Complicité médiatique irresponsable dans la course à la guerre en Europe  

Les journalistes des « grands médias » sont-ils simplement, au-delà de leur statut professionnel en trompe l’oeil, des personnels politiques partisans et irréalistes comme tant d’autres qui nous gouvernent ?

On ne peut pas préparer les esprits à la guerre, « classique » ou nucléaire, comme le font nos organes de presse « sérieux » sans avancer de bonnes raisons, telle que la mise en danger de l’intérêt national (si si, il existe toujours!), ou une mise en cause drastique des équilibres qui, en principe, fondent l’ordre international. Les Etats-Unis et leurs alliés, dont la France, se sont chargés avec une belle obstination de rendre ce concept d’  « ordre international » ambigu, si l’on peut dire, en intervenant militairement ou non tous azimuts, mais c’est au nom de ce dernier que l’Occident cherche aujourd’hui querelle à la Russie, via l’Ukraine. Or, il convient de noter qui sont les voyous, et les autres. Qui sont les fauteurs de guerre, et les autres. Qui a la vraie puissance, militaire et économique, et les autres. Tout le reste est du bla bla bla, donc de la propagande. Rendons à notre modeste niveau sa dignité au débat « géostratégique », annexe aujourd’hui essentielle du débat politique. En dépit des médias (d’une majorité d’entre eux en tout cas) et de tant de journalistes « adéontologiques » (Sont-ils alors encore journalistes ?). A croire que ces gens si empressés à chauffer les esprits se pensent à l’abri des bombes et des radiations derrière leur carte de presse ou leur statut social.

Ci-dessous, des arguments contestables sans doute, mais des pistes de réflexion sérieuses. Et une note sur l’autisme bien pensant (versus antlantiste) d’une part de nos « élites ».

la majorité des médias français traquent la Russie et ses sombres projets. Certains vont jusqu’à comparer M. Poutine à Hitler. Un petit regard sur les réalités économiques et géopolitiques devrait guérir pas mal d’entre nous de cette terrible maladie qu’est la poutinophobie, virus sans doute importé d’outre atlantique. Et renvoyer les manipulateurs au vestiaire des fantasmes et dans les arcanes du politiquement correct. Taillé sur mesure pour tant d’entre eux qui ont de toute évidence laissé au bord du chemin leur conscience professionnelle.

Que représente réellement le « danger russe » qui est devenu une star du 20h des télés et un bon sujet de dissertation pour tant de nos journalistes et experts patentés ?

Qui se préoccupe de savoir ce que pèse réellement la Russie en terme de pouvoir économique et d’influence, en dehors de sa (grande) capacité nucléaire ? Il est temps de pointer des faits et de s’extraire de discours haineux et tendancieux, auxquels la majorité des médias français « mainstream » (Médiapart compris) prêtent pour le moins une oreille complaisante quand ils ne sont pas eux-mêmes à l’origine de la désinformation.

Je me suis penché sur quelques chiffres via Wikipedia (chacun peut faire la même chose, même les « journalistes »), d’où il ressort qu’en terme de puissance économique, la Russie ne fait absolument pas le poids face aux Etats Unis ou/et à l’UE. On pourra chipoter sur la précision des éléments cités ci-dessous, mais une réalité intéressante affleure quand même en terme d’ordres de grandeur.

Les Etats-Unis consacrent officiellement 4,7 % de leur PIB aux dépenses militaires, mais ce PIB est sans commune mesure avec celui de la Russie qui, si j’ai bien lu, pèse en gros 2 113 000 millions de dollars quand celui des Etats-Unis atteindrait les 13 340 000millions de dollars. Celui de leurs alliés européens (UE) se monterait à 17 512 109 millions de dollars. Six fois moins par rapport aux Etats-Unis, près de huit fois moins par rapport à l’Europe, soit en gros une Russie quinze fois moins puissante que l’  « Occident agressé » ? Une paille ! Et on ne parle pas du Japon et des autres « tigres » asiatiques qui sont de l’aire occidentale. La Chine ? 9 330 000 millions de dollars. Si on l’associe à la Russie, ce qui est problématique, le différentiel de puissance reste bien grand.

