MOHAMED BOUHAMIDI : L'ETAT ALGERIEN FACE A SA BOURGEOISIE IMMATURE

L’Etat algérien face à sa bourgeoisie immature

La baisse des prix du pétrole renvoie le gouvernement algérien vers cette vieille question de l’utilité de manger l’argent de notre pétrole dans l’importation des  kiwis et des produits de parapharmacie de luxe.

Ces périodes de grâce vertueuse cycliques et vite oubliées à la première embellie nous laisse perplexe de la nature de cette conscience  retrouvée de père de famille par le gouvernement. Si la crise des rentrées financières ne comportait pas le risque de faire gronder les foules et de booster certains courants politiques avec  le carburant des colères populaires  imprévisibles et destructrices, le gouvernement aurait-il fait œuvre de communication sur ses capacités uniques et exclusives  de faire face aux tempêtes  contrairement à l’opposition supposée incapable et incompétente ?

Le premier acte de communication autour de la crise actuelle des rentrées de devise, via la lettre attribuée à notre président et lue par un conseiller, n’a pas été une grande réussite. Elle comporte, bien sûr, ces « erreurs  de communication » que les « experts » reprochent habituellement au gouvernement et qui se résument à la brutalité du ton et à l’exclusion de toute perspective de débat.

Mais les « experts » qui espèrent construire leur « gouvernance par la ruse » à la place de la « gouvernance par le bâton » se trompent sur un point-clé: la politique ni l’exercice du pouvoir ne sont de l’ingénierie sociale, quoiqu’en période de stabilité et de détente socio-économique, les « techniques » de communication peuvent prêter aux gouvernants les mérites mécaniques des phases ascendantes de prospérité.

L’échec de cette lettre à convaincre des capacités du pouvoir  ne tient pas à une erreur. L’erreur n’existe pas en politique, à moins d’admettre qu’il existe une vérité politique écrite quelque part. La conséquence absurde qui va avec, est qu’elle doit être, donc, le fait et le privilège exclusif de ceux qui la possèdent, ce qui arrange bien les prétentions des technocrates à nous gouverner sans passer par la case « élections ».

Il n’existe pas d’erreurs en politique, mais des intérêts et des rapports de force qui commandent aux groupes dirigeants de faire passer leurs intérêts particuliers pour l’intérêt général et le rapport de force en leur faveur pour légitime.

C’est ce que rate complètement cette missive attribuée à notre président. La brutalité de la lettre indique que les groupes, partis,  castes, clans, et différents pôles et groupements d’intérêts économiques, représentés au sein et au sommet du pouvoir, ne sont pas parvenus à une conscience unifiée de leurs intérêts communs, à eux, condition essentielle pour les maquiller en intérêt général.

L’alchimie de la parole et de la communication produit alors cet étrange phénomène qu’un conseiller puisse écrire un texte, hanté de culture clanique, qui devient par défaut, la défense des intérêts de chacun de ces clans pris à part et rate le but de défendre leur intérêt commun qui, de toutes les façons n’existent pas encore dans leurs têtes.

Les représentants des importateurs, des oligarques grands ou petits, des barons des secteurs sous monopoles privés, les nomenklaturas bureaucratiques ont   besoin de cette brutalité de ton pour garder chacun son pré-carré, face à la colère populaire présumée ou préfigurée par les mobilisations face au gaz de schiste.

L’incapacité de ces groupes à se transformer en classe sociale unifiée, en bourgeoisie de carrure nationale, dans sa conscience de groupe particulier et par la conscience de ses intérêts imbriqués, pèse de façon terriblement négative sur les capacités de l’Etat à offrir aux Algériens, au-delà des sphères du pouvoir, une idéologie et une identité  nationales capables de résister aux attaques asphyxiantes  des leurres droits-de-l’hommiste ou des vertiges confessionnels.

Il est temps que l’État cannibalisé par ces groupes leur impose de l’extérieur la politique nationale qu’ils ne sont pas en mesure de comprendre et encore moins de concevoir, au risque de rater la révolution bourgeoise-capitaliste après avoir raté la révolution populaire démocratique. Il ferait mieux de se mettre à cette tâche bismarckienne au lieu de s’attarder aux jeux de rôles de la vertu retrouvée du père de famille réveillé, par la crise, à ses devoirs d’épargne et de labeur.

M.B

http://www.impact24.info/?p=7165


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