INTERVIEW DE MARIA ZAKHAROVA A L'AGENCE SPUTNIK

 

Maria Zakharova

Interview de Maria Zakharova à l'agence Sputnik

Ministry of Foreign Affairs of the Russian Federation
Interviews
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221731360

Chaque apparition publique de la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Maria Zakharova est un événement.

Au-delà de ses conférences de presse hebdomadaires au ministère des Affaires étrangères ou de ses apparitions sur les plus grandes chaînes de télévision, elle génère un vif intérêt dès qu'elle visite une exposition, un musée ou même un supermarché.

Dans cette interview accordée au journaliste de l'agence Sputnik Leonid Sviridov, Maria Zakharova évoque son travail, la soupe au potiron, Jen Psaki, les chroniques martiennes, la Crimée, la maison de ses parents et ce que signifie "être Russe".

- Comment s'adresse-t-on à vous le plus souvent: Maria ou Madame Zakharova?

— Cela dépend. Si les journalistes me connaissent depuis assez longtemps ils m'appellent Maria, sinon Madame Zakharova. Les journalistes étrangers disent le plus souvent Maria, tout simplement. Honnêtement, j'ai pas trop de prétentions à ce sujet. J'essaie d'accepter au maximum toutes les conditions si elles ne sont pas fondamentales pour moi mais semblent importantes pour un interlocuteur ou un partenaire.

Je m'efforce de ne pas créer de complications là où il n'y en a pas. Moi-même, je n'aime pas quand des personnes ou des institutions inventent des problèmes à partir de rien.

- Madame Zakharova, quand vous avez été nommée au poste de porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, on a commencé à vous comparer à votre homologue américaine. Et cela continue aujourd'hui. Est-ce que vous trouvez cela offensant, irritant, amusant?

- On me pose souvent cette question en interview. Je prends cette comparaison de manière philosophique et professionnelle. Je comprends d'où elle vient: il est plus facile de tirer des parallèles directs. Je prends cela comme un cliché. Ce thème ne provoque en moi aucune émotion, même si, en effet, c'est une question très populaire.

 

Je voudrais profiter de l'occasion pour dire deux choses. Quand Jen Psaki travaillait au bureau on me demandait constamment ce que je pensais de ce qu'elle faisait. Nous nous souvenons tous de certaines réponses parfois étranges, voire très étranges, entendues lors des conférences de presse du département d'État américain. Malgré tout, je n'ai jamais soutenu la campagne collective contre elle ou quelqu'un d'autre quand elle s'est transformée en persécution discriminatoire. Il faut répondre aux appréciations injustes, grossières ou parfois aberrantes de nos collègues avec dignité et avec respect, tantôt fermement, tantôt en plaisantant. Mais il ne faut jamais franchir la limite, quand on commence à persécuter quelqu'un.

 

- Mais vous connaissez Psaki?

- Effectivement, j'ai travaillé avec elle pendant deux ans, peut-être un peu plus. C'était une relation professionnelle, constructive, qui n'a jamais eu pour principe de "se nuire au maximum". Nous trouvions toujours un moyen de régler les questions, qui étaient nombreuses vu la fréquence des entretiens de nos ministres.

- Notre interview portera tout de même davantage sur la vie privée que sur la politique. Dites-nous: comment choisissez-vous votre tenue?

— (Sourire) La tenue doit correspondre au format de l'événement, à l'heure de la journée, aux circonstances. Les gens ont visiblement l'impression que je vole sur un nuage avec deux poneys roses et que les hirondelles matinales m'apportent les vêtements faits de fleurs du printemps — mais ce n'est pas le cas! Je suis un individu ordinaire, je n'ai rien que me différencierait d'une personne dans la rue, dans un café ou dans un magasin, hormis le fait que je passe à la télévision.
Je n'ai pas d'atelier, de tailleur ou de styliste.

- Et qui s'occupe de votre coiffure?

— Le coiffeur. Avant une conférence de presse du ministère des Affaires étrangères je passe chez le coiffeur. Et pour un plateau de télévision — il y a tout ce qu'il faut dans les loges.

- Quels étaient vos rêves d'enfant?

— L'enfance n'est pas homogène, elle se compose de diverses étapes. J'ai donc rêvé de choses différentes. A une époque je rêvais des jouets qui m'avaient plu, puis que personne ne soit malade dans le monde — c'était un rêve très concret. Je rêvais de devenir quelqu'un: médecin le matin, cosmonaute la journée et ballerine le soir.

