Le chef politique du Hamas, Khaled Meshaal, a déclaré lundi soir que son organisation ne cherche pas à entrer en conflit avec Israël, quelques jours après que l’aile militaire du groupe terroriste ait envoyé des messages menaçants aux Israéliens.

France 24 s’est entretenu en exclusivité avec le dirigeant du groupe terroriste du Hamas, Khaled Meshaal, à Doha au Qatar où ce dernier vit en exil.

A l’occasion de cette interview, le dirigeant palestinien est revenu sur la situation en Israël et dans les Territoires palestiniens.

Meshaal a déclaré que « le Hamas ne cherche pas la guerre. Nous voulons vraiment l’éviter. C’est Israël, l’occupation, qui menace de temps à autres avec la guerre », selon un résumé de l’interview publié sur le site officiel du groupe terroriste de Gaza.

Les commentaires sont intervenus alors que les tensions avec le groupe terroriste basé à Gaza ont augmenté après une salve de roquettes sur Israël et des représailles israéliennes qui ont tué deux enfants palestiniens.

Après la frappe, un porte-parole du Hamas a déclaré que « la patience [du groupe] a des limites ».

Peu de temps avant ces roquettes, probablement tirées par un groupe terroriste non affilié au Hamas à l’intérieur de la bande de Gaza, l’aile militaire du Hamas a piraté des émissions transmises par satellite à la télévision israélienne pour diffuser une vidéo menaçante.

Lundi soir, une autre roquette a été tirée et a atterri dans un champ près de la ville de Sderot, la capitale du monde des abris anti-bombes.

Les responsables israéliens ont également noté une augmentation des efforts du Hamas pour creuser des tunnels, dont certains sont destinés à atteindre le territoire israélien pour mener des attaques.

Mais ce dernier explique que malgré la recrudescence des violences, les Palestiniens veulent éviter la guerre. Selon lui, « le Hamas et les Palestiniens de façon générale » ne veulent pas la guerre.

« Nous souffrons de l’occupation, de la colonisation et de l’hostilité de l’état d’Israël. Israël menace Gaza de guerre périodiquement, Israël affame les Palestiniens, et tue également en Cisjordanie par la colonisation et la judaïsation de Jérusalem et menace d’expulser les Palestiniens de 1948. C’est Israël qui nous est hostile, nous ne voulons pas la guerre. »

Ainsi les actes de violence sont justifiés par le désir du peuple palestinien à obtenir son indépendance et « à se débarrasser de la colonisation ». Selon les propos du leader du Hamas, à travers les attentats terroristes, les Palestiniens essayent de mettre fin au siège injuste qu’ils subissent.

Cette volonté de mettre fin à la « colonisation » expliquerait la vague d’attaques au couteau que Meshaal appelle « intifada ».

« Le peuple palestinien après avoir vu que tous les chemins étaient bloqués et à cause d’un surcroît d’occupation et d’hostilité israélienne, et après le vol des terres et l’emprisonnement de milliers de palestiniens, le peuple a l’impression que le monde se désintéresse de sa cause. »

Bien que les autorités israéliennes ont déclaré, à maintes reprises, qu’il n’y aurait pas de changement de statu quo sur le mont du Temple, Khaled Meshaal accuse Israël d’avoir tenté de diviser le lieu saint. « L’étincelle de l’embrasement est venue lorsque l’occupation israélienne sur une initiative de Netanyahu a voulu diviser l’esplanade des mosquées [mont du Temple] après l’avoir profané plusieurs fois, » explique-t-il.

Ainsi le groupe terroriste palestinien est qualifié de « résistance » par son leader.

« Nous défendons nos enfants, nos femmes (…). Nous sommes les victimes de l’agression israélienne que ce soit de la part de l’armée ou des colons. Il y a 600 000 colons en Cisjordanie et à Jérusalem, nous nous défendons et nous n’agressons personne. »

Pour le leader du Hamas, il existe aujourd’hui deux possibilités pour le peuple palestinien qui se traduit soit par une aide de la communauté internationale pour faire pression sur les autorités israéliennes soit aider le peuple palestinien dans son combat pour son indépendance.

Dans son interview, Khaled Meshaal pointe du doigt Israël comme seul responsable du cycle de a violence. « Israël porte la responsabilité de l’échec de paix, » indique ce dernier.

