JULES DUFOUR : LES MURS DU NOUVEL ORDRE MONDIAL.

Les murs du nouvel ordre mondial.

Géopolitique des murs: Mondialisation de la fortification et la militarisation des frontières.

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Des barrières militarisées sur plusieurs frontières interétatiques dans un monde de plus en plus divisé, insécure et paranoiaque, une mondialisation mise échec et mat. (Photo: Mur érigé sur la frontière Inde-Bangladesh)

La paranoïa  s’est emparée de quelques chefs d’État dans le monde dont l’un, Viktor Orban, vient d’annoncer que son pays, la Hongrie, construira une clôture de 4 mètres de haut qui s’étendra sur 175 kilomètres au sud, sur sa frontière avec la Serbie. Il est évoqué qu’éventuellement une autre sera construite sur sa frontière avec la Croatie.  Les murs se multiplient dans le monde. Avec la peur générée par le contexte géopolitique global ou régional un nouveau mur apparaît à tous les trois mois et on a le droit de se demander si tous les pays seront murés de façon étanche de manière à empêcher désormais tout mouvement migratoire non contrôlé entre les États. On en vient à parler même d’une industrie des murs qui tend à se justifier « pour limiter l’immigration de travailleurs pauvres, pour réduire l’activité de mouvements séparatistes et de groupes terroristes ou criminels, pour empêcher la contrebande et pour contrecarrer l’introduction de produits illicites (drogue, armes) sur le territoire national ».

Dans ce contexte, un grand nombre de reportages et d’analyses sous tous les aspects ont été produits concernant les murs de sécurité ou de séparation construits sur les frontières interétatiques au cours des dernières années. La Documentation française abordait cette réalité en 2008. La tenue d’une conférence internationale organisée par la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal, Québec, Canada, en octobre 2013, analysait de façon exhaustive l’ensemble du déploiement de ce phénomène. On a assisté à la création d’un réseau mondial de chercheurs dédiés à l’étude des murs et des barrières. Une myriade d’articles a été consacrée au mur du Sud entre les États-Unis et le Mexique et à celui que l’on a surnommé le Mur de fer ou le Mur de la Honte entre Israël et la Cisjordanie. Pour le grand public les informations diffusées à ce sujet ont été plutôt rares.

Le Rideau de fer symbolisé par le Mur de Berlin et situé au cœur de la guerre froide est resté dans la mémoire collective. Des murs ont été édifiés aussi pour séparer des quartiers urbains comme les « Peace Lines » à Belfast (figure 6)  et ceux de Babdad avec la Ligne verte et ceux séparant les Sunnites des Chiites. Une enceinte a été édifiée récemment autour de Bagdad.

La prolifération de murs entre les États se veut l’illustration d’un phénomène d’une forte confrontation entre les populations voire même d’une attitude raciste, d’un sentiment profond d’aversion entre elles et même parfois d’un comportement paranoïaque souvent amplifié par la propagande haineuse. Pour en arriver à devoir implanter une barrière physique il faut y voir un sentiment de haine atavique d’une grande intensité.

L’existence d’un grand nombre de murs reste une inconnue pour plusieurs et, notamment, celui qui a été construit sur la frontière entre Israël et l’Égypte ou celui qui a été édifié par l’Inde pour entourer le Bangladesh sur une longueur de 4 000 km (figure 12). De plus, il importe de noter qu’aujourd’hui la cinquantaine de murs-frontières recensés a une longueur totale de 21 000 km, soit plus de la moitié de la circonférence de la terre, celle-ci étant de 40 075 km.

Sans vouloir faire un examen exhaustif de cette réalité nous proposons, ici, d’essayer d’en cerner non seulement l’ampleur mais aussi les conséquences à long terme de cette approche dite « sécuritaire » sur la géopolitique mondiale. La géographie des murs permet de revoir celle des frontières interétatiques et celle des espaces dans lesquels il est possible de circuler plus librement tel que celui de    Schengen. Elle permet, enfin, de comprendre que le fossé entre le Nord et le Sud ne cesse de s’agrandir, ce fossé étant la séparation de facto entre les espaces des pouvoirs impérialistes de l’Occident et ceux d’une large périphérie contrôlée et exploitée par les règles d’un système capitaliste destructeur mondialisé.

I. Les murs – Typologie et perceptions

Les murs-frontières prennent différentes formes en fonction du rôle que l’on veut leur faire jouer. En général, les murs ont une hauteur de 4 m. Des murs de béton sont utilisés dans les milieux urbains. Certains murs sont couronnés par des fils barbelés tel que celui qui sépare Israël de l’Égypte (figure 9). On a aussi des clôtures piétonnes et, notamment, sur la frontière entre les États-Unis et le Mexique (figure 1). Les murs sont équipés de caméras de surveillance et sont l’objet de patrouilles des gardes-frontières. En somme, ils sont fortement militarisés. Les Murs de Belfast, par exemple, « sont faits de fer, de brique, de béton, d’acier et peuvent atteindre une hauteur allant jusqu’à environ 7,5 mètres (ou 25 pieds) (figure 6). Souvent, ils sont équipés de grillages métalliques qui les rendent encore plus difficiles à franchir. À ces catégories s’ajoutent les murs maritimes et les murs virtuels.

Figure 1. Pedestrian Fence

Source : globalsecurity.org

Les perceptions – Sécurité, entrave à la circulation, discorde, apartheid, honte et peur

La barrière entre le Botswana et le Zimbabwe est appelée le grillage de la discorde. La même appellation s’applique pour celui qui sépare l’Inde et le Myanmar. « Les Israéliens parlent de “clôture de sécurité” ou de “barrière de séparation”, ou encore de “barrière antiterroriste”, voire de “mur de fer”. Les Palestiniens emploient les expressions de “mur de l’apartheid“, de “mur de la ségrégation”, de “mur d’annexion” ou de “mur de la honte”. La Cour internationale de justice, dans un avis consultatif de juillet 2004, mêle les deux expressions parlant de “mur de séparation” » (ladocumentationfrancaise.fr). Le mur édifié entre l’Inde et le Bangladesh est surnommé le « le mur de la peur et de la mort »  (liberation.fr): « Surnommé le  “mur de la mort” par les habitants, la barrière des 4000 km de la cinquième frontière la plus longue du monde est gardée par les forces de sécurité des frontières de l’Inde (BSF), des gardes qui tuent autant les Bangladais que les Indiens et ce en toute impunité »  (noticias.lainformacion.com).

Figure 2. Le mur de la honte

Source : https://twitter.com/clementvr/status/470846044939759616

Les murs dans le monde (tableaux 1, 2 et 3)

La Grande Muraille de Chine est sans contredit l’ouvrage de cette nature le plus connu dans le monde. Selon l’Unesco, il s’agit « du plus grand ouvrage défensif militaire voulu par une succession d’empires chinois, la Grande Muraille fut construite en continu du IIIe siècle avant J.-C. au XVIIe siècle après J.-C. à la frontière nord du pays. Totalisant plus de 20 000 km de long, elle commence à l’est à Shanhaiguan, dans la province du Hebei, et se termine à Jiayuguan, dans la province orientale du Gansu. Sa partie principale se compose de murs, de pistes cavalières, de tours de guet et d’abris, et longe des forteresses et des cols sur son parcours » (unesco.org). Bref, elle constitue aujourd’hui un monument archéologique remarquable.

2008 – Un total de 16 murs principaux dont deux murs maritimes sont représentés sur la carte de la figure 3

La figure 3 localise la réalité des murs et des frontières blindées en 2008. Elle montre les frontières blindées, les frontières maritimes blindées et les blindages militaires; le premier État mentionné correspond à celui qui a décidé du blindage.

Dans les Amériques nous avons celui situé sur la frontière USA-Mexique, en Afrique nous avons un mur entre le Maroc et les territoires sahraouis et un autre situé sur la frontière entre le Botswana et le Zimbabwe. Nous avons ensuite une frontière maritime blindée entre l’Europe et l’Afrique. Au Proche-Orient un mur sépare l’Arabie saoudite et le Yémen, les Émirats arabes unis et Oman, l’Arabie saoudite et l’Irak et Israël des territoires palestiniens. En Asie, deux murs séparent l’Inde et le Pakistan, l’Inde et le Bangladesh, la Thaïlande et la Malaisie, la Corée du Nord et le Corée du Sud et la Chine de la Corée du Nord. Enfin, une frontière maritime blindée sépare l’Australie de l’Asie du Sud-Est (cartographie.sciences-po.fr).

