PAS CONFORMES ET PAS DANGEREUX? 700 MEDICAMENTS GENERIQUES INTERDITS

28/07/15 - 06h00

700 médicaments génériques interdits

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Pas dangereux, mais pas conformes.? - photo afp

Pas dangereux, mais pas conformes.? - photo afp

 

Une histoire de confiance plus que de santé. La Commission européenne suspend la commercialisation de près de 700 médicaments génériques (des copies de médicament comme l'Advil ou l'ibuprofène) testés et fabriqués en Inde, à partir du 21 août. C'est une inspection de routine réalisée l'année dernière par l'Agence française de sécurité du médicament (ANSM) qui soulève le lièvre. Le rapport ne met pas en cause la sécurité des médicaments, mais la procédure d'évaluation de la bioéquivalence (que l'action thérapeutique du générique soit identique au médicament référence). En l'occurrence, des électrocardiogrammes ont été manipulés entre 2008 et 2014. Plusieurs géants pharmaceutiques sont directement frappés par cette décision : le leader mondial, l'israélien Teva, l'américain Mylan, l'indien Ranbaxy et le français Sanofi.

Un problème de fond. L'Agence européenne du médicament (EMA) a analysé en profondeur les procédures d'essais cliniques de GVK BIO. Au total, un millier de génériques testés. 700 présentent des irrégularités. C'est dire la profondeur du malaise. Mais l'EMA rappelle que ces médicaments ne sont pas pour autant dangereux. ils pourront même être utilisés par les malades, s'il n'existe pas d'alternative. Mais cette décision historique pointe du doigt les aberrations d'un marché en restructuration. GVK BIO est une filiale d'un géant indien du BTP.

C'est en 1999 que la France découvre réellement les médicaments génériques. Avec l'introduction du droit de substitution qui autorise les pharmaciens à remplacer le médicament princeps par le médicament générique. L'un des effets, évidemment, de la prise de conscience du fameux trou de la sécurité sociale. Près de 13 milliards d'euros en 2014. Loin du vertige des 28 milliards de 2010.

Le recours aux génériques joue son rôle dans ces économies. En 2002, le générique représentait une boîte de médicament vendue sur 20. En 2013, 1 sur 3. Depuis le début des années 2000, les génériques ont permis d'économiser plus de 15 milliards d'euros à la France. Des économies exponentielles à mesure que leur utilisation entre dans les m'urs. En 2014, le chiffre d'affaires des génériques représentait 3,5 milliards d'euros en France. Il était de 500 millions en 2002.

En 2017, le marché mondial des génériques représentera 36 % du marché total, soit plus de 350 milliards de dollars. Dans le monde du générique, seul le prix compte. Et à ce jeu, la Chine et l'Inde sont devenus experts. Aujourd'hui, ils sont les petites mains de tous les grands noms de l'industrie pharmaceutique. En Europe, 80 % des poudres chimiques utilisées pour les médicaments viennent de ces deux pays.

L'Inde devient le centre mondial des essais cliniques. 1,3 milliard d'habitants, une grande diversité ethnique et près d'une maladie sur cinq recensées sur la planète. Plus qu'un laboratoire, une boîte de Petri. Pour l'instant, le pays ne représente que 2,7 % des essais cliniques mondiaux, mais ce chiffre est en constante augmentation, contrairement aux autres pays. Le marché devrait représenter 1 milliard de dollars en Inde l'année prochaine, contre 485 millions en 2011.

Une croissance faite de scandales. Un traitement de lutte contre le cancer de l'utérus a été testé sur des populations tribales, sans leur accord. Des victimes de la tragédie de Bhopal ont également découvert qu'un nouveau traitement était testé sur eux. Entre 2005 et 2012, 2.644 morts ont été recensés lors d'essais cliniques, dont 80 leur étaient directement imputables.

Simon Antony


 

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