UKRAINE : NOUVELLE MASCARADE DES MEDIAS FRANCAIS

UKRAINE : NOUVELLE MASCARADE DES MEDIAS FRANCAIS
 
régiment Azov

Ukraine : la nouvelle mascarade des médias français

© AP Photo/ Sergei Chuzavkov
 
Points de vue
 
URL courte
 
Philippe Migault
 
276162555

"Les masques de la révolution", documentaire diffusé le 1er février dernier par Canal+, traite d’un aspect fréquemment méconnu du coup d’Etat ukrainien de 2014: le rôle crucial des milices néo-nazies. Mais c’est surtout le scandale qu’il provoque qui est riche d’enseignements.

Le film de Paul Moreira en lui-même est bien entendu enrichissant. Interviews et images à l'appui, il démontre que les membres des mouvements Svoboda, Pravy Sektor et du régiment "Azov", qui ont constitué le fer de lance de l'insurrection de Maïdan, bien loin d'être de sympathiques combattants de la liberté pro-européens luttant pour la démocratie, sont des nazis purs et durs. Des individus responsables d'un crime de guerre: le massacre de 42 manifestants pro-russes brûlés vifs à Odessa le 2 mai 2014.

 

Les déclarations sont sans ambigüités: hostiles à la démocratie, au libéralisme, russophobes, antisémites, ces hommes, qui adorent s'immortaliser en photo faisant le salut nazi, arborent de surcroît des emblèmes ne prêtant guère à confusion. Rune Wolfsangel, précédemment insigne de la division SS "Das Reich", et Schwarze Sonne (Soleil Noir), emblème ésotérique nazi constitué de croix gammées entremêlées, sont les deux principaux symboles "héraldiques" de l'écusson du régiment Azov. Ces skinheads, aujourd'hui armés jusqu'aux dents et combattant les séparatistes du Donbass, pratiquent vis-à-vis de ceux qui font mine de s'opposer à eux une politique de terreur que ce soit à Kiev ou en province, le tout en toute impunité, les autorités ukrainiennes leur laissant la bride sur le cou, comme le démontre clairement Paul Moreira.

 

Tous ces faits, cependant, sont connus depuis longtemps. Ils ont été dénoncés très tôt par les observateurs attentifs des évènements. De nombreux documents ont été mis en ligne par les internautes, démontrant les allégations que Paul Moreira n'a fait que reprendre à son compte. Non seulement ce documentaire n'a rien d'un scoop, mais il a de nombreux trains de retard.

Dès lors pourquoi déclenche-t-il une telle levée de boucliers dans les médias français? A l'aune de ce que l'on savait déjà, l'indignation notamment de Benoît Vitkine, du Monde, qui s'est rendu à de multiples reprises en Ukraine, surprend nécessairement. D'autant qu'au-delà des internautes, bien informés depuis longtemps, certains reportages avaient clairement démontré cette présence en force des néo-nazis à Kiev et en Ukraine. Alban Mikoczy, ancien correspondant de France 2 à Moscou, qu'on ne saurait soupçonner de poutinisme ou de russophilie militante compte tenu du ton habituel de ses interventions, avait fait dès l'hiver 2014 un reportage on ne peut plus éloquent dans les couloirs de l'hôtel de ville de Kiev.

 

Piotr Porochenko
© Sputnik. Nikolay Lazarenko
 
 
 
Croix gammées et sigles SS sur les murs, gros bras encagoulés terrifiant les employés de la mairie, toutes les preuves de la mise en coupe réglée d'une partie de l'administration locale par les nazis étaient là. La télévision allemande avait très tôt, dès le printemps 2014, tiré le signal d'alarme en dénonçant le rôle central joué par les miliciens nazis dans les évènements d'Ukraine. Pourtant en France, rien, ou presque n'a filtré. Et ceux qui ont osé rapporter ces faits avant Paul Moreira se sont fait traiter d'agents stipendiés du Kremlin par toute la meute du politiquement correct, des atlantistes patentés et des experts du quai d'Orsay. "Le parti Svoboda est un parti plus à droite que les autres, [mais il n'est pas] d'extrême droite", a même osé déclarer Laurent Fabius, spécialiste il est vrai des erreurs d'appréciation les plus grossières en Ukraine ou ailleurs.

 

 

L'indignation vis-à-vis du documentaire de Paul Moreira ne vient donc pas seulement de son contenu. Elle est suscitée par la rupture d'un tabou, celui du consensus des grands médias français pour affirmer que dans l'affaire ukrainienne les méchants sont du côté russe, ou séparatiste, et les gentils côté ukrainien.

 

Les propos de Benoît Vitkine, visiblement soucieux de relativiser à l'extrême les faits rapportés par Paul Moreira en attestent. Lorsqu'il déclare que "le documentaire élude aussi toute analyse nuancée du nationalisme ukrainien et de ses ressorts, amalgamant nationalisme, extrême droite et néonazisme", on se prend à sursauter. Le Monde fait-il un si subtil distinguo et se montre-t-il si nuancé lorsqu'il évoque les militants d'extrême-droite française? Lorsque Benoît Vitkine affirme qu'"au sein même des groupes que Moreira étudie, les néonazis constituent une minorité", ne se demande-t-il pas pourquoi ces militants acceptent d'arborer des signes de la SS s'ils ne sont pas un tantinet fascisants? Aurait-il la même retenue vis-à-vis de manifestants français qui arboreraient une croix celtique?

 

Le Maïdan
© Photo. Corentin Fohlen/Rossiya Segodnya
 
 
 
Circonstance aggravante, le tabou a par ailleurs été brisé par Canal+, la chaîne de la gauche branchée, du "journalisme" engagé à la Yann Barthès, bref par un média censé être à la pointe du progressisme et du politiquement correct. On mettra sans doute ça sur le dos de Vincent Bolloré, il a le dos large.

 

"L'expérimenté documentariste s'est attaqué à un sujet réel. Il a choisi de "regarder par lui-même", nous dit-il. Mais n'a vu que ce qu'il voulait voir, remplaçant les masques par des œillères", assène Benoît Vitkine. Il eût été appréciable que Le Monde porta le même jugement lorsque "l'expérimenté documentariste" Paul Moreira et Canal+ traînaient l'armée française dans la boue en 2004, l'accusant de crimes de guerre en Côte d'Ivoire. Mais s'en prendre à l'armée française, c'est tellement l'esprit Canal…

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

 

 

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau