AU CAMP D'ETE DECOLONIAL, LES "RACISES" PLAIDENT POUR L'AUTONOMIE

EXTRAORDINAIRE FABRIQUE DES CONCEPTS ET DES PROGRAMMES ANTI-COLONIAUX CHEZ LES ENFANTS DES INDIGÈNES DÉRACINES PAR LE COLONIALISME :
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Le sociologue Saïd Bouamama a donné une conférence sur l'articulation de la lutte anticapitaliste et l’antiracisme. Le directeur du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) est venu animer un atelier sur l’islamophobie ; Hanane Karimi, doctorante et militante féministe, a pour sa part permis aux participants de se pencher sur« l’illégitimité et l’altérité en héritage » ; Françoise Vergès, historienne et politologue, a proposé sa réflexion sur « la fabrique de la blanchité » de 1492 à nos jour ; Diariatou Kebe, auteure, a animé un atelier sur le thème de la parentalité « racisée ». Houria Bouteldja, membre du Parti des indigènes de la République (PIR), a animé un atelier intitulé « En finir avec l’universalisme blanc ». 

https://www.mediapart.fr/journal/france/270816/au-camp-dete-decolonial-les-racises-plaident-pour-lautonomie


 

FRANCE REPORTAGE

Au camp d'été décolonial, les «racisés» plaident pour l'autonomie

27 AOÛT 2016 | PAR FAÏZA ZEROUALA

Le « camp d'été décolonial » s'est ouvert à Reims malgré les polémiques qu'il a suscitées en raison de la non-mixité demandée par les organisatrices. Cette formation est réservée « aux personnes subissant à titre personnel le racisme d’État ».

De notre envoyée spéciale à Reims.-  Cela aurait pu être un simple séminaire sur le racisme. Auquel cas, il n’y aurait pas eu ces journalistes plantés devant un centre de vacances de Reims (Champagne-Ardenne) à l’affût de la moindre information, essayant d’alpaguer les participants à la volée pour leur arracher quelques mots. Il n’y aurait pas eu non plus cette micro-manifestation de dix militants du Front national qui ont chanté La Marseillaise devant le lieu. Il n’y aurait pas eu d’articles de presse assassins, voire carrément racistes. Il n’y aurait pas eu de débats à la radio. Il n’y aurait pas eu de communiqués d’associations anti-racistes comme la Licra ou SOS Racisme, fustigeant le racisme et le repli communautaire de ce « camp d’été décolonial ». Le samedi, un journaliste a tenté de s’infiltrer, incognito, pour assister aux conférences.

Pourquoi tant d’attention focalisée sur un événement privé autofinancé et pourquoi tant de remous ? La controverse est née à cause des modalités d’accès au camp, inédit dans sa forme, édictées par les deux organisatrices, les militantes Fania Noël et Sihame Assbague. Cette série d’ateliers et de conférences, qui se tient durant quatre jours, n’est ouverte qu’aux« personnes subissant à titre personnel le racisme d’État en contexte français ». Un racisme que Fania Noël définit comme « produit et renforcé et légitimé par l’État via ses institutions comme la police ou la justice ». Ce qui crispe les détracteurs de l'initiative. En clair, cette formation ne peut accueillir que les « racisé-e-s », selon la terminologie adoptée ici. De facto, les Blancs qui ne subissent pas ce racisme ne peuvent y assister. Fania Noël interprète la polémique comme une preuve que « l’autonomie est vue comme un danger par les personnes qui ont des choses à perdre dans l’émancipation. De toute façon, on n'a parlé que de la forme. Les rares qui ont parlé des thématiques ont décrété que c’était de toute façon dérangeant ».

Malgré la demande d’annulation par le maire (LR) de Reims Arnaud Robinet, cette formation inédite, suivie par 170 personnes, s'est ouverte le jeudi 25 août pour s’achever le dimanche 28 août. Dans l’assemblée, la prédominance féminine saute aux yeux.

Les fondatrices du projet assument le choix de la non-mixité vue comme une nécessité pour favoriser l’auto-organisation des personnes concernées. Le terme « racisé-e-s », issu des sciences sociales, désigne les personnes noires, arabes, roms, asiatiques, musulmanes, renvoyées, sur la base de leurs caractéristiques physiques, à un groupe ayant subi un processus à la fois social et mental d’altérisation. Le terme permet aussi d’éviter d’employer celui de « non-Blancs », car il s’agit d’une définition en négatif. 

Enfin, placer la question de la race au centre de la réflexion la politise et indique une rupture avec l'« universalisme blanc », qui tient un discours colourblind (ignorant les couleurs) et irrigue, par exemple, l’antiracisme « moral » symbolisé par SOS Racisme. Cet universalisme, selon les organisatrices, veut protéger « son pote » et dénonce les propos racistes sans remettre en cause « le racisme d’État » et le système de domination institué par la République qui se traduit par des discriminations.