Figure 3. Les murs dans le monde – 2009

Source : http://cartographie.sciences-po.fr/fr/murs-contemporains-et-fronti-res-blind-es-2008

 

2011 – Toujours plus de murs dans un monde sans frontières (figure 4 et tableaux 2 et 3)

Figure 4. Les murs dans le monde – 2011

Source : http://www.mondialisation.ca/toujours-plus-de-murs-dans-un-monde-sans-frontieres/5411672

La figure 4 identifie les murs ou barrières de séparation tels qu’ils se présentaient en 2011.

Dans les Amériques el Muro de la Vergüenza

En Amérique, nous avons ce mur controversé surnommé le «Muro de la Vergüenza  » entre les États-Unis et le Mexique dont la construction a débuté en 2002 sur une longueur de 1200 km (figure 5). Il faut mentionner le mur de séparation entre Cuba et Guatanamo construit en 1959. Il importe de ne pas passer sous silence l’existence des zones de sécurité fortement gardées par les forces de l’ordre qui sont mises en place dans les mégalopoles de l’Amérique latine pour protéger les quartiers huppés comme nous avons pu l’observer à Chapultepec dans la capitale mexicaine.

Figure 5. El Muro de la Vergüenza 

En ligne : http://www.latinamericanstudies.org/immigration.htm

En Europe, les murs de Belfast  sont là pour rester

« Même les morts sont séparés. Dans le cimetière de Belfast, un mur souterrain construit en 1969 délimite les tombes catholiques et protestantes. Le temps de la réconciliation durable, y compris dans l’au-delà, n’est pas encore à l’ordre du jour. Malheureusement, les murs ne sont pas uniquement enterrés. Ainsi la Ville de Belfast est entrecoupée de barrières physiques, pudiquement appelées par ses habitants des « Peace Lines » (lignes de la paix) ». (figure 6) (http://www.lesmurs.org/index.php/fr/21-000-km-de-mur).

Figure 6. Peace Lines à Belfast, Irlande du Nord

Source : http://www.richwainwright.com/blog/foreign-assignments/borders-and-barriers-the-belfast-peace-lines

Le continent africain. Des entités nationales en guerre et des barrières anti-immigration

Dans le continent africain, on trouve sept murs. Un mur fortement militarisé sépare le Maroc des territoires sahraouis appelé » Mur des sables ». Ce mur construit par le Maroc à partir d’août 1980 et achevé en 1987, d’une longueur de  2720 km,                                                              serait gardé par environ 100 000 soldats marocains (James Minahan, Encyclopedia of the Stateless Nations: S-Z, ISBN 0-313-31617-1, page 1628). (figure 7). L’armée marocaine a installé un système de surveillance tout au long du mur, allant de systèmes d’alarme simples aux radars de type Rasura et AN / PPS-15 lequel peut détecter les mouvements dans un rayon de 60 km.   (James Minahan, Encyclopedia of the Stateless Nations: S-ZISBN 0-313-31617-1, page 1628).

L’Espagne a édifié des murs autour de ses enclaves de Melilla et de Ceuta, le premier en 1998 et le second en 2001. Plus au sud, on retrouve des murs qui séparent le Zimbabwe et la Zambie, le Botswana et le Zimbabwe aussi appelé le grillage de la discorde, l’Afrique du Sud et le Zimbabwe et, enfin, l’Afrique du Sud et le Mozambique dont la construction a débuté en 1975 et qui est d’une longueur de 120 km et ce pour contrer l’immigration.

Figure 7. Vue aérienne du mur de sable entre le Maroc et le Sahara occidental

 

Source : https://saharadoc.wordpress.com/le-mur-en-image/

Au Proche-Orient. Israël et l’Arabie saoudite : Deux pays aux murs-frontières fortement militarisés

Au Proche-Orient, les murs de séparation foisonnent. Israël est complètement emmuré avec un mur avec l’Égypte (figure 9), le mur de fer avec la Cisjordanie (figures 10 et 11), un mur autour de Gaza d’une longueur de plus de 50 km et une barrière au nord avec le Liban et avec la Syrie (figure 8). L’Arabie saoudite a construit trois murs, l’un sur sa frontière avec Oman, un autre la séparant du Yémen et un dernier, au nord, sur sa frontière avec l’Irak; commencé en 2006 celui-ci est d’une longueur de 950 km.

