FRAPPE CONTRE LA SYRIE – CIBLE : LA RUSSIE

Frappe contre la Syrie – cible: la Russie


«Il n’y a qu’une chose qui puisse être pire que l’hostilité avec les Anglo-Saxons : c’est l’amitié avec eux.» –Alexei Jedrichine-Wandam


Interview d’Andrej Iljitsch Fursov – Le 15 août 2012 – Source Jewgenij Tschernych, kp.ru

(commons.wikimedia.org)

L’entretien ci-après avec le professeur Andrej Fursov, directeur du Centre d’études russes à l’Université des sciences humaines de Moscou, et membre de l’Académie internationale des sciences (Munich), a été publié le 9 août 2012 dans kp.ru. Compte tenu de l’orientation des questions au départ, il embrasse un large spectre imprévu de sujets abordés. Partant de la situation actuelle en Syrie et du Printemps arabe, l’historien russe tente des prévisions et des réflexions sur les développements à venir, allant du concret au global.

Dernière remarque liminaire: en russe, le terme de régime n’a pas forcément une connotation négative.

 

Note du Saker Francophone

Vous serez surpris de l'actualité de ce texte écrit en 2012. L'analyse de l'auteur est toujours très pertinente, même pour sa conclusion qui prévoit des troubles aux USA début 2013. L’État profond US aura réussi à faire durer Obama 4 ans de plus, mais à quel prix, car c'est maintenant Trump qui menace toutes les politiques de l'Empire.

– Pourquoi l’Occident est-il si pressé d’enfoncer les clous dans le cercueil du régime d’Assad?

Andrej Fursov: – Ce pays de taille moyenne au Proche-Orient, est tout à coup devenu le point le plus névralgique de la planète. L’ONU siège en permanence à son sujet. La Russie et la Chine y adoptent une attitude inflexible. Une flotte russe de bâtiments de guerre, avec de l’infanterie de marine à bord, a mis le cap sur la Méditerranée et fera aussi escale en Syrie. Les USA mettent 15 millions de dollars supplémentaires à disposition des rebelles. Est-il possible que cela sente la grande guerre?

La guerre pour le gaz

– En quoi la petite Syrie a-t-elle gâché la soupe au puissant Occident?

– En tout, simplement. Procédons par ordre – allant du plus petit au plus grand, du régional au global. Dans les constellations proche-orientales et en général dans le conflit des Américains et des monarchies sunnites (Arabie saoudite et Qatar) contre l’Iran chiite, ce pays n’est pas seulement un allié de Téhéran, mais le membre d’une chaîne qui relie celui-ci avec les groupements chiites du monde arabe. Sans cet intermédiaire, l’influence de l’Iran dans le monde arabe serait passablement moins importante. Je ne veux même pas parler de l’oléoduc qui, provenant de l’Iran, traverse la Syrie. Sans solution de la question syrienne, les Anglo-Saxons, c’est-à-dire les Britanniques et les Américains, ne pourront pas prendre le risque de s’attaquer à l’Iran.

Le régime syrien est de fait le seul régime fort et laïc du monde arabe. Le fait qu’il soit fort, dérange les Atlantistes dans leurs plans de transformation du Proche-Orient et du monde entier. Qu’il soit laïc et en même temps économiquement couronné de succès, dérange les dirigeants de l’Arabie saoudite et du Qatar.

– Bien des gens disent qu’il s’agit de la première guerre pour le gaz naturel.

– On a détecté des gisements de gaz naturel dans le Sud de la Méditerranée – autant en mer que sur terre en Syrie (Kara). C’est difficile de connaître leur dimension, mais ils existent. Le Qatar exporte du gaz naturel liquéfié à l’aide d’une flotte de tankers. Si le régime d’Assad s’effondre, le Qatar aura la possibilité de transporter directement le combustible bleu, via le territoire syrien, sur la côte de la Méditerranée. Cela doublerait au moins son volume d’exportations et gênerait simultanément les exportations de l’Iran. Le renforcement du Qatar sur le marché du gaz naturel affaiblit la position de la Russie. Si les Américains réussissent simultanément à prendre le contrôle du gaz naturel algérien, cela ressemblera bien à un blocage des exportations de gaz naturel pour la Russie. Ce qui signifie que les intérêts économiques du Qatar sont identiques aux intérêts géopolitiques des États-Unis, et à leurs efforts d’affaiblir la Russie autant que possible, car la Russie ne doit pas de nouveau se renforcer.