Pour les organisatrices, il s’agit, à l’instar des réunions féministes non mixtes, de permettre à des personnes, unies par les mêmes expériences de vie et animées par le même désir, de s’organiser, de se rencontrer et de réfléchir ensemble à des solutions.

Lors de la première assemblée plénière introductive, les deux femmes ont rappelé la genèse de ce camp, « un coup de force politique né autour d’un café », et réaffirmé leur choix de la non-mixité. Sihame Assbague le résume ainsi : « C’est important politiquement, cela permet de libérer la parole, de ne pas avoir de personnes qui imposent leur ethnocentrisme et qui disent ne pas voir les couleurs. » Fania Noël rebondit et précise que ce camp n’a pas vocation à devenir un projet de vie ou à donner naissance à « une ZAD ». Elle précise que « ce ne sont que quatre jours destinés à réfléchir à notre propre mode d’action ». Tout au long de la formation, les blagues sur le communautarisme supposé du camp fusent. À l’occasion d’un atelier, un participant lance : « On ne va pas éliminer les Blancs ou les renvoyer dans le Caucase. On veut vivre avec d’autres qui ne sont pas comme nous. »

Le sociologue Marwan Mohammed, présent pour une intervention sur la mobilisation politique dans les quartiers populaires, ne peut s’empêcher de lancer à la salle un trait d’humour : « Pour une réunion du Klu Klux Klan, c’est plus bigarré que dans certaines associations anti-racistes. »  Une référence à la Licra qui a manifesté son opposition à la tenue de ce camp en raison de la non-mixité, le comparant à une réunion du groupe ultra-raciste américain.

Du reste, le principe de non-mixité n’a rien de neuf. Il a été utilisé dans les années 1960 dans les mouvements de lutte pour les droits civiques aux États-Unis et par tous les groupes voulant engager une réflexion autonome, à l'instar des féministes dans les années 1970.

Au printemps, déjà, ce débat s'était greffé sur la commission féministe de Nuit debout. En avril, place de la République, elle avait initié plusieurs sessions de discussions fermées aux hommes. Les mêmes questionnements avaient émergé, le sujet des« alliés » étant mis au centre de la polémique. Les organisatrices avaient expliqué vouloir créer un moment durant lequel les femmes pouvaient partager leurs expériences, douloureuses parfois, sans devoir supporter le regard des hommes. Cela évite aussi, avait-il été rappelé, de se perdre en conjectures, de devoir définir les termes employés, rappeler la réalité du racisme ou du sexisme, bref remettre en mémoire des bases censées être acquises.

S'organiser politiquement

Dans le cas spécifique du racisme, les présents expliquent préférer un espace où personne ne pourra douter de la véracité de leur ressenti ou le tempérer en le taxant de« victimisation » ou de « paranoïa ». Et où la parole ne risque pas d'être confisquée par des personnes n'étant pas été confrontées directement à cette expérience.

Dans les rangs, parmi les participants, cette non-mixité a pu faire débat ou provoquer un mouvement de recul. Une participante, âgée de 25 ans, originaire de Lyon, l’explique : « Le mot “interdit aux Blancs” est assez fort. Au début cela m’avait surprise. J’ai un entourage majoritairement blanc et je prône la mixité. Quand j’ai compris la démarche, j’ai considéré que, dans cette étape d’éveil, il est important qu’on se retrouve entre nous, sans avoir peur d’être jugés, car parfois j’ai l’impression que d’autres croient savoir mieux que moi ce que je vis en tant que femme voilée. » La jeune femme raconte essuyer des regards ou des propos méprisants. À force, dit-elle, elle a appris à en faire abstraction.

De son côté, Nargesse Bibimoune, auteure et militante du FUIQP (Front uni des immigrations et des quartiers populaires) à Grenoble,  partage tout à fait le parti pris des organisatrices. À son sens, il s’agit d’un « outil pertinent ». Elle développe son argument ainsi : « À l’heure actuelle, les concernés n’ont plus envie de perdre du temps et de l’énergie à faire de la pédagogie auprès de certains qui exigeraient qu’on les informe sur telle action ou prise de position. Cela permet de ne pas perdre de temps avec cette injonction à la pédagogie. Se savoir entre soi permet d’agir plus vite. » Omar Slaouti, militant, reste confiant. Lors de son atelier sur le racisme dans les espaces militants traditionnels de la gauche, il a avancé que « dans dix ou quinze ans les espaces non mixtes seront mieux acceptés ».

Dans un autre registre, à l’université Paris 8, un cycle de conférences baptisé « Paroles non blanches », dans le cadre de la contestation de la loi sur le travail, avait été organisé au printemps. Les étudiants à l’origine de l’initiative avaient souhaité ne laisser la parole qu’à des « racisés ». La ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, avait condamné à l’Assemblée nationale les deux initiatives qui,« bien loin de l’objectif qu’elles prétendent poursuivre, confortent une vision racialiste et raciste de la société ».

Les rencontres universitaires de Paris 8 étaient ouvertes à toutes et à tous. Dans le cas du camp d’été décolonial, le choix a été fait par les organisatrices de ne pas l’ouvrir à la presse, sauf à deux médias, Mediapart et le Bondy blog, considérés comme deux rédactions traitant la question du racisme avec pertinence.

Finalement, la polémique a phagocyté le fond, dont il a peu été question. En réalité, le camp d’été décolonial pourrait se résumer à une série de conférences, imprégnées de sociologie et d’outils conceptuels. Deux assemblées plénières et des ateliers en petits groupes, cinq choix différents, trois fois par jour. Les intervenants se réfèrent abondamment aux travaux des auteurs Frantz Fanon et Aimé Césaire, ou du sociologue Abdelmalek Sayad.

Pour Fania Noël, le camp d’été a été pensé comme une boîte à outils militante et théorique, « dans une logique d’éducation populaire pour former politiquement » les participants. Il s’agit de transmettre, dans un temps réduit, des bases juridiques. Expliquer qu’il existe des associations de lutte contre l’islamophobie qui peuvent accompagner des recours en justice. Rappeler qu’il est possible de filmer un contrôle de police. Donner des bases de droit sur les discriminations. Échanger des ressources universitaires historiques ou sociologiques pour consolider des connaissances parfois encore parcellaires. Insuffler une dynamique militante. Les organisatrices entendent aussi décrypter, pour ceux qui découvrent le monde associatif, le travail en groupe et ses implications. À la fin de la formation, espèrent-elles, tout le monde aura trouvé de quoi nourrir son vade-mecum personnel grâce à ce « panorama ».

Le sociologue Saïd Bouamama a donné une conférence sur l'articulation de la lutte anticapitaliste et l’antiracisme. Le directeur du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) est venu animer un atelier sur l’islamophobie ; Hanane Karimi, doctorante et militante féministe, a pour sa part permis aux participants de se pencher sur« l’illégitimité et l’altérité en héritage » ; Françoise Vergès, historienne et politologue, a proposé sa réflexion sur « la fabrique de la blanchité » de 1492 à nos jour ; Diariatou Kebe, auteure, a animé un atelier sur le thème de la parentalité « racisée ». Houria Bouteldja, membre du Parti des indigènes de la République (PIR), a animé un atelier intitulé « En finir avec l’universalisme blanc ». D’autres séances ont porté sur la négrophobie ou le racisme anti-asiatique.

Dans les salles, semblables à celles, sans âme, abritant des séminaires d’entreprise, les participants fondent sous la chaleur caniculaire. Le programme du camp a très vite trouvé une seconde utilité, celle d’éventail. Peu ou prou, les participants réussissent à maintenir leur concentration, à poser des questions ou à livrer leur expérience personnelle pour éclairer le débat. Au début du séjour, Sihame Assbague a demandé à tous de veiller à « rester bienveillants ». 

Forcément, le camp emprunte parfois des airs de colonie de vacances, lors des temps de pause. Le point de rencontre étant l’espace plein air avec ses galets au sol, ses tables de pique-nique et ses parasols. Beaucoup d’étudiants en recherche ou de cadres, entre 20 et 35 ans. Les journées sont longues. Après la fin des ateliers et des conférences, les participants profitent de cette bulle militante pour échanger sur leurs histoires, leur conscientisation politique. Au vu des discussions qui se poursuivent jusque tard dans la nuit, le besoin de mettre des mots sur des parcours personnels apparaît criant. Tous racontent ces moments où leur couleur de peau ou leur nom a pu leur porter préjudice.

D’autres racontent les préjugés racistes, comme « les Noirs courent vite » ou « les Asiatiques sont discrets » dont ils ont pu faire les frais dans leur quotidien. Certains expliquent alors avoir ressenti de la colère puis s’être tournés vers des lectures pour charpenter leurs connaissances. Quelques-uns viennent seulement d’initier le processus.

Il est à cet égard frappant de noter que le public présent s’est un peu élargi au-delà des cercles militants de cette galaxie. Certains sont venus seuls et attendent aussi de nouer des amitiés, et surtout de réussir à se fédérer. Une participante s’inquiète de ne pas« avoir Facebook » pour pouvoir rester en contact virtuel avec le groupe sitôt la formation achevée.

Dans les ateliers, des participants expliquent « venir de la campagne », où le tissu associatif est moins dense que dans les grandes villes. Difficile de militer, encore plus sur ces questions, souvent peu abordées dans les organisations politiques ou même syndicales.  

Vers l'intersectionnalité

Parmi tant d'interventions touffues, le socle reste évidemment le racisme. Saïd Bouamama, sociologue, a voulu illustrer la fonction économique du racisme et démontrer que celui-ci se calque sur le système de domination consubstantiel au capitalisme. Il explique, citant Abdelmalek Sayad, que « le bon immigré est celui qui est invisible. C’est une force de travail intériorisée maintenue dans l’insécurité avec des papiers temporaires pour qu’il brade sa force de travail ».

Les enfants, dit-il, ont intégré à leur tour cette domination, « une machine à diminuer ». Ils diminueraient leurs prétentions en acceptant des postes subalternes malgré leurs diplômes, heureux d’avoir échappé aux discriminations. Une lecture qui crée des désaccords puisque, Bouamama le rappelle : « Certains nous accusent de mettre en avant la race pour diviser la classe. Or la classe sociale ne dit pas tout ». Sur la question de l’alliance avec les « non-racisés », il cite Césaire. Le poète invitait à « ne pas confondre alliance et subordination ». Le sociologue invite l’assemblée à aller dans les syndicats, par exemple, pour poser la question des discriminations au travail. Par touches, il esquisse pour les participants un début de solution à mettre en œuvre pour lutter avec efficacité contre le racisme.

Parfois, cela tâtonne encore. Hanane Karimi, l’une des intervenantes, l’explique par la nouveauté de la démarche du camp : « On n’a jamais eu le temps de poser les problématiques et de brasser un champ plus large. On doit lancer de nouvelles dynamiques pour se poser ces questions en s’organisant politiquement de façon pérenne et moins atomisée. Aujourd’hui, nous avons des petits groupes avec des ressources isolées. Il faut les mettre en commun. » La chercheuse évoque ainsi l’idée de créer une fédération de parents d’élèves « racisés » afin d’obtenir plus de diversité ethnique dans les manuels scolaires.

Sur la question du racisme anti-Asiatiques, tristement illustré par la mort de Chaolin Zhang, au mois d’août, à la suite d'une agression à Aubervilliers (lire notre reportageici), il a été expliqué par les deux intervenants, Yoshimi Tanabe, doctorante, et Jun, militant au FUIQP, qu’il y avait peu de données chiffrées ou de travaux scientifiques sur ce racisme. Jun souligne que les Asiatiques sont « les trois petits points dans les racismes ». Un racisme qui n’est jamais cité, basé sur des préjugés positifs : « Ils sont vus comme la minorité modèle » aux mêmes effets essentialisants que le miroir négatif.

Une participante regrette d'être « spectatrice de la lutte des autres ». Elle souligne aussi, timidement, les freins à la convergence entre tous, à savoir les préjugés à l’œuvre dans toutes les communautés. Un participant rappelle que les Asiatiques, ceux qui travaillent dans des ateliers de confection, sont aussi victimes de violences policières. Lui-même, métis asiatique, raconte avoir été choqué de la brutalité des arrestations de personnes en situation irrégulière. Certains aimeraient initier, à la suite de ces échanges, une réflexion pour donner corps à un mode d’action concrète.

Dans d’autres ateliers, la question de l’articulation entre race et genre, l’intersectionnalité, a été évoquée et a fait l’objet de débats pour savoir, entre autres, comment déconstruire les préjugés sexistes.

Houria Bouteldja, du Parti des indigènes de la République, a pour sa part commencé son intervention par une expression algérienne, « Il a dormi avec une grenouille, il s’est réveillé en croassant », devenue le fil rouge de sa présentation sur l’universalisme blanc. Par cette métaphore, elle explique ne pas vouloir devenir une grenouille.

Elle invite la trentaine de participants venus l’écouter à identifier des « intérêts immédiats ». Nuit debout a peu mobilisé les quartiers populaires ; en revanche, les manifestations pour Adama Traoré, le jeune homme décédé dans une gendarmerie à Persan dans le Val-d’Oise, ont été plus massives. La militante invite les « racisés » à se fédérer autour d’association comme le CCIF ou dans des collectifs de luttes contre les violences policières. Avant d’appeler elle aussi à une union entre toutes les victimes de racisme. Finalement, ce sera le message le plus entendu lors de cette formation. Un appel au rassemblement entre les minorités pour s’organiser et ne plus être divisé.


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Note de L'auteure

J'ai choisi, de ma propre initiative, de couvrir ce camp d’été. Mediapart a été le seul média accrédité pour l'intégralité du camp d’été. Les organisatrices souhaitaient que les journalistes soient eux-mêmes racisés et qu’ils appartiennent à une rédaction dont le traitement du racisme leur semblait pertinent. Je connais par ailleurs Sihame Assbague, à titre personnel.


 

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