Figure 8. Les murs d’Israël

Source : http://www.theguardian.com/world/2012/mar/27/israel-extends-border-fence-critics

 

Figure 9. La barrière entre Israël et l’Égypte

Source : https://en.wikipedia.org/wiki/Israel%E2%80%93Egypt_barrier

 

Figure 10. Le Mur de fer israélien et la Cisjordanie en 2010

Source : http://ceriscope.sciences-po.fr/taxonomy/term/7

 

Figure 11. Une section du mur entre Israël et la Cisjordanie

Source : http://www.algerie1.com/actualite/mur-de-separation-israelien-la-cisjordanie-sera-privee-de-22-de-ses-terres/

 

Plusieurs murs sont construits en Asie méridionale et centrale – Pakistan – Turkménistan – Kazakhstan – Ouzbékistan

En Asie méridionale, le Pakistan construit en ce moment un mur sur sa frontière avec l’Iran. Le Turkménistan a édifié en 2001 un mur anti-immigration avec l’Ouzbékistan. Le Kazakhstan a construit en 2006 un mur avec l’Ouzbékistan. En 1999, l’Ouzbékistan a construit un mur d’une longueur de 870 km, dans la vallée de Ferghana, le séparant du Kirghiztan.

L’inde a construit en 2004 un mur au Cachemire pour la séparer du Pakistan. Elle poursuit la construction d’un mur qui va encercler totalement le territoire du Bangladesh (figure 12).  Le Myanmar a édifié un mur avec le Bangladesh appelé le mur des Rohingia.

En Asie du Sud-Est, l’une des barrières transfrontalières parmi les plus surveillées au monde est celle qui sépare les deux Corés. Il s’agit là officiellement d’une zone « démilitarisée » établie en 1953.

En bref, on comptait en 2011 11 murs édifiés pour contrer l’immigration et 15 barrières de séparation dont la construction a été justifiée officiellement par l’une ou l’autre des raisons suivantes : Anti-terrorisme, anti-trafic, zone de conflit, conflits territoriaux, barrière économique, etc. (mondialisation.ca). À ces ouvrages il faut ajouter les barrières de Belfast (figure 6) et de Bagdad (figure 14).

Figure 12. Le Bangladesh aux frontières terrestres d’une longueur de 4 000 km complètement scellées et sous haute surveillance assurée par l’Inde

Source : http://forbesindia.com/article/foreign-office/the-chinese-wall-around-bangladesh/1092/1?utm=slidebox

Figure 13. Le Mur entre l’Inde et le Bangladesh

Source : http://www.bfmtv.com/diaporama/encore-une-cinquantaine-de-murs-de-separation-dans-le-monde-1583/inde-bangladesh-7/

Figure  14. Section du Mur de la Ligne Verte de Bagdad. Depuis la création en 2003, la zone verte – un havre lourdement fortifié à Bagdad déchirée par la guerre pour les soldats américains, les entrepreneurs de la défense et des diplomates – a été  fréquemment attaquée. Elle s’avère un symbole surréaliste de l’occupation américaine de l’Irak

Source : http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/story/2009/08/05/ST2009080503986.html?sid=ST2009080503986

 

Tableau 1. Les murs dans le monde. Inventaire 2015

Localisation – Année du début de la construction – Longueur – Justification

AFRIQUE

 Afrique du Sud –Mozambique : 1976 - 120 km – Pour contrer l’immigration

Botswana / Zimbabwe : 2003 – 500 km -  Pour contrer l’immigration

Barrage de Djibouti : 1962 à 1982 – Contrôler les accès terrestres, en particulier les migrations somalies.

