MOHAMED BOUHAMIDI : LE GENERAL, LE CHEF DE PARTI ET L'ALGERIE POST-NOVEMBRE 1954

Transmis par Mohamed Bouhamidi
 
Le général, le chef de parti et l’Algérie post-novembre 1954

 

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Par Mohamed Bouhamidi

Saâdani, chef du FLN, a relancé la polémique autour de la lettre du vice-ministre de la Défense et chef d’état-major des armées. Le militaire a encensé l’homme politique pour ses qualités de chef et de dirigeant. L’homme politique nous apprendra, de son côté, que le militaire a avorté un coup d’Etat en s’opposant à l’application d’un article de la Constitution sur l’empêchement du Président pour incapacité physique. Ce point précis jette une autre lumière sur la lettre du militaire et sur l’existence d’un épisode crucial de la vie du régime lors de l’évacuation de notre Président pour des soins à l’hôpital militaire français du Val de Grâce.

Vraie ou fausse, cette affirmation de Saâdani indique qu’une panique a saisi les arcanes du régime à cette période. Les prérogatives d’engagement du processus d’empêchement sont entièrement détenues par des structures du pouvoir et l’opposition est impuissante sur ce plan.

Saâdani nous parle, donc, d’un épisode au sein du pouvoir et d’une lutte entre partisans et adversaires du maintien du Président malade. S’il fabule, il projette quand même une grande peur d’un événement redouté. S’il dit la vérité, il met en lumière le rôle du chef de l’armée et nous éclaire sur le poids du chef de l’état-major dans le processus du contrôle du Président sur l’armée et, par conséquent, sur le pouvoir. Dans les deux cas, il réaménage un peu la vérité mais la lettre du général -flatteuse pour l’homme qui restera dans la petite histoire pour avoir attaqué violemment le patron des services secrets -vient plutôt confirmer que les groupes politiques au pouvoir sont passés très près d’une rupture.

Elle confirme surtout que dans cette phase, Saâdani a joué un rôle. On comprend maintenant qu’il devait mener la marche pour écarter la vieille garde du  FLN comme on a écarté de l’ANP la vieille garde de l’ALN, sauf quelques cactus soulagés  de leurs épines.  La lettre du général lui a reconnu les mérites de la mission accomplie.

Désormais, le parti FLN est intégré à un groupe qui a fait main basse sur le pouvoir. Nous ne sommes plus dans une configuration constitutionnelle. Saâdani nous le dit avec son abrupte agressivité : Gaïd Salah a mis le poids de l’armée dans une affaire, constitutionnellement civile, de juger de la pertinence de l’empêchement du Président pour raisons médicales.

Nous avons au moins une image politique relativement nette. Saâdani est le représentant de ce groupe à la tête du FLN et Gaïd Salah est sa projection à la tête de l’armée.

La situation est inédite au plan formel. Au plan de la réalité, depuis l’arrivée de notre Président, le pouvoir affiche un mépris souverain de toute norme constitutionnelle. L’opposition s’était résignée à ce mode de fonctionnement, n’ayant aucun moyen de le contester.

La lettre l’a cependant sidérée avant que la déclaration de Saâdani sur les mérites du général ne l’achève totalement. Elle se réveille dans une configuration totalement nouvelle.

Le FLN nouveau, celui de l’argent sale, comme le dit la vieille garde du FLN, est conforme et cohérent, en parfaite correspondance avec le pouvoir des oligarques, par définition pouvoir de l’argent sale.

Les oligarques ne pouvaient aller plus loin dans leur conquête totale du pouvoir avec les formes et le langage qui correspondent à une phase historique de construction nationale révolue sous les coups des réformateurs et des terroristes.

Les congratulations partagées entre le général et le chef de parti expriment la satisfaction de l’un pour l’autre de la tâche qu’ils ont accomplie en virtuose de nous transporter dans une Algérie post-novembre1954.

M.B

http://www.impact24.info/le-general-le-chef-de-parti-et-lalgerie-post-novembre-1954/



 

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