GRAVE ERREUR DE LA RUSSIE ET DE LA CHINE A L'ENCONTRE DE LA COREE DU NORD?!

Syrie et Corée : logique de guerre et logique de paix


Christopher Black

Par Christopher Black – Le 20 mars 2016 – Source New Eastern Outlook

L’initiative audacieuse prise par le gouvernement russe de retirer une partie de ses forces de Syrie, est une leçon sur l’usage limité de moyens militaires pour parvenir à des fins politiques limitées. Avec la délicatesse d’un chirurgien habile, l’intervention russe a sauvé le gouvernement syrien du renversement par les mandataires de l’Otan qui l’attaquaient, et a infligé un revers fatal à la tentative américaine d’atteindre à l’hégémonie au Moyen-Orient, a rehaussé le prestige russe dans le monde et démontré que la guerre économique menée contre la Russie par les États-Unis, l’Union européenne et le Canada, n’avait aucun effet, ni sur la détermination russe à choisir une politique étrangère indépendante, ni sur les moyens militaires pour la mettre en œuvre.

La confusion et la consternation dans le bloc de l’Otan, lorsqu’il a réalisé qu’ils avaient encore une fois été joués, est spectaculaire. Une fois de plus, les services de renseignement occidentaux ont prouvé qu’ils ne s’apercevaient de rien et que la tête de leur gouvernement était plongée dans des fantasmes qu’elle avait elle-même créés. Le silence embarrassé de Washington, qui a proclamé pendant des mois que la Russie allait s’enliser et se faire écraser par la guerre en Syrie, reflète l’incompétence de sa direction politique, du président Obama aux candidats de la campagne présidentielle en cours. Aucun d’entre eux ne sait que faire, à part réagir dans la frustration, une réaction qui ne conduit pas exactement à des politiques rationnelles.

L’obtention d’un cessez-le-feu limité quelques semaines auparavant, que la réalité sur le champ de bataille a forcé les Américains à accepter, a permis la possibilité d’un retrait partiel. Le retrait met en évidence la stratégie russe et syrienne pour atteindre un règlement politique satisfaisant de la guerre, oblige les puissances occidentales à soutenir cette politique sous peine d’être déclarées comme s’opposant à la paix, et pourtant, en même temps, donne à la Russie et à la Syrie la souplesse pour répondre à toute tentative d’escalade de la violence, de quelque direction qu’elle puisse venir.

Le ministère russe de la Défense a déclaré que le groupe aérien russe restant continuera à fournir un soutien aux troupes syriennes et continuera à frapper les groupes qui refusent de respecter le cessez-le-feu ou ceux qui sont déterminés à être des terroristes, en fait l’essentiel des forces qui attaquent la population syrienne. En outre, les systèmes de défense S-400 restent en place pour couvrir les forces russes restantes et pour dissuader une agression de la Turquie, de l’Arabie saoudite ou des forces américaines. Pourtant, le retrait signale une désescalade claire de la guerre et peut être pris comme l’annonce que l’ennemi a subi un coup fatal.

Cette initiative a été prise en même temps que la Russie protestait contre toute nouvelle action militaire de l’Otan contre la Libye, à moins d’avoir l’approbation du Conseil de sécurité, et en même temps qu’elle se joignait à la Chine pour appeler les Américains à réduire la pression sur la Corée du Nord et à s’engager pour une résolution définitive et pacifique du conflit dans la péninsule coréenne. Malheureusement, tant la Chine que la Russie se sont jointes aux États-Unis pour condamner les tentatives de la Corée du Nord de se défendre avec des armes nucléaires contre la menace de guerre nucléaire venant des États-Unis.

Cette condamnation semble être une réaction à la crainte que la doctrine de défense de la Corée du Nord n’incite les États-Unis à lancer une guerre qui affecterait toute l’Asie ou, au moins, ne donne aux Américains une excuse pour installer de nouveaux systèmes de missiles anti-balistiques en Corée du Sud, qui menaceront la sécurité non seulement de la Corée du Nord, mais aussi de la Chine et de la Russie. Peut-être celles-ci ont-elles un argument valable et peut-être y a-t-il d’autres raisons que nous ignorons qui les ont incitées à se joindre au blocus virtuel de la Corée du Nord, mais l’injustice est flagrante. Les trois puissances nucléaires améliorent et construisent leurs propres systèmes d’armes nucléaires ; l’Arabie saoudite laisse entendre qu’elle possède des armes nucléaires, tout comme Israël, sans aucune réaction de la part des trois grandes puissances; et le gouvernement de Corée du Nord est mis en grave danger par des exercices militaires permanents qui menacent son gouvernement de décapitation immédiate et de destruction nucléaire.