AMÉRIQUES

États-Unis / Mexique : 2006 - 1200 km –

ASIE CENTRALE

Brunei / Malaisie : 2005 – 20 km – Contre l’immigration

Kazakhstan / Ouzbékistan : 2006 – 45 km – Anti-trafic de drogue

Ouzbékistan / Kirghizistan : 1999 – 870 km – Zone de conflit

Ouzbékistan / Afghanistan : 2001 -  209 km – Contre l’immigration

Turkménistan / Ouzbékistan : 2001 -  1 700 km – Contre l’immigration

Pakistan-Afghanistan : le Pakistan entreprend depuis mars 2007 la construction d’une barrière de séparation sur sa frontière avec l’Afghanistan. La clôture devrait, à terme, mesurer 32 km de long et traverser le territoire pachtoune. L’objectif du gouvernement d’Islamabad est d’empêcher les islamistes armés d’entrer en Afghanistan depuis le Pakistan.¸

ASIE DU SUD-EST

Chine / Corée du Nord : 2006 1 416 km – Au nord de la ville de Dandong, les autorités chinoises ont aménagé une barrière de fils de fer barbelés, pour éviter l’afflux d’immigrés illégaux nord-coréens

Corée du Sud /  Corée du Nord : 1953 – Bande de terre de 248 km de long sur 4 km de large, servant de zone tampon entre la Corée du Nord et la Corée du Sud

Inde / Bangladesh : 1993 – Terminé en 2012

EUROPE

Mur de via Anelli (Padoue) Italie : 2006 – 0,085 km – Barrière interne

Murs de Belfast, Irlande : 1972 – « Leur démolition est prévue d’ici 2023 après que, le 9 mai 2013, le gouvernement nord-irlandais s’est engagé à les détruire d’ici dix ans » (http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/05/09/les-murs-separant-les-communautes-a-belfast-seront-demolis-d-ici-2023_3174816_3214.html).

PROCHE-ORIENT

Arabie saoudite / Yémen : 2004  - 75 km – Contre l’immigration

Arabie saoudite / Irak : 2006 – 900 km – Antiterrorisme – « L’Arabie saoudite a achevé la construction d’une épaisse clôture qui sépare désormais son territoire de l’Irak et doit le protéger au nord des infiltrations d’hommes, d’armes et de marchandises. Long de 900 km, il est équipé d’un matériel ultrasophistiqué » (http://www.rfi.fr/moyen-orient/20140907-mur-djihad-djihadistes-arabie-saoudite-terrorisme-ryad-etat-islamique-ei-isil-/).

Charm el-Cheikh (Égypte) : 2005 – 20 km – Antiterrorisme

Chypre – «La Ligne Verte» Le 21 décembre 1963, un incident entre les deux communautés dégénère à Nicosie, provoquant une flambée de violence sur toute l’île et scellant une rupture définitive entre les Chypriotes Grecs et les Chypriotes Turcs par les exactions commises de part et d’autre (http://www.lesmurs.org/index.php/fr/21-000-km-de-mur).

Irak / Koweit : 1991 – 193 km – Zone de conflit

Israël / Cisjordanie – Mur de fer ou barrière de sécurité: 2002 – 681 km – Barrière de « protection » pour contrer les incursions des Palestiniens.

Israël / Égypte : 2011 – 230 km – Antiterrorisme

Égypte-Gaza : 2008 – 14 km – Antiterrorisme

Sources :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Barri%C3%A8re_de_s%C3%A9paration#Proche-Orient

http://www.lesmurs.org/index.php/fr/21-000-km-de-mur

http://www.lesmurs.org/index.php/21-000-km-de-mur/l-les-autres-murs-r

II. Les murs en construction (tableau 2)

On construit une barrière de protection accompagnée d’un système de surveillance électronique qui s’étendra sur plus de 950 km le long de la frontière irako-saoudienne.

Selon Casafree.com, en 2010 « les autorités irakiennes ont entamé la construction d’un mur de sécurité autour de Bagdad, séparant la ville des provinces voisines, a indiqué le porte-parole du commandement opérationnel de Bagdad, le général Atta Kasim. Les travaux de construction devront être achevés d’ici 2011 et l’accès à la capitale ne sera possible que par huit points de contrôle.

Israël  poursuit l’édification d’un mur sur sa frontière avec l’Égypte pour contrer l’immigration : « Sud d’Israël, paysage de sable et de pierre où s’activent des ouvriers qui soudent de grandes plaques de grillage sur de très haut poteaux métalliques : « Ici, on se trouve à la frontière égyptienne. On a un grillage de 5 mètres de haut, avec des barbelés. Quand on passe de l’autre côté du grillage, vous avez plusieurs rangées de barbelés qui permettent de ralentir l’arrivée de personnes au grillage », explique le lieutenant Daniel de l’armée israélienne lors de la visite de ce chantier sensible » (rfi.fr) (figure 9).