Ainsi, Khaled Meshaal va jusqu’à blâmer la coopération entre les forces de sécurité israéliennes et palestiniennes. « C’est contraire à l’intérêt général palestinien. C’est un service gratuit offert aux autorités israéliennes, » fait-il remarquer à son interlocuteur.

Il précise que le conseil central de l’OLP a décidé de mettre fin à cette coopération, pour que les forces de défense israéliennes assument l’entière responsabilité des zones palestiniennes, et que selon lui l’Autorité palestinienne doit se soumettre à cette décision. Cependant, seul le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas peut mettre fin à la coopération sécuritaire avec Israël.

Il a été révélé lundi qu’il y avait eu des pourparlers secrets entre Israéliens et Palestiniens pour supprimer progressivement la présence sécuritaire israélienne de certaines villes en Cisjordanie et qu’ils ont échoué car les Palestiniens ont exigé qu’Israël présente un calendrier complet pour une cessation totale des activités militaires dans les territoires sous contrôle palestinien.

Cela reflète les différends rencontrés entre le Fatah et le Hamas. Le leader du Hamas a déclaré que les deux partis essayaient de trouver un terrain afin de collaborer et de surmonter les divisions. Une rencontre entre le dirigeant du Hamas et Abbas est en train d’être organisée. Elle sera suivie d’une réunion entre toutes les factions palestiniennes pour créer une « feuille de route pour une réconciliation complète ».

« Les Palestiniens se sont mis d’accord en 2006 autour d’un programme politique commun sur la base du droit à l’auto-détermination et pour mettre fin à l’occupation avec le retrait d’Israël de Jérusalem, de la Cisjordanie et de Gaza et pour créer un État palestinien avec Jérusalem pour capitale avec le droit au retour. C’est un projet national palestinien commun appuyé par les États arabes. » Or, Israël n’est pas présent dans la bande de Gaza.

Enfin, le leader du Hamas revient sur la notion de « terrorisme ».

Depuis 2009, l’Union européenne considère le Hamas comme un groupe terroriste. Selon lui, il s’agit d’un moyen pour induire en erreur la communauté internationale. Il tient à différencier les actions du Hamas avec celles de l’Etat islamique. « Il y a une certaine ambiguïté sur la définition du terrorisme, » indique-t-il.

Selon lui, « il y a une très grande différence entre le terrorisme qui frappe à l’est à l’ouest, qui tue partout sans causes valables, sans causes politiques réelles et la cause palestinienne. La Palestine est occupée depuis des décennies et se défend. »

Depuis que le cycle de la violence a commencé en octobre dernier, 29 Israéliens et 4 ressortissants étrangers ont été tués dans des attaques terroristes palestiniennes. Quelque 190 Palestiniens ont été tués, environ les deux tiers d’entre eux en menant des attaques contre les Israéliens, et le reste lors d’affrontements avec les troupes, selon les données de l’armée israélienne.

La délégation du Hamas échoue en Egypte

Meshaal est revenu sur les relations avec l’Égypte. Une tentative de pourparlers, organisée par l’intermédiaire de Ryad, a échoué.

Il a nié les accusations égyptiennes, selon lesquelles le Hamas avait participé à l’assassinat du procureur général égyptien Hisham Barakat, le 29 juin dernier.

Un responsable de la sécurité égyptienne de haut rang a déclaré à l’agence de presse Maan mardi que pendant la réunion au Caire, les représentants du Hamas n’avaient pas réussi à convaincre les Égyptiens de leur innocence.

Les responsables égyptiens « ont présenté des preuves irréfutables qui lient les membres du Hamas à l’entraînement de ceux qui sont accusés d’avoir tué le procureur général ».

Enfin, Meshaal ne semblait pas vouloir reconnaître les récents rapports indiquant que le Hamas était en train de se rapprocher de l’Arabie Saoudite et de s’éloigner dans le même temps de l’Iran.

« L’Iran était la principale source financière du Hamas, mais aujourd’hui notre soutien a changé, et nous cherchons à diversifier nos sources de financement officielles et publiques ».

Le chef politique du Hamas a, cependant, nié une rupture des relations avec l’Iran, affirmant que des responsables au sein du Hamas et de l’Iran étaient toujours en contact.

Les relations entre le groupe terroriste basé à Gaza et l’Iran sont devenues fragiles depuis que l’organisation palestinienne s’est prononcée contre le président syrien Bachar al-Assad, un allié iranien clé, et qu’elle a quitté son siège à Damas après le déclenchement de la guerre civile en 2011.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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