- L'un de nos lecteurs de Sputnik, en Italie, demande si vous êtes mariée?

— Oui, et ce n'est un secret pour personne. J'ai une fille de 5 ans et demi qui va au jardin d'enfants (l'équivalent de la maternelle en France). On s'occupe de son éducation — moi, ses grands-parents et, bien sûr, ses instituteurs.

- Une autre question d'un lecteur: "Je compte passer quelques jours à Moscou et à Saint-Pétersbourg début juillet. Puis-je vous rencontrer?"

— Je reçois énormément de demandes en ce sens sur les réseaux sociaux et par courrier. Si ce sont des journalistes, je les rencontre. Si ce sont des gens ordinaires aussi — si le temps le permet.

 

Parfois, quand je me déplace dans une ville et que les gens l'apprennent sur les réseaux sociaux, ils me proposent d'aller au musée où ils travaillent ou de me rendre à un événement. Quand j'en ai la possibilité, je m'y rends. Alors transmettez les contacts appropriés à celui qui a posé la question — nous verrons si cela correspond à mon calendrier de travail.

 

- Une autre question des lecteurs: que signifie "être Russe"?

— C'est une question très intéressante. J'y réfléchis souvent. Être émotionnel, spirituel et généreux, large d'esprit dans beaucoup de choses, aimer passionnément et haïr avec force, être très juste mais toujours à sa manière. Mettre du temps à monter en selle mais ensuite chevaucher très vite… Tout cela est très russe. Tout comme ne pas céder à la force et fondre d'amour.

- Comment est venue l'idée de vous activer sur les réseaux sociaux pour y diffuser la position officielle du ministère des Affaires étrangères?

— Plusieurs facteurs ont convergé. Premièrement: l'apparition d'un nouveau phénomène devenu si vaste et influent qu'il était simplement impossible de ne pas en tenir compte d'un point de vue professionnel. Deuxièmement: c'était une directive des autorités, qui nous ont demandé d'être plus proche des gens, plus ouverts et communicatifs. Troisièmement, nous comprenions nous-mêmes que la nouvelle époque demandait une nouvelle forme de diffusion de l'information.

- Avez-vous une maison de campagne — une datcha?

- Oui, nous y allons souvent. Nous avons cherché à construire la maison près d'un grand lac. C'est un endroit magnifique.

- Et avez-vous célébré maslenitsa (l'équivalent du Mardi gras)?

- Bien sûr, j'ai préparé des crêpes pendant la "semaine grasse". Elles étaient épaisses — je n'aime pas les crêpes fines.

- Madame Zakharova, avez-vous des animaux?

- Nous avons un chien, dont l'histoire m'est intimement liée. Pendant 15 ans nous n'avons jamais acheté de chien: nous les prenions dans la rue. Quand le chien de la grand-mère est mort de vieillesse, j'ai trouvé sur internet un refuge. J'ai vu la photo d'un chien qui avait quelque chose de spirituel. Et quand nous sommes arrivés là-bas il était trois fois plus grand que prévu (rire).

 

L'appartement de la grand-mère n'était pas grand, elle pouvait accueillir un petit chien, mais celui-ci faisait 70-80 cm de haut! Le chien nous a plu, et c'était réciproque. Depuis il vit chez nous, c'est un excellent chien très gentil. Il a d'abord vécu chez la grand-mère, quand elle était en vie, maintenant il vit chez nous, chez mes parents, nous l'amenons à la campagne aussi.

 

- Je vois sur votre table le sachet de thé "Secrets des herbes de Crimée"…

- Oui, je l'ai ramené de Crimée où j'ai été pour la première fois de ma vie l'été dernier. J'avais pris une semaine de congés — combien de fois j'avais prononcé le mot "Crimée" sans n'y avoir jamais été! Nous avons passé une semaine près de Yalta.

- Une question d'un lecteur de la rédaction polonaise de Sputnik: "Quand rendrez-vous la Crimée à l'Ukraine?"

- Nous n'avons pas pris la Crimée à l'Ukraine, en dépit de ce que pensent certains. Voici ce que je voudrais répondre aux lecteurs polonais: essayez de ne pas analyser les choses trop simplement, de ne pas prononcer des jugements sans appel. Comprenez que la Crimée a elle-même quitté l'Ukraine.

