HUGO CHAVEZ FRIAS QUI EST PARTI LE 5 MARS 2013 INCARNAIT LA SOIF DE LIBERTE DU VENEZUELA

Hugo Chavez Frias : quand un ami s’en va

Chavez a incarné la soif de liberté du Venezuela et a entrepris construire un continent insoumis et de l’engager sur la voie de sa seconde indépendance

Auteur:  | informacion@granmai.cu

Chavez était le peuple vénézuélien, il était parmi eux, il était issu de ce peuple et il conservait ce sentiment d’appartenance. Photo: AVN

DANS son livre Ma première vieconversations avec Ignacio Ramonet, dédié à Hugo Chavez, l’auteur signalait : « La veille, nous étions arrivés au centre des plaines vénézuéliennes infinies (...), autour, fendue, la terre durcie, était parsemée de buissons colorés, d'arbres géants splendides et de vergers en fleurs » ; ils étaient au pays du Chavez, le garçon qui vendait des sucreries dans les rues de son village, celui qui incarna les aspirations de liberté de son Venezuela adoré et se mit en tête de construire un continent insoumis et de l’engager sur la voie de sa seconde indépendance

Dans son livre, Ramonet raconte son séjour passé à Sabaneta de Barinas, la terre de « mes circonstances », ainsi nommée par Chavez. En parcourant cet ouvrage, on navigue dans l'imagination à travers les splendides espaces jadis sillonnés par Simon Bolivar, les « llaneros »(habitants des plaines) du Centaure Paez, où séjourna Ezequiel Zamora, et où grandit le « meilleur ami de Cuba ».

La mort nous a joué un mauvais tour, il restait encore beaucoup à faire sur ces terres. « J'aime beaucoup mon pays », confia Chavez à Ramonet, avant d’ajouter : « Je l’aime profondément, car comme l’a dit Ali Primera dans sa chanson : le pays, c’est l’Homme (...), seule l'histoire est capable de donner à un peuple la pleine conscience de lui-même ». Et le Venezuela, et étendant l'horizon à la Grande Patrie comme Bolivar, Marti et Fidel surent le faire, c'est cet homme qui portait en lui les marques de cette terre meurtrie par les souffles d'une brise brûlante, d’une terre durcie et en même temps parfumée par l’arôme des arbres fruitiers.

Je me souviens d'une soirée où j'étais à l'émission de télévision vénézuélienne « La Hojilla », où je parlais de mon livre Enemigo (Ennemi), qui serait présenté à la Foire internationale du livre de Caracas. Un collègue m'avait demandé d'être discret en faisant référence à cette occasion aux Étasuniens impliqués dans les plans subversifs contre Cuba et le Venezuela. J’ai éprouvé beaucoup de mal à satisfaire sa demande : Comment ne pas mentionner de noms si le livre était une dénonciation ?

Nous étions face à ce dilemme quand on m'a passé un téléphone portable, une voix fraternelle, claire et profondément énergique m'a dit : « Professeur, n'oubliez pas les noms, expliquez bien aux étudiants vénézuéliens comment agissent les gringos, quels étaient leurs plans. » Je suis resté sans voix pendant quelques secondes. C'était lui, Hugo Chavez Frias. Il était à La Havane ces jours-là et il regardait l'émission. Il a appelé trois autres fois pour avoir plus de détails, la dernière fois, il m'a demandé : « Sais-tu qui est en train de regarder l'émission ici avec moi ? » Je suis resté muet pendant un long moment.

Je me suis rendu aux messes qui lui étaient dédiées à la Cathédrale de La Havane, des messes chargées de foi en son rétablissement. Les Cubains, les Vénézuéliens et les frères d’autres pays du continent étaient venus présenter leurs meilleurs vœux et leurs prières pour le salut du Président.

L'HOMME ET LE MYTHE

Dans l'interview parue dans son livre Ma première vie…, Ramonet demande à Chavez : « N'y a-t-il jamais eu un mythe de Chavez ? » Et le leader vénézuélien de répondre : « Je ne suis pas un mythe, c'est ce que mes adversaires voudraient. Je suis une réalité. » La réalité qui signifiait l'espoir d'un peuple tout entier et qui est devenue réalité quand « le rêve d'un nouveau pays avec davantage de justice, d'égalité, moins de corruption a commencé à se faire une place dans l'imaginaire collective, et c'est là que l'utopie se confond avec le mythe ». Chavez a clairement compris que sa mission était de donner un contenu à ce mythe, d'inventer un pays possible dans l’esprit du peuple vénézuélien, de créer une utopie réalisable, de convaincre les majorités qu'un avenir meilleur pouvait être construit et, selon lui, « le mythe Chavez personnel devait mourir, afin que le nouveau mythe, le mythe Venezuela, nouveau et collectif puisse émerger ».