Hors ces chiffres, les Etats-Unis disposent d’un réseau d’entreprises et d’une palette de savoir faire qui maillent la terre entière. Leur culture « bisness » s’est imposée partout, et suscite bien des connivences dans tous les pays dont le nôtre et en Russie même.

On sait en outre qu’aux Etats-Unis, de nombreux secteurs industriels et de haute technologie travaillent discrètement pour la défense, soit en terme de recherche, soit en terme d’espionnage, etc… Le « complexe militaro-industriel » américain (gavé aux fonds publics) est apparemment devenu l’épine dorsale de l’économie de ce grand pays qui possède aussi le pouvoir financier mondialisé via son dollar. Cette suprématie financière a vassalisé une grande partie des états de la planète.

Si la Russie consacre en gros le même pourcentage de son PIB en dépenses militaires que les USA, il va de soi que les montants y sont infiniment moins élevés. Augmenterait-elle ses efforts en la matière qu’on resterait loin du compte « étatsunien ». Statistiquement parlant, si danger il y a, il est de toute évidence américain.

Sur les 1630 milliards de dollars US de dépenses militaires dans le monde entier, les Etats Unis comptent en effet en ce début du XXIe siècle pour 43 %, l’UE pour 18,4 la chine pour 7 %, devant la Russie (des évolutions ont sans doute eu lieu depuis trois ou quatre ans, mais les proportions ne sauraient fondamentalement en être bouleversées). C’est la raison pour laquelle on doit être perplexe quand on nous explique que la Russie représente un danger particulier dans le concert des nations, même si elle possède un arsenal nucléaire respectable qui lui donne malgré sa faiblesse objective le statut de grande puissance, ce que l’Occident, à la traîne des USA, paraît avoir oublié. On sait en outre que les sanctions occidentales pèsent sur l’économie russe.

Quant à la mise au point des avions de chasse russes de nouvelle génération que certains « experts » pointent comme la preuve d’une menace imminente, il semblerait que le futur F35 US souffre d’une conception discutable, mais cela ne remet en rien en cause la puissance de l’industrie américaine et sa capacité à produire du matériel de qualité en grandes quantités. De là à imaginer une parité prochaine de dépenses militaires entre Etats-Unis et Russie qui est agitée par de puissants esprits, il y a un pas que je ne franchis pas, car quels que soient les efforts russes, l’écart de puissance économique est immense.

Tout ceci pour en venir à ce qui paraît être le fond du débat : le « danger russe », dont la puissance économique officielle est inférieure à celle de la France, ne résiste pas à une évaluation du rapport des forces. Du reste, qu’entendrait-on si la Russie envisageait d’installer une présence militaire au Canada ou au Mexique, à deux pas de la frontière des Etats Unis, de débarquer matériel militaire et troupes dans le voisinage US ou d’organiser des manœuvres militaires en mer Caraïbes comme l’OTAN le fait en mer Noire ! On voit bien que les gesticulations guerrières sont la marque de l’OTAN.

Ce « deux poids deux mesures » me conduit donc à réaffirmer que la Russie paraît plus capable de nourrir les fantasmes victimaires habilement construits par un Occident surarmé et agressif que d’être l’affreux pays voyou que l’on nous présente.

Les Etats-Unis préparent donc en permanence la guerre. Avec leurs moyens, qui restent énormes. On sait qu’en cette matière, on commence par « para bellum » et on finit par user de ces armes produites en quantités invraisemblables. Notre « grand allié » ne se prive pas de faire joujou fréquemment avec sa panoplie hors norme.

Je pose donc la question : qui est le grand méchant loup , qui possède le plus d’installations militaire sur la planète et notamment en Europe, qui est à l’origine de maints coups d’état, coups de force et manœuvres dilatoires de par le monde, qui finance ouvertement des troupes de mercenaires dont certaines paraissent aujourd’hui actives en Ukraine après l’avoir été en Irak ?