Les gens en Crimée m'ont dit qu'avant de se rendre au référendum, de nombreux Criméens avaient revêtu leur plus belle tenue solennelle, étaient allés à l'église et, seulement après, au référendum. Les gens comprenaient qu'ils ne savaient pas comment cette histoire se terminerait. Personne ne pouvait prévoir l'évolution du scénario. Comment cela se terminerait-il? Par une guerre? A l'époque personne ne savait ce qui attendait les habitants de Crimée. En allant voter, beaucoup se demandaient: est-ce que les extrémistes ukrainiens viendront?

- Mais les Criméens ont compris qu'il leur fallait, ce soir-là, faire un choix?

- Et ils ont choisi, en s'appuyant sur des facteurs très importants pour eux. Premièrement, il s'agissait d'un choix historique, en l'honneur de leurs ancêtres qui avaient vécu sur ce territoire, combattu et sacrifié leur vie pour lui. C'était donc d'abord une question de respect envers l'histoire de leur famille. Deuxièmement, il s'agissait d'un choix contre l'Ukraine subissant un coup d'État, un chaos total au sein de l'administration, sous influence extérieure et rongée par une corruption absolue des autorités. Troisièmement, il s'agissait d'un choix pour leur avenir et celui de leurs enfants.

- Qu'est-ce qui vous a frappée en Crimée?

- J'ai beaucoup lu sur cette région, regardé des films de fiction et des documentaires. J'ai également consulté l'histoire de l'orthodoxie. Mais je n'ai jamais pensé que mon premier sentiment, en atterrissant à Simferopol et après plusieurs kilomètres de trajet en voiture, se rapprocherait des descriptions des Chroniques martiennes de Ray Bradbury. Le caractère non-développé de l'infrastructure m'a frappé. Nous sommes déjà au XXIe siècle, la Crimée est un territoire balnéaire, une partie du continent européen. Je comprends donc parfaitement les raisons de ce vote des Criméens, qui ont renoncé à faire partie de l'Ukraine.

De nombreux Européens ignorent que la Russie n'a pas pris la Crimée: cette dernière a elle-même quitté l'Ukraine. Le code génétique des Criméens a survécu au test colossal de l'arbitraire des autorités ukrainiennes.

- Votre apparition en uniforme lors d'un point presse a fait du bruit non seulement parmi les journalistes…

— Oui, cet intérêt aussi fort m'a vraiment étonné car certains avaient l'air choqués. Le fait est que cet uniforme tire ses racines de l'époque tsariste et existe depuis des dizaines d'années sous sa forme moderne. Il est destiné aux envoyés extraordinaires et plénipotentiaires de première et de deuxième classe, ainsi qu'aux ambassadeurs russes. Les diplomates russes le portent à l'occasion de fêtes nationales, de réceptions dans leur pays de séjour ou d'audiences chez les autorités du pays d'accréditation de l'ambassadeur. Il existe également un uniforme diplomatique beige clair pour les pays chauds.

 

Comme j'ai obtenu ce grade diplomatique fin 2015, l'uniforme a été cousu début 2016. Je l'ai mis pour la première fois à l'occasion de la Journée du service diplomatique.

 

Il est actuellement chez mois dans une garde-robe, en attendant de nouvelles sorties.

- Cuisinez-vous vous-même?

- Je n'ai pas de cuisiniers ou de domestiques. Je suis une personne tout à fait ordinaire qui se lève tôt, prépare rapidement le petit-déjeuner quand tout le monde est encore au lit. Comme toutes les mères, je gère les soucis ordinaires du matin et puis je pars au travail.

- Avez-vous une soupe préférée?

— Oui! La soupe de potiron servie dans une citrouille. Il faut d'abord retirer la pulpe et les graines d'une citrouille. Ensuite on fait revenir la citrouille dans l'huile et des épices, avant d'ajouter du lait de coco. On fait bouillir le tout. Puis on râpe la masse, ce qui nous donne une soupe-purée. Enfin on verse la soupe dans la citrouille vide pour servir.

- Et des plats principaux?

— Je cuis le poisson et la viande. J'ai récemment cuit un lapin selon une recette est-européenne. J'ai mariné le lapin dans le vin rouge avant de le cuire à la poêle. J'aime cuisiner, cela me plaît vraiment.

- Une question de nos lecteurs tchèques. Est-ce que vous vous êtes imaginée un jour devenir ministre, chef de la diplomatie ou ambassadrice russe aux États-Unis?