L’Égypte construit une barrière contre le terrorisme sur sa frontière avec Gaza.

Les Émirats Arabes Unis le font sur leur frontière avec Oman sur une longueur de 410 km pour contrer l’immigration. L’Inde entoure le Bangladesh d’une barrière de sécurité d’une longueur de 3268 km pour contrer l’immigration, les indépendantistes et le trafic de drogue. Celle-ci le fait également sur sa frontière avec le Myanmar, un ouvrage d’une longueur de 10 km surnommé « le mur de la discorde ».

Arabie Saoudite / Irak : «Un “mur” de 1.000 kilomètres. « Tout commence en 2006, quand la proposition est mise sur la table, alors que l’Irak a sombré dans la guerre civile, raconte The Telegraph. Ce n’est qu’en septembre dernier que la construction de cette immense clôture débute. À ce moment, l’organisation État islamique (EI) a déjà gagné beaucoup de terrain en Irak et menace directement la frontière avec l’Arabie saoudite. Or, le royaume sait bien qu’il représente un objectif de choix pour le groupe djihadiste, qui lorgne notamment ses “deux mosquées saintes” de la Mecque et Médine ».

« En septembre, la première phase du projet est inaugurée. Les chiffres donnent le tournis : ce “mur” doit s’étendre sur toute la frontière, soit près de 1.000 kilomètres, entre les filles de Turaif, près de la Jordanie, et Hafar al-Batin, près du Koweït » (http://www.europe1.fr/international/face-a-l-ei-l-arabie-saoudite-se-barricade-2348013).

Source : http://www.lesmurs.org/index.php/21-000-km-de-mur/l-les-autres-murs-r

(http://www.lactualite.com/blogues/le-blogue-politique/le-mur-pomme-de-discorde-entre-linde-et-le-myanmar/).

Tableau 2. Les murs en construction

Arabie saoudite / Irak : 2014 -

Israël / Égypte : 250 Km – Contre l’immigration

Égypte / Gaza : 15 Km – Contre le terrorisme

Émirats arabes unis / Oman :   410 km – Contre l’immigration

Inde / Bangladesh : 3 268 km – Contre l’immigration, les indépendantistes et le trafic de drogue

Inde / Myanmar : 10  km – Contre le trafic de drogue et le terrorisme

Irak : Un mur entourant Bagdad

Iran / Iran : 456 km – Contre la contrebande

Kirghistan / Ouzbekistan (La vallée de Ferghana) – Contre le terrorisme

Russie / Georgie : 85 km – Zone de conflit

Sources :

http://www.lesmurs.org/index.php/21-000-km-de-mur/l-les-autres-murs-r

http://www.lactualite.com/blogues/le-blogue-politique/le-mur-pomme-de-discorde-entre-linde-et-le-myanmar/

Tableau 3. Les projets de murs dans le monde en 2015

Malaisie-Thaïlande – 2007

En 2007, la Thaïlande annonçait qu’elle allait construire une barrière physique le long des 75 km les plus inaccessibles de sa frontière avec la Malaisie. Le but recherché, selon Bangkok, est «d’empêcher les « terroristes » de traverser les provinces agitées, à majorité musulmane du sud de la Thaïlande (ils viennent du nord de la Malaisie, où les habitants partagent à la fois leur langue et leur religion). Si l’expérience ailleurs s’avère fructueuse, tôt ou tard, c’est sur toute la frontière qu’il y aura un mur » (http://service.vigile.quebec/Murs-clotures-de-securite-On-ne).

En 2013, la Thaïlande exprime son intention « de bloquer la contrebande de bombes et d’engins similaires utilisés par les insurgés lors de leurs attaques mais aussi d’empêcher ces insurgés de se déplacer librement sur les zones frontalières”. Moins d’un mur, il s’agirait plus d’une clôture qui serait dressée tout au long des 640 kilomètres…Cette clôture serait équipée de caméras de surveillance et l’objet de patrouilles des gardes-frontières. Le chef de l’armée n’a pas fourni de détails sur le type de mur et les matériaux avec lequel il serait construit (lepetitjournal.com).