Est-il possible de sous estimer à ce point le pouvoir bien réel de nuisance des Etats-Unis, (et de son bras armé l’OTAN), dont la politique étrangère a été une suite de palinodies et d’agressions de 1945 à aujourd’hui, avec ou sans le danger « communiste » ? Pourquoi vouloir à tout prix que la Russie soit le « côté obscur » de la politique internationale ?

Présenter M. Poutine comme un nouvel Hitler est simplement scandaleux. L’état russe dispose de peu de moyens (comparativement à ses adversaires du jour), dont il fait par ailleurs le meilleur usage sur le plan militaire, et ne peut en aucun cas être une menace pour la paix du monde. Affirmer le contraire est ne tenir aucun compte des réalités économiques et géopolitiques. Mettre la Russie au ban des « nations civilisées » pour mille raisons sociétales qui n’ont aucun rapport avec ce que devraient être des relations internationales rationnellement fondées est une folie. Accuser la Russie de tous les maux du totalitarisme comme on le fait régulièrement dans les médias quand la France entretient les meilleures relations avec des dictatures telles l ‘Arabie saoudite ou le Quatar est une honte. Prétendre sans preuves que la Russie a abattu un appareil au dessus de l’Ukraine ou que le régime de M. Poutine est responsable du meurtre d’un opposant qui, lors de sa mort, ne représentait électoralement aucun danger pour le président russe, traduit un parti pris indéfendable et salit un chef d’état , ce que le moindre bon sens diplomatique devrait nous interdire.

Du reste, les meurtres « mystérieux » de personnalités n’épargnent aucun pays, France et Etats Unis compris.

L’  « affaire ukrainienne » illustre l’arrogance de puissances redoutables, on va dire l’Occident, qui n’ont pas compris qu’avec l’arme atomique, on ne peut plus faire n’importe quoi à l’encontre d’états jugés non compatibles avec le monde comme il va selon les critères de Washington et de Bruxelles.

Pour avoir regardé attentivement les Etats-Unis entrer dans la catastrophique et scandaleuse guerre contre l’Irak, avec cette folie nationaliste impressionnante qui a structuré l’opinion publique US, je veux bien croire à la sottise nationaliste des Russes souvent évoquée, mais il me faut également constater celle des américains, pays dont les gouvernements, ouvertement ou non, ne cessent de multiplier les conflits dans le monde. Deux repaires : la Géorgie, soutenue par les occidentaux, a attaqué la Russie à travers l’Ossétie avant de prendre une raclée, ce que beaucoup « ont oublié ». Citons (pour les conflits les plus récents) l’Afghanistan, l’Irak, la Lybie, rappelons le conflit israélo palestinien qui ne dure qu’avec l’aide américaine massive, et joignons à la liste (partielle) des « embrouilles » la crise ukrainienne. On sait part ailleurs que l’Amérique du Sud est encore en proie à des manœuvres tordues de la part du grand voisin du Nord qui n’a pas cessé d’y nourrir des complots et des coups d’état au XXe siècle.

Mais restons en Europe. L’Ukraine née du coup d’état a aussitôt défié le voisin russe aussi bien sur le plan de l’usage du russe en Ukraine que sur la disposition des bases militaires par la Russie en Crimée avec au moins la « bienveillance » de Washington (on sait à présent quel rôle majeur Mme Nuland et d’autres hiérarques américains ont joué dans la déstabilisation du pays). La guerre civile a été le fait du gouvernement de Kiev envoyant l’armée contre sa population. Certains objectent que c’était en réponse à l’affaire de Crimée, oubliant le coup d’état et la fuite du président Ianoukovitch, régulièrement élu. Rien pourtant ne peut excuser l’usage de la force brutale contre des populations civiles, et le déclenchement de cette guerre civile par Kiev. Comme d’habitude, l’UE a suivi le « grand frère ». M. Obama, je le rappelle, a lui-même admis que son pays avait « influé » sur le changement de régime à Kiev (etc…) .

Peut-on concevoir une grande puissance militaire comme la Russie abdiquer face à une menace militaire aussi précise que celle agitée par le nouveau pouvoir ukrainien, à savoir la mise en cause de l’accord qui lui octroyait la jouissance de sa présence militaire en Crimée pour encore de nombreuses années, en sachant que les Etats-Unis ont piloté la déstabilisation du voisin ? Ne doit-on pas entendre que l’OTAN n’a rien à faire aux frontières de ce pays si faible et si fort qui peut, à l’instar des Etats-Unis, détruire la planète ? Accuser la Russie d’aider les séparatistes ukrainiens sans noter l’aide militaire dont Kiev bénéficie de la part des Etats-Unis et de ses alliés est une manipulation. Ignorer le rôle des néonazis dans l’évolution du pouvoir de Kiev également.

Craindre la désintégration de l’Ukraine est à présent raisonnable, et les Européens feraient bien de réfléchir hors influence US aux conséquences que cela pourrait avoir pour la stabilité du continent. En ont-ils seulement la volonté ?

Relents coloniaux ?

Ne vivrions-nous pas en Occident une résurgence de l’ambition coloniale sous houlette américaine, et donc à la mode US ? Les « peuples arriérés » relevant d’une éducation à la modernité étant les Russes et non plus les Africains (par exemple). Par ailleurs, piller les richesses russes, cela serait d’un rapport fabuleux pour les vautours qui ont failli réussir ce type de politique après l’effondrement de l’URSS. M. Nemtsov en savait quelque chose ! M. Poutine n’agissant pas comme a pu le faire M. Eltsine, à savoir en bon chien de berger des intérêts oligarchiques mondiaux, il devient urgent de lui inculquer le savoir vivre à la mode yankee. Et indispensable de montrer au gouvernement russe comment se conduire vertueusement, ce que, en dehors d’une minorité pro-occidentale, dont était feu M. Nemtsov, une majorité de la population russe n’accepte pas. Voilà qui est évidemment irrationnel et inadmissible.

L’  « âme slave » est invoquée chez nous par des idiots (comment les nommer autrement sans verser dans la polémique?) pour accabler M. Poutine. Ce sont au fond des propos racistes. Souvent, les mêmes qui luttent contre l’  « islamophobie » affichent ainsi une « slavophobie » sans complexe qui, plus exactement, est une russophobie. Car nos amis Polonais ne sont-ils pas slaves ? Les Roumains, les bulgares, les Roumains, les Croates également ?

Le grand « géostratège » et homme politique américain Brzezinsky (inspirateur des politiques actuelles des Etats-Unis contre la Russie) ne l’est-il pas moins ?

L’  « âme slave » n’est donc de toute évidence applicable qu’à des Russes non inféodés à l’Occident, dont n’était pas M. Nemtsov : quelle âme avait-il donc ce néolibéral russe objet de tous les soins médiatiques ? Un slave pro occidental n’est donc plus slave ? Oui, dans cette curée anti-russe, sentons un racisme qui ne dit pas son nom, mais un racisme d’un nouveau type, conceptuellement vaseux mais tout aussi dangereux.

Notre époque veut apparemment que le racisme perde à l’occasion sa séculaire fonction d’exclusion globale pour s’instituer en marqueur idéologique et en instrument hégémonique. Les nazis ont assassiné les Juifs parce qu’ils étaient juifs, on met en cause les « slaves » quand ils sont russes, et opposés à la domination occidentale. On instrumentalise cyniquement l’arme redoutable de l’exclusion de l’autre sur la base de son appartenance non plus à un groupe, à un peuple, mais à une nation. Le droit international n’existe donc plus aux yeux de ceux qui organisent cette violation de la légalité internationale en insérant une différence « essentialiste » entre des entités, les états, normalement appelées à dialoguer et à coopérer. Le rêve d’un concert des nations est piétiné. L’égalité au moins symbolique entre les membres de la communauté internationale est brisée. Cette pratique d’exclusion à géométrie variable nourrit les pires démons : n’a-t-on pas entendu des activistes Ukrainiens rêver de l’extermination des Russes ? La rationalité a cédé devant le parti pris et la folie partisane. Elle est sans doute la preuve que l’Occident, se vivant plus fort que la Russie, entend instaurer à son profit sa loi, au mépris de toute raison. Autrement la loi de la jungle est de retour dans les relations internationales.