Les Anglo-Saxons sont des joueurs de billard au niveau mondial. Ils agissent par chaos orchestré

– Cela signifie au fond qu’en Syrie, les Yankees attaquent indirectement le Gazprom aimé des Russes?

– Les Anglo-Saxons sont des joueurs de billard au niveau mondial, ils travaillent selon le principe de tirer simultanément plusieurs balles d’un coup (ce qu’on devrait apprendre d’eux). Le chaos orchestré se déroulant au grand Proche-Orient sépare la Chine des sources de pétrole et de gaz naturel dont elle a besoin, ce qui entraîne en même temps une rupture entre la partie chinoise de l’Eurasie et celle de l’Europe occidentale. Le contrôle du pétrole et du gaz provenant du Proche-Orient, signifie en première ligne le contrôle des États-Unis sur l’Europe, notamment sur l’Europe occidentale, ce qui serait favorable à un affaiblissement de la Russie et de ses positions. Et si un jour cela devait déplaire à l’Europe, on pourrait là-aussi provoquer, pour un oui pour un non, quelques troubles arabo-africains – de telle manière que les citoyens rassasiés désireraient que ça prenne fin.

Cette logique (bien que ce ne soit pas la seule chose) détermine la poussée vers l’Est des élites de l’Atlantique nord à travers le monde arabe: la Tunisie, l’Égypte, la Libye. Actuellement, ils sont arrivés en Syrie. Cependant, les Atlantistes se voient confrontés dans ce coin de terre syrienne à une autre puissance mondiale, qui peut se mesurer à eux du point de vue économique et même militaire, mais qui représente une civilisation totalement différente. C’est la Chine avec sa poussée vers l’Ouest. La poussée de la Chine est une espèce de croisade pour gagner des ressources. Le Pakistan se trouve déjà sous l’influence de la Chine. Les Chinois ont depuis longtemps des relations avec les talibans d’Afghanistan. L’Iran est aussi un allié, bien que très spécial. Le sud de l’Irak est déjà de facto contrôlé par les alliés chiites d’Iran. Du point de vue géostratégique et géo-économique, la Chine parvient ici non seulement jusqu’à la côte de l’océan Indien, mais, vu sous cet angle, jusqu’à l’Atlantique (à savoir jusqu’à la côte syrienne de la Méditerranée). Pour le dire objectivement, en Syrie, les croisés occidentaux sont parvenus à la Grande Muraille de Chine.

Pour la première fois, l’élite anglo-américano-juive, qui s’était formée au cours des derniers siècles et est devenue une conquête organisationnelle historique de l’Occident, a été confrontée ici à un adversaire mondial d’un genre non-occidental (car la direction de l’URSS était la transposition d’un projet de gauche de l’Occident, d’un jacobinisme de l’époque moderne). Par ailleurs, le segment européen de l’élite occidentale se trouve en face d’un segment chinois pas moins ancien, et peut-être même plus ancien, d’où il reçoit aussi l’expérience historique. Orienté tout autant vers les valeurs matérielles, le commerce et l’argent. Mais ayant encore l’esprit très aventureux, car à l’évidence les Chinois ont leur propre système criminel mondial.

Le but de l’Occident: voir tomber la Chine, la séparer des sources d’approvisionnement en matières premières et l’étouffer technologiquement

– La mafia chinoise est probablement encore un peu plus violente que l’italienne…

– Oui, et ne parlons même pas des réserves d’or chinoises comme arme financière menaçante.

Pékin a très bien compris que la Syrie n’est qu’une étape de la poussée principale des Atlantistes du Nord – et le but est de voir tomber la Chine, de la renvoyer à l’intérieur de ses frontières nationales, de la séparer des sources d’approvisionnement en matières premières et de l’étouffer technologiquement. C’est ce qui explique la position si dure de la Chine à l’ONU, en ce qui concerne la Syrie.

– Qu’en est-il de la position de Moscou? Pourquoi est-elle si différente que dans le cas de la Libye?