— Non. Et je le dis tout à fait sincèrement et ouvertement. Je ne m'étais d'ailleurs jamais imaginée devenir la directrice du département de l'information et de la presse du ministère russe des Affaires étrangères. En Russie, le service diplomatique a toujours été un domaine masculin. Je suis une personne très réaliste et je veux faire mon travail de manière efficace aujourd'hui et maintenant.

Je ne sais pas de quoi demain sera fait, ce qui est très caractéristique de ceux qui travaillent dans le domaine de l'information. Dans notre métier, vous pouvez vous réveiller le matin pour apprendre une nouvelle qui rend tout le travail accompli inutile, dépassé et peu opportun. Il faut alors repartir de zéro.

- Quel est votre plus grande réussite?

- La naissance de ma fille. Sans aucun doute. La naissance de votre enfant vous pousse à réévaluer votre vie. L'enfant ouvre, comme avec une clé magique que vous avez toujours ignorée, des portes secrètes de ce monde. C'est sûr.

A mon avis, élever son enfant est la chose la plus compliquée. Il n'existe rien de plus complexe. Il s'agit de la responsabilité la plus importante. Il est difficile d'être médecin et d'opérer, de piloter un avion. Mais élever son enfant est une responsabilité colossale.

- Dernière question. Êtes-vous satisfaite de votre vie?

— Si une personne se dit satisfaite, cela fait suscite de sérieux doutes concernant sa sincérité. La vie ne se réduit pas qu'au plaisir. Il y a également des obstacles qu'il faut surmonter. Il s'agit d'un processus compliqué. Parfois je suis très mécontente de certaines choses, puis tout va bien et je suis très contente. C'est la vie.

Et pour le moment, je l'explore.

- Madame, merci de m'avoir accordé cette interview.

 

Maria Zakharova

Interview de Maria Zakharova à l'agence Sputnik

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Chaque apparition publique de la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Maria Zakharova est un événement.

Au-delà de ses conférences de presse hebdomadaires au ministère des Affaires étrangères ou de ses apparitions sur les plus grandes chaînes de télévision, elle génère un vif intérêt dès qu'elle visite une exposition, un musée ou même un supermarché.

Dans cette interview accordée au journaliste de l'agence Sputnik Leonid Sviridov, Maria Zakharova évoque son travail, la soupe au potiron, Jen Psaki, les chroniques martiennes, la Crimée, la maison de ses parents et ce que signifie "être Russe".

- Comment s'adresse-t-on à vous le plus souvent: Maria ou Madame Zakharova?

— Cela dépend. Si les journalistes me connaissent depuis assez longtemps ils m'appellent Maria, sinon Madame Zakharova. Les journalistes étrangers disent le plus souvent Maria, tout simplement. Honnêtement, j'ai pas trop de prétentions à ce sujet. J'essaie d'accepter au maximum toutes les conditions si elles ne sont pas fondamentales pour moi mais semblent importantes pour un interlocuteur ou un partenaire.

Je m'efforce de ne pas créer de complications là où il n'y en a pas. Moi-même, je n'aime pas quand des personnes ou des institutions inventent des problèmes à partir de rien.

- Madame Zakharova, quand vous avez été nommée au poste de porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, on a commencé à vous comparer à votre homologue américaine. Et cela continue aujourd'hui. Est-ce que vous trouvez cela offensant, irritant, amusant?

- On me pose souvent cette question en interview. Je prends cette comparaison de manière philosophique et professionnelle. Je comprends d'où elle vient: il est plus facile de tirer des parallèles directs. Je prends cela comme un cliché. Ce thème ne provoque en moi aucune émotion, même si, en effet, c'est une question très populaire.

 

Je voudrais profiter de l'occasion pour dire deux choses. Quand Jen Psaki travaillait au bureau on me demandait constamment ce que je pensais de ce qu'elle faisait. Nous nous souvenons tous de certaines réponses parfois étranges, voire très étranges, entendues lors des conférences de presse du département d'État américain. Malgré tout, je n'ai jamais soutenu la campagne collective contre elle ou quelqu'un d'autre quand elle s'est transformée en persécution discriminatoire. Il faut répondre aux appréciations injustes, grossières ou parfois aberrantes de nos collègues avec dignité et avec respect, tantôt fermement, tantôt en plaisantant. Mais il ne faut jamais franchir la limite, quand on commence à persécuter quelqu'un.

 

- Mais vous connaissez Psaki?

