LE PAPE FRANCOIS DANS LA TOURMENTE! L'EX-CONSEILLERE DU PAPE REAGIT

Par Le 29/08/2018 0

Dans RELIGION

Les faux pas du pape François

>Société|Vincent Mongaillard|28 août 2018, 6h06|MAJ : 28 août 2018, 6h19|22

Dublin (Irlande), vendredi 25 août. Le pape François en prière dans la cathédrale Sainte-Marie. Reuters/Stefano Rellandini

Le pape est plus que jamais dans la tourmente, après une nouvelle phrase polémique, cette fois sur l’homosexualité. Victime d’un complot ultra-conservateur ? « Simple » fatigue ? Gaffe ?

C’est la fin de l’état de grâce pour François. Cinq ans et demi après son accession sur le trône de Saint-Pierre, le premier pape sud-américain de l’Histoire, qui a longtemps bénéficié d’une popularité sans faille, en particulier auprès des non-croyants, est plus que jamais sous le feu des critiques.

 

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Ce qui faisait son originalité, une spontanéité et une liberté de ton, lui joue de mauvais tours. Dimanche, il a recommandé la « psychiatrie » pour les enfants aux « orientations homosexuelles ». Des propos rétrogrades - corrigés depuis par le Vatican - de la part du Saint-Père octogénaire qui, sur cette question, avait jusque-là fait preuve de progressisme au sein de l’Eglise.

 

Il répondait à des journalistes dans l’avion, de retour de son voyage en Irlande. A Dublin, il était venu notamment à la rencontre des victimes de prêtres pédophiles. L’ex-ambassadeur du Vatican à Washington, l’archevêque Carlo Maria Vigano, a choisi ce moment pour l’accuser, dans une lettre ouverte, d’avoir couvert un cardinal américain soupçonné d’abus sexuels.

 

Des paroles fortes et des mea culpa à répétition

Le prélat, proche des milieux traditionalistes qui veulent coûte que coûte la tête de Jorge Mario Bergoglio (ce qui fait dire aux partisans du souverain pontife qu’il s’agit d’un complot de ses ennemis ultra-conservateurs) va jusqu’à exiger la démission du chef de l’Église catholique.

Ce qui est sûr, c’est qu’au-delà de ces dénonciations, François, malgré des paroles fortes et des mea culpa à répétition, s’attire les foudres de nombreux fidèles et d’associations de victimes dans sa gestion des scandales pédophiles. « Il est pris dans une tourmente dont il n’avait pas prévu l’ampleur. Il ne s’attendait pas à ce que ce dossier revienne avec une telle violence. Pour l’Eglise, il avait été à peu près réglé par Benoît XVI, non sans courage », décrypte le vaticaniste Bernard Lecomte.

Pour François Devaux, président de La Parole libérée, le pape a « clairement failli » dans son combat contre les bourreaux et leur hiérarchie qui « ferme les yeux ». « Il porte une certaine responsabilité dans la pérennisation de ce fléau parce qu’il ne fait pas le boulot ! Il aurait dû faire ce qu’il a promis : appliquer la tolérance zéro », martèle-t-il.

« La volonté de réforme du pape François est sincère »

Selon le père Pierre Vignon, prêtre du diocèse de Valence et juge ecclésiastique à Lyon, la faute revient à la curie et ses blocages. « La volonté de réforme du pape François est sincère. Mais il est obligé d’avancer sur des planches pourries, obligé de composer tellement il a des hommes corrompus autour de lui », regrette celui qui a lancé il y a une semaine une pétition en ligne (près de 100 000 signatures à ce jour) appelant à la démission du cardinal Barbarin, archevêque de Lyon, pour ne pas avoir dénoncé à la justice les agissements d’un prêtre pédophile.

Extrêmement rares sont, en France, les voix de l’Eglise à réagir face à la tempête papale. Les attaques visant François font « mal » à Michel Dubost, évêque émérite d’Evry. « D’autant plus qu’il a réussi un certain nombre de transformations qui doivent régler la situation », défend-il.

DES POLÉMIQUES EN SÉRIE CETTE ANNÉE

 

  • 18 janvier 2018. « Le jour où vous m’apporterez une preuve contre l’évêque Barros, je vous parlerai. Il n’y a pas une seule preuve contre lui. Tout est calomnie. C’est clair ? » déclare le pape François à des journalistes chiliens alors que Juan Barros est accusé d’avoir gardé le silence sur les agissements d’un prêtre pédophile. Il s’excuse quelques jours plus tard jugeant que son expression « n’a pas été heureuse ».
  • 16 juin. « J’ai entendu dire qu’il est à la mode, ou au moins habituel, de faire au cours des premiers mois de grossesse des examens pour voir si l’enfant ne va pas bien ou s’il naîtra avec quelque chose, le premier choix étant de s’en débarrasser », déclare le Pape devant les délégués du Forum des familles avant d’ajouter : « au siècle dernier, tout le monde était scandalisé par ce que faisaient les nazis pour veiller à la pureté de la race. Aujourd’hui, nous faisons la même chose en gants blancs », déclare le souverain pontife argentin.
  • 20 août. Il appelle les croyants au « jeûne et à la prière » pour ouvrir « nos oreilles à la douleur silencieuse des enfants, des jeunes et des personnes handicapées » en conclusion de sa lettre au « Peuple de Dieu » en réaction à plusieurs affaires de viols sur un millier d’enfants par des membres du clergé de Pennsylvanie (Etats-Unis).
  • 26 août. « Je ne dirai pas un mot là-dessus. Je pense que le communiqué parle de lui-même ». Le pape François ne juge pas nécessaire de commenter de graves accusations portées contre lui dans un texte, selon lesquelles il aurait couvert durant son pontificat les agissements du cardinal américain Theodore McCarrick accusé publiquement d’abus sexuels en juillet.
  • 26 août. « Quand cela se manifeste dès l’enfance, il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses », explique le pape François répondant à un journaliste dans l’avion qui le ramène d’Irlande qui lui demandait ce qu’il dirait à des parents constatant les orientations homosexuelles de leur enfant.