– Premièrement, nous avons à présent un autre président. Deuxièmement, je pense que l’affaire avec Kadhafi a appris pas mal de choses aux dirigeants russes. Troisièmement, la Russie entretient une base navale en Syrie. Quatrièmement, l’industrie d’armement russe a des intérêts importants en Syrie, et les intérêts économiques sont une chose sacrée pour les dirigeants russes. Cinquièmement, la Syrie est bien plus proche des frontières de la Russie et de l’espace post-soviétique que la Libye. Tout ceci détermine la position de Moscou, une position qui, par son potentiel nucléaire et diplomatique, renforce la position chinoise. Ni la Russie ni la Chine ne parviendraient à affronter seuls la communauté internationale.

Les Anglo-Saxons peuvent sûrement se ficher du veto de la Russie et de la Chine, de l’ONU et du droit international en général, qu’ils ont de toute façon l’intention d’abroger. Mais jusqu’ici, ce ne sont que des intentions. Car comme Staline l’a dit une fois, la logique des circonstances est toujours plus forte que la logique des intentions. Ces circonstances sont la Russie et la Chine qui provoquent une furieuse rage chez les Atlantistes du Nord – il n’y a qu’à écouter quelquefois Madame Clinton et observer sa mimique.

Les USA d’aujourd’hui dans la surtension des forces

– En dépit des positions intransigeantes de Moscou et de Pékin, l’Occident ne se retire pas. Pourquoi donc?

– Premièrement, cela ne fait pas partie des traditions des Anglo-Saxons de lâcher prise, après avoir planté leurs crocs dans une proie comme un pitbull. Ils feront pression à fond, jusqu’à ce qu’ils aient imposé leur projet ou jusqu’à ce que l’adversaire leur brise les reins. Deuxièmement, au cours des 25 à 30 dernières années, après avoir vaincu l’élite soviétique (il s’agit exactement de l’élite soviétique – elle a capitulé), ils sont simplement devenus arrogants. Ils se sont habitués à ce que la Russie abandonne tout et ils comptent sur le fait qu’ils peuvent faire pression sur l’élite russe, déjà rien que parce celle-ci a déposé son argent dans des banques occidentales. Troisièmement, et c’est la raison principale qui l’emporte sur toutes les autres, les mises sont beaucoup trop élevées, c’est le destin des élites de l’Atlantique nord elles-mêmes qui est en jeu. Il ne s’agit pas du tout seulement de réserves d’hydrocarbures ou du Proche-Orient. L’Occident n’a pas d’autre possibilité que de foncer en avant. L’affaire se présente ainsi : en dépit de l’énorme potentiel matériel et d’information de cette machinerie gigantesque, qui est dirigée par des géo-constructeurs et géo-ingénieurs supranationaux extrêmement expérimentés, les États-Unis font actuellement l’expérience d’une surtension des forces. Nihil dat fortuna mancipio – le destin n’accorde rien pour l’éternité! Le temps de l’Amérique est en train de passer. Afin de retarder la chute définitive ou même de l’éviter, l’Amérique a besoin de faire une pause pour souffler. Ce n’est pas un hasard si, dans la nouvelle doctrine militaire qu’Obama a proclamée le 5 janvier 2012, il ne s’agit plus maintenant que les USA – comme jusqu’ici – soient armés pour mener deux guerres parallèles, mais seulement pour une, plus des actions indirectes dans plusieurs régions. Il faut par ailleurs tenir compte du fait que les Américains regroupent jusqu’à 60% de leur puissance militaire dans l’océan Pacifique, l’espace du Pacifique oriental, et qu’ils se préparent ainsi à des confrontations avec la Chine. Ce n’est pas un hasard si la revue Foreign Affairs, une publication du Council on Foreign Relations (CFR) – une des structures américaines les plus influentes en matière de relations internationales – ne cesse de publier depuis peu, des articles qui disent ouvertement : les États-Unis ont besoin de faire une pause «pour se concentrer sur la reconstruction des bases de la prospérité nationale». Aujourd’hui, l’Amérique rappelle l’Empire romain du temps de l’empereur Trajan (début du IIe siècle de notre ère). A cette époque, Rome est passée des offensives stratégiques à la défense stratégique; Rome a commencé à bâtir le limes et à abandonner quelques régions conquises, avant tout au Proche Orient.