- Effectivement, j'ai travaillé avec elle pendant deux ans, peut-être un peu plus. C'était une relation professionnelle, constructive, qui n'a jamais eu pour principe de "se nuire au maximum". Nous trouvions toujours un moyen de régler les questions, qui étaient nombreuses vu la fréquence des entretiens de nos ministres.

- Notre interview portera tout de même davantage sur la vie privée que sur la politique. Dites-nous: comment choisissez-vous votre tenue?

— (Sourire) La tenue doit correspondre au format de l'événement, à l'heure de la journée, aux circonstances. Les gens ont visiblement l'impression que je vole sur un nuage avec deux poneys roses et que les hirondelles matinales m'apportent les vêtements faits de fleurs du printemps — mais ce n'est pas le cas! Je suis un individu ordinaire, je n'ai rien que me différencierait d'une personne dans la rue, dans un café ou dans un magasin, hormis le fait que je passe à la télévision.
Je n'ai pas d'atelier, de tailleur ou de styliste.

- Et qui s'occupe de votre coiffure?

— Le coiffeur. Avant une conférence de presse du ministère des Affaires étrangères je passe chez le coiffeur. Et pour un plateau de télévision — il y a tout ce qu'il faut dans les loges.

- Quels étaient vos rêves d'enfant?

— L'enfance n'est pas homogène, elle se compose de diverses étapes. J'ai donc rêvé de choses différentes. A une époque je rêvais des jouets qui m'avaient plu, puis que personne ne soit malade dans le monde — c'était un rêve très concret. Je rêvais de devenir quelqu'un: médecin le matin, cosmonaute la journée et ballerine le soir.

- L'un de nos lecteurs de Sputnik, en Italie, demande si vous êtes mariée?

— Oui, et ce n'est un secret pour personne. J'ai une fille de 5 ans et demi qui va au jardin d'enfants (l'équivalent de la maternelle en France). On s'occupe de son éducation — moi, ses grands-parents et, bien sûr, ses instituteurs.

- Une autre question d'un lecteur: "Je compte passer quelques jours à Moscou et à Saint-Pétersbourg début juillet. Puis-je vous rencontrer?"

— Je reçois énormément de demandes en ce sens sur les réseaux sociaux et par courrier. Si ce sont des journalistes, je les rencontre. Si ce sont des gens ordinaires aussi — si le temps le permet.

 

Parfois, quand je me déplace dans une ville et que les gens l'apprennent sur les réseaux sociaux, ils me proposent d'aller au musée où ils travaillent ou de me rendre à un événement. Quand j'en ai la possibilité, je m'y rends. Alors transmettez les contacts appropriés à celui qui a posé la question — nous verrons si cela correspond à mon calendrier de travail.

 

- Une autre question des lecteurs: que signifie "être Russe"?

— C'est une question très intéressante. J'y réfléchis souvent. Être émotionnel, spirituel et généreux, large d'esprit dans beaucoup de choses, aimer passionnément et haïr avec force, être très juste mais toujours à sa manière. Mettre du temps à monter en selle mais ensuite chevaucher très vite… Tout cela est très russe. Tout comme ne pas céder à la force et fondre d'amour.

- Comment est venue l'idée de vous activer sur les réseaux sociaux pour y diffuser la position officielle du ministère des Affaires étrangères?

— Plusieurs facteurs ont convergé. Premièrement: l'apparition d'un nouveau phénomène devenu si vaste et influent qu'il était simplement impossible de ne pas en tenir compte d'un point de vue professionnel. Deuxièmement: c'était une directive des autorités, qui nous ont demandé d'être plus proche des gens, plus ouverts et communicatifs. Troisièmement, nous comprenions nous-mêmes que la nouvelle époque demandait une nouvelle forme de diffusion de l'information.

- Avez-vous une maison de campagne — une datcha?

- Oui, nous y allons souvent. Nous avons cherché à construire la maison près d'un grand lac. C'est un endroit magnifique.

- Et avez-vous célébré maslenitsa (l'équivalent du Mardi gras)?

- Bien sûr, j'ai préparé des crêpes pendant la "semaine grasse". Elles étaient épaisses — je n'aime pas les crêpes fines.

- Madame Zakharova, avez-vous des animaux?

- Nous avons un chien, dont l'histoire m'est intimement liée. Pendant 15 ans nous n'avons jamais acheté de chien: nous les prenions dans la rue. Quand le chien de la grand-mère est mort de vieillesse, j'ai trouvé sur internet un refuge. J'ai vu la photo d'un chien qui avait quelque chose de spirituel. Et quand nous sommes arrivés là-bas il était trois fois plus grand que prévu (rire).

 

L'appartement de la grand-mère n'était pas grand, elle pouvait accueillir un petit chien, mais celui-ci faisait 70-80 cm de haut! Le chien nous a plu, et c'était réciproque. Depuis il vit chez nous, c'est un excellent chien très gentil. Il a d'abord vécu chez la grand-mère, quand elle était en vie, maintenant il vit chez nous, chez mes parents, nous l'amenons à la campagne aussi.

 

- Je vois sur votre table le sachet de thé "Secrets des herbes de Crimée"…

- Oui, je l'ai ramené de Crimée où j'ai été pour la première fois de ma vie l'été dernier. J'avais pris une semaine de congés — combien de fois j'avais prononcé le mot "Crimée" sans n'y avoir jamais été! Nous avons passé une semaine près de Yalta.

- Une question d'un lecteur de la rédaction polonaise de Sputnik: "Quand rendrez-vous la Crimée à l'Ukraine?"

- Nous n'avons pas pris la Crimée à l'Ukraine, en dépit de ce que pensent certains. Voici ce que je voudrais répondre aux lecteurs polonais: essayez de ne pas analyser les choses trop simplement, de ne pas prononcer des jugements sans appel. Comprenez que la Crimée a elle-même quitté l'Ukraine.

Les gens en Crimée m'ont dit qu'avant de se rendre au référendum, de nombreux Criméens avaient revêtu leur plus belle tenue solennelle, étaient allés à l'église et, seulement après, au référendum. Les gens comprenaient qu'ils ne savaient pas comment cette histoire se terminerait. Personne ne pouvait prévoir l'évolution du scénario. Comment cela se terminerait-il? Par une guerre? A l'époque personne ne savait ce qui attendait les habitants de Crimée. En allant voter, beaucoup se demandaient: est-ce que les extrémistes ukrainiens viendront?

- Mais les Criméens ont compris qu'il leur fallait, ce soir-là, faire un choix?

- Et ils ont choisi, en s'appuyant sur des facteurs très importants pour eux. Premièrement, il s'agissait d'un choix historique, en l'honneur de leurs ancêtres qui avaient vécu sur ce territoire, combattu et sacrifié leur vie pour lui. C'était donc d'abord une question de respect envers l'histoire de leur famille. Deuxièmement, il s'agissait d'un choix contre l'Ukraine subissant un coup d'État, un chaos total au sein de l'administration, sous influence extérieure et rongée par une corruption absolue des autorités. Troisièmement, il s'agissait d'un choix pour leur avenir et celui de leurs enfants.

- Qu'est-ce qui vous a frappée en Crimée?

- J'ai beaucoup lu sur cette région, regardé des films de fiction et des documentaires. J'ai également consulté l'histoire de l'orthodoxie. Mais je n'ai jamais pensé que mon premier sentiment, en atterrissant à Simferopol et après plusieurs kilomètres de trajet en voiture, se rapprocherait des descriptions des Chroniques martiennes de Ray Bradbury. Le caractère non-développé de l'infrastructure m'a frappé. Nous sommes déjà au XXIe siècle, la Crimée est un territoire balnéaire, une partie du continent européen. Je comprends donc parfaitement les raisons de ce vote des Criméens, qui ont renoncé à faire partie de l'Ukraine.

De nombreux Européens ignorent que la Russie n'a pas pris la Crimée: cette dernière a elle-même quitté l'Ukraine. Le code génétique des Criméens a survécu au test colossal de l'arbitraire des autorités ukrainiennes.

- Votre apparition en uniforme lors d'un point presse a fait du bruit non seulement parmi les journalistes…

— Oui, cet intérêt aussi fort m'a vraiment étonné car certains avaient l'air choqués. Le fait est que cet uniforme tire ses racines de l'époque tsariste et existe depuis des dizaines d'années sous sa forme moderne. Il est destiné aux envoyés extraordinaires et plénipotentiaires de première et de deuxième classe, ainsi qu'aux ambassadeurs russes. Les diplomates russes le portent à l'occasion de fêtes nationales, de réceptions dans leur pays de séjour ou d'audiences chez les autorités du pays d'accréditation de l'ambassadeur. Il existe également un uniforme diplomatique beige clair pour les pays chauds.

 

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