Hongrie-Serbie – 2015

Viktor Orban, président de la Hongrie, vient d’annoncer que son pays construira une clôture de 4 mètres de haut qui s’étendra sur 175 kilomètres au sud, sur sa frontière avec la Serbie (lemonde.fr)

Turquie / Syrie : La Turquie a exprimé son intention de construire une barrière de 2,5 km aux environs du poste frontière de Cilvegözü.

Pakistan / Afghanistan : 2 400 km – En 2006, « pressé d’agir par l’Otan et les États-Unis, le Pakistan a de nouveau proposé… de construire un mur ou de miner une partie de sa frontière avec l’Afghanistan, longue de quelque 2.500 km » et ce sur la ligne Durand qui a été fixée par les Britanniques pour séparer le Pakistan et l’Afghanistan (afghana.org). L’Afghanistan s’est opposé à ce projet.

Russie / Tchétchénie : 700 km – Contre le terrorisme et zone de conflit – Projet abandonné (sputniknews.com).

Figure 15. Barrière entre la Syrie et l’Irak

Source : http://kalimuthup.blogspot.ca/2013/10/boundary-lines-between-countries.html

 

Conclusion

Le découpage géopolitique mondial sera de plus en plus difficile à modifier et, notamment, celui qui a été marqué par l’histoire et la colonisation, le tracé des frontières actuelles devenant entre de nombreux pays totalement immuable étant bétonné et grillagé à l’instar des murs qui entourent les établissements pénitentiaires.

La réalité des murs est comme celle des remparts des cités fortifiées du Moyen Âge en ce qui a trait aux stratégies ou dispositifs de défense devant les assauts ou invasion des « ennemis » (terroristes, djihadistes ou migrants clandestins). Les murs sont construits aujourd’hui non seulement pour assurer la sécurité de ceux qui les édifient mais aussi pour séparer les « tenants de diverses croyances ou allégeances religieuses » ou pour contrer les mouvements migratoires de masse et/ou réfugiés comme on peut l’observer entre les Amériques et entre le continent africain et l’Union européenne.

La recherche d’un contrôle absolu des frontières voire même de leur fort de degré de militarisation risque de s’accentuer en dépit des efforts consentis pour l’établissement des espaces protégés transfrontaliers pour la paix et la coopération. La militarisation planétaire grandissante accompagnée par la guerre contre la terreur perpétrée par les puissances impérialistes crée une atmosphère peu propice au rapprochement entre les peuples. Heureusement, les moyens de télécommunication permettent encore aux forces vives de la société civile de tisser des liens permanents de solidarité et de coopération dans tous les domaines de l’activité humaine.

Nous avons constaté que le Mur de fer condamne les Palestiniens à vivre comme des prisonniers étant assujettis à un contrôle serré de leurs mouvements par les Israéliens, un contrôle marqué par une occupation accablante de leur espace de vie désormais déstructuré à tout jamais. Les murs de Belfast et de Bagdad séparent, soi-disant, des protagonistes prônant des croyances religieuses divergentes. Ces deux réalités laissent présager la construction d’autres murs dans les mégalopoles pour séparer les quartiers riches des quartiers pauvres, réalité dont nous avons un avant-goût avec les ghettos pour les mieux nantis avec entrée contrôlée et surveillance.

On assiste maintenant à une véritable prolifération des barrières de sécurité, une espèce de paranoïa qui risque d’avoir un effet fort négatif sur la gouvernance mondiale et sur les politiques en matière des droits humains et des libertés fondamentales. Le droit à la liberté de circulation sera affecté à l’instar de celui de manifester, tout ceci allant à l’encontre de l’esprit de la Déclaration universelle des droits de l’homme, de celui des Chartes et du libellé en cette matière à l’intérieur des constitutions nationales. Le droit fondamental de la citoyenneté va s’étioler peu à peu et l’humanité sera à toutes fins pratiques prise en otage et condamnée à obéir aux impératifs des puissances impérialistes. Bien plus, le sort qui lui est réservé est la mise en opération de barrières virtuelles mise en place entre toutes les entités nationales, les frontières politiques de la surface terrestre se transformant peu à peu en un casse-tête électronique dont les contours seront placés sous très haute surveillance grâce à des techniques de télédétection avancées, le tout appuyé par un contrôle militaire de plus en plus développé sur le terrain. La frontière entre les États-Unis et le Canada sera l’une des premières à être pourvue d’un tel système de contrôle virtuel.

Des murs méconnus

Des murs d’une grande signification sont méconnus du public : Le mur entre l’Inde et le Bangladesh entourant le pays tout entier, le territoire d’Israël et les murs du Sud sont aujourd’hui peu connus. Ces murs n’ont pas été suffisamment couverts par la presse internationale. Le mur construit par l’Inde sur sa frontière avec le Bangladesh s’apparente au surréalisme. Comment concevoir et exécuter un projet aussi absurde que d’encercler d’une barrière tout un pays dont la longueur de la frontière est la cinquième au monde, des milliers de kilomètres qui demandent une surveillance serrée? (figure 13).

Des espaces ou parcs transfrontaliers pour la paix

Par contre, dans l’univers où l’on favorise le développement de la coopération entre les États s’est développé le concept de l’implantation d’un réseau mondial d’espaces transfrontaliers pour la paix ou Parcs pour la Paix, conçu et promu par l’Union mondiale de la Conservation de la Nature (UICN) depuis les années 1990 (http://www.mondialisation.ca/parcs-pour-la-paix-en-am-rique-latine/7460) (http://www.mondialisation.ca/parcs-pour-la-paix-en-am-rique-latine/7460).  Les aires protégées transfrontalières pour la paix formaient, en 2007, un réseau mondial réparti sur tous les continents, le continent Antarctique s’avérant l’aire protégée dédiée à la coopération et à la paix entre les nations la plus étendue de la Planète. On les retrouve principalement en Europe, en Afrique subsaharienne, en Asie centrale, en Asie du Sud-Est et en Amérique latine. Plusieurs incluent des zones marines. Le réseau comprenait, en 2007, 227 composantes (Lopoukhine, N., 2007) (mondialisation.ca).

De grands murs de portée mondiale

Deux grands murs, ceux-là davantage mentaux, sont construits depuis des décennies dans les esprits : Un mur entre l’Occident et le reste du monde et un autre, bien ancré dans l’intelligence globale, soit celui qui sépare le monde dit industrialisé et riche de celui des pays dits en développement. Deux murs qui hantent le devenir de l’humanité et expliquent les malheurs qui l’affectent.

Le mur entre les États-Unis et le Mexique, voire entre l’Amérique du Nord et l’Amérique latine et le mur de la Méditerranée qui sépare le continent africain du continent européen sont sans contredit l’illustration la plus flagrante de la séparation entre le Nord et le Sud. Ces barrières scellent le type de relations établies entre ces grandes entités de portée continentale.

Nous terminons avec le témoignage du Père Luis Kinzierski de Tijuana, Mexique, un défenseur de la cause des migrants : «Le mur a tué 4.000 personnes en 11 ans “…” L’histoire a montré que les murs n’ont jamais donné de résultats. Dans dix ou quinze ans, les Américains vont avoir honte de ce qu’ils ont fait, ” témoigne le Père Luis Kinzierski, de la Colonia postal de Tijuana (“Libération”, 4 de marzo de 2006) » (globalresearch.ca).

 Jules Dufour

Centre de recherche sur la Mondialisation, Montréal, Canada.

Jules Dufour , Ph.D., C.Q.. Professeur émérite. Membre de la Commission mondiale des Aires protégées de  l’Union Internationale pour la conservation de la nature (UICN), Gland, Suisse. Membre, Cercle universel des Ambassadeurs de la Paix, Paris. Membre. Groupe canadien du PUGWASS, Toronto.

Références

ALI, S.H. (ed.). 2007. Peace Parks. Conservation and Conflict Resolution. Cambridge, The MIT Press. 406 pages.

ALI, Khidr. 2012. Mur de séparation israélien : La Cisjordanie sera privée de 22% de ses terres. Algérie 1.com.Le 19 janvier 2012. En ligne : http://www.algerie1.com/actualite/mur-de-separation-israelien-la-cisjordanie-sera-privee-de-22-de-ses-terres/

Border Walls. Borders, fences and walls.   En ligne : http://borderwalls.hypotheses.org/

CARNEY, Scott, JASON Miklian et KRISTIAN HOELSCHER Hoelscher. 2011. Fortress India: Why is Delhi building a new Berlin Wall to keep out its Bangladeshi neighbors?  Bang

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