Les exercices qui se déroulent actuellement en Corée sont les plus importants jamais menés, ils impliquent plus de 300 000 soldats, des groupes de combat aéronavals, des sous-marins nucléaires, des bombardiers B-52, des navires militaires australiens et, pour aggraver encore les choses, les troupes japonaises qui ont attaqué et occupé la Corée pendant la Seconde Guerre mondiale et ont aidé les Américains à attaquer le Nord en 1950. L’objectif déclaré des exercices est de mener le Plan opérationnel 5015, plan d’action visant à tuer les dirigeants coréens, à détruire ses bases et à envahir et occuper le pays. Une première attaque recourant aux armes nucléaires fait partie de ce plan.

Personne ne nie que la Corée du Nord a raison de se sentir acculée et personne ne nie qu’elle a le droit de se défendre, comme la Russie et la Chine le font contre le même ennemi. La logique et l’impartialité montrent que l’imposition d’un blocus économique à la Corée du Nord est synonyme de guerre et que cela ne peut avoir pour seul effet que de rendre la Corée du Nord encore plus désespérée et déterminée à réagir. Cette réaction à la situation en Corée est en contradiction totale avec l’approche raisonnée que la Russie, avec le soutien chinois, a adoptée en Syrie ou le traitement par la Russie de la crise en cours en Ukraine.

Il semblerait évident que la meilleure manière de faire baisser la tension en Corée est de soutenir la Corée du Nord de la même manière qu’on a soutenu la Syrie, avec une certaine garantie de sa sécurité et par une initiative diplomatique visant à contraindre les Américains à faire marche arrière et à composer avec le gouvernement et la population du pays. La Corée du Nord a déclaré à de multiples reprises que tout ce qu’elle veut est d’être laissée en paix et avoir un traité de paix avec les États-Unis et la garantie qu’elle ne sera pas attaquée. Ensuite, elle est disposée à envisager l’élimination de son arsenal nucléaire.

Le monde pousse un soupir de soulagement qu’une résolution pacifique de la guerre en Syrie soit passée du rêve à une possibilité réelle, mais maintenant nous sommes confrontés au risque d’une guerre mondiale en Asie. La Corée du Nord est le flanc oriental de l’Asie. Si elle est détruite et si son territoire est occupé par les États-Unis, le Japon et d’autres alliés, la Chine et la Russie peuvent-elles douter de ce qui se passera ensuite ? On pourrait penser que la Corée du Nord soit un allié naturel des deux, mais manifestement pas.

Pendant ce temps, le monde regarde les élections américaines et ce qu’il y voit est un film de Fellini dans lequel l’humanité la plus grotesque rivalise pour avoir le pouvoir sur les forces militaires qui menacent aujourd’hui le monde. Le président Obama, l’homme qui a reçu le Prix Nobel de la paix, est le même homme qui a ordonné les opérations militaires en Corée. C’est à peu près le dirigeant le plus pacifique que nous puissions espérer dans ce pays militariste. Ce qui arrivera ensuite sera bien pire. Certes, il doit y avoir une tentative d’apporter la paix en Corée comme en Syrie. Mais pour que cela arrive, la pression sur la Corée du Nord doit être diminuée et son gouvernement traité avec respect et dignité. Les portes du dialogue doivent être ouvertes, au lieu d’être fermées brutalement, et ainsi la raison et la bonne volonté pourront prévaloir sur la peur et la malveillance qui aujourd’hui guident les actions des grandes puissances. En Syrie, la guerre tourne à la paix, mais en Corée, la paix est menacée par la guerre. Les deux ont leur logique ; la logique de paix et la logique de guerre, mais le monde est las de la logique de guerre.

Christopher Black

Christopher Black est un avocat pénaliste international basé à Toronto, il est membre du Barreau du Haut-Cana et il est connu pour un grand nombre d’affaires importantes impliquant les droits humains et les crimes de guerre, et surtout pour le magazine en ligne New Eastern Outlook

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par nadine pour le Saker francophone


 

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