Un chaos orchestré : afin que la place ne soit pas reprise par des concurrents en cas de retrait

– C’est une analogie directe. Les États-Unis ont l’intention de quitter l’Afghanistan, et ils se sont déjà retirés de l’Irak…

– Les résultats du Sommet de l’OTAN de Chicago, les 20 et 21 mai 2012, en ont apporté la démonstration : ni les États-Unis ni l’OTAN ne quitteront réellement le Proche-Orient et l’Afghanistan. Ce n’est pas pour cela qu’ils s’y étaient rendus. Il est toutefois vrai qu’ils doivent en sortir, mais avant tout pour y installer un nouveau modèle de commandement. Et cela, tout simplement pour éviter que la place ne soit prise par les concurrents, c’est-à-dire par l’UE et surtout par la Chine. Voilà la vraie raison de ce nouveau modèle de domination de la région : un chaos orchestré. On ne peut imaginer de meilleur candidat, pour installer ce modèle et le maintenir, que les islamistes, les chiens de garde de la mondialisation à la mode américaine.

On voit donc au Proche-Orient – notamment dans le pays-clé qu’est l’Égypte – que le Printemps arabe a porté au pouvoir les islamistes. En réalité, on leur a aplani le chemin. Mais les Anglo-Saxons ont buté sur deux pays dans leur marche en avant, dans lesquels les islamistes étaient faibles ou inactifs. Il s’agit de la Libye et de la Syrie. La Libye a déjà été écrasée par l’atroce attaque de l’OTAN, la Syrie est actuellement assiégée. L’armée syrienne se bat contre le terrorisme international, qui est, comme il se doit, dirigé par les manipulateurs des dirigeants anglo-américains.

Le vrai visage des amis de la Syrie

– Permettez, Andrej Iljitsch! Les médias occidentaux prétendent que le peuple s’est révolté contre le régime d’Assad. Les insurgés sont des Syriens qui ont déserté l’armée.

– En sont responsables les médias occidentaux ou, autrement dit, les moyens de propagande de masse, d’agitation et de désinformation. Leur tâche est purement militaire, c’est-à-dire mener une campagne de désinformation et de guerre psychologique. Les rebelles syriens sont dotés d’armes de précision, de canons antichars, d’appareils de détection à infrarouge, d’excellents fusils pour tireurs d’élite, et de bien des autres armes, de production turque pour l’essentiel. N’est-ce pas un peu beaucoup pour des déserteurs et des réfugiés? L’essentiel est, toutefois, l’organisation de ces combats. Depuis juin, la situation en Syrie a complètement changé. Assad se heurte à une culture d’état-major hautement qualifiée, de ceux qui planifient les diversions militaires dont seraient bien incapables les déserteurs, même au rang de capitaine ou de major. Les insurgéssont passés de la tactique d’usure et de harcèlement de l’armée syrienne, à celle d’attaques massives, soutenues par des contingents comportant 25 000 à 30 000 hommes. Ces hommes armés viennent de Libye, de Tunisie, d’Afghanistan et d’autres pays islamiques. Les envoyer en Syrie permet aux Occidentaux et aux monarchies sunnites de résoudre un problème crucial. Car ces énergies meurtrières doivent être occupées quelque part. Il ne faut pas s’attendre à ce qu’elles se mettent à travailler sérieusement, et un chien enragé peut aussi mordre son maître.

Le terrorisme international, contre lequel les États-Unis prétendent lutter, est en réalité leur arme, créée par eux-mêmes

– Une partie des clans criminels syriens combattent avec les mercenaires professionnels et les terroristes internationaux contre les troupes gouvernementales; ils assassinent leurs propres voisins et accusent le régime Assad d’avoir commis ces horreurs. La situation en Syrie a mis au jour une réalité : le terrorisme international, contre lequel les États-Unis prétendent lutter, est en réalité leur arme, créée par eux-mêmes. En Libye, c’est al-Qaïda qui a accompli la tâche ordonnée par les Atlantistes. En Syrie, on a introduit les hommes d’armes de l’islamiste Abd al-Hakim Balhadsch, qui fut commandant des insurgés libyens. Il est le militaire le plus influent de Tripoli et lié à al-Qaïda depuis longtemps. Cette organisation est un instrument parfaitement adapté pour les services secrets américains et britanniques. En cas de besoin, on peut les utiliser pour faire exploser ses propres Twin Towers, puis rendre responsable l’organisation de Ben Laden. Et, si le besoin s’en fait sentir, on peut s’allier à cette organisation pour se lancer contre Kadhafi ou contre Assad. Al-Qaïda peut reprendre du service; comme le déclara en son temps notre patriarche Avvakoum, «hier encore fils de pute, aujourd’hui déjà un prêtre».

