SALON DE L'AGRICULTURE : HOLLANDE HUE ET INSULTE PAR DES ELEVEURS

Salon de l'Agriculture: Hollande hué et insulté

Challenges.fr
 
François Hollande savait que l'accueil des agriculteurs n'allait pas être chaleureux, alors que la crise de l'élevage dure depuis plusieurs mois. Les insultes ont fusé tout comme les appels à la démission. Il a annoncé une révision de la LME. 
 
François Hollande lors de son arrivée au Salon de l'Agriculture avec Xavier Beulin, le président de la FNSEA. (c) AFPFrançois Hollande lors de son arrivée au Salon de l'Agriculture avec Xavier Beulin, le président de la FNSEA. (c) AFP
 

Les agriculteurs ont accueilli François Hollande par des insultes ce samedi 27 février alors que le chef de l'Etat était venu inaugurer le Salon de l'Agriculture. Peu après son arrivée, François Hollande a été hué et insulté par des éleveurs désespérés et en colère alors que la crise s'éternise dans le secteur. 

"Si je suis là aujourd'hui c'est pour montrer qu il y a une solidarité nationale", et "on va tout faire" pour aider l'agriculture, car "en défendant l'agriculture je défends toute la nation", a déclaré le président lors de son arrivée à 06H46. "Les cris de détresse, je les entends (....) La colère, je préfère qu'elle s'exprime à l'occasion de ce salon qu'à l'extérieur", et "c'est une demande très forte qui est exprimée", a également déclaré François Hollande. "Vous arrivez dans un contexte difficile. Un contexte de crise profonde. Elle dure", et "il y a beaucoup de désespérance, beaucoup de colère", lui a confié Xavier Beulin, le président de la FNSEA, qui l'accompagnait, entouré de membres du syndicat drapeaux à la main.

Le stand du Ministère démonté

Mais le calme n'a pas duré: une heure après le début de sa visite, des éleveurs, revêtus pour certains de t-shirts noirs, ont hué le président en scandant "Démission". "C'est l'état d'urgence pour l'élevage!", lance l'un d'eux. "Bon à rien", "on n'est pas des migrants", "connard", "fumier" et autres insultes ont fusé tandis que le président progressait au milieu d'une haie hostile d'éleveurs. "Il s'en fout complètement de nous", clame un autre. "Ca fait un an qu'on mène des actions en France, personne ne nous écoute", renchérit un troisième.

Des heurts ont aussi éclaté. Des manifestants ont totalement démonté le stand du ministère de l'Agriculture. Des CRS sont intervenus pour maîtriser les manifestants et les ont mis à l'écart. Après cette action, plusieurs dizaines de ces manifestants ont continué à manifester leur mécontentement à grands coups de sifflets durant plusieurs minutes.

Une révision de la LME

Le président, accompagné du ministre du l'Agriculture Stéphane Le Foll, n'a pas interrompu pour autant sa visite. Il a rappelé les mesures gouvernementales pour aider les éleveurs en difficulté et redemandé aux groupes de distribution, dont les négociations tarifaires annuelles avec leurs fournisseurs s'achèvent dans deux jours, de "faire un effort de solidarité".

François Hollande est même allé plus loin en annonçant une révision de la loi de modernisation de l'économie (LME), qui a déréglementé les négociations entre fournisseurs et distributeurs pour la fixation des prix agricoles. "Il y a des pressions qu'il faut exercer ici en France sur la grande distribution", accusée de contribuer à faire chuter les prix payés aux éleveurs.  "Une loi a été votée il y a quelques années", a-t-il rappelé, allusion à la LME votée en 2008 sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, ajoutant : "Elle doit être revue".

 

"Il n'est pas possible, si dans quelques jours il n'y a pas un accord entre les grands distributeurs, et les éleveurs notamment, et les producteur laitiers, (...) de garder cette loi. Elle sera modifiée. Je ne veux pas que ce soient les agriculteurs qui soient le victimes d'organisations qui font pression pour que les prix soient toujours les plus bas", a indiqué le président.

Le Foll accablé par les sondages

Avec l'effondrement généralisé des cours agricoles qui frappe en particulier les éleveurs, plus de 40.000 exploitations sont en situation d'extrême urgence, selon Stéphane Le Foll. Plus de 60.000 (sur 490.000) ont réclamé de l'aide alors qu'un éleveur de porcs, en Bretagne, perd jusqu'à 6.000 euros par semaine.

Stéphane Le Foll, accablé par des sondages défavorables (73% des Français jugent qu'il a un bilan négatif, selon OpinionWay pour le Figaro, et 53% disent qu'il est "plutôt un mauvais ministre" selon Odoxa pour Le Parisien et France Info), et le Premier ministre Manuel Valls n'ont rien ménagé ces derniers jours pour calmer les esprits à l'approche de ce rendez-vous annuel.

Même le commissaire européen, l'Irlandais Phil Hogan, est venu jeudi à la rescousse, pour assurer les agriculteurs français de sa détermination à trouver des solutions.

"On y va même si le coeur n'y est pas"

Malgré le désespoir ambiant, les professionnels n'ont pas boycotté ce salon, foire-exposition de l'excellence des terroirs français et d'un modèle qui s'interroge sur son avenir. "On y va même si le coeur n'y est pas. C'est souvent la seule semaine de vacances des agriculteurs, mais ils sont à fleur de peau" confie Florent Dornier, Secrétaire général de Jeunes agriculteurs (JA). "C'est peut-être un des salons les plus compliqués depuis 20 ou 30 ans".

"Les politiques, il va falloir qu'ils fassent très attention à ce qu'ils nous disent. Il y a un risque de douche froide", a-t-il prévenu.

Par ailleurs le contexte sécuritaire et l'état d'urgence ont réduit les festivités: outre les contrôles renforcés aux entrées, les nocturnes et la soirée des professionnels, le jeudi, ont été annulés.

Pourtant, à l'approche du compte-à-rebours électoral de 2017 et en vue des primaires à droite, plus que jamais le rendez-vous du Salon sera aussi celui des politiques - surtout de l'opposition - qui vont fouler en rangs serrés les allées parmi les près de 700.000 visiteurs attendus jusqu'au 6 mars.

Entre taureaux de compétition et bêtes à concours, se glisseront ainsi Manuel Valls lundi matin, et dans l'opposition Marine Le Pen (mardi), Nicolas Sarkozy et François Fillon (mercredi), Alain Juppé (jeudi) et Bruno Le Maire, ancien ministre de l'Agriculture qui a prévu un triplé minuté - lundi, mardi, mercredi.

A tous, la FNSEA a adressé un questionnaire en 13 points sur les problématiques agricoles. "Ceux qui n'auront pas répondu feront mieux de ne pas s'arrêter à notre stand" prévient Xavier Beulin. "Le cul des vaches, le petit verre qui va bien et le sourire sur photo... aujourd'hui on est sur autre chose" avertit-il carrément.

(avec AFP)

http://www.challenges.fr/economie/agriculture/20160227.CHA5601/hollande-hue-au-salon-de-l-agriculture.html


 

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau