L'ONCLE SAM DEVRA FERMER LE BAGNE DE GUANTANAMO

 
Le drapeau américain

Les Etats-Unis ne vont pas échapper à fermer Guantanamo

© East News. UPI Photo / eyevine
 
Analyse
 
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Valérie Smakhtina
 
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Gavage, torture à l'électricité, simulation de noyade, privation de sommeil, arrachage de dents, etc., la liste et la cruauté des supplices infligés dans le camp de Guantanamo est digne de l'inquisition médiévale.
 

Après la publication d'un rapport accablant sur le recours à la torture par la CIA, le directeur de l'agence, John Brennan, a lui-même qualifié de « répugnantes » certaines méthodes d'interrogatoire « hors limites ».

 

Mais les témoignages des anciens détenus font frémir encore plus. Récemment, Jihad Deyab, ancien prisonnier de Guantánamo qui avait subi plus de 1.300 séances d'alimentation forcée, a accordé une interview à la radio Sputnik. La méthode de gavage consistait à attacher un détenu en grève de la faim sur une chaise avant d'insérer un tube par le nez et de laisser couler dans l'estomac une solution nutritionnelle. Ces séances humiliantes ont été filmées par des caméras qui sont réparties en 30 vidéos, soit 11 heures de film. Plusieurs médias, dont le New York Times et le Guardian, ont intenté un procès en vue de rendre public les vidéos de gavage de Jihad Deyab. Mais c'est à lui de décider.

 

Le témoignage accablant met en lumière le fonctionnement douteux, voire honteux de la prison et les défaillances de la justice. Barbara Bernath, cheffe des opérations à l'Association pour la Prévention de la Torture (APT), nous a donné son avis: « Pendant longtemps, on ne savait pas grand-chose sur les conditions de détention à Guantanamo. Aujourd'hui, on en sait un peu plus grâce aux témoignages comme celui de Jihad Deyab, mais aussi parce que le Sénat américain vient de publier le rapport sur la torture aux Etats-Unis et, notamment, à Guantanamo. La torture y était pratiquée de façon régulière ».

 

Barbara Bernath insiste pour qu'on montre les images de torture au public. Selon elle, c'est grâce aux photos qu'on a pu établir et prouver de nombreuses violations des droits de l'homme à l'encontre de prisonniers, entre 2003 et 2004, lors de la guerre en Irak, dans la prison d'Abou Ghraib. « C'est un premier pas vers la justice, ça prend du temps mais je crois que c'est à force de petits pas qu'on arrivera à ce que ce qui s'est passé là-bas ne reste pas impuni, précise Barbara Bernath ».

 

Il est difficile de lutter contre l'application de la torture dans les prisons parce que l'accès y est souvent interdit et personne ne sait ce qui se passe à l'intérieur. La cheffe des opérations à APT propose une solution: « Il faut qu'il y ait des personnes extérieures qui puissent entrer et voir ce qui se passe dans les prisons. C'est le premier élément de protection pour rompre ce cercle de secret et avoir plus de transparence dans les lieux de détention. Les Etats-Unis en sont encore loin, mais dans d'autres pays du monde, en Europe, en Afrique, ça commence à se développer. Après, il faut que les détenus aient la possibilité de porter plainte en cas de mauvais traitement ou de mauvaises conditions de détention. »

 

N'oublions pas que le président américain Barack Obama a promis de fermer le Guantanamo en 2009. Bien qu'il ait déjà supprimé le statut d'ennemi combattant, le camp de détention fonctionne toujours à Cuba. Ce sont les institutions puissantes américaines, comme la CIA, qui réussissent à bloquer la décision d'Obama. Le Sénat américain n'a même pas publié le rapport intégral sur la fermeture de Guantanamo. Barbara Bernath est optimiste: « Les Etats-Unis ne vont pas y échapper. Ils vont devoir fermer ce centre, un jour ou l'autre. J'espère qu'Obama va le faire avant la fin de son deuxième mandat parce qu'il reconnaît lui-même que c'est un échec de son premier mandat ». 

 

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