Il doivent cesser de nous raconter des stupidités: les Syriens ne se battent pas contre les Syriens, mais contre l’élite anglo-saxonne qui mène sa guerre au travers des terroristes internationaux. Leur façon d’agir ressemble fort à celle des escadrons de la mort de John Negroponte au Guatemala. Les amis de la Syrie(qui furent auparavant les amis de la Yougoslavie, de l’Irak, de la Libye) voudraient, de leur point de vue, aussi devenir les amis de la Russie, alors qu’ils sont le principal pouvoir terroriste international.

J’espère bien qu’ils se retrouveront un jour, avec leurs complices (y compris ceux de La Haye), à «leur Nuremberg». Nombreux sont ceux, à l’Ouest aussi, qui comparent l’invasion de l’Irak par Bush jr. à celle de la Pologne, des Pays-Bas et de la France par Hitler. La question qui se pose est de savoir si la Syrie sera la dernière ligne avant une nouvelle guerre, non seulement mondiale, mais globale? La criminalisation de la politique par les dirigeants occidentaux y conduira finalement, tôt ou tard.

– Les États-Unis ont de fait justifié les derniers actes terroristes à Damas, qui ont coûté la vie à plusieurs membres du gouvernement syrien.

– Oui, parmi les victimes se trouvent le ministre de la Défense Daud Radschha, le chef des services secrets militaires Assef Schawkat et le chef du comité anti-crise Hassan Turkmani. Des personnes très proches d’Assad, ses soutiens. Il fallait s’attendre à une pareille action, et je ne pense pas qu’elle a été possible sans l’aide de services secrets occidentaux. Mais Bachar el-Assad tient bon, on n’a pas pu le briser au cours des 15 derniers mois, c’est pourquoi on vise maintenant à l’éliminer physiquement, lui et ses proches. On espère qu’une fois disparu, son régime s’effondrera. Y arrivera-t-on? C’est une autre question. Mais dans ce contexte, il y a autre chose qui est importante : l’élite occidentale s’est, après l’assassinat de Kadhafi, engagée ouvertement et sans scrupule sur la voie de l’assassinat des dirigeants qui s’opposent à leurs projets; c’est-à-dire : sur la voie du terrorisme. Alors qu’avec Milosevic et Saddam Hussein, on s’était donné la peine d’ouvrir un procès bidon, on a assassiné Kadhafi d’après des méthodesconcrètes de grand banditisme et on n’a pas même caché sa satisfaction. Qu’on se souvienne de la scène présentant les dirigeants américains réunis à la Maison-Blanche devant le téléviseur, pour assister à la mise à mort de Ben Laden. Quand on tombe pareillement dans l’abrutissement et dans la dégénérescence morale, on se retrouve au niveau de la populace moyenâgeuse, qui trouvait plaisir à assister aux exécutions. Les dirigeants occidentaux se comportent comme une organisation mondiale de criminels et ne s’en cache même pas. Selon le principe : «Tu es déclaré coupable uniquement parce que j’ai faim!»

Ainsi, l’ancien président français pro-américain, Sarkozy, avait directement menacé les chrétiens syriens (environ 10% de la population syrienne) que, s’ils continuaient à soutenir Assad, ils pourraient se trouver victimes d’attentats. Et c’est bien ce qui se passe actuellement. Mais on ne se contente pas d’assassiner des chrétiens, mais aussi des Druzes, des Alaouites, des membres du parti Baath au pouvoir depuis 1963. Mais les grands massacres commenceront dans la mesure où l’Occident réussira à faire tomber le régime d’Assad. Ce qui ne sera possible que par une intervention militaire venant de l’extérieur.

Combinaison d’une tactique de désorganisation et d’attaques massives

– Pensez-vous que l’Occident ira aussi loin?

– Il vaut mieux poser cette question à cette organisation criminelle qui a sesactions à Washington, New York, Londres et Bruxelles. Nous ne pouvons qu’imaginer des variantes. La seule puissance militaire sur laquelle s’appuie l’OTAN est la Turquie, laquelle rêve de voir la Syrie divisée en quatre ou six parties, d’obtenir le contrôle de la moitié, ce qui commencerait à lui donner l’image de ce que nous avons connu comme l’Empire ottoman. Toutefois, une telle guerre serait un vrai risque pour la Turquie, du fait des positions de la Russie, de la Chine et de l’Iran, sans compter la question kurde, cela même avec l’aide de la technique militaire de l’OTAN. Et la Syrie elle-même n’est pas dénuée de force. On peut donc plutôt s’imaginer que la guerre actuelle continuera de la même manière, l’Occident s’efforçant d’écraser la Syrie au moyen des mercenaires, en combinant la tactique de désorganisation et d’attaques massives, tout en cherchant à liquider physiquement Assad. Les États-Unis et la Grande Bretagne ont déjà trop investi pour la destruction du régime syrien et ne reculeront que si le prix d’une victoire est trop élevé.

