MOHAMED BOUHAMIDI : ALGER DANS SON DESORDRE CONSTITUTIONNEL

Alger dans son désordre constitutionnel

Par Mohamed Bouhamidi

Les présidents du Sénat et du Parlement, le chef du FLN, parti officiellement au pouvoir, le Président du Conseil constitutionnel,  ni aucune autre personnalité marquante qui se sont exprimés sur la réforme constitutionnelle ne semblent en mesure  de déterminer où se trouve le projet ni la réalité des changements projetés.

Fuites, déclarations, scoops,  se trouvent régulièrement démentis par leurs auteurs.  Cela fait désordre au sommet et la rétention de l’information sur les changements retenus contredit l’engagement de mettre en œuvre une  large association de l’opinion publique.

Bien sûr, des partis politiques ont déposé leurs propositions et des personnalités nationales ont été consultées. Cela ne fait pas un échange national croisé sur le destin et la gouvernance désirables pour notre pays entre les acteurs de notre vie politique.

Et le dialogue du pouvoir avec chacun des acteurs de la vie nationale séparément ne construit pas une interaction pour penser les règles de vie commune et les voies vertueuses pour vider les conflits et les tensions prévisibles.

Dans ce désordre n’apparaît avec certitude que la seule  démarche en acte : celle de faire adopter la nouvelle constitution par les deux chambres réunies. Seule, cette  voie permettra au pouvoir de faire  passer la réforme sans subir les désagréments d’un référendum qui l’aurait obligé à mener campagne auprès des citoyens et donner du temps d’antenne et de la visibilité méritée ou imméritée à l’opposition.

Cette démarche indécise du pouvoir,  consulter l’opposition et des personnalités nationales mais en vase clos et faire adopter la réforme par sa propre majorité, est pourtant l’indice le plus précieux d’une recherche de consensus entre les acteurs politiques, mais pas un consensus entre les composantes de notre peuple.

D’où la concentration des fuites sur deux seuls aspects fantasmatique : la création d’une vice-présidence qui réglerait les problèmes de succession immédiate sans les urnes et la limitation de l’exercice présidentiel  à deux mandats,  limitation que l’opposition s’est acharnée à considérer comme synonyme d’alternance et de garantie démocratique et que le pouvoir lui concède à travers rumeurs et indiscrétions la désarmant ainsi devant l’opinion publique.

Le débat évacué faute d’objet consistant et faute d’objet tout court, cette conduite apparemment   indécise du pouvoir se charge de tous les sens de la phase historique que nous traversons. Les réformes en faveur du marché engagées à la mort de Boumediene visaient  explicitement à restaurer la gestion du pays par les lois du marché au lieu et place de la gestion du pays par les nécessités sociales d’éducation, de santé, de développement volontariste, socialisé et autocentré.

Cette « transition » s’éternise dans les conditions actuelles de domination absolue de l’impérialisme aucun capitalisme périphérique n’est possible, sauf s’il se développe en opposition à cet impérialisme une volonté nationale et une socialisation minimum des profits.

Sans cela, les réformes, en détruisant la volonté nationale solidaire que nous avons connue sous Boumediene, ont livré le pays aux forces sociales existantes, celle des structures tribales, qui fabriquent le fond de la culture politique spontané de nos élites.  Les oligarques qui se sont emparés d’une bonne partie du pouvoir et ont cloné leurs réseaux sur cette culture clanique.

Le niveau démocratique réel de notre Etat est celui de cette culture politique réelle. Sous le vernis d’une transition vers le capitalisme, sans bourgeoisie nationale si même une bourgeoisie nationale peut encore exister,  le retour du tabou politique du patriarcat restera la clé de voûte de notre vie politique.

On ne discute pas l’autorité absolue du chef sous peine d’ouvrir les portes de la discorde de détruire l’équilibre entre les différentes forces, fractions, clans, groupes, qui exigent la totalité de ce qu’ils peuvent accaparer des biens nationaux  en attendant que l’une de ces composantes s’empare du tout et écarte les autres forcément avec une aide étrangère, au vu de la balance générale des forces.

Dans cette démarche, même les plus hautes fonctions de l’Etat, présidence du Sénat, du Parlement, du Conseil constitutionnel, du parti au pouvoir ne savent ce qui se prépare ou se décide. Devant « la ligne rouge » du chef de l’Etat, ils attendent les décisions stratégiques mais derrière l’apparence du désordre l’ordre réel et occulté des forces en possession de l’Etat réel travaillent leurs bras de fer.

M.B

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