http://www.leparisien.fr/societe/les-faux-pas-du-pape-francois-28-08-2018-7867425.php


Homosexualité, pédophilie dans l’Eglise… L’ex-conseillère du pape réagit

>Société|Propos recueillis par Vincent Mongaillard|27 août 2018, 20h03|MAJ : 28 août 2018, 6h38|17

Pour la pédopsychiatre Catherine Bonnet, «François n’a pas perçu à quel point la lutte contre la pédocriminalité au sein de l’Eglise était une urgence». LP/Olivier Corsan

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Catherine Bonnet, 74 ans, pédopsychiatre et ancienne conseillère du pape sur la lutte contre la pédophilie, réagit après les déclarations du pape François.

Durant 4 ans, la pédopsychiatre Catherine Bonnet, qui se bat depuis plus de trois décennies aux côtés des victimes d’abus sexuels, a été membre de la commission pontificale pour la protection des mineursinstaurée par le pape François et chargée de le conseiller en matière de lutte contre la pédophilie.

 

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Les propositions qu’elle défend n’ayant pas été entendues, elle a présenté sa démission en juin 2017. Le souverain pontife l’ayant refusée, cette croyante qui n’est « plus pratiquante depuis des années » a finalement quitté, très déçue, l’institution en février dernier, au moment de son renouvellement.

Que pensez-vous, en tant que pédopsychiatre, des déclarations du pape préconisant le recours à la psychiatrie lorsque des parents constatent les orientations homosexuelles de leurs enfants ?

CATHERINE BONNET. Je ne comprends pas, je trouve ça choquant d’en arriver à un tel raccourci. Je pense qu’il devrait s’informer avant de tenir de tels propos. L’homosexualité n’est pas une maladie psychiatrique !

François est également attaqué ces derniers mois sur sa gestion des scandales pédophiles. A-t-il failli dans sa lutte contre les abus sexuels au sein du clergé ?

Dans sa lettre au peuple de Dieu adressée la semaine dernière à tous les catholiques, on voit qu’il comprend vraiment mieux ce que ressentent les victimes de pédocriminalité. Sur ce point, c’est un progrès, mais c’est loin d’être suffisant. Ecouter, c’est bien, mais maintenant il faut agir ! Comment voulez-vous arrêter des criminels en invitant les fidèles à des prières et du jeûne ? Il dit qu’il faut changer de culture pour mettre fin aux abus. Mais pour moi, il faut changer de loi et, donc, modifier le droit canon.

C’est ce que vous avez proposé lorsque vous étiez membre de la commission pontificale…

J’ai demandé la levée du secret pontifical (la confidentialité dans le droit canon) en cas de suspicion de violences sexuelles sur mineurs. Il y avait sur ce sujet un accord au sein de la commission. Mais j’ai souhaité aller plus loin en demandant l’obligation de signalement, par tous les évêques et supérieurs religieux qui en ont connaissance, aux autorités civiles. Mais jamais le pape n’est venu discuter de cette proposition, nous poser des questions… Il n’y a pas eu d’échanges alors qu’on était ses conseillers. On a également préconisé l’abolition de la prescription concernant tous les crimes sexuels. Mais, là aussi, nous n’avons pas eu de réponse. François n’a pas perçu à quel point la lutte contre la pédocriminalité au sein de l’Eglise était une urgence. Il a, pourtant, une énorme responsabilité. Je suis très préoccupée. J’ai essayé de faire tout mon possible pour changer les choses.

Qu’est-ce qui fait obstacle ?

Je ne sais pas exactement. Je constate qu’il y a des résistances au sein du Vatican. Le pape ne peut pas être partout. Pour changer le système en profondeur, il doit s’entourer de canonistes qui ont de l’expérience. Il faut aussi faire un véritable travail d’enquête. Le pape comprend la souffrance des victimes mais ne comprend pas que les criminels doivent être arrêtés. S’il ne prend pas la mesure de l’urgence pour les enfants, il risque de décevoir beaucoup de personnes.

http://www.leparisien.fr/societe/homosexualite-pedophilie-dans-l-eglise-l-ex-conseillere-du-pape-reagit-27-08-2018-7867068.php


 

 
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