– Ont-ils vraiment autant investi?

– Oui. Tant en ce qui concerne la finance que l’organisation. Déjà en 2006, on a mis en place le programme Démocratie en Syrie, avec un financement prévu de 5 millions de dollars. En 2009, le Conseil pour la démocratie, qui répartissait cet argent entre les acteurs qui voulaient démocratiser de l’intérieur les pays qui devaient être affaiblis par les États-Unis, a reçu du Département d’État la somme de 6,3 millions de dollars pour le programme, lié à la Syrie, intitulé Initiative pour le renforcement de la société civile (il faut croire que les Anglo-Saxons s’imaginent qu’on met en place une société civile en faisant assassiner des femmes et des enfants par des mercenaires).

Le Syrian Business Forum administre actuellement un budget d’au moins 300 millions de dollars. La moitié de ce montant sert à financer l’Armée syrienne libre. L’Arabie saoudite et le Qatar, qui ont signé un accord secret à ce sujet, jouent un rôle important dans le financement des forces anti-Assad. Les positions des Saoudiens et du Premier ministre du Qatar, cheikh Hamad ben Dschassem Al Thani, démontrent parfaitement la collusion entre l’Occident et les salafistes. C’est au Qatar que furent tournés des films sur de prétendus combats à Tripoli et à Damas, alors que ces combats n’avaient pas encore commencé. L’émir finança l’assaut de Tripoli et y envoya une troupe arabe de 6000 hommes, qui portaient l’uniforme militaire du Qatar. D’ailleurs, c’était aussi Ben Dschassem qui ordonna l’attaque contre le diplomate russe Titorenko au Qatar.

La bataille pour l’Eurasie

– Certains politiciens occidentaux pensent que la Russie accueillera Assad et sa famille. Partant de l’idée que le peuple syrien en sera reconnaissant à la Russie. Quelles peuvent être les répercussions pour la Russie de la chute du régime Assad?

– La Syrie est notre seul allié dans le monde arabe. S’il chute, nous perdrions nos dernières positions dans la région. Mais il ne s’agit pas seulement du monde arabe. La Russie peut facilement disparaître de la carte. Après la Syrie et l’Iran (car il est plus que probable qu’après la Syrie, les Atlantistes envahiront l’Iran – les analystes émettent déjà le nom de cette opération militaire, La grande tempête, qui devrait commencer par une attaque américano-israélienne contre le Hezbollah), ce sera probablement notre tour. On peut donc affirmer qu’on vainc la Syrie (et l’Iran), mais ce qu’on vise finalement, c’est la Russie. Les préparatifs sont déjà en route dans toutes les directions : la situation au Proche-Orient, le bouclier anti-missiles, l’élargissement de l’OTAN vers l’Est, etc.

– Les affaires concernant le bouclier anti-missiles et l’extension vers l’Est de l’OTAN sont claires. Mais quels sont les liens entre la Syrie et l’Iran, et notre sécurité?

– Ils sont très proches de nos frontières et de nos zones d’influence – la Trans-caucasie et l’Asie centrale. Si les régimes actuels de Damas et de Téhéran tombent, alors la zone du chaos orchestré par les Atlantistes s’étendra de la Mauritanie et du Maghreb, jusqu’en Kirghizie et au Cachemire. L’arc d’instabilité s’enfoncera comme un coin dans l’Eurasie centrale, d’où les Atlantistes menacent déjà directement la Russie et la Chine. Mais avant tout la Russie.

Tout cela pour la folie du pouvoir – au lieu d’acheter les matières premières

– Pourquoi avant tout la Russie?

La crise attendue du système mondial augmente l’importance du contrôle des ressources de manière incommensurable. L’importance est encore potentialisée, en prenant en compte les conditions de la catastrophe géo-climatique et géophysique pronostiquée. Je ne parle pas ici du 

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