur prise de poste pendant une durée de six mois à l'enssib, une école basée à Villeurbanne dans la banlieue de Lyon. Enfin en théorie. Car dans la pratique cette « formation »  ne semble absolument pas adaptée au profil et aux spécificités de la lecture publique. Pas étonnant quand on sait que la quasi totalité du programme est dédiée aux bibliothèques universitaires. Et pourtant, la ville de Paris finance en partie cette formation ! Cherchez l’erreur…

De fait en sortant de cette école, nos collègues, dont certains deviennent directement responsable d’établissement (et souvent les plus difficiles à l’image de ces profs envoyés directement en ZEP) n’ont reçu aucun cours leur permettant de faire face à des questions managériales, notamment toutes les questions de DRH, ou encore de gestion d'un bâtiment. Des notions pourtant indispensables quand on connaît la complexité de l’administration parisienne (les bibliothèques dépendent de la direction des affaires culturelles mais la gestion bâtiment, les question de sécurité des biens et des personnes ou autres… relèvent d'autres directions) sans même parler du rôle trouble joué parfois par les mairies d’arrondissement, la mairie centrale et les différentes strates administratives. Bref, aucune préparation concrète aux missions qui allaient leur incomber.

Les bibliothécaires sortis de l’enssib et recrutés par la Ville de Paris échapperont-ils aux risques psycho-sociaux ?

Des agents qui ont pourtant alerté leur futur employeur. « Pendant cette formation, nous sommes rémunérés par la Ville de Paris. Quels contacts avons-nous eu avec notre hiérarchie et nos futurs collègues avant d’arriver directement en poste ? Pratiquement aucun ». Un constat guère flatteur pour le bureau des bibliothèques (BBL) pourtant bardé de chefs de secteur, d’autres en charge de « l’inspection » et d’autres, encore plus nombreux, en charge « de l’accueil et de la formation ».

Pire, ils ont eu souvent l’occasion de ne pas être les bienvenus. Il y a bien sûr les difficultés pour se loger, car beaucoup d’entre eux ne sont pas parisiens : « la Ville de Paris n’est pas capable de fournir rapidement une aide ou de nous orienter vers un service logement efficace. Ne savoir que quelques semaines avant la prise de poste dans quel établissement nous serons affectés ne nous aide pas à trouver un logement compte tenu de la situation à Paris, notamment du prix des loyers » remarquait amèrement un de ces nouveaux arrivants. Mais en plus, les affectations tournent parfois au véritable parcours du combattant.

« J'ai dû repasser des entretiens, refaire des allers-retours entre Paris et Lyon (siège de l’enssib) à des intervalles très réduits et n'ai eu mon affectation que deux semaines avant ma prise de poste. Cette période a été très très difficile pour moi : j'étais épuisée par les trajets et la fin de la scolarité à l'enssib, complètement déprimée du fait des multiples rejets de la part des établissements et je n'ai pas du tout été soutenue dans cette épreuve » a ainsi déclaré une collègue dans une lettre adressée au bureau des bibliothèques (BBL) de la Direction des Affaires Culturelles, son administration de tutelle.

Les bibliothécaires sortis de l’enssib et recrutés par la Ville de Paris échapperont-ils aux risques psycho-sociaux ?

Bon, si le BBL n’a pas d’idées sur comment améliorer cette (très mauvaise) situation, les intéressés lui en ont soufflé quand même. Comme les informer sur les questions de temps de travail, congés, formation…ou encore permettre aux bibliothécaires de faire leur stage de cinq semaines.... à la Ville de Paris !

Autres suggestions toutes simples : la création d’une adresse mail dans la messagerie interne avant d’arriver officiellement en poste (logique puisqu’ils sont d’ailleurs agents de la ville dès leur entrée à l'enssib) ce qui leur donnerait ainsi accès aux informations via IntraParis, mais aussi l’envoi du « guide de l’encadrant » au format PDF, lequel fourmille d’informations très utiles, notamment pour faire face aux futures demandes des agents placés sous leur autorité. Autre outil qui leur serait très utile : un annuaire « bibliothèques » avec les principaux interlocuteurs (DAC, SRH, SLA, BBL…). Des solutions pas très compliquées, non ?

Enfin une fois arrivés dans le réseau, ces cadres A aimeraient bien se voir transmettre un calendrier de travail à l’échelle d’une année (action culturelle, entretiens d’évaluation, recensement de formation, plan d’équipement, projet d’établissement, QualiParis, réunions de secteur, séminaire des cadres, visite d’architecture…). Une information capitale pour ceux qui sont en charge de la direction d’un établissement et qui ne bénéficient même pas d’un suivi particulier par leur chef de secteur. Sans doute pour des raisons organisationnelles et opérationnelles. Mais bon, n’empêche que l’administration a une responsabilité toute particulière sur ces questions.

Les bibliothécaires sortis de l’enssib et recrutés par la Ville de Paris échapperont-ils aux risques psycho-sociaux ?

Car parfois l’exercice tourne carrément au cauchemar. « J’étais quotidiennement confrontée à des problèmes techniques (portes automatiques qui dysfonctionnent, coupure de courant, appareils qui tombent en panne, mobilier à changer) mais aussi humains (pose de congés, arrêts maladie, demandes de formations, évaluation des agents), tout en ayant aucune idée de la manière de procéder ni des interlocuteurs à contacter » témoignait ainsi une autre collègue. Toutefois, malgré ce constat un peu accablant fait officiellement directement auprès de leur hiérarchie et ce jusqu’au plus haut niveau,  les choses ne s’améliorent pas.

Bien au contraire même car ces cadres continuent de souffrir et arrivent désormais à saturation. Beaucoup sont extrêmement fatigués avec le risque pour certains de passer l’étape de la déprime.  Et  notre syndicat de poser cette question : est-ce normal qu’une municipalité  telle que la Ville de Paris place un agent, frais émoulu certes, mais n’ayant aucune expérience professionnelle dans le milieu à la direction d’un établissement, pour encadrer une dizaine d’agents, en sachant pertinemment que le poste est difficile ? Nous poserons officiellement cette question à l’occasion du CHSCT de la direction des affaires culturelles présidé par le premier adjoint, Bruno Julliard.

En attendant les solutions que compte apporter l’adjoint en charge de la culture, ce dernier est donc officiellement alerté que ce système mis en place par ses services est clairement générateur de souffrance au travail malgré les déclarations de  la municipalité parisienne de s’attaquer « en priorité » aux risques psycho-sociaux. La mairie de Paris doit savoir que nos collègues ne pensent qu’à une chose : échapper à cette situation très vite. Certains en espérant pouvoir changer de poste au sein du réseau, d’autres en demandant leur mutation en province. D'autres encore envisagent même des solutions plus radicales comme de demander une mise en disponibilité. A peine arrivé, voilà que nos nouveaux bibliothécaires veulent déjà partir. Un vrai gâchis…

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