Pour nos barons médiatiques, défendre le « faible » et traquer l’oppresseur, aujourd’hui « l’affreux » M. Poutine, cela fait une raison d’être, et dans notre société une opportunité de capter des places et des revenus. Plus pour ceux qui en manque, un bon moyen d’afficher une identité idéologique qui, par le plus grand des hasards, va dans le sens du vent.

Pour en revenir à la Russie, dont les liens avec la culture byzantine sont essentiels, je rappelle les ruptures culturelles profondes qui ont marqué l’histoire de l’Europe depuis au moins l’Empire romain, et les partis pris différents qui ont façonné l’Ouest et l’Est du continent. Je rappelle également qu’on traite avec les gouvernants existants, et qu’on ne fait pas semblant de quêter des leaders différents qui n’existent pas, sauf à les susciter via un coup d’état comme en Ukraine (ou ailleurs, en Amérique latine par exemple) ou à les éliminer comme en Irak et en Lybie, avec les dramatiques conséquences que l’on constate.

J’apprécie fortement les Etats Unis sur le plan culturel, et je sais que la Russie est l’héritière d’un passé douloureux, si différent du nôtre. Je voudrais simplement que les esprits posés tentent de débroussailler le maquis des arrière-pensées et des affirmations tendancieuses pour aboutir au constat simplissime suivant : pourquoi chercher la confrontation quand on peut discuter ? Qui parle du déploiement actuel de forces US aux frontières russes (Roumanie, pays baltes (etc…), et en Allemagne aussi) qui peut servir de détonateur à une conflagration majeure ? Croit-on que dans ce cas la Chine resterait les bras croisés en attendant son tour ?

Folie et dogmatisme : le journalisme a disparu. L’Europe aussi.

On doit s’inquiéter grandement du matraquage médiatique en cours dans notre pays car il traduit deux vices fondamentaux de notre société : sa presse est économiquement et idéologiquement (service public compris) largement soumise à l’influence des oligarchies qui sous la houlette des Etats Unis essaient de formater le monde à leur guise. On peut avancer que les journalistes font globalement partie du personnel politique, ayant abandonné tout esprit d’indépendance ou d’analyse au profit d’un discours formaté dont les fondamentaux sont made in USA, tout comme les arguments développés par nos hommes politiques. Les médias sont devenus un instrument de gestion politique au même titre que les partis dits de gouvernement. A l’appui de cette hypothèse, la déclaration d’une intervenante (femme de presse) sur France Culture (Le secret des sources à retrouver sur le site OJIM) affirmant que le journaliste doit à la fois prendre en compte l’éthique professionnelle et l’éthique de responsabilité. Est-ce donc cela le souci d’informer les citoyens qui seraient donc incapables de se faire une opinion personnelle à partir d’un fait avéré ? Il ne s’agit donc plus d’informer, mais de formater. Ce journalisme tourne le dos à l’essence de sa mission, à savoir donner au citoyen les moyens de se forger une opinion, en évitant de privilégier un seul discours : nous sommes loin du compte.

Nous oublions en outre que, historiquement, la Russie est un grand pays européen, nécessaire à l’équilibre du vieux continent. Comment la logique US a-t-elle mis fin à une conscience européenne soucieuse de ses intérêts propres ? Comment a été suscité l’unanimisme pro-atlantiste de nos « élites » européennes qui ont abandonné les intérêts bien compris de leurs pays respectifs ? Pourquoi tous ces relents d’antisoviétisme remis au goût du jour quand le « danger communiste » n’existe plus ? Le « bourrage de crâne » aussi bien employé à propos de la Russie que de l’UE et des « nécessaires » politiques d’austérité participent du même désastre qui frappe nos démocraties, et paraît bien plus effrayant qu’un prétendu danger russe agité par les médias.