On raconte que les gens ont érigé des autels chez eux en hommage au leader bolivarien ; beaucoup de partisans de Chavez ont choisi « un coin de la maison pour sentir l’apaisement de leur âme », un coin consacré à la vénération simple du peuple de celui qui ne s'est jamais pris pour un saint, ni un dieu, mais pour un homme simple du peuple auquel il consacra sa vie.

« Chavez se consolide dans la conscience nationale comme une identité historique, politique, philosophique et éthique de caractère national », explique Larissa Costas, présentatrice de télévision, qui considère le dirigeant bolivarien comme l’homme qui a « rendu son identité au Vénézuélien ». Ces éléments, souligne-t-elle à RT« ont créé un lien affectif entre le leader et le peuple qui, naturellement, se manifeste dans la bougie qu'une grand-mère allume dans son foyer, dans les fleurs qui lui sont déposées en offrande, dans les prières qui lui sont dévolues dans la chapelle installée dans le cœur d'un quartier ».

Chavez était le peuple vénézuélien, il était parmi eux, il était issu de ce peuple et il conservait ce sentiment d’appartenance, cette âme simple que quiconque s’approchait de lui percevait immédiatement. Chavez entrait chez les gens comme le voisin, comme l'ami qui franchit le seuil de notre maison.

Sa dimension héroïque l'a rapproché du peuple, loin de l'aliéner, parce qu'elle s'exprimait dans les aspirations du peuple et en même temps c’était une dimension dépourvue de la vaine gloire d'un Achille. Il était un de plus, l'un d'entre eux, l'un d'entre nous.

Comme je l’ai entendu dire à un Vénézuélien, « sa mort nous a renforcés dans nos convictions ».

On raconte qu'il est né le 28 juillet 1954, au beau milieu d'une pluie torrentielle dans les plaines vénézuéliennes, et c’est ainsi que nous nous en souvenons, le 4 octobre 2012, alors qu’il était aux côtés du peuple vénézuélien, les sept avenues principales de Caracas débordant de monde, et qu’il a prononcé son inoubliable discours politique, sous une pluie battante qui dura des heures, devant une foule imposante descendue dans la rue.

Il est né un jour de pluies torrentielles et il a gravi un échelon dans ce mythe qu'il ne voulait pas pour lui-même, accompagné par un torrent d'amour, de confiance et d'optimisme de la population.

Certains disent que c'était une semence, qu'elle pousse et grandit en beaucoup, mais son départ nous fait encore mal. « Quand un ami s'en va, il reste un espace vide », dit la chanson, et cet espace ne peut pas être rempli. Il est là, dans un coin de la maison, où les gens le vénèrent, dans le cœur de beaucoup et dans cette éternelle cavalcade, à son retour avec Fidel, Marti et Bolivar.

QUELQUES PRÉCISIONS

Hugo Rafael Chavez Frias est né le 28 juillet 1954 à Sabaneta de Barinas, dans les plaines du Venezuela. Militaire et politicien vénézuélien. Président de la République bolivarienne du Venezuela de 1999 à son décès le 5 mars 2013.

—Ses idées et pensées socialistes et intégrationnistes profondes, héritées de la pensée de Simon Bolivar et Francisco de Miranda, ont fait de lui le leader incontesté de la Révolution bolivarienne.

—Le 6 décembre 1998, 56,24 % des électeurs ont élu Chavez président constitutionnel de la République du Venezuela.

—Lors des élections du 30 juillet 2000, Hugo Chavez a réalisé le projet politique constituant et fut réélu à la présidence de la République bolivarienne du Venezuela avec 59,5% des voix.

—Le 3 décembre 2006, lors des élections présidentielles, il a été réélu avec un large avantage, obtenant plus de sept millions de voix (62,84%) contre 36,90% pour le candidat de l'opposition Manuel Rosales, qui a reconnu le résultat ce même soir.

—En octobre 2012, Chavez remporte à nouveau les élections présidentielles, battant cette fois Henrique Capriles, gouverneur de l'État de Miranda et candidat de la coalition de l'opposition, avec 55% des voix.

—Hugo Chavez est décédé le 5 mars 2013 à l'Hôpital militaire du Venezuela des suites d'un cancer dont il souffrait depuis 2011. L’annonce de sa mort a provoqué une onde de choc chez le peuple, tandis que le gouvernement et ses proches ont reçu des messages de condoléances du monde entier.

http://fr.granma.cu/mundo/2019-03-14/hugo-chavez-frias-quand-un-ami-sen-va


 

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