SOMBRES PRESSENTIMENTS : L'AMERIQUE A LA CROISEE DES CHEMINS

Sombres pressentiments : l’Amérique à la croisée des chemins


… Attendez-vous à voir l’ethnocentrisme américain se ratatiner dans un chaudron bouillant. Norman Pollack


Par Norman Pollack – Le 11 décembre 2015 – Source CounterPunch

Non, ni le prophète hébreu Amos, ni Cassandre, la fille de Priam, ne m’inspirent ces pensées mais, la condition réelle, idéologique et psychologique de la mentalité américaine contemporaine, de ses fondements matériels ; un stade trop décomposé du développement capitaliste, nécessitant une projection constante de puissance à l’étranger et une certitude domestique contrainte, afin de maintenir un taux acceptable de croissance économique ; enfin, la conviction que la force militaire est suffisamment intimidante et une preuve acceptable pour le droit à façonner unilatéralement la structure mondiale d’après son propre désir et sa propre vision.

 

Mais rien de tout cela n’est encore suffisant, il faut aussi une nation sombrant dans le vide moral et poussée aux extrêmes de la peur ; le déni des réalités existantes par l’irresponsabilité devant ses propres actes : l’interventionnisme, les guerres et leur cortège de souffrances humaines, et ceci depuis la Seconde Guerre mondiale, qui en retour a stimulé les dislocations et engendré les résistances ; une dynamique historico-politique interdépendante, en partie en réponse aux agressions, en partie en fonction des forces industrielles, technologiques et scientifiques indépendantes développées irrésistiblement par des pays précédemment sous-développés, exploités, prenant conscience de leur propre potentiel et agissant en conséquence pour exiger une place pour eux-mêmes et leurs peuples au festin mondial.

Les États-Unis ne sont plus le seul modèle déterminant pour la destinée humaine – s’il l’ont jamais été – prenant en compte l’expression de la soif naissante pour la liberté chez les persécutés et les opprimés. Le temps n’est pas – et ne doit pas – être du côté de l’Amérique, bousculant tout sur son passage, tandis que le système international montre des changements graduels permanents et aujourd’hui drastiques.

Le changement notable est une décentralisation croissante de la puissance mondiale, provoquant les actions pour maintenir le pouvoir de l’Amérique par l’intermédiaire de politiques contre-révolutionnaires qui ont violé l’autonomie du Tiers-Monde et favorisé la course mondiale aux armements, actions destinées à maintenir ses rivaux réels et potentiels en échec. Cela ne semble plus fonctionner.

Comme on le voit très bien, l’empereur est nu, ou plutôt engoncé dans une armure de lignes Maginot telles que celle érigée en inculquant la peur omniprésente de l’étranger (cette semaine le gouverneur et le procureur général du Texas ont essayé d’empêcher une famille de réfugiés syriens, dont six enfants, de s’installer, au motif qu’eux-mêmes et d’autres pourraient être soupçonnés de terrorisme, conséquence d’un sentiment anti immigrants largement répandu). Trump, comme nous le savons, plaide en faveur de la proscription de tous les musulmans, et en dépit des manifestations de tous bords, il est évident qu’il a touché une corde sensible d’autoritarisme sympathique dans l’esprit des Américains, inséparable de la nation championne du prétendu droit aux armes, un amalgame pour rigidifier l’idéologie synthétisant l’ethnocentrisme et la violence éternelle qui sont les matières premières du proto-fascisme.

Peu importe qui dirige le pays, ces éruptions de violence armée ne sont que les symptômes de surface d’une société privée de son rêve de conquête sur la scène mondiale.

Nous, les Américains, intériorisons la militarisation de notre système de valeurs, transfiguration de celles qui prétendent être démocratiques – mais déshonorées dans la pratique historique – vers celles d’un assaut sur la primauté du droit comme pacte solennel entre le gouvernement et le peuple assurant l’égalité en tant que droit humain fondamental. Au lieu de cela, le milliardaire est le nouveau paradigme du capitalisme américain avec les fusions d’entreprises (aujourd’hui, les produits pharmaceutiques, les produits chimiques et demain, qui sait quelle est la prochaine ?).

