VIRAGE TURC A 180 DEGRES DANS SA POLITIQUE SYRIENNE

Le virage turc en Syrie: progressif mais irrévocable

Par Samer R. Zoughaib

Après avoir réclamé pendant cinq ans le départ du président Bachar al-Assad, les dirigeants turcs changent de ton. Le Premier ministre Binali Yildirim a déclaré que le chef de l’Etat syrien peut jouer un rôle efficace dans la transition. Ankara est en train d’opérer un virage de 180 degrés dans sa politique syrienne. Voilà pourquoi!

Le virage turc en Syrie: progressif mais irrévocable

Le rôle de la Turquie dans l’exacerbation de la terrible guerre qui ravage la Syrie depuis près de cinq ans n’est plus à prouver. C’est par ce pays qu’ont transité des dizaines de milliers de terroristes venant d’une centaine de pays pour aller semer la mort et la désolation chez son voisin. C’est aussi en Turquie que sont entrainés et armés les extrémistes, avant d’être envoyés en Syrie. C’est sur le territoire turc que sont basés les états-majors multinationaux qui concoctent les plans et donnent des instructions aux groupes terroristes pour lancer de vastes opérations militaires contre les villes et les villages du nord de la Syrie. Depuis cinq ans, la Turquie n’avait de cesse de réclamer le départ du président Bachar al-Assad, et jouait un rôle diplomatique et politique de premier plan pour tenter d’isoler ce pays et de l’étouffer économiquement.

Fin juin, un changement de ton est apparu dans le discours des dirigeants turcs, laissant croire à un début de changement d’attitude. Mais le 14 juillet, à la veille du coup d’Etat manqué contre le président Recep Tayyeb Erdogan, son Premier ministre, Binali Yildirim, mettait un terme à la confusion en déclarant qu’«il ne peut y avoir de solution politique au conflit chez le voisin syrien et à la menace jihadiste émanant de cette crise tant que le président Bachar al-Assad restera au pouvoir».

Yildirim dit la chose et son contraire

Ce même Yildirim a cependant déclaré, samedi 20 août, que le président syrien est «l'un des acteurs aujourd'hui qu'il faut prendre en considération». «Il est possible de parler avec Assad pour évoquer la transition en Syrie», a-t-il dit, ajoutant qu’«en ce qui concerne la Turquie cela est hors de question».

Depuis le putsch raté, la Turquie a opéré un virage incontestable sur le dossier syrien, que les formules alambiquées ne peuvent pas cacher. Aujourd’hui, Ankara a quitté le carré des «anti-Assad» viscéraux et primaires, pour se rejoindre une position de «neutralité négative» à l’égard de l’Etat syrien. Mais l’évolution est appelée à se poursuivre et dans quelques semaines, il ne sera pas étonnant d’apprendre qu’un dirigeant turc s’est officiellement rendu en Syrie. Les contacts informels ont d’ailleurs déjà commencé. Le quotidien libanais As-Safir a révélé qu’un adjoint du chef des services de renseignements nationaux turcs (MIT), Hakan Fidan, est arrivé dimanche 22 août à Damas, où il a rencontré un responsable de haut rang de la sécurité syrienne. Les deux hommes auraient débattu, selon le journal, des «évolutions dans le Nord de la Syrie», à la veille d’une opération militaire initiée par la Turquie contre les terroristes de «Daech», à Jarablus.

Binali Yildirim avait par ailleurs soutenu les raids aériens menés par l’aviation syrienne contre les forces kurdes dans la ville de Hassaké.

Les raisons du revirement

Tous ces indices sont la preuve d’un retournement de la position turque, qui va se poursuivre et s’amplifier. Ils constituent un aveu d’Ankara de l’échec de ses paris en Syrie visant à renverser le régime et à obtenir le départ du président Assad. Ce début de changement s’explique par les raisons suivantes

-Le soutien sans limite fourni par la Turquie aux groupes terroristes s’est retourné contre elle. Le pays est victime d’une vague d’attentats sans précédent, qui ont fait des centaines de morts et de blessés, le dernier en date étant l’explosion provoquée par un kamikaze lors d’une cérémonie de mariage à Gaziantep, dimanche 21 août, faisant 50 morts et 73 blessés.

-Le jeu turc en Syrie a encouragé la résurgence du problème kurde des deux côtés de la frontière. En Turquie, le PKK a repris sa guérilla contre l’armée. En Syrie, les milices kurdes ont proclamé une région autonome et ont ouvertement demandé l’instauration d’un système fédéral. L’émergence d’une entité kurde autonome en Syrie constitue un danger d’ordre existentiel pour la Turquie.

-Les agissements d’Ankara en Syrie l’ont brouillé avec l’Irak et l’Iran. De plus, les relations de la Turquie avec l’Arménie et la Grèce sont mauvaises. Les calculs erronés des dirigeants turcs ont par ailleurs provoqué une grave crise avec la Russie, qui a eu de graves répercussions sur la situation économique.

-Le discours sectaire et communautaire adopté par les dirigeants turcs a exacerbé les tensions entre les différentes composantes du peuple turc, qui compte plus de 15 millions d’Alévis.

-Depuis le coup d’Etat manqué, les relations entre Ankara et Washington se sont détériorées après le refus des Etats-Unis d’extrader Abdullah Gulen, accusé par Erdogan d’avoir fomenté le putsch.

-La répression post-coup d’Etat menée par le régime turc a été sévèrement condamnée par les pays européens.

Isolé sur la scène internationale, Erdogan a saisi la perche tendue par le président russe Vladimir Poutine et a décidé de réviser ses relations avec les pays étrangers, notamment ses voisins.

Selon des sources bien informées, le dossier syrien a longuement été évoqué par les deux dirigeants lors de leur sommet à Moscou, les 9 et 10 août derniers. Le président turc a exprimé à son hôte son intention de procéder à un virage dans sa politique syrienne. Il a cependant précisé que ce retournement ne peut pas se faire du jour au lendemain mais d’une manière progressive. Il aurait demandé six mois pour opérer ce virage. La Russie a demandé à Erdogan de prouver ses bonnes intentions en renforçant son contrôle de la frontière syro-turque.

Avec ce revirement de la Turquie, seule l’Arabie saoudite, les pétromonarchies du Golfe et la France continuent de réclamer le «départ immédiat» de Bachar al-Assad.

La caravane passe et le chien aboie.

Source : French.alahednews

25-08-2016 | 13:09

http://www.french.alahednews.com.lb/index.php


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