Les « grands médias » sont ainsi dans leur majorité l’expression du mondialisme occidental qui ne se connaît plus de limites, et s’arroge le droits de travestir la réalité en un conte infantile opposant le bien et le mal.

Ces gens sont-ils devenus fous ? Se croient-ils à l’abri des bombes et de la radio-activité derrière leurs cartes de presse ?Comment en effet des individus cultivés et à priori intelligents peuvent-ils animer un discours de haine et d’affolement sans se poser la question des risques qu’ils cultivent en préparant les esprits au pire, qui les engloutirait comme nous tous ? Comment entendre la manière dont M. Poutine et ses concitoyens sont traités par de petits marquis parisiens présomptueux (schizophrène, fier-à-bras, dictateur, soviétique impénitent, machiavel au service du mal, les Russes « aiment souffrir » etc….), qui transcrivent en français les fantasmes et le mode opératoire US sans se demander ce qu’est devenu le journalisme et ce que signifie l’invasion des « experts » dont le monde des médias s’est entouré ? Comment enfin faire la part entre le dogmatisme, le parti-pris idéologique, l’aveuglement, la lâcheté, la paresse intellectuelle, le conformisme, l’arrivisme ou la sottise, et arriver à concevoir que des individus capables de penser puissent envisager froidement un conflit mortel pour la planète ?

A ceux qui évoquent Munich, rappel absurde, il convient de préciser qu’à l’heure nucléaire, on ne provoque pas gratuitement un état susceptible de nous anéantir. Ces propagandistes, pourfendeurs du totalitarisme, du poutinisme, du populisme, de l’islamophobie (ce sont souvent les mêmes), doivent se croire immortels, à moins qu’ils n’aient une foi aveugle dans la supériorité militaire des Etats-Unis.

L’Occident, avec ou sans les USA, serait bien inspiré d’aider la Russie à se développer et cesser de lui chercher des querelles ridicules qui dans tous les cas conforteront le pouvoir en place. Nos « amis » américains, ces dangereux imbéciles, ont encore une fois fait un « bon » calcul stratégique. L’Amérique, puissance sans cervelle au service de son pouvoir économique et financier, nous mène à l’abîme, avec la complicité de nos gouvernants. Et de nombre de nos intellectuels ou supposés tels. L’UE est une dépendance économique, militaire, idéologique et intellectuelle de l’imperium américain, ses dirigeants sont les proconsuls de l’Empire. Faute partagée, erreur impardonnable. Une fois de plus, la trahison des clercs (ou de ce qui en tient lieu), volontaire ou non, est au rendez-vous. Comme d’habitude, le poisson pourrit par la tête.

Par Alain Pucciarelli, citoyen indigné -26 MARS 2015

Nota bene :

1-la Crimée peut passer pour avoir été annexée, ou pour avoir rejoint le giron russe. Il me paraît impensable que la Russie puisse envisager une seconde la présence de l’OTAN sur son flanc sud. Croire le contraire relève de l’imaginaire. Sans une volonté de négocier de la part du gouvernement de Kiev, qui est sous la coupe US, je gage que la Crimée aura rapidement rejoint définitivement la Russie, que par ailleurs elle n’aurait jamais dû quitter.

2-je ne suis pas payé par la Russie. Je vis de ma retraite. Face à la peinture du monde en noir et blanc, chacun a aujourd’hui le droit de contester aux médias une quelconque primauté en matière d’analyse de la situation politique, géostratégique ou économique. Ce qui explique le succès de certains sites internet porteurs d’une parole différente et souvent crédible.

Source: http://blogs.mediapart.fr/blog/pucciarelli-alain/260315/russie-la-desinformation-passe-les-bornes