ECHEC DES USA EN SYRIE

 

Par Samer R. Zoughaib

Les Etats-Unis ont indirectement reconnu l’échec de leur stratégie de «lutte contre le terrorisme» en Syrie et se résignent maintenant à examiner les options de la Russie dans ce pays.

Le chef des forces américaines au Moyen-Orient, le général Lloyd Austin, s’est livré à un véritable constat d’échec de la stratégie déployée par son pays pour lutter contre l’organisation terroriste de l’«Etat islamique» (EI ou Daech) en Syrie. Dans une audition devant les membres de la Commission des Forces armées du Sénat, le haut gradé américain a reconnu que seuls «quatre opposants sur cinq» formés par les Etats-Unis font la guerre contre Daech.

En juillet dernier, un premier groupe de 54 combattants entrainés par les Américains a été introduit en Syrie. Quelques heures plus tard, une trentaine d’entre eux ont été capturés par le Front al-Nosra, la branche syrienne d’«Al-Qaïda». La plupart ont accepté de remettre leurs armes et de cesser de combattre et quelques-uns ont même rejoint les rangs de l’organisation terroriste.

Le général Austin a déclaré dans son audition qu’«au rythme actuel, les objectifs du programme d’entrainement ne seront pas atteints», précisant que le nombre de combattants syriens pro-américains présents sur le champ de bataille est «très réduit» comparé au nombre total de ceux qui participent aux batailles. «Nous parlons de quatre ou cinq» combattants, a-t-il dit.

La confiance manque

Les Etats-Unis ont débloqué un budget de 500 millions de dollars pour entrainer en Turquie quelque 5000 combattants syriens qualifiés de «modérés». Mais actuellement, seuls 100 à 120 opposants sont formés par des instructeurs du Pentagone. Washington espérait à l’origine entraîner 15000 hommes mais il s'est heurté à de grandes difficultés de recrutement. Les entraîneurs américains ne peuvent pas certifier s'ils peuvent compter sur ceux qu'ils entraînent. De plus, ils reconnaissent qu'ils ne sont pas capables de contrôler leurs actions une fois qu’ils sont déployés sur le terrain.

Le fiasco des Etats-Unis a atteint un tel sommet que le porte-parole du Pentagone, Peter Cook, a récemment reconnu lors d'une conférence de presse que Washington ignorait l'emplacement actuel des opposants modérés. «Nous avons des préoccupations quant à la disponibilité de ces personnes. Je ne suis pas en mesure de dire avec exactitude où ils se trouvent», a indiqué le porte-parole. Selon M. Cook, le Pentagone «serait préoccupé» si les insurgés ayant reçu une formation militaire de la part des Etats-Unis rejoignaient les groupes terroristes opérant en Syrie.

La création d’un contingent de combattants syriens pro-américains constituait le deuxième volet du plan de lutte contre «Daech», le premier étant la campagne de bombardements aériens menés depuis septembre 2014 par une coalition de 60 Etats, dirigée par les Etats-Unis. Les 6000 raids lancés par les avions auraient fait quelque 10000 morts dans les rangs de «Daech». Un chiffre évidemment impossible à vérifier et qui, de toute façon, n’a pas entamé les capacités offensives de l’organisation terroriste, qui a poursuivi son expansion en Syrie et en Irak. Les seules fois où «Daech» a été obligé de reculer c’est face à des offensives terrestres lancées par l’armée irakienne et les «unités de la mobilisation populaire», qui ont repris la totalité de la province de Diyala, la ville de Tikrit et la région stratégique de Jarf al-Sakhr, au Sud de Bagdad.

La Russie impose ses options

La Russie ne cesse de répéter que les deux seules forces capables de vaincre «Daech» sont les armées syriennes et irakiennes. L’ancien ministre français de l’Intérieur, Claude Guéant, a abondé dans le même lors d’une interview accordée jeudi à Radio France internationale (RFI). De nombreux spécialistes sérieux sont du même avis.

C’est dans ce contexte que Moscou a décidé d’augmenter ses livraisons d’armes à l’armée syrienne et de renforcer sa présence militaire dans ce pays. Selon diverses informations, la Russie serait en train d’agrandir une base aérienne dans la région de Lattaquié et aurait déployé des chars lourds et des systèmes de défense anti-aérienne de type SA 22.

Cependant, le premier vice-chef d’état-major des armées russes, le général Nikolaï Bogdanovski, a assuré que Moscou «ne projette pas, pour l’instant, la construction d’une base aérienne en Syrie». «Mais rien n’est à exclure», a-t-il dit.

Dès l’annonce du regain d’activité militaire russe en Syrie, les Etats-Unis ont multiplié leurs critiques. Mais preuve de l’incohérence de la politique américaine, la Maison Blanche a salué «toute contribution de la Russie dans la lutte contre le terrorisme». Le département d’Etat a par ailleurs annoncé que des rencontres entre des militaires russes et américains vont avoir lieu prochainement pour discuter de la situation en Syrie, «afin d’éviter les évaluations erronées».

Source : French.alahednews

17-09-2015 | 15:22
 

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