À ce nouveau paradigme du capitalisme s’ajoutent, à l’étranger, d’incessantes tentatives de changement de régimes, accompagnées d’accords intégrant la défense et le commerce, dans une structure géopolitique dont le but est de ramener le processus historique à l’époque des avantages de l’impérialisme traditionnel, auxquels on ajoute – en plus de la domination des marchés et de l’emprise sur les matières premières et grâce à la mondialisation US – une gamme d’ambitions inconnues à la fin du XIXe siècle, à l’apogée de l’impérialisme, telles que l’externalisation de la production et le contrôle de la finance internationale.

La mondialisation est simplement le macrocosme de l’Amérique – en tous cas elle est rêvée ainsi.

Même l’Europe, son fidèle allié en toutes choses commerciales, financières et militaires, commence à s’assagir, par exemple en faisant les yeux doux à la banque chinoise pour les infrastructures asiatiques, Investment Bank.

En fait, où l’empire américain peut se trouver le plus vulnérable à court terme, son talon d’Achille ayant été exposé pour la première fois, ce n’est pas avec les défis de la Chine et de la Russie à sa suprématie économique, mais une désillusion, de la part de la Grande-Bretagne, de la France et de l’Allemagne, à l’égard de la détermination en béton armé de l’Amérique à vouloir rester à la tête d’un monde en mutation. Le bouclier de l’UE-Otan, fer de lance du contrôle américain sur l’Occident, qui s’étend jusqu’à la frontière russe, commence à se fissurer, prêt pour la poubelle, tout comme les plans comparables pour l’Asie, maintenant avec l’AIIB [la banque chinoise d’investissements pour les infrastructures] et la plus ferme cohésion des BRICS.

Mais pas sans combat. Les États-Unis resserrent leur emprise sur leur propre peuple, sinon dans la préparation de l’Armageddon – la proéminence du fanatisme religieux est sûrement un signe de craintes contemporaines informelles de plus en plus aiguisées à la recherche de boucs émissaires – au moins dans une vision tente-pas-ta-chance de la sécurité, comme on peut le voir dans le programme Big Brother de surveillance massive du public américain par la NSA, dont la genèse se trouve depuis des décennies dans l’anticommunisme exacerbé, pour détruire l’esprit d’indépendance politique et mentale.

C’est la saison pour le Messie de Haendel, dans lequel nous entendons l’écho d’une époque plus innocente et confiante dans les mots : «Nous tous comme des moutons, nous sommes égarés», mots devenus maintenant mandat et licence pour réduire les humains à l’état de brebis et les parquer, de peur que certaines ne s’égarent à la recherche de la justice sociale et de la paix internationale.

Bienvenue à l’élection présidentielle 2016, dans laquelle nous sommes libres de choisir, parmi les candidats possibles, le Líder Máximo qui nous emmènera sur le chemin du Vésuve pour une éruption volcanique de haine envers quiconque et tout ce qui apparaît dénier l’exceptionnalisme américain. Qui a besoin d’un filet de sécurité sociale, sauf  les handicapés manifestement inaptes ; idem pour ceux qui répugnent à l’agression et à la confrontation avec les ennemis de l’Amérique, auxquels, en plus de l’inaptitude, il faut ajouter le manque de patriotisme.

Attendez-vous à voir l’ethnocentrisme américain se ratatiner dans un chaudron bouillant.

Norman Pollack a écrit sur le populisme. Ses intérêts sont la théorie sociale et de l’analyse structurelle du capitalisme et le fascisme. Il peut être atteint à pollackn@msu.edu.

Traduit et édité par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

 
 
 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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