LA POLITIQUE DE LA RUSSIE EN SYRIE : COMPLEXE ET DECONCERTANTE.

La politique de la Russie en Syrie: complexe, alambiquée et déconcertante.

 

 

La politique de la Russie en Syrie: complexe, alambiquée et déconcertante

Le moins que l’on puisse dire de la politique de la Russie, tant en Ukraine qu’en Syrie, c’est qu’elle est déconcertante, sinon agaçante pour bien des gens. En Ukraine, comme en Syrie, on constate clairement une volonté d’agression du camp atlantiste mené par les USA. Toutes les déclarations des officiels occidentaux ont toujours, sans exception, confirmé leur détermination à atteindre leurs objectifs concernant ces deux pays. Elles n’ont pas varié d’un iota depuis 2011 pour la Syrie, et 2014 pour l’Ukraine.

 

Que fait la Russie ? Elle fait comme si elle ne lisait pas les journaux, comme si elle n’entendait aucune de ces déclarations, ou n’y croyait pas. En attendant, ces déclarations sont toutes suivies d’actions que les Russes semblent surpris de découvrir en même temps que nous. L’impression qui en émane, vu de l’extérieur, c’est que la Russie observe, et ne fait que réagir devant les évènements pourtant bien prévisibles. Cette impression est décevante, déprimante même, pour ceux qui espèrent se défaire, un jour, de la dictature guerrière et terroriste de l’Empire grâce à la Russie,  et également la Chine qui, ce qui est encore pire, reste silencieuse.

 

Qu’en est-il exactement, notamment concernant la Syrie ? La Syrie, comme l’Ukraine, comme tant d’autres fronts, ne sont, en fait, pour Moscou, que des champs de bataille au sein d’une guerre globale. Le fait que la Syrie ne soit qu’une bataille comme les autres aux yeux du Kremlin n’enlève rien à son importance, ni au fait que c’est une bataille qu’il leur est interdit de perdre dans le cadre de la guerre globale. Mais pour les Syriens qui assistent impuissants au sacrifice des leurs, il n’est pas facile de se replacer dans ce contexte global. Malheureusement, la Syrie est devenue, malgré elle, le centre du monde, un Stalingrad mondial. Il n’y a plus rien de ce qui concerne la Syrie qui ne soit d’une importance capitale pour le devenir du monde, honneur dont, évidemment, les Syriens auraient pu se passer.

 

Les objectifs à terme des Atlantistes, c’est-à-dire des Anglo-Américano-Sionistes, pour la Syrie, sont clairs: s’accaparer de tout ou partie de ce pays d’une manière ou d’une autre, et tout sera fait dans ce sens. C’est simple, la Syrie devra être leur, ou ne sera plus. Les forces militaires sont déjà sur place, et ce, depuis 2011. Le financement également. Indépendamment des rajouts apportés par les pays du golfe et des votes de budgets supplémentaires du Congrès américain, le financement des forces spéciales et des mercenaires des compagnies de sécurité est déjà assuré dans les budgets de la CIA, du Pentagone, et même de l’OTAN. La logistique assurée par l’OTAN, et qui a permis à Daesh de devenir ce qu’il est, n’a été financée par aucun pays du Golfe.

 

Devant tant de détermination, que peut faire le gouvernement syrien et ses alliés, la Russie, l’Iran, le Hezbollah, et… la Chine (ne l’oublions pas, même si elle parait inexistante) ? Ils pourraient très bien stopper net les intrusions étatsuniennes, tant au sol que dans les airs, dans le territoire syrien. De l’extérieur, nous nous disons: puisqu’ils sont dans leur droit, pourquoi ne le font-ils pas ?  Malheureusement, s’ils le faisaient, ce serait le clash. Ce serait surtout accepter aveuglément le champ de bataille proposé par l’ennemi, et à ses conditions, avec une coalition instantanée de plus de 30 pays prêts à faire de la Syrie une seconde Libye. Dans le cadre strictement syrien, il est probable que, tôt ou tard, l’on serait arrivé à la confrontation. Seulement, il y a belle lurette que le gouvernement syrien pense en terme global, conscient de sa position et de son rôle dans une perspective plus vaste.

 

Plutôt que d’accepter la confrontation, la Syrie et ses alliés ont préféré, depuis les accords de Genève I et II, œuvrer pour opérer une séparation nette entre l’armée occupante de facto, c’est-à-dire les « djihadistes » islamistes, et leurs commanditaires, et de faire en sorte que cette séparation soit maintenue, quoi qu’il arrive, rendant difficile toute coopération. Cela permet, en outre, de combattre ouvertement cette armée d’occupation, et même de demander officiellement la coopération des commanditaires, même en sachant que cette demande ne sera pas suivie d’effet. Dans ce jeu, la Russie joue avec les contradictions du jeu de pouvoir complexe à Washington. Le président des Etats-Unis ne contrôle en rien l’OTAN et peu le Pentagone, même si les décisions officielles concernant ces organismes passent par lui. La Russie a réussi à utiliser les positions de la Maison Blanche pour contrer les autres pouvoirs va-t-en-guerre, et imposer une cessation des hostilités en Syrie. Outre la tenue d’éventuelles négociations avec les « opposants », l’un des objectifs principaux de la cessation des hostilités était de bien définir qui est qui dans ce conflit, et de bien définir, aux yeux de la communauté internationale, les lignes au sein des combattants islamistes et les divers sponsors. Bien évidemment, comme nous l’avions prédit ici, la trêve a été utilisée par les islamistes pour se réarmer, se réorganiser et se renforcer. C’était prévisible, mais, dans le cadre d’une guerre longue, cela a une importance moindre.

 

Malheureusement, la guerre militaire en Syrie sera encore longue, et il est probable que la victoire ne se trouvera pas sur le champ de bataille syrien. Entre temps, bien des choses se passeront sur le plan géopolitique au niveau mondial. Nous disions que la Syrie était un champ de bataille dans une guerre globale. Ce ne sont ni les Syriens, ni les Russes qui l’ont voulu ainsi, mais c’est un fait. Ce qui se passe en Syrie est étroitement lié à ce qui se passe au sud de l’Asie Centrale où l’OTAN ne sait comment justifier sa présence, dans les Pays Baltes, en Ukraine, en Mer de Chine, et est également lié à ce qui se passera bientôt en Libye où la Russie est en train de mettre son grain de sel.

 

Avic – Réseau International

Transmis par Mohamed Bouhamidi

 

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau