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Des Syriens marchent dans les ruines après le bombardement du quartier chrétien de Souleymanieh, au nord d’Alep. © GEORGE OURFALIAN / AFP

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Depuis un mois, les missiles pleuvent sur les quartiers chrétiens à l’ouest d’Alep. Victimes collatérales de la guerre qui fait rage entre les rebelles et l’armée syrienne, les chrétiens sont de plus en plus nombreux à fuir. Trois cathédrales ont été touchées par des tirs.

« J’écris ce journal avec l’odeur de la poudre. Deux explosions ont secoué la ville. L’une est à Jdaydé, à 100 mètres de la résidence, l’autre au vieux souk. Entre les deux, quelques secondes. Ensuite des combats et des obus. » Ce 26 avril est un « dimanche terrible » écrit le Père Sami Halla, « le seul jésuite actuellement à Alep », la deuxième ville de Syrie, au Nord-Ouest du pays. Depuis le début du mois d’avril, les combats se sont intensifiés entre l’est de la ville, aux mains des rebelles islamistes, et l’ouest, sous contrôle de l’armée syrienne. Pris au piège, les chrétiens vivent des heures d’angoisse. « J’ai célébré la messe dominicale en la cathédrale latine à 5h, poursuit le P. Halla. Normalement, 400 à 500 personnes assistent à cette messe, il y en avait 80. Les gens ont peur. »

Les chrétiens redoutent que les rebelles islamistes, qui ont pris la ville d’Idleb fin mars, fassent à présent tomber Alep.« Depuis un mois, les tirs de missiles de l’est vers l’ouest s’accentuent, affirme Charlène de Vargas, chargée des projets urgence au Moyen-Orient pour le Secours Catholique. Il y a des combats sur la ligne de front qui traverse la ville, les missiles sont plus dangereux et ciblent les quartiers chrétiens ou à majorité chrétienne. Le nombre de mort augmente. » Grâce aux équipes de Caritas d’Alep présentes sur le terrain, elle dispose d’informations régulières. Mais pour la première fois depuis le début du conflit syrien en 2012, une partie d’entre elles est en train de quitter la ville, face à la montée en puissance des islamistes. Nouvelle phase du conflit

« Le conflit est entré dans une nouvelle phase, constate Charlène de Vargas. On parle de la bataille d’Alep. Ce qui se passe est peu médiatisé alors que la situation est dramatique. »Le 11 avril, « un véritable carnage » a eu lieu dans le quartier chrétien de Suleymanieh, selon le P. Halla, qui décrit « beaucoup de morts et beaucoup d’immeubles en ruines. » Trois cathédrales chrétiennes d’Alep ont été touchées par des tirs de missiles, confirme l’Oeuvre d’Orient, qui cite Mgr Audo, évêque catholique d’Alep. Les chrétiens se sentent abandonnés par l’Occident, mais aussi par le régime de Bachar Al-Assad, dont le discours officiel consiste à assurer les minorités chrétiennes de son soutien. « Le gouvernement syrien n’est plus en mesure de protéger les chrétiens si tant est qu’il ait voulu les protéger et que ce n’était pas un discours de façade », pointe Charlène de Vargas.

Chaque jour, les chrétiens sont de plus en plus nombreux à fuir Alep. Maronites, syriaques, melkites, chaldéens, arméniens, catholiques et orthodoxes… Ils étaient 150 000 sur 2,5 millions d’habitants en 2012. « 160 familles chrétiennes ont quitté la ville ces deux derniers jours », écrit le P. Sami Halla. « Le triple de ce nombre partira cette semaine (…) Une dizaine de compagnies de voyage n’ont plus de places vides jusqu’au 18 avril dans leurs 60 autobus qui transportent 2500 passagers par jour. » Les chrétiens se réfugient principalement dans la Vallée des Chrétiens, à Tartous et Lattaquié, sur le littoral, où ils doivent payer « des loyers extrêmement chers », selon le jésuite. « Aujourd’hui, ils n’ont plus le choix, c’est partir ou mourir », déplore Charlène de Vargas.

Le 14 avril, le patriarche grec-malkite Grégoire III Laham a lancé un appel déchirant pour demander le cessez-le-feu. Samedi dernier, c’est le cardinal Rai, patriarche d’Antioche et de tout l’Orient pour les maronites, qui a alerté sur la situation terrible des chrétiens d’Orient, dans un vibrant discours à l’Unesco, à Paris. « Je viens crier ici la cause de ceux qui attendent la fin de la nuit et qui espèrent leur salut d’une communauté internationale qui tarde malheureusement à arrêter l’œuvre de mort d’assassins sans foi et sans frontières », a-t-il imploré.

AGNÈS CHARETON | 30/04/2015

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http://www.silviacattori.net/article2394.html

Source: http://www.lavie.fr/actualite/monde/a-alep-les-chretiens-pris-en-tenaille-30-